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Full text of "Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques. Comte-rendu de la 4e session, Copenhague, 1869"

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CONGRÈS 

INTERNATIONAL 

D'ANTHROPOLOGIE ET D'ARCHÉOLOGIE 

PRÉHISTORIQUES 



V^EUV lÈffdE SE SS lOV^ 
1880 



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CONGRES 

INTERNATIONAL 

D'ANTHROPOLOGIE ET D'ARCHEOLOGIE 

PRÉHISTORIQUES 



COMPTE RENDU 

DE LA 

NEUVIÈME SESSION À LISBONNE 

1880 



LISBONNE 

TyPOGRAPtOE DK L'Aca1>ÉM[E RoVALZ des SaENCES 

1884 



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AVANT-PROPOS 



En livrant au public ce Compte rendu de la 9* session 
du Congrès d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques 
qui s'est réuni à Lisbonne au mois de septembre de 1880, 
je dois commencer par demander à nos honorables confrè- 
res de bien vouloir "excuser le long délai qu'il y a eu dans 
cette publication. 

Divers obstacles indépendants de notre volonté nous 
ont empêché de présenter ce volume plus tôt. Il serait su- 
perflu d'énumérer toutes ces difficultés: il suffira de rappe- 
ler à nos collègues qu'à l'occasion du Congrès le secrétaire 
général, le regretté général Carlos Ribelro, était déjà sous 
le coup de la grave maladie qui l'a malheureusement enlevé 
à la science qu'il cultivait avec tant de dévouement et à la- 
quelle il pouvait encore rendre des services importants. Cette 



389324 



À 



longue maladie l'a empêché, malgré sa grande activité et 
son amour du travail, de surveiller cette publication, de 
sorte qu'en réalité ce ne fut qu'après sa mort, survenue 
deux ans après le Congrès (le i3 novembre 1882) que les 
travaux de publication du Compte rendu ont été commen- 
cés. 

La Section des travaux géolo^ques ayant préparé le 
Congrès, c'était naturellement à celui qui a succédé à M. Ri- 
beiro dans l'accomplissement des graves fonctions de chef 
de ces travaux qu'incombait la direction de la publication du 
Compte rendu ; et c'est sans doute par ce motif que M. le 
conseiller Hîntze Ribeiro, alors ministre des travaux pu- 
blics, m'ayant nommé à cette place vacante, m'a aussi char- 
gé de diriger cette publication. Je me fais un devoir de té- 
moigner Ici toute ma reconnaissance envers ceux qui m'ont 
si puissamment aidé dans l'accomplissement de ce devoir, 
et spécialement M. Gonçalves Vianna, l'un des secrétaires 
du Congrès qui, bien qu'étranger à la Section géologique, a 
pris à sa charge le travail de rédaction, la compilation et la 
coordination des matières. La révision du texte et la correc- 
tion des épreuves ont été faites avec le soin le plus scru- 
puleux par M. Gonçalves Vianna et M. Berkeley Cotter, 
adjoint de la Section géologique, qui, lors de la session du 
Congrès, se trouvait à Londres au service de l'état. L'exé- 
cution des dessins a été en majeure partie confiée à M. Luiz 



,ï Google 



Couceiro; j'ai lieu de croire que les auteurs des mémoires 
auxquels ils se rapportent en seront satisfaits; pour ma part 
je tiens à lui exprimer mes remercîments pour les soins qu'il 
a apportés à l'exécution des planches qui accompagnent la 
description de la grotte de Furninha. 

Je ne saurais passer. sous silence que nous avons été 
guidés dans la coordination de ce volume par les avis ju- 
dicieux de notre estimable collègue M. Choffat, ainsi que 
par le Compte rendu publié en 1881 par M, Cartailhac, qui 
a eu Pamabilité d'envoyer au secrétariat un exemplaire en- 
richi de notes manuscrites. 

Nos lecteurs remarqueront peut-être l'absence de des- 
sins des silex qui ont servi de base à la discussion sur l'exis- 
tence de l'homme tertiaire. Je n'ai pas cru indispensable de 
les faire figurer, puisque la plupart de ces silex, du moins 
les plus concluants, ont déjà été reproduits dans différentes 
publications par MM. Ribeiro, de Mortitlet, Cartailhac et par 
d'autres savants, ainsi que dans le Compte rendu du Congrès 
de Bruxelles; et en outre parce que M. Ribeiro n'ayant pas 
séparé de sa propre main ceux qui devraient être représen- 
tés, je n'ai pas voulu faire ce choix moi-même, craignant de 
supprimer quelque pièce importante à l'appui des idées sou- 
tenues par notre regrettable confrère. 

Nous avons ajouté à l'inévitable appendice, l'étude que 
M. Alfredo Ben Saude a faite des roches qui ont servi à la 



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fabrication des différents instruments en pierre existant 
dans les collections de la Section géologique. J^aime à croire 
que ce travail sera bien reçu par nos lecteurs et je saisis 
avec plaisir l'occasion de présenter à mon estimable collè- 
gue l'expression de reconnaissance qui lui est due pour cette 
intéressante contribution, qui est venue enrichir le volume 
que j'ai l'honneur de présenter aujourd'hui. 



Lisbonne le lo septembre i 



Joaquim FUippe Nery De'lgado 
L'un des vice-présidents du Congrès 



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PEOTEOTEUE 

SA MAJESTÉ LE ROI DE PORTUGAL 

PBËSISENT D'HONKEXIS 

SA MAJESTÉ LE ROI DOM FERNANDO II 



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COMITE D'ORGANISATION 



POUR LA SESSION UE 1 88o 



PRÉSIDENT 

MM. Andrade Corvo {J- de), conseiller d'éiai, ministre honoraire, mem- 
bre de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, directeur 
de l'École Polytechnique. Lisbonne. 

SECRÉTAIRE 

RmEiRO (Caklos), colonel d'artillerie, membre de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne, chef de la Section des Tra- 
vaux Géologiques. Lisbonne. 

TRÉSORIER 

Teiieira de Aragâo (A. C), membre de l'Académie Royale des 
Sciences de Lisbonne, professeur d'hygiène militaire. Lisbonm 

MEMBRES DU COMITÉ 

AcuiAR (A. A. de), conseiller honoraire, membre de l'Académi 
Royale des Sciences de Lisbonne, professeur â l'École Poly 
technique. Lisbonne. 



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MM. AiXEN (E. A.), correspondant de l'Académie Royale des Sciences 
de [.isbonne, directeur du Musée municipal de Porto. Porto. 

Barbosa du Bocage (J. V.), membre de l'Académie Royale des 
Sciences de 1-isbonne, professeur à l'Ecole Polytechnique, pré- 
sident de la Société de Géographie de Lisbonne. Lisbonne. 

Bahbosa (Antonio Maria), conseiller honoraire, membre de l'Aca- 
démie Royale des Sciences de Lisbonne, professeur à l'École 
de Médecine. Lisbonne. 

Carvalho (le ur. Thomaz de), membre de l'Académie Royale des 
Sciences de Lisbonne, directeur de l'École de Médecine. Lis- 



Costa I.eite (M. M. da), conseiller honoraire, directeur de l'Aca- 
démie de Médecine. Porto. 

Delgado (J. F. Nerv), major du (jénie, correspondant de l'Aca- 
démie Rovjle des Sciences de Lisbonne, ingénieur adjoint de 
la Section des Travaux Géologiques. Lisbonne. 

Ennes (Antonio), licencié-ès-le»res. Lisbonne. 

FicALHO (le comte de), membre de l'Académie Royale des 
Sciences de Lisbonne, professeur il l'École Polytechnique. Lis- 

Latiko Coeij)o(J. m.), ministre ei conseiller honoraire, secrétaire 
général de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, profes- 
seur il l'École Polytechnique. Lisbonne. 

M.\nTiNs Sarmsnto (F.), correspondant de l'Académie Royale 
des Sciences de Lisbonne, bachelier en droit. Guimarâes. 

Mendes Leal (J. HA Silva), ministre et conseiller honoraire, mem- 
bre de l'Académie Royale des Sciences de I^isbonne, ministre 
plénipotentiaire de Portugal en France. Paris. 

Pere[ra da Costa (F. A.), bachelier en médecine et en philoso- 
phie, professeur â l'École Polytechnique. Lisbonne. 

Pereira da Silva (F. M.), conseiller honoraire, contre-amiral. Lis- 

PossiDONio DA Silva (J.), architecte de S. M, le Roi, président de 
la Société Royale des architectes et archéologues portugais. 
Lisbonne. 

Silva Leal (J. M. da), correspondant de l'Académie Royale des 
Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 



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MM. SiLVESTRE RjBEiKO (/.), ministre et conseiller honoraire, membre 
de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 

Vasconcellos (F. A. db), bachelier en philosophie, ingénieur adjoini 
de la Section des Travaux Géologiques. Lisbonne. 

ViLHENA BxKBosA (I. de), membre de l'Académie Royale des Scien- 
ces de Lisbonne. Betem. 



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REGLEMENT GÉNÉRAL 



Art 1. Un Congrus intLTnaiional d'Anthropologie cl d'Archéologie 
préhistoriques, faisant suite aux réunions qui ont eu lieu en i865 ù la 
Spezia et en 1866 à Neuchâid, a cti^ définitivement constitué à Paris 
en i867.~A partir de 1871 les sessions auront lieu tous les deux ans: 
(voté a Bruïtelles en 1872). 

Art. 11. [,e Congrès ne pourra avoir lieu deux fois de suite dans 
le même pays. 

Art. m. Font partie du Confjrùs et ont droit à toutes ses publica- 
tions les personnes qui en ont fait la demande et ont acquitté la coti- 

Art. IV. A la fin de chaque session, le Congrès désigne le lieu où 
se tiendra la session suivante; il choisit en outre, parmi les savants 
rendant dans le pays désigné: i." le Président de la session future, 
2.' plusieurs autres savants chargés de constituer, sous la direction du 
Président, un Comité d'organisation. 

Art. V, Le Comité d'organisation peut s'adjoindre, suivant ses be- 
soins, d'autres savants nationaux. Il demande en outre le concours 
des savants étrangers qui lui paraissent pouvoir recueillir le plus grand 
nombre d'adhésions en faveur du Congrès. Ceux-ci prennent le titre 
de Membres correspondants du Comité. 

Art. VI. Le Comité fixe l'époque de la session, le nombre des 

. séances, le taux de la cotisation; il envoie les lettres de convocation, 

recueille et concentre les adhésions et délivre les cartes des membres. 

Il se charge de tous les soins matériels qui conccrnem l'installation 

du Congrès et la tenue de 




Art. Vil, Il prépare, publie et distribue, plusieurs mois ù l'avance, 
le programme dus séances; il peut lixer un certain nombre de ques- 
tions; mais il devra toujours réserver une partie des séances pour tou- 
tes autres questions non comprises dans le programme, proposées par 
un membre du Congrès et approuvées par le Conseil. 

Art. vdi. Le Bureau du Comité remplit les fonctions de Bureau 
provisoire dans la première séance de la session. Les membres du Bu- 
reau définitif sont nommés dans cette première séance, à la majorité 
relative. Cl l'exception du Président, qui est élu depuis l'année précé- 
dente, et du Trésorier déjà institué par le Comité d'oi^anisation. 

Art. IX. Le Bureau se compose: i.° d'un Président; 2." de six 
Vice-Présidents, dont deux au moins doivent êlre résidents; 3.° d'un 
Secrétaire général; 4.' de quatre Secrétaires; 5.* d'un Trésorier. 

Art. X. Le Conseil se compose: i.° des membres du Bureau dé- 
tinitif; 1.° de six membres nommés au scrutin de liste. Font en outre, 
de droit, partie du Conseil: i.'les quatre membres fondateurs du Con- 
grès de la Spezia ; i.° tous les anciens Présidents, qui conservent le ti- 
tre de Présidents honoraires. — Les membres du Comité d'organisation 
qui ne rentreraient pas dans l'une des catégories précédentes, assistent ■ 
aux séances du Conseil avec voix consultative. 

Art. x[. Toutes les demandes de communication survenues pen- 
dant la session et toutes les réclamations sont soumises au Conseil, qui 
statue définitivement. Le Conseil est en outre chargé de proposer au 
vote du Congrès, conformément à l'article iv: i.° la désignation du 
lieu oti se tiendra la session suivante : 2.° la nomination du Président 
ei des membres du Comité d'organisation du futur Congrès. 

Art. XII. Dans sa seconde séance, le Congrès nomme, sur la pro- 
position du Conseil, une Commission de publication dont le'Secrétatre 
général est président de droit, et dont le Trésorier fait également par- 
tie. Cette Commission, entièrement composée de membres n: 
sera en outre chargée d'apurer les comptes. 

Art. XIII. S'il y a un reliquat, il sera reporté à l'actif de 



Art. XIV. Les objets offerts au Congrès pendant la session, ainsi que 
. toutes les pièces de la correspondance, sont acquis au pays où la ses* 
sion a lieu. Leur destination est déterminée par le Conseil. 

Art. XV. Le Comité de chaque session établit un règlement pard- 



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culier concernant toutes les dispositions sur lesquelles il n'est pas 
statué dans le présent règlement général. 

Art. XVI. Toute proposition tendant à modifier le règlement géné- 
ral devra être signée de dix membres au moins, déposée sur le bureau 
pendant le courant de la session, et soumise â l'examen du Conseil. 
Celui-ci, après en avoir délibéré, prépare un rapport qui est inséré, 
ainsi que la proposition, dans les publications du Congrès, et qui est 
mis aux voix sans discussion, par oui ou par non, dans la première 
séance de la session suivante. 

t ." Art. additionnel voté pendant la session de Bologne (i87i). 
La langue française est seule admise pour les communications Tcr- 
bates pendant les séances et dans la publication du compte-rendu du ' 
Congrès. et des mémoires qui y sont joints. 

a.ème Art, additionnel voté pendant la session deBudapesth(i876). 
Les membres du Congrès qui auront été nommés Vice-Présidents 
pendant quatre sessions, deviendront de droit Vice -Présidents hono- 




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QUESTIONS À DISCUTER 

Conformément à l'article vu du Règlement général, le 
Comité d'organisation a proposé les questions suivantes pour 
être spécialement discutées pendant le Congrès: 

I. Y a-t-il des preuves de l'existence de l'homme en Portugal pen- 
dant l'époque tertiaire? 

II. Comment se caractérise l'âge paléolithique en Portugal pendant 
l'époque quaternaire? 

ui. Comment se caractérise l'âge néolithique en Portugal? 
I." Dans les Kioekkenmoeddings de la vallée du Tage; 
1." Dans les cavernes, soit naturelles, soit artificielles, contenant 
des restes humains et des produits de l'art; 

3.° Dans les monuments mégalithiques et dans d'autres stations. 

IV. Quelles sont les notions acquises sur les caractères anatomiques 
des habitants du Portugal dans les temps préhistoriques? 

V. D'aprCs quels faits peut-on reconnaître la transition de l'âge de 
la pierre polie à celui du cuivre ou des métaux en Portugal ? 

VI. Quels sont les faits constatés sur la civilisation des peuples 
qui habitèrent le Portugal antérieurement à la domination romaine? 

Le Congrus visitera des grottes,des camps et des stations dans diffé- 
rentes localités aux envirotis de la capitale, ainsi que les couches ter- 
tiaires entre Alemquer, Otta et Azambuja. 

Après la clôture du Congrès on visitera les stations préhistoriques des 
deux Citamas de Britetros et de Sabroso, dans la province de Minho. 



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FONDATEURS, ANCIENS PRESIDENTS 
ET VICE-PRÉSIDENTS HONORAIRES 

MM Capeluni (le prof. Je-^n), président du CoagrÈs de la Spezîa ; fon- 
dateur. Bologne. 

CoKNAUA (le prof. Ehile), directeur du Musée de Milan; fun- 
dateur. Milan. 

Desor (le prof. E.), président du Congrès de Neuchâtel. Neu- 
châtel. 

Dupont (Ed.), directeur du Musée Royal d'Histoire Naturelle 

■ de Bruxelles- Bnure/to. 

Franss (A. W.), conservateur des andquirés nationales et des col- 
lections ethnographiques au «Biutish Muséum». Londres. 

GozzADiNi (lb comte g.), sénateur, pré^dent du Congrès de Bo- 
logne. Bologne. 

HAMU.TON (le comte H.), tncmbre de l'Académie Royale d'Archéo* 
logie, président du Congrès de Stockholm. Stockholm. 

LuBBOCK (sm John), Bart., F. R. S., président du Congrès de Nor- 
wich. Higk Elms, Farnbormigh (Kent). 

M0RTILI.ET (Gabriel de), professeur à l'École d'Anthropologie, 
attaché au Musée de Saint-Germain-en-Laye; fondateur. Satnt- 
Oermain (Seine-et-Oisej. 

PuLszEY (F. de), directeur du Musée National, président du Con- ■ 
grès de Budapesth. Budapesth. 

NiLssoN (Sven), membre de l'Académie Royale d'Archéologie. 

QuATRKFAGEs de Bréaux (A. de), membre de l'instiiut. Paris. 



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MM. Stoppani (l'abbé Antonio), professeur; fondateur. Florence. 

VmcHow (le t>R, Rudolph), professeur A l'Université de Berlin. 

Berlin. 
VoGT (le prof. Cabl). Genève. 

WoRSAAE (J. J. A.), directeur du Musée Archéologique de Copen- 
hague, président du Congrès de Copenhague. Copenhague. 



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LISTE DES DÉLÉGATIONS 



ALLEMAGNE 

MxM. LissAUER (A.), délégué de ta Société Anthropologique âe Danizig. 
ScHAAFFHAUSEN (H.), délégué de la Société Anthropologique d'Al- 
lemagne. 
ViRCHOw (R.), délégué de ta Société d Anthropologie de Berlin. 



BELGIQUE 
BoRMANS (S.), représentant du Gouvernement Belge. 

ESPAGNE 
ViLANOVA (J.), délégué du Gouvernement Espagnol. 

FRANCE 

Alclave(E.), représentant du Ministère de l'Instruction Publique. 

Bave (le baron J. de), délégué de la Société Française d'Archéo- 
logie. 

Cartailhac (E.), représentant du Ministère de l'Instruction Pu- 
blique. 

Magitot (E.), représentant du Ministère de l'Instruction Publique. 

Ploix (Ch.), représentant de la Société d'Anthropol^ie de Paris. 



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MM. Possji>oNto DA SiLVA (J.), rtpréïtniam de la SocJéié Académique 
Indo-ChinoÎM: de Paris. 
QuATfŒFAGEs (A. Dt), détégué de l'Associaiion Française pour 

l'avancement des sciences. 
SiFiÈRB (C), délégué de la Société Académique Hispa no -Portu- 
gaise de Toulouse. 

GRANDE-BRETAGNE 

Evans (J,), représentant de la Société des antiquaires de Londres, 
délégué de l'Institut Anthropologique de la Grande-Bretagne. 



BELLtJca (J.), délégué des Sociétés Italiennes d'Anthropologie et de 

Géographie. 
Capelmni (J.), délégué de S. M. le Roi d'Italie, représentant de 

l'Université Royale et de la ville de Bologne. 
PiGORiNi (L.), représentant du Gouveraement de l'Italie. 

LUXEUBOURG 

BoRUANS (S.), représentant de l'Institut Royal Grand Ducal du 
Luxcmhourf;. 

RDSSIE 

Antonovitch (V.), délégué de la Société d'Archéologie de Moscou 

et de l'Université de S. Vladimir à Kiev. 
Pawinski (A.), représentant de l'Université de Varsovie. 

SUÈDE 
HiLDEBRAND (H.), représentant du Gouvernement de Suède. 



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LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS 
ÉTRANGERS ET NATIONAUX 



Session de iSSo à Lisbonne' 



ALLEUAONE 

MM. AuEGG (le DR. H.), conseiller intime, directeur de la Maternité à 
Dantzig. Dantpg. 
DiERCKs (tx DR. Gustave). Liittïchaustrassc. Dresde. 

• Dreuve (le prof. C), membre de la Chambft des Députés. Sas- 

kocji», Danl^if;. 
DOcKER (le daron de), conseiller des mines de Prusse. Bucke- 

«Handeluann (le prop.), directeur du Musée d'Archéologie de 
Kiel. KUl. 

• Helm (O.), chimiste, membre de la Société Anthropologique 

d'Allemagne. Danljîg. 

• Hesse (M"e c.), née De Herwarth. Bonn. 

KvHn (le DR. Max), secrétaire de la Société d'Anthropologie de 
Berlin. Berlin. 

• KOsTER (le DR. E.), professeur en chirurgie. Berlin. 

• KùsTER { Mme Marie). Berlin. 

• Langerhans (le DR, Paul). Fribourg, Bade. 

' Le uom des membres pi^Hnu e>t ivii-édi d'un uljri^qua. 



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MM. # LissAutK (le DR. A.)j président de la Société d'Anthropolo^e de 
Daatzig. Darttjig. 
Mestorp (m<"° J.), conservateur du Musée d'Archéolc^ie de Kiel. 
Kiel. 
«MUNSTERBERC (M.). Datfljtg. 
Paetsch (le DR. I.), médecin. Berlin. 
Paetsch (M"ie I,). Berlin. 
#ScHAAFFHAusEN (le db. Hermann), conseîllcr intime, professeur a 
l'Université de Bonn. Bonn. 

* ScHAAFFHAusEN {m*"" Anne). Bonn. 

* Schaaffhausen (msI'« Elisabeth), Bonn. 

* ScHAAFFHAUSEN (mcHb Marie). BoKn. 
«Schaaffhausen (m">i« Mathildg). Bonn. 
#Stbin (Albert). £oHn. 

TiscHLER (le DR, O.), directeur du Musée d'Archéologie Préhis- 
torique de la Société Physico- économique de Koenigsberg. 
Koenigsberg. 

* ViRCHow (le DR. Rudolph), conseiller intitne, professeur à l'Uni- 

versité de Berlin. Berlin. 
Wekbeker (J.). Dusseldorf. 



AUTRICHE 

* Cornu (le dr. Jules), professeur de langues et littératures roma- 
niques à l'Université de Prague. Prague. 

Doelter(ledr. Charles), professeurs l'Université de Gratz, di- 
recteur du Musée Minéralogique Universitaire, ancien géologue 
de l'Institut Géologique de Vienne. Gratj, Styrie. 

Kalur (Jules). Kallenentgehen près Vienne. 

Lepkowski (le prof, J.), directeur du Musée d'Archéologie de 
l'Université de Cracovie. Cracovie. 

WuRMBKAND (le comte Gundak£r de). Ankensteitt près Petiau. 



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BELGIQUE 

MM. Bamps (Anatole). Bruxelles. 

*Beneden (P. J. van), professeur à l'Université de Louvain. Lou- 

«Blomme (le DR. A.), secrétaire du Cercle Archéologique de Ter- 
monde. Termonde. 
«Blomme (m"*). Termonde. 

• BoRMANS (Stanislas), archiviste de l'État, membre de l'Académie 

Royale de Belgique. Namur. 
«BoRMANs (u™). Namur. 

*Ceuleneer(ledr. Adolphe de), professeur à l'Université deLié- 
ge. Liège. 
Dupont (Ed.), directeur du Musée Royal d'Histoire Naturelle. 

Bruxelles. 
Janson (Paul), membre de la Chambre des Représentants de 
Belgique. Bruxelles. 
#OuN (Xavikr), membre de la Chambre des Représentants de 
Belgique, recteur de l'Université Libre de Bruxelles. Bnixel' 
les. 
Poydt (Marcel de). Liège. 

• Vanlaik (le prof.). Louvain. 

«Washer (Gustave), membre de la Chambre des Représentants 
de Belgique, administrateur des Hospices et des Hôpitaux de 
Bruxelles. Bruxelles- 

• Washer (m"). Bruxelles. 
WiLMART (Léopold). Blankenberghe. 



DANEHABE 

» Adseksen (le capitaine Frédéric). Copenhague. 

Archives du Musée des Antiquités du Nord. Copenhague. 
* Dannemand (m™ la comtesse), née comtesse de Schulin. Copen- 



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ri 



Enoklhakdt (le prof. Conrad), secrétaire de la Sociéié Royale 
des Antiquaires du Nord. Copenhague. 

HERnsT (C. F.), inspecteur au Mtisée des Antiquités du Nord. 
Copenhague. 

MuLu^R (SoPHus), archéologue adjoint au Musée des Antiquités 
du Nord. Copenhague. 

PETERSErf^LE iiR. Hëhri), archcologuî; adjoint au Musée des An- 
tiquités du Nord. Copenhague. 

ScHMiDT (i.E FROF. Vaij)emar). Copcnhague. 

Sehf.sted (F.), chatnbellan. Broholm, près Svendborg, Fionie. 

Steinkauer (C), inspecteur au Musée d'Ethnographie. Copen- 
hague. 

Stephëns (Georoe), professeur à l'Université de Copenhague. 
Copenhague. 

Strunk (A.), inspecteur au Musée des Antiquités du Nord. Co- 
penhague. 

Worsaae (J. J. a.), chambellan, directeur de plusieurs musées 
et des monuments archéologiques du Danemark, ancien pré- 
sident du Congrès de Copenhague. Copenhague. 



ESPAQNE 

Pherson (GuiLi-ERMo). 12, Salon del Prado, Madrid. 

Pherson (José), iî, Salon del Prado, Madrid. 

es (Mancel), professeur à l'Université Littéraire de SévUle. 

iéville. 

(DRAs V Burin (Antonio), avocat. 17, Cervantes, Séville. 

BiNO (Francisco M.), secrétaire de la Société d 'Anthropologie. 

o, Huenas, Madrid. 

ANOVA (Jt'^n), professeur de paléontologie au Muséum dHis- 

oirc Naturelle de Madrid, 12, S. Vicente Alta, Madrid. 

.ANovA (Josi^), ingénieur en chef au Corps des mines. PJaza 

-ommunion Santo Estévan, Valence. 



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FINLANDE 



AsPELiv (le prof. J. R.), conservateur du Musée Historique, se- 
crétiiire de la Société d'Archéologie de Finlande. Helsing/ois. 

BiBMuTHÈQUE dc l'Unlversîté. Helsîn^nrs. 

Donner (le prof. O.), viee-présidetit de la Société d'Archéologie 
de Finlande. Hehingfors. 

Mc;s^:e historique de l'Université. Hehinijfors. 

-Bancken (ledr.J.O.I.), ancien recteur du Lycée de Vasa. Vasa. 



FRANCE 

Acv (Ernest i>'). 40, Boulevard Malesherbes, Paris. 
#Ar.GLAVE (Emile), professeur i la Faculté de Droit de Paris, an- 
cien directeur de la Revue Scientifique. 91, rue du Point du 
Jour, Paris. 
Ameghino (Florentino). (36, rue Lebrun, Paris- 
Arcelin (Adrien), secrétaire perpétuel de l'Académie de HScon. 

Mâcon (Saône-et-Loire). 
Bataillard (Paul), archiviste à la Faculté de Médecine de Paris. 
6, rue Cassini, Paris. 
«Baye (le baron Joseph de). Château de Baye, Baye (Marne}. 
«Baye (m™ la baronne de). Château de Baye, Haye (Marne). 
«Bëausacq (m"' la comtesse de). 35, rue d'Amsterdam, Paris. 

Beauvois (Eugène). Corberon {Côte-d'O''). 
«Berthot (M.). Paris. 

RoNZOM (C), pharmacien. Monein (Basses- Pyrénées). 
«Bordé (l'arbé). Château de Baye, Baye (Marne). 
Boucher (Henri du), président de la Société de Borda. Dax 

(Landes). 
Boutelli.er (de), ancien député. 8, rue des Saints-Péres, Paris. 
• Cartailhac (Emile), directeur de la revue: Matériaux pour 
l'histoire primitive de l'homme. 5, rue de la Chaîne, Toulouse 
(Hauie-Garonne). 



,ïGoo' 



.glej% 



I. «Cazaus dk Fondouce (P.), secrétaire général de l'Académie des 
Sciences et Lettres de Montpellier. i8, rue des Ëtuves, 
Monipellier {Hérault). 

• Chantre (Ernest), sous-directeur du Muséum d'Histoire Natu- 

relle de Lyon. 37, Cours Morand, Lyon (Rhône). 

Chasteicner (le comte Alexis), ancien officier des Haras. 3, rue 
Duplessis, Bordeaux (Gironde). 

Chatellier (Paul du). Château de Kemuz, Pont-VAbbé (Finis- 
terre). 

Chautet (M.), notaire à Ruffec {Charente). 

Claudon (Édouaiid). Jardin des Plantes, Paris. 

• Cotteau (Edmond), membre de la Société de Géographie de Pa- 

ris. 4, rue Sédaine, Paris. 

• Cotteau (Gustave), ancien président de la Société Géologique 

de France. Auxerre (Yonne). 

Croizibr (le marquis de), président de la Société Académique 
Indo- Chinoise. Parts. 

Dai-eau (François), membre de la Société d'Anthropologie de 
Paris. Bourg-sur-Gironde (Gironde). 

Davy de Cussé (L.), conservateur du Musée Archéologique. 
Vannes {Morbihan). 

DucRosT (A), curé à Solutri (Saône-et-Loire). 
«EsCHENAUER (Auguste), administrateur du Bureau de Bienfai- 
sance. 149, Boulevard Saint-Germain, Paris. 

• Espous (le comte d'). Bois-Bonnard par Ville-Perdue (Indre-et- 

Loire). 

Falsan (Albert), géologue. Collonges-sur- Saône près Lyon 
(Rhône). 

Faucheux (Jules), percepteur. 12, rue Brocherie, Grenoble 
(Isère). 

Février (le oÉNiRAL). 34, Quai de la Charité, Lyon (Rhône). 

Fière (Paul), archéologue. Voiron (Isère). 

FoNTENiLLE (Paul de), membre inspecteur de la Société Fran- 
çaise d'Archéologie. Cahors (Lot). 

Garhigou (le DR. F.). 38, rue Valade, Toulouse (Haute -Garonne). 

Gassies (H), directeur du Musée Préhistorique de Bordeaux. 
Bordeaux. 



,ï Google 



l. Gaudrv (Albert), professeur de palëontotogie au Muséum. 7 bis, 
rue des Saints-Pères, Paris. 

* GuRD (Alfred), professeur à la Faculté de Sciences et à la 

Faculté de Médecine de Lille. 3j, rue Colbert, Lille {Nord). 

# GmoD, contrôleur principal. 3o bis, Boulevard Contrescarpe, 

Paris. 
GouRDON (Maurice), membre de la Société Géologique de 

France. Villa Maurice à Luchon {Haute-Garonne). 
*Gu[MET (Emile), r, Place de la Miséricorde, Lyon (Rhône). 
Hamy (T, E.), aide-naturaliste d'anthropologie au Muséum. 129, 

Boulevard Saint-Michel, Paris. 
Jacquinot (le DR.). Sawigny-les-Bois {Nièvre). 

# JoHANNOT (Henri). Anrtonay {Ardèche). 
JoRDELL (le DR.). 112, rue Je Rivoli, Paris. 

JouRNÉ (Ca-mille). 5, Mail des Taujtelles, Troyes. {Aube). 

Lair (le comte Charles de). 18, rue Las-Casas, Paris. 

Lamm (P. A.). 12, rue Sainl-Roch, Paris. 

Laktet (Louis), professeur à la Faculté des Sciences de Tou- 
louse. 14, rue du Poni de Tounis, Toulouse (Haule-Garon- 
ne). 

* Lauriëre {Jules de), secrétaire général de la Société Française 

d'Archéologie. i5, Rue des Saints-Pères, Paris. 
Leguay (Louis), trésorier de la Société d'Anthropologie. 3, rue 

de la Sainte-Chapelle, Paris. 
Lemaire (le prof,). 8, rue des Saints-Pères, Paris. 
Lemiëre (P. L.), membre de la Société d'Émulation des Côtes- 

du-Nord. Saint-Brieuc {Côles-du-Nord). 
Lortet(i.e DR. L.), directeur du Muséum d'Histoire Naturelle 

de Lyon, i, quai de la Guillotière, Lyon {Rhône). 
Lucas (Charles), architecte de la Ville de Paris. 8, Boulevard 

De nain, Paris. 
#Macitot {le DR. Emile), secrétaire général adjoint de la Société 

d'Anthropologie. 8, rue des Saints-Pères, Paris. 
Maret (Arthur de), membre de la Société Française d'Archéo- 
logie. Château du Menieux, Montambœuf {Charente). 
Marsy (le comte de), conservateur du Musée Vivenel. Compiè- 

gne {Oise). 



.,Ci 



^V. 



, «Martin (Henri), sénateur, membre de l'Institut. 38, rue Vital, 

Passy, Paris. 
MicouLs (V.), membre de la Société d'Émulation des Côtes-du- 

Nord. Saint-Brieuc {Câte-du-Nord). 
MiLLEscAMPS (Gustave), membre de la Société d'Anthropologie 

de Paris. 19, Boulevard Malcsherbes, Paris. 
MoREL, archéologue, receveur des finances. Nyons (Drôme). 
»MoRiN (Adolphe). Dieulefit (Drôme). 

MoRiN (Henri). Dieulefit (Drame). 
*MoRTiLLET (Gabbiei, de), professcuf a l'École d'Anthropologie, 

attaché au Musée des Antiquités Nationales. Saint-Germain- 

en-Laye (Seine-et-Oise). 
Nadaillac (le marquis de), iî, rue d'Anjou-Saint -Honoré, Pa- 
ris. 
NiLSSON (Knut), libraire- éditeur. 212, rue de Rivoli, Paris. 
*NoDET (Henri), membre de la Société Française d'Archéolofiie. 

20, quai do la Mégisserie, Paris. 
Ou-iER (le DR.), professeur à la Faculté de Médecine a Lyon. 

5, quai de la Charité, Lj^n (Rhône). 
Oluer de Marichard (J.), archéologue. Vallon (Ardèche). 

• Oppert (J.), professeur au Collège. de France. Paris. 

• Offert (m""»). Paris. 

Palustre (Léon), directeur de la Société Française d'Archéolo- 
gie. Rue de la Tranchée, Tours (Indre-et-Loire). 

Pabdo de Tavera (T. H.). 43, rue de Maubeuge, Paris. 

Perrin (André), éditeur. Chambéry (Savoie). 

Perrot (E.). 7, rue du Lycée, Laval (Mayenne). 
«Ploix (Charles), ingénieur en chef de la marine, président de 
la Société d'Anthropologie de Paris. 23, rue de l'Université, 
Paris. 

PoMHEROL (B.), avocat, rédacteur de la revue : Matériaux pour 
l'histoire primitive de l'homme. 36, rue des Écoles, Paris ou 
Veyre-Mouiou (Puy-de-Dôme). 
*PoucHET (le DR. G.), professeur au Muséum. 5, rue de Médicis, 
Paris. 

• QuATREFAGEs DE Bréau (A. de), mcmbrc de l'Institut, professeur 

au Muséum. Jardin des Plantes, Paris. 



Dipit.zPdhïGopglc 



MM. • QuATREFAGEs DE Bréau {I.éonce be), îngéiiieur. Jardin des Plan- 
tes, Paris. 

Rav (Jules), conservateur du Musée d'Histoire Naturelle de 
Troyes. Troyes (Aube). 

Rétif (pRÉutHii.), directeur des contributions directes. Besançon 
{Doubs}. 

RcviËRE (Emile), rédacteur de la Galette des Hôpitaux, membre 
de la Société d'Anthropologie de Paris. iSg, rue de Sèvres, 
Paris. 
«RoKiNEAU (Cyrille). ï5, rue de Marignan, Paris. 

• RoWNEAtJ (Théophile). 78, rue Lafayetie, Paris. 

• Roman (E.). Dieulefil (Drùtnei- 

Sabatier (Armand), professeur à la Faculté des Sciences de 

Montpellier, Montpellier {Hérault). 
SAlNT-^LDEPHONT(LEBARo^ de). 1 o, rue des Marans,A/ifcon (Siïi5«e- 

ei- Loire). 
Saint- Ildephont (m™ la baronne de). 10, rue des Marans, Md- 

con (Saône-et- Loire). 
Seidler (Charles), négociant. i3, rue Dobrée, JVatH/ej {io("re-/n- 

férieure). 

• SiPiËRE(CLÉMEKT),présidentdela Société Académique Hispano- 

Portugaise de Toulouse. 45, rue des Tourneurs, Toulouse. 
«SiPzÈRE (Henri). 4S, rue des Tourneurs, Toulouse. 
SoaÉTÉ Archéologique du Midi de la France. Toulouse. 
SociÉTÉ b'tIuuLATioN des Côtes-du-Nord. S. Brieuc (Côtes-du- 

Nord). 
Société d'histoire naturelle de Toulouse. Toulouse. 
Stirrup (Mark). Toulouse. 

Taillebois (E.), archiviste de la Société de Borda. Dax (Landes). 
TouRNiER (Benjamin). Toulouse. 
TouRNouËR (Raoul), ancien président de la Société Géologique 

de France. 43, rue de Lille, Paris. 
Travers (Emile). Caen (Calvados). 
Valentin (Florian), substitut du Procureur de la République. 

Monlélimar (Drame). 
VoGÎJÉ (le comte Melchior de), membre de Tlnstitut. 1, rue 

Fabert, Paris. 



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GRANDE BRUTAONE ET IRLAUSE 

[. Académie Royale d'Irlande. Dublin. 

Allen (J, Romillï). Edimbourg. 

Anderson (J.), conservateur du Musée d'Antiquités. Edimbourg. 

Athen^um Club. Pall Mail, Londres. 

Atkinson, (C. m.). aS, St. Oswald's Road, West Bromplon. 

Beck (le révérend j.). Btldeslon Rectory, tpswich. 

BiBLiOTHÈQtjE du «British Muséum». Londres. 

BiBLioTHÈcjuE et Musée publiques de la ville de Liverpool. 

Bibliothèque de l'Université de Cambridge. 

BoULASE (W. C), M. P., F. S. A. University Club, Londres. 

Brabrook (E. W.), F. S. A. 28, Abingdon Street, Londres. 

Brent (John), F. S. A. Canlerbury. 

BuRTON (F. W,), F. S. A., directeur de la Galerie Nationale. 
Londres. 

BusK (George), F. R. S. Si, Harley Street, Londres. 

Carprae (R.). Edimbourg. 

Carnarvon (le comte de), président de la Société des Antiquai- 
res de Londres. Burlington House, Londres. 

Clarke (Hvde). 3a, St. Geor^e's Square, Londres. 

Cochran-Patrick (R. W.), M. P., F, S. A. House of Gommons, 
Londres. 

Collection Christï. io3, Victoria Street, Londres. 

Collège de l'Université. Gower Street, Londres. 

CooK (Francis), vicomte de Monserrate. Richmond, Surrey. 

CooTE (H. C), F. S- A. i3, Westgate Terrace, Redcliffe Square, 
Londres. 

Darbishire (R. D), F. S. A. Victoria Park, Manchester. 

Dawkins (le prok. w. Boyd), F. R. S. Owens Collège, Man- 
chester. 

Day (Robert), F. S. A. Rochview, Montenotte, Cork, Irlande. 

Eu.iOT (sir Walter), K. C. S. I. Woljlee, Howîch, Ecosse. 
#EvANs (John), D. C. L., LL. D., F. R. S. Nash Mills, Hemel, 
Hempsted. 



^ 



„Google 



MM. *EvANs (Min>). Hempsted. 

• EvAHS {m«ii«). Hempsfed. 

Fergusson (Jaues), F. R. S. ao, Langham Place, Londres. 
FiTCH (Robirt), F. S. A. Nonvich. 
Franks (A. W.), F. R. S. BriiUb Muséum, Londres. 
Freshfield (Edwin), F. S. A. 5, Bank Buildings, Londres. 
GouDiE (Gilbert). 3g, Northumberland Street, Edimbourg. 
Greenwell (le chanoine W.), F. R. S. Durham. 
Grote (AnTHUR). Athenxum Club, Londres. 
Hailstone (Edward), F. S. A. Wallon Hall, Wakefield. 

• Harrison (Charles), F. S. A. to, Lancasier Gâte, Londres. 
HooKER (sir J. D.), F. R. S. Royal Gardens, Kew. 
HoVoRTH (H. H.), F. S. A. Ecdes, Manchester. 

«HuBBARD (Meii* Frances). Londres. 
Hughes (le prof. T. W K.), F. S. A. Trinily Collège, Cambridge. 
Institut Anthropologique de la Grande-Bretagne et d'Irlande. 

4, St. Martins Place, Trafalgar Square, Londres. 
Jones (le prof. T. Rupert), F. R. S. Powis Villa, Camberley. 

Lee (E. J.), F. S. A. Villa Syraatsa, Torquay. 

Long (Wiluam), F. S. A. Weslhay, Wringlon, Somerset. 

Lu&BOCK (sir John), Bart. M. P., F. R. S., ancien président du 
Congrès de Norwich. fligh Elms, Famborough, Kent. 

LuKis (le révérend w. C). Wath, Ripon. 

Mackenzie (J. Whiteford). t6, Royal Circus, Edimbourg. 

Major, (R. H.), F. S. A. 5i, Holland Road, Kensington, Londres. 

Maskelyne (le prof. N. S.), M. P., F. R. S. Salthrop, Wraughton, 
Swindon. 

Milman (H. s.), directeur de la Société des Antiquaires de Lon- 
dres. Lcmdres. 

MiTCHELU (Arthur), M. D., secrétaire de la Société des Antiquai- 
res d'Ecosse. Edimbourg. 

Morgan (Octavius), F. S. A. The Friars, Nemporl, Monmouth- 
stùre. 

MosELEY (le prof. h. N.), F. R. S. Oxford. 

Musée de Géolo^e Pratique. Jermyn Street, Londres. 

Newton (C. T.), C. B., F. S. A. British Muséum, Londres. 



,ï Google 



NiGHTiNGALE (J. E.), F. S. A. The Mmttt, WiUon, Wilts. 

NoRTHËSK (le comte de), F. s. A. St. George's Square, Londres. 

OuvRï (Fkédéric), F. S. A. la, Queen Anne Sireet, Londres. 

OwEN (le prof. Richard), F. R. S. British Muséum, Londres. 

Pekceval (C. s.), F. S. A. C4, Kccleston Square, Londres. 

Prestwich (le pRor. J.), F. R. S. Ox/ord. 

Pbicë (F. G. H.), F. S. A, 29, Weymouth Street, Londres. 

Price (J. E.), F. S. A. 60, Albion Road, Sloke, Newinglon. 

Read (C. h.), F. S. A. io3, Victoria Street, Londres. 

Reeves {F. W.). Londres. 

RivERs (le général a. Pitt), F. R. S. 4, Grosvenor Gardens, 
Londres. 

RoBiNSON (J. C), F. S. A. 10, Vork Place, Portman Square, Lon- 
dres. 

RoBiNsoN{T.W.U.),F.S.A.HatfieldHouse,iîoM^A/on-/?-Spm=', 
Durham. 

RoLLESTON {le prop. George), F. R. S. Oxford. 

RoTTON (J. F.), 3, Boitons, Brompion, Londres. 

RuDLER (F. W.), Royal School of Mines. aS, Jermyn Street, Lon- 
dres. 

Russell{lobd Arthur),M. P. 10, South Audley Streei, Londres. 

Simpson (le révérend W. Sparrow), D. D., F. S. A. 1 19, Kensiog- 
ton Park Road, Lambcth, Londres 

Smith {J. A.), M. D., secrétaire de la Société des Antiquaires 
d'Ecosse. Edimbourg. 

Smith (R. H. Soden), F. S. A., conservateur au Musée de South 
Kensington. Londres. 

Société des Antiquaires d'Ecosse. Edimbourg. 

Société des Antiquaires de Londres. Burlington House, Lon- 
dres. 

Société Royale. Burlington House, Londres. 
Spottiswoode (William), président de la Société Royale. 5o, 
Grosvenor Place, Londres. 

Sphatt (le contre-amiral), c. B., F. R. S. Tunbridge Wells. 

Spurrell (F. C, J.). Belvédère, Frith, KeiU. 

Stanley (l'honorable W. O.), F. S. A. Penrhos, Holyhead. 

Taliiot de Malahide (lord), Athena;um Club, Londres. 



r\ 



„Google 



The Art Librakv. Musée de South KunsingTon, Londres. 
TiMMiNS (S.)- Elvctham Lodge, Birmingham. 
TvLOR (E. B.), F. R. S. Linden, Wellington, Somerset. 
» Ward Beauclerk. Bryanston Square, Londres. 
Watson, (C. K.), secrétaire Je la Société des Antiquairt 

Londres. Burlington House, Londres. 
WiLLETT (Henry). Arnold House, Bnghlon. 
WvLiE (W. M.), F. S. A. Headington Villa, Ox/ord. 



GRÈCE 
Zaviziano (le prof. Constantin). Cor/ou. 



HONGRIE 

Ljuhic (l'abbé Siméon), directeur du Musée National. Zagrab. 
PuLszKv (François de), inspecteur général des Musées et des 
Bibliothèques de Hongrie, directeur du Musée National, an- 
cien président du Congrus de Budapesth. Budapesth. 
• RoMER (le DR. F, F.), abbé mitre, couseiller royal, professeur à 
l'Université Royale, conservateur de la Section Archéologique 
au Musée National. Budapesth. 



ITALIE 

Angelucci (le major Ancëlo), directeur du Musée d'Artillerie. 

ARorri (le chev. Jacques). Presicce, Terra d'Oiranto. 
«Bellucci (le DR. Giuseppe), professeur à l'Université de Pérouse. 
Pérouse. 
BoTTi (le chev. Ulderigo). Lecce, Terra d'Oiranto. 
#Bbunialti (Attilio), Pérouse. 

«Capeluni (Giovanni), professeur de géoI<^ie à l'Université 
Royale de Bologne. Bologne. 



.,Ci 



r 



1. Castelfranco {le prof. Pompeo). Milan. 

Chieriq {l'abbé g.), directeur du Musée de Re^o. Emilie. 

CoRNAUA {le pro?. Éimjo), directeur du Musée de Milan. Mi- 
lan. 

Deo Gratias (l'abbé Perrando). Stella Santa Giustina, Ligurie. 

Fabretti (le prof. Ariodante), conservateur du Musée d'Ar- 
chéologie à l'Université de Turin. Turin. 

FiDLER (Basile), Florence. 

FoRESTi {le DR. LuiGi),aide au Musée de Géolo^e. Bologne. 

GiAœMETTi (le DR. ViNCENzo), conservatcur du Musée Civique. 
Manloue. 

GozzADiHi {le comte g.), sénateur, ancien président du Congrès 
de Bologne. Bologne. 

* Incisa {le marquis Emmanuel Beccaria de). Rome. 

• Krauss (le prof. Alexandre). Florence. 

Marinoni (le chev. Camillo], professeur à l'institut Technique 
d'Udine. Udine. 

Narvegna (GitJSEPPE), pré^dent de ta Chambre du Commerce. 
Brindisi. 
*PiGORiNi (le DR. LuiGi), directeur des fouilles et du Musée Pré- 
historique Je Rome. Rome. 

Strobel (le prof. Pelleorino). Rome. 

Tarantini (Arc. Giovanni), directeur des fouilles à Brindisi. 



LUXEUBOUEIO 



ScHOETTEH {le DR. J.), professcur à l'Athénée de Luxembourg. 
iMxembourg. 



HOBVËQE 

Musée Archéologique de Christiania. 
RvGH (le prof. O.). Christiania. 

Undset {Ingvalc), gentilhomme de la Chambre, attaché au 
Musée Archéologique. Christiania. 



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PAYS-BAS 

MM. DiRKs (le DR. J.), président de la Société Frisonne d'Archéologie. 

Leeutvarden. 
GoDEFRoi (le DR. J.), secrétaire de la Société des Beaux-Arts 

et des Sciences de Nord-Brabant. Bois-le-Duc. 
Leemans (le DR. Conrad), directeur du Musée Royal Néerlandais 

d'Anthropologie et du Musée Royal d'Ethnographie. I^yde. 
Leemans (mœ» C. m.). Leyde. 



Urechia (Al 
Buckarest. 



BOUUANIE 
;), professeur â l'Université de Bucharest. 



RUSSIE 



*ANTOHoviTCH(VLADiMiK), professeurà l'Université deKiev. ^iev. 
LiKHATCHEFi' (le PROF. Amdré), conservateur à l'Université de 

Kasan. Kasan. 
Merjkowsky (Constantin). S.-Pétersbourg. 
MiERZYNSKi (le prof. A.), doyeu de l'Univer^té Impériale de Var- 
sovie. Varsovie. 
* Pawinski (le DR. Adolphe), professeur à l'Université Impériale de 
Varsovie. Varsovie. 
pRZEZDZiEtKi (le comte Contantin). Varsovie. 
«Zawisza (le comte Jean). Varsovie. 



SUÈDE 

Académie Royale des Belles-Lettres, d'Histoire et des Antiqui- 
tés de Sockkolm. 
AHLqvisT (ledr. a. g.). Vexio. 



.,Ct 



r^- 



BuiMBEUG (le dk. A. B.), attache au Muscc Royal d'Archéo- 
logie. Stockholm. 

Ekhoff (E.), attaché au Musée Royal d'Archéologie, Stockholm. 

Hamilton (le comte H.), grand chancelier des Universités sué- 
doises, ancien président du congrès de Stockholm. Stockholm. 

HiLDEBKAND (le dk. 6. E.), ancien secrétaire du Musée Royal 
d'Archéologie, ancien antiquaire du Royaume. Stockholm. 

• Hi[j>EBRAND (le DK. Hans), Secrétaire du Musée Royal d'Ar- 

chéologie, antiquaire du Royaume. Stockholm: 
Kbamer (le prof. J. h.), Stockholm. 
Klingspor (C. a.). Upsal. 
LuNDBERo (i^ DR. R, N. K.). Vexi'o. 
MoNTEuus (lc DR, Oscar), premier conservateur du Musée Royal 

d'Archéologie, Stockholm. 
OuvECKONA (K.), conseiller à la Cour Suprême du Royaume. 

Stockholm. 
Reventlov (le comte C, T>.). Harfva. 

• Roos (Gustaf). Sockholm. 

Stolpe (le DR. Hulmak), second conservateur du Musée Royal 

d'Archéologie. Stockholm. 
ToKiN (K.). Skara. 

WiDERG (le Di). Ch.4hlj!s F.), professcur au Lycée de Gctle. Gefle. 
WiTTLocK (le DR. J. A.), médecin, Vexio. 



SUISSE 

»Choff.*t (Paul), professeur à l'Université de Zurich. Zurich. 
• Choffat (Mlle). Zurich. 
Gkos (le dk. V.). Neuveville. 
Heek (le DR. OswAi.n), professeur a l'Université et nu Polytechni- 

eu m de Zurich. Zurich. 
MoKEL Fatio (A.), directeur du Musée Archéologique de Lau- 
sanne. Lausanne. 



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PORTUGAL 

MM. Aguiah (Antonio Aogusto de), conseiller honoraire, membre 

l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, professeï 

l'École Polytechnique. Lisbonne. 
Alemquer (le vicomte de), trésorier de la Société Royale 

architectes et archéologues portugais. Lisbonne. 
Allen (Eduardo Augusto), correspondant de l'Académie Ro; 

des Sciences de Lisbonne, directeur du Musée Municipal 

Pono. Porto. 
Alueida(Franciso José de), membre de la Société Royale 

architectes et archéologues portugais. Lisbonne. 
Almeida Carvalho (Joâo Carlos de). Lisbonne. 
Andrade Corvo (Joâo de), conseiller d'état, ministre honors 

membre de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne 

recteur de l'École Polytechnique. Lisbonne. 
Arbués Moreira (Carlos Ernesto de), conseiller honoraire, 
■ néral de brigade, directeur général des travaux géodésiq 

topographiques, hydrographiques et géologiques du Royau 

Lisbonne. 
AzEVEDo (Fernando de), correspondant de l'Académie Ro; 

des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 
Barbosa (le DR. Antonio Maria), conseiller honoraire, merr 

de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, profesi 

a l'École de Médecine. Lisbonne. 



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Bakhosa nu Bocage(ledr. José Vicente), membre de l'Académii' 
Royale des Sciences de Lisbonne, professeur à l'École Poly- 
technique, président de la Société de Géographie de Lis- 
bonne. Lisbonne. 
Benalcanfoh (le vicomte i)ë), membre de l'Académie Royak- 

dcs Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 
Berkeley Cotter (Jorgë Candido), adjoint de la Section deï 

travaux géologiques. Lisbonne. 
Bernaroes Bkanco (Manuel), associé provinciel de l'Académie 

Royale des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 
Bettencourt Raposo (Pedro Antonio), professeur ù l'École de 

Médecine de Lisbonne. Lisbonne. 
Bocage (Carlos Roma du), capitaine du génie, correspondam 

de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 
BuRNAV (Eduamdo), médecin. Lisbonne. 

Carvalho (le DR. Thomaz de), membre de l'Académie Royale 
des Sciences de Lisbonne, directeur de rE:x:ole de Médecine. 
Lisbonne. 
Carvalho (Tito Aucusto de), chef de bureau au Ministère de 

la marine. Lisbonne. 
CoELiio (Eduabdo), rédacteur en chef et co-propriétaire du jour- 
nal "Diario de Noiicias». Lisbonne. 
CoELHo (!•'. Adot.pho), professeur A l'École Supérieure des Let- 
tres. Lisbonne. 
CoNtEiçÂo (Alexandre da), ingénieur civil. Figueira.da Foj. 
CoNsiGUERi Pedroso (Zofiho), professeur à l'École Supérieure 

des Lettres. Lisbonne. 
CoRDBiRO (LucLANo), secrétaire de la Société de Géographie de 

Lisbonne. Lisbonne. 
CoHREiA Barata (le DR. FRANCISCO AuGusTo), profcsscor à la 
Faculté de Philosophie de l'Université de Coïmbre. Cam- 
bre. 
Costa Basto (Joâo Pedro d a), correspondant de l'Académie 

Royale des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 
CuMANo (JusTiNo), médecin. Faro. 
CuNHA Seihas (Antonio da). Lisbonne. 
CuNHA Skixas (José Maria da), avocat, Lisbonne. 



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Daveau (Jules), conservateur du jardin botanique de l'École Po- 
lytechnique de Lisbonne. Lisbonne. 

Delgado (Joaquim Philippe Nery), major du génie, adjoint de 
la Section des travaux géologiques, correspondant de l'Aca- 
démie Royale des Sciences de Lisbonne. Lionne. 

Ennes (Antonio), licencié -ès-leitre s. Lisbonne. 

EspREGUEiRA (Manuel Affonso de), directeur de la Compagnie 
Royale des chemins de fer portugais. Lisbonne. 

EsTACio DA VciGA (Sebastjâo Philippes Martins), correspondant 
de l'Académie Royale des Sciences de Lbbonne. Lisbonne. 

Feuô (Joâo Maria), conseiller honoraire, vice-président de la 
Société Royale des architectes et archéologues portugais. Lis- 

Ferreira de LouREiRo (AooLPHo), major de l'état-major. Co'im- 

Ferrewa Pinto (IsinoRo). Selubal. 

FicALHo (le comte de), membre de l'Académie Royale des Scien- 
ces de Lisbonne, professeur â l'École Polytechnique. Lisbonne. 

Figanière (Jorge César de), correspondant de l'Académie Roya- 
le des Sciences de Lisbonne, sous-directeur du Ministiïre des 
Affaires Étrangères. Lisbonne. 

FoNSECA GouvEiA (Abiuo Guedes da). Lisbonne. 

Gaspar Gomes (le DR. Joaquim Eleutherio), correspondant de 
l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, professeur à 
l'Institut généra] d'agriculture. Lisbonne. 

Geraldes (le DR. Albino), professeur à la Faculté de Philoso- 
phie de l'Université de Coïmbre. Ofimbre. 

Girard (Alberto). Lisbonne. 

Gomes (Joaquim da Conceiçâo), membre de la Société Royale 
des architectes et archéologues portugais. Lisbonne. 

Gonçalves Vianna (Amceto dos Reis), chef de Section à la Di- 
rection Générale des Douanes. Lisbonne. 

Henriques (le DR. Juuo Aucusto), professeur à la Faculté de 
Philosophie de l'Université de Coïmbre. Cdxmbre. 

HiRSCH (le DR. loNAcio DE Almeida), médecin. Lisbonne. 

LABOtJLAYE (Paul de), ministre plénipotentiaire de France à Lis- 
bonne. Lisbonne. 



..GoiilT"*^ 



I-OPEs (JoÂo CaklosI, professeur à l'École de Médecine de Porto. 
Porlo. 

Malheiro (l^URENço), ingénieur des mines. Lisbonne. 

Martins Sarmento (Francisco), correspondant de l'Académie 
Royale desSciences de Lisbonne, bachelier en dvon.Guimarâes- 

Mattos {Antonio Joaquim de), officier de bureau à la Douane. 
Lisbonne. 

Mendonça Cortez (le DR. JoÂo José), professeur â la Faculté 
de Droit de l'Université de Coïtnbre. Coimbre. 

Mesnier (Pedro Gastâo). Lisbonne. 

MoNCOKVo (E. DE Athaide). Lisbonne. 

MuNRo (Carlos A.), trésorier de la Société Royale des archi- 
tectes et archéologues portugais. Lisbonne. 

Nevës Cabral (José Augusto Cesah das), correspondant de 
l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, ingénieur des 
mines. Lisbonne. 

Olivf.iba FeuÂo (Francisco Augusto de), professeur à l'École 
de Médicine de Lisbonne. Lisbonne. 

Oliveira Martins (J. p.). Povoa de Varpm. 

Palmeiriu (Augusto Xavier), conseiller honoraire, général de di-. 
vision. Lisbonne. 

Paula e OuvEiRA (Francisco de), lieutenant d'artillerie. Lisbonne. 

pEQurro (Rodrigo Affonso), professeur â l'Institut Industriel et 
Commercial de Lisbonne, secrétaire de la Société de Géogra- 
phie de Lisbonne. Lisbonne. 

Pessoa (Olïmpio Juuo), médecin. Lisbonne. 

PossmoNio DA SiLVA (Joaquim), architecte de S. M. le Roi, pré- 
sident de la Société Royale des architectes et archéologues 
portugais. Campotide de Baixo près Lisbonne. 

Rakalho OkticÂo (José Duarte), chef du bureau de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne. Lisbonne. 

RiBEiRo (Carlos), colonel d'artillerie, membre de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne, chef de la Section des tra- 
vaux géologiques. Lisbonne. 

RooRiQUEs (José Juuo), correspondant de l'Académie Royale 
des Sciences de Lisbonne, professeur à l'École Polytechnique. 
Lisbonne. 



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RoDRiGUEs Ferreira (Sihâo). Peiofiel. 

Roquette (Francisco Ferreiha), ingénieur des mines, professeur 
â l'Institut Industriel et Commercial de Lisbonne. Lisbonne- 

Saldanha d'Oliveira e Sousa (dom José de), secrétaire de la So- 
ciété Royale des architectes et archéojogues portugais. Lis- 

Salzbero (t.E BARON Emmanuel be), secrétaire de la légation 
J 'Autriche-Hongrie a Lisbonne. Lisbonne. 

Sanches de Baeha (l^ vicomte de), membre de la Société Royale 
des architectes et archéologues portugais. Lisbonne. 

ScHiAPPA d'Azevedo (Joâo Baptista), chef du bureau des mines, 
professeur à l'Institut Industriel et Commercial de Lisbonae. 
Lisbonne. 

SiLVA (Carlos Bento da), conseiller d'état, ministre honoraire. 
Lisbonne. 

SiLVA Amado {le DR. Jos£ JoAQoiM da), correspondant de l'Aca- 
démie Royale des Sciences de Lisbonne, professeur à l'École 
de Médecine. Lisbonne. 

SiLVESTRE Ribeiro (José), conseiller et ministre honoraire, mem- 
bre de l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne. Lis- 
bonne. 

SiMÔES (le DR.AU0USTO Phiuppe), correspondant de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne, professeur à la Faculté de 
Médecine de l'Université de Coïmbre. Cdïmbre. 

SouzA ViTERBO (Francisco Marques de), médecin. Lisbonne. 

Teixeira de Aragâo (Aucusto Carlos), membre de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne, professeur d'hygiène mili- 
taire. Lisbonne. 

Toledo (Joaquim Garcia de). Lisbonne. 

TouRETTE (Aiwtj'HE). Seiubal. 

Valle (Illidio Avres Pereira do), professeur à l'École de Mé- 
decine de Porto. Porlo. 

Vasconcellos (Frederico Augusto de), bachelier en philosophie, 
ingénieur des mines, adjoint de la Section des travaux géolo- 
giques. Lisbonne. 

Vasconcellos (Joaquim de), archéologue, membre de la Société 
d'Instruction Publique de Porto. Porlo. 




Vasconcelxos Abreu (Guilhekme de), professeur â l'École Su- 
périeure des Lettres. Lisbonne. 

Vasconcellos Abreu (m"™ de). Lisbonne. 

ViLHENA Barbosa (Ignacjo t>E), membre de Académie Royale des 
Sciences de Lisbonne. Belem. 

WiTTNicH (RicARDO Henriqxjë), adjoint lie la Section des travaux 
géologiques. Lisbonne. 



,ï Google 



OUVRAGES OFFERTS AU CONGRÈS 



Arceuk (Asrien), La classification archéologique appliquée à l'épo- 
que quaternaire, Paris 1880. 

Bataillard (Paul), Les derniers travaux relatif aux bohémiens 
dans l'Europe orientale, Paris 1872. 

Batah-lard (Paul), Notes et questions sur les bohémiens en Algé- 
rie, Paris 1S74. 

Bataillard (Paul), Sur les origines des bohémiens ou tsiganes, 
avec l'explication du non tsigane, Paris 1875. 

Bataillard (Paul), Sur les origines des bohémiens ou tsiganes. 
Les tsiganes de l'âge du bronze, Paru 1876. 

Bataillard (Paul), État de la question de l'ancienneté des tsiga- 
nes-en Europe, Paris 1877. 

Bataillard (Paul), Les zlotars dits aussi dzvonkars, tsiganes fon- 
deurs en bronze et laiton dans la Galicie orientale et la Bukovine, Pa- 



Bataillard (Paul), Sur les anciens métailur|;es en Grtee, Paris 



"'°cJ 



D (Paul), Historique et préliminaires de la question de 
nmponation du bronze dans li nord et l'occident de l'Europe par 
les t^ganes, Paris 1880. 

Bave (le baron J. de), Histoire naturelle de l'homme. Époque de 
la pierre polie, grottes préhistoriques de la Marne, Paris iS7a. 

Baye (le baron J. de). Pointes de flèches en silex à u-anchant 
transversal, Pan'i 1874. 

Bave (le baron J. de), Notice sur les p-ott^s préhistoriques de la 
Marne, Paris 1875. 

Bave (le baron J. de), L'art étrusque en Champagne, Tours 1875. 

Baye (le baron J. de), Les grottes à sculptures de la' vallée du Petit- 
Morin, Tours i875. 

Bave [le baron J. de). Congrès International d'Anthropologie et 
d'Archéolo^e préhistoriques. Compte-rendu de la septième ses^on te- 
nue & Stockholm, Par» i875. 

Baye (le baron J. de), La trépanation préhistorique, extrait de 
■L'archéologie préhistorique», Paris i876. , 

Baye (le baron J. de), Congrès International d'Anthropologie et 
d'Archéolo^e préhistoriques. Compte-rendu de la huitième sesùon te- 
nue à Budapest, Tours i876. 

Bave (i.e baron J. de), Mémtûrc sur la nécropole franque d'Oyes, 
Tours 18/6, 

Baye (le baron J. de), Sépultures gauloises de Flavigny, Paris 

■877. 

Baye (le baron J. de). Les amulettes crâniennes à l'âge de la pierre 
polie, Tours i878. 



^ 



„Gexigle 



Bave (le baron J. de), L 'archéologie préhistorique, Paris 1880. 

Baye {le baron J. de), Catalogue du Musée de Baye, Châlons-sur- 
Marne 1880. 

Bulletino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno i, Parma i875. 

Bulletino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno 11, Parma i876. 

Bulletino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno m, Reggto dell'EmUia 1877. 

Butlclino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno iv, Reggio deirEmitia i878. 

Bulletino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno v, Reggio delVEmUta 1879. 

Bulletino di paletnologia italiana, diretto da G. Chierici, L. Pigorini 
et P. Strobel, anno vi, n.° i a 6, Reggio dell'EmUia 1880. 

Gapeluni (J.)| Congrès intemationald'Anthropologieetd'Archéo- 
logie préhistoriques. Compte-rendu de la cinquième sesûon à Bologne 
^%^^, Bologne i873. 

CARTAiuiAc(ÉMiLE),Rapport sur la paléoethnologie. [I. Période néo- 
lithique ou de la pierre polie, Toulouse i878. 

Cartailhac (Ëmil£), Matériaux pour l'histoire primitive et natu- 
relle de l'homme, xiv vol., ï' série, tome x, 1879, Toulouse 1879. 

Catalogue spécial de l'Exposition des sciences anthropologiques 
tenue à Paris en 1878, Paris 1878, 

Cazalis de Fondouce (P.), Les temps préhistoriques dans le sud- 



,ïGoc 



^gle^ 



est de la France, i*" livraison. L'homme dans la vallée inférieure du 
Gardon, Paris 1872. 

Cazalis de Fondouce (P.), Les temps préhistoriques dans le sud- 
est de la France, 2' livraison. — Allées couvertes de la Provence, z ca- 
Uers, Paris iS7Z-i878. 

Cazaus de Fondouce (P.), Les allées couvertes de la Provence. Ré- 
sumé extrait du iBuIleiin monumental', Tours 1877. 

Cazaus de Fondoijce (P.), Ébauche d'une carte archéologique du 
département de l'Hérault, AfontpeZ/i'er 1880. ' 

Cazaus de Fondouce (P.), Action érosive du sable en mouvement 
sur des cailloux de la vallée du Rhône, Paris 1880. 

Chantre (Ernest), Les palafittes ou constructions lacustres du lac 
de Paludru, Grenoble i87i. 

CHANTitE (Ernest), Age du bronze. Recherches sur l'origine de la 
métallurgie en France. Paris i877. 

Chantre (Ernest), Les nécropoles du premier âge du fer des Al- 
pes françaises, Lyon 1878. 

Chantre (Ernest), Observations sur les séries préhistoriques de 
quelques musées de l'Autriche, Toulouse 1879. 

Chantre (Ernest), Association lyonnaise des amis des sciences na- 
turelles. Compte-rendu de l'année 18/8-1879. Séance générale du 2 fé- 
vrier 1879, Lyon 1879. 

Chantre (Ernest), Le premier âge du fer dans le bassin du Rhône, 
Nécropoles et Tumulus. Lyon 1880. 

Chantre (Ernest), Relations entre les sistres bouddhiques et cer- 
tains objets de l'âge du bronze européen, Lyon 1880. 



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CoELHO (F. Adolpko), Revista d'Ethnologia et de Glottologia, fas- 
cicule i.o, Lisboa 1880. 

Société Française d'Archéologie. Congrès archéologique de Fran- 
ce. Compte-rendu de la xlvi session générale tenue à Vienne en iSTg, 
Paris 1880. 

Damour (A.) et Fischer, Notice sur la distribution géographique 
des haches et autres objets préhistoriques en jade, néphrite et en jadéite, 
Paris i878. 

Deutsche Gesellschafï (ur Anthropologie, Ethnologie und Urge- 
schichte. Verhandlungen der xi allgemeinen Versammiung, zu Berlin, 
im AugusT 1880. 

Evans{John), Petit album de l'âge du bronze de la Grande-Bretagne, 
Londres i876, 

Falsan et Chantke, Monographie géologique des anciens glaciers 
et du terrain erratique de la partie moyenne du bassin du Rhône. To- 
mes I et n avec un atlas, Lyon 1879-1880. 

Fischer (H.), Ueber die Herkunft der sogenannten Amazonensteine, 
sowie iiber das fabelhafte Amazonenvolk seibst. 

Fischer (H.), Ueber prahistorische Kieselwerkzeuge. 

Fischer (H.), Ueber die Fâhigkâii der Quarzvarietâten, zu Werkzeu- 
gen u. s. w. verarbeilet zu werden, Berlin 1880. 

Fischer (H.), Uebersicht iiber die in ofFentlichen und Privat-Mu- 
seen Deutschiands, Oesterreichs, der Schweiz und Oberitaliens vorfind- 
lichen grôsseren Beile aus Nephrit, Jadeit und Chloromelanit, Berlin 
1880. 



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LEçoKO.-c « le Congrès 



r'..«;ani, prts ik Ro- 



ly Google 



MosTiLLCT (Gabriel ds\ Oripne de la navigation et de la pêche, 
Paris i867. 

Mmtillet (Gabwh, de), Les potiers âllobroges. Méthodes des 
Kiences oaturelles appliquées à l'archéolo^e, Amecy 187^ 

MoRTUiET (Gabriel de). Fouilles des dolmens de Montaubert et 
de N(^ês (Aïe)Ton), Tauloust 1879. 

H0RTILLET (Gashkl de). Sur l'ori^ne des animaux domestiques, 
Paris 18(9. 

Pavi-inski (Adolf), Cmentarzysko w dobrysiycach, Wars^au-a i875. 

PiujOt (Emile), La collection prélystoiique du Musée de Troyes à 
l'Eipoàtion des sciences anthropologiques de i8"8, Troyes iSTg. 

PiLLOT (Éjnti), Notice sur les habitations préhistoriques de l'épo- 
que lacustre de Villechétif près de Troyes, Troyes 1880. 

PoMMEfiOL (B.), Comptes- rendus des publications d'anthropologie 
de langue allemande, Parts iSTg. 



QuATRETACEs (A. de), L'espÈcc humaine, Paris 1880. 

Rygh (O.), Norske Oldsager, Christiania 1880. 

Strobel (Pellegriho), Materialî di paletnologia comparata, raccoUî 
in Sudamerica. Primo e seconde fascicolo, Parma 1868. 

UsBSET (Inovalb), Fra Norges seidre Jemalder, ii5o*e'''«t^ ''*^- 

Undset (Ingvald), Études sur l'i^e de bronze de la HotifT''- 
Christiania 18R0. 

Vehnes (Maurice), Revue de l'histoire des relij^ons. Premit-; »■ 
née, tome 1, n." i,a,3, Parts 1880. 



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I 



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LoRTET et Chantre, Recherches sur les Mastodontes et les faunes 
mammalogiques qui les accompagnent. 
I. Les Mastodontes, Lyon 1879. 

Magitot (E.), Lettres de Suède écrites à l'occasion du Congrès 
d'Anthropologie et d'Archéologie Préhistoriques, Session de Stockholm, 
août i874, Parti 1874. 

Magitot (E.), Lettres de Hongrie écrites à l'occasion du Congrès 
International d'Anthropologie et d'Archéologie Préhistoriques, Session 
de Pesth, septembre i876, Paris i876. 

Magitot (E.), Rapport sur quelques questions ethnographiques et 
anthropologiques au Congrès de Pesth, Paris 187S. 

Magitot (E,), Études et expériences sur les traces de l'existence 
de l'homme aux temps tertiaires, Paris i878. 

Magitot (E.), Lettres de Russie sur l'Exposition et le Congrès 
d'Anthropologie de Moscou, Paris 1879. 

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Paris i867. 

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sciences naturelles appliquées à l'archéologie, Amecy 1879. 

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de Noguiès (Aveyron), Toulouse 1879. 

MoRTiLLET (Gabriel de), Sur l'origine des animaux domestiques, 
Paris 1879. 

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l'Exposition des sciences anthropologiques de i878, Troyes 1879. 

PiLLOT (Emile), Notice sur les habitations préhistoriques de l'épo- 
que lacustre de Villechétif près de Troyes, Troyes 1880. 

PoMMEROL (B.), Compte s- rendus des publications d'anthropologie 
de langue allemande, Parts 1879. 

Quatbefages (A. de), L'espèce humaine, Paris 1880. 

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Strobel (Pelleorino), Materiali di paletnologia comparata, raccolti 
in Sudamerica. Primo e secondo fascicolo, Parma 1868. 

Undset (Ingvald), Fra Norges œldre Jernalder, Kjëbenhavn 1880. 

Undset (Ingvald), Études sur l'âge de bronze de la Hongrie, 
Otrisliania 1880. 

Vernes (Maurice), Revue de l'histoire des religions. Première an- 
née, tome I, n." i,î,3, Paris 1880. 



ViRCHow (Rudolf), Ueber den Schadel des jungen Gorilla, Berlin 



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1874- 

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Zawisza (Jan), La caverne du Mammouth en Pologne, Varsovie 
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1879, Wars^atua 1879. 



DigitizsdbyGOOgle 



DONS ET FAVEURS 



Sur la demande faite par le Bureau, les compagnies des chemins 
de fer du Portugal et de l'Espagne ont bien voulu accorder aux mem- 
bres du Congrès, se rendant à Lisbonne, une réduction de 5o pour cent 
sur le prix des places. 

Dans les chemins de fer de l'Etat le transit était gratis pour tous 
les membres du Congrès. 

Tous les membres du Congrès reçurent des invitations pour assis- 
ter au spectacle du aS septembre dans Je théâtre Recreios Whitioyne, 
le seul qui se trouvait ouvert à Lisbonne, pendant la saison. 

La rédaction du Jornal de Noticias envoya â chacun des membres 
du Congrès un exemplaire, fac-similé du frontispice et de trois lignes 
de XaGa^eta de Lisboa,le premier journal imprimé en Portugal (1641), 
accompagné d'une notice sur cette publication et sur les progrès de la 
presse politique dans le pays. (Ces, exemplaires furent composés exprès 
pour le Congrès Littéraire International, qui se réunit à Lisbonne à 
celte occasion). 

L'Académie Royale des Sciences de Lisbonne fit également dis- 
tribuer à chacun des membres du Congrès des exemplaires de trois 
de ses publications, savoir: la traduction du Discours de la couronne 
de Démosthènes, précédée d'une longue étude sur la civilisation grec- 
que, par le secrétaire général de l'Académie, M. Latino Coelho 
Éloge de Camôes, id.; Table de bronje d'AIjustrel (romaine) par li 
directeur du Musée de l'Algarve, M. Estacio da Veiga; Compte-rendt 
de la séance publique de ) 'Académie Royale des Sciences de Lisbonne 
le 9 juin 1880, à l'occasion de la célébration du tricentenaire de Ca 



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septembre. Dîner à r«Hôtel Victor» (Cintra), le 28 septembre. Dîner à 
Braga, le 3o septembre. 

Le CoMfTÉ d'Orcanisation se chargea aussi du logement à Braga, 
et des iransports des différents membres du Congrès, par les chemins 
de fer aussi bien que dans les voitures ordinaires, pendant les quatre 
excurMOOS qui faisaient partie du programme, Otia, Mugem, Cascaes 
et Cintra, ei Citania de Briteiros. 



ÉtabllBBoments pablios et privés 
onrerts au membres du Congres pendant la Sessloii 

Musée numismatique, bibliothèque royale, au Palais d'Ajuda. 

Observatoire astronomique, Parc d'Ajuda. 

Parc de Necessîdades, palais du Roi Dom Fernando. 

Galerie de tableaux de M. le vicomte de Daupias. 

École de Médecine et Hôpital Royal de S. losé. 

Musées de zoologie, de minéralogie. Jardin botanique et Observatoire 
météorologique de l'École Polytechnique. 

Acadéoiie Royale des Beaux-Arts, Bibliothèque Nationale et Musée ar- 
chéologique de l'Algarve (ancien couvent de Saint-François). 

Musée archéolo^que de Carmo. 

Musée colonial, près de l'Arsenal de la Marine. 

Chapelle de Saint-Jean^aptiste dans l'Église de Saint-Roch. 

Église du Sacré Cœur-de-Jésus (Estrela). 

Ë^ise de Sainte- Marie de Bêle m. 

Tour de Belem. 

Arsenal Militaire. 

Abattoir Municipal. 

Aqueduc et réservoir d'Aguas Livres, etc. 



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Réoeptione aolensellsH, fâtsa et banquets 
offerts aux memDrea du Oongrèa, pendant et après la Session 

Par S. M. LE ROI DOM LUIZ, dîner au Palais d'Ajuda, le ï6 sep- 
tembre. 

Bal au Château Royal de Cascaes, le 18 septembre. 

Par S. M. LE ROI DOM FERNANDO, réception au Palais de Neces- 
sidades le 26; réception et lunch au Château de Pena (Cintra), le zS 
septembre. 

Par M. F. Martins Sarmento, réception et lunch dans la Citania 
de Briteiros (Minho), le 1 octobre. 

Réceptions par les dames à Cintra, le 28 septembre. 

Par I 'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, dîner le 29 sep- 
tembre, dans le grand salon de l'Arsenal de la Marine. 

Par la Société d'Instruction de Porto, dîner à T'Hôtel do Porto-, 
séance extraordinaire dans le grand salon, feu d'artifice et concert 
aux jardins du Palais de Cristal, le 1 octobre. 

Par le maestro, M. Breton, directeur de la Société Union Artislîco- 
Musical de Madrid, et au nom de la même Société, grand concert au 
Colisée de Lisbonne, le 16 septembre. 

Par le commandant du 8*"" régiment d'infanterie, concerts de la 
bande martiale du régiment, pendant le dîner, et le soir au jardin de 
Sant'Anna (Braga), le 3o septembre. 

Par la Municipauté de la ville de Lisbonne, dîner dans le grand 
salon de l'Arsenal de la Marine, le a? septembre. 

Par la Municipauté de la ville de Porto, réception à la gare des 
chemins de fer de CampanhS, le i octobre. Des appartements ont été 
destinés aux membres du Congrès dans les hôtels "do Porto» et «Franc- 
fon>. Des voitures furent aussi mises à leur disposition. 

Par le Gouverneur Civil du district de Santarem et par les Muni- 
cipaljtés de Santarem, Almeirim et Salvaterra de Magos, réceptions et 
fêtes le 24 septembre. 

Par le Comité d'Organisation. Déjeuners â Olia, le 21, à Mugem 
le 24, a bord du transport de guerre VA/rica, devant Cascaes, le 28 



^ 



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i 



septembre. Dîner à i'^HÔtel Victor* (Cintra), le 28 septembre. Dîner à 
Braga, le 3o septembre. 

Le CoHrrË d'Organisation se chargea aussi du logement à Braga, 
et des transports des diSercnts membres du Congrès, par les chemins 
de fer aussi bien que dans les voitures ordinaires, pendant les quatre 
excursions qui faisaient partie du programme, Otta, Mugem, Cascaes 
et Cintra, et'Citaaia de Briteiros. 



ÉtabllBsements publics et privés 
ozLverta attx memDres du Oougrèa pendant la Session 

Musée numismatique, bibliothèque royale, au Palais d'Ajuda. 

Observatoire astronomique, Parc d'Ajuda. 

Parc de Necessidades, palais du Roi Dom Fernando. 

Galerie de tableaux de M. le vicomte de Daupias. 

École de Médecine et Hâpiul Royal de S. José. 

Musées de zoologie, de minéralogie. Jardin botanique et Observatoire 
météorologique de l'École Polytechnique. 

Académie Royale des Beaux-Arts, Bibliothèque Nationale el Musée ar- 
chéologique de l'Algarye (ancien couvent de Saint-François). 

Musée archéologique de Carmo. 

Musée colonial, près de l'Arsenal de la Marine. 

Chapelle de Saint-Jean-Baptiste dans l'Église de Saint-Roch. 

Église du Sacré Cœur-de-Jésus (Estrela). 

Église de Sainte-Marie de Belem. 

Tour de Belem. 

Arsenal Militaire. 

Abattoir Municipal. 

Aqueduc et réservoir d'Aguas Livres, etc. 



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ORDRES DU JOUR DES SEANCES 

EXCURSIONS 
DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL 



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ORDRES DU JOUR DES SÉANCES 
EXCURSIONS 

DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL 



Dimanolie, 19 septembre 

La réception des membres du Congrès eut lieu au Se- 
crétariat (Section des Travaux Géologiques du Portugal), 
dans l'édifice de l'Académie Royale des Sciences de Lis- 
bonne. 



SÉANCE D'OUVERTURE 

Lundi, 20 septembre 
Présidence de M, Andrade Corvo, président. 

La séance est ouverte à une heure, en présence de 
S. M. le Roi Dom Luiz, Protecteur de la g*"* session du 
Congrès, et de S. M. le Roi Dom Fernando, Président 
d'honneur. 

La grande salle de la bibliothèque de l'Académie Royale 
des Sciences de Lisbonne, richement décorée, est divbée en 
deux parties. Dans la première, où se trouve le trône ré- 
servé à Leurs Majestés, prennent place les ministres, de l'In- 
térieur M. Braamcamp, des Finances M. Barros Gomes, des 






4 
Travaux Publics M. Saraîva de Carvalho, de la Justice 
M. Adriano Machado, de la Marine M. le Vicomte de 
S- Januario, de la Guerre M, J. Ghrysostomo d'Abreu e 
Sousa. Cette enceinte est aussi réservée aux membres du 
Corps diplomatique, à ceux de l'Académie, aux hauts fonc- 
tionnaires, aux représentants de la presse, aux membres 
du Congrès enfin. L'autre partie de la salle, ainsi que les 
galeries spécialement réservées aux dames, sont occupées 
par le public, qui les remplit entièrement. 

Un orchestre joue d'abord l'hymne royal et l'hymne 
national, puis quelques pièces de choix. 

M. LE Président du Congrès, prononce le discours sui- 
vant; 

SIRE, 

Sa Majesté i,e Roi Dom Fernando, 

Mesdames et Messieurs. 

Je dois à un acte de pure bienveillance, que je ne sau- 
rais justifier, l'honneur d'ouvrir aujourd'hui les séances du 
Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie pré- 
historiques. 

J'ai reçu avec la plus vive reconnaissance cette haute dis- 
tinction, et je l'estime d'autant plus, qu'elle me permet d'in- 
terpréter les sentiments de gratitude de mes compatriotes 
envers les savants qui sont venus honorer Lisbonne de leur 
présence, et poursuivre parmi nous leur lumineuses études 
et leurs intéressantes discussions. J'espère que parmi les 
monuments préhistoriques trouvés en Portugal, quelques-uns 
pourront servir à éclaircir de difSciles et nombreuses ques- 
tions soulevées, et résolues seulement en partie, par la nou- 
velle science archéologique. 



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L'archéologie préhistorique, science née d'hier, a su par 
ses immenses progrès, prendre place au premier rang par- 
mi les sciences qui s'occupent de l'homme. Elle est ve- 
nue remplir une immense lacune dans l'histoire de l'huma- 
nité. 

Autrefois on ne voyait au delà de l'histoire proprement 
dite, de l'histoire basée sur les documents écrits, rien qui 
pût mériter l'étude sérieuse de l'archéologie, et on ignorait 
presque absolument les premières origines de l'espèce hu- 
maine. Les traditions conservées par les anciennes civilisa- 
tions, qui possédaient l'écriture, suffisaient aux recherches 
de l'immense érudition de savants archéologues. 

En se fixant sur les nombreux monuments qui, de tous 
les côtés, sont venus enrichir les musées d'archéologie pré- 
historique, en tâchant d'interpréter les énigmes qui se ca- 
chaient sous leur modeste apparence et en cherchant à éta- 
blir des rapports entre ces monuments et les terrains géo- 
logiques où ils se trouvent enfouis, la science a su établir 
les jalons de l'histoire de l'homme, dans ses relations avec 
l'histoire des développements organiques à la surface de no- 
tre planète. Cette étude devenait d'autant plus nécessaire 
dans ce moment que de grands naturalistes, de savants phi- 
losophes établissaient d'une manière incontestable la grande 
loi de l'évolution des espèces. 

Cette loi une fois établie, il est devenu de la plus haute 
importance scientifique de savoir quand l'homme tel qu'il 
est actuellement, avec ses caractères essentiels, a paru sur 
la terre et a pris rang parmi les autres animaux. Une telle 
découverte, quand elle pourra se dire affermie sur des ba- 
ses incontestables, peut nous mener à la connaissance des 
lob d'évolution organique et morale de l'espèce humaine 
aux périodes primitives du monde. La cause essentielle de 



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llntérêt qui s'attache à la fixation de l'époque géologique à 
laquelle se montrent tes premiers vestiges de Part humain, 
les [H'euves premières de Pexistence de l'homme, est, à mon 
avis, celle que je viens d'indiquer. 

Pendant des siècles on a dépensé une érudition immense 
pour dévoiler, au moyen des documents écrits qui nous ont 
été légués par les anciennes civilisations, l'origine des peu- 
ples et les vestiges de leur dispersion sur la terre; peut- 
être on a réussi souvent par rapport aux peuples. L^origine de 
l'homme et ses développements primitifs restaient cependant 
dans une profonde obscurité. 

L'archéologie préhistorique, en venant nous apprendre 
que des documents précieux étaient enfouis dans les impé- 
rissables archives de la terre, a élargi d'une manière inat- 
tendue le champ des investigations scientifiques, et a démon- 
tré la longue existence sur notre globe de l'homme, possé- 
dant déjà des industries primitives et bien caractérisées. Le 
cadre de l'histoire humaine s'est ainsi trouvé agrandi dans 
l'immensité du temps. Les plus ancieimes civilisations, dont 
nous possédions des monuments écrits et autres, nous rap- 
portent à quelques milliers d'années avant notre ère; mais 
ces civilisations sont le fruit d'une longue élaboration des 
facultés et du travail de l'homme, élaboration pour laquelle 
il a fallu des milliers de siècles. 

De la même manière que les admirables découvertes 
de la géologie ont déchiré le voile qui couvrait les phases 
mystérieuses de l'histoire de la terre, ainsi que de l'appa- 
rition et du développement de la vie; de la même manière 
nous voyons maintenant les efforts persistants et énergiques 
de l'archéologie préhistorique soulever, de jour en jour, le 
voile qui nous a longtemps caché l'histoire vraie de l'hom- 
me sur la terre. 



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7 

Quel est l'âge géologique qu^on doit admettre comme 
étant celui qui représente l'époque 4a plus reculée de l'ap- 
paritioji de l'homme? Les documents nous font encore dé- 
faut pour répondre à cette question dif&cile, la plus difB- 
cile de toutes. A la session du Congrès en 1876, le regretté 
professeur Paul Broca, que ta mort nous a enlevé au mo- 
ment où il se préparait à venir prendre part aux travaux 
du Congrès, disait: 

•La découverte de l'homme quaternaire a été le plus 
fgrand événement de l'anthropologie moderne. EUe a ou- 
■vert tout à coup un champ immense à nos investigations, 
«et nul ici n'en méconnaîtra l'importance, car c'est elle, on 
■peut le dire, qui a të plus contribué à provoquer le grand 
«mouvement d'idées, d'où est résulté la fondation de notre 
«Congrès. 

«La découverte de l'homme tertiaire serait un événe- 
«ment plus grand encore, car la période qu'elle ajouterait 
«à la vie de l'humanité a été incomparablement plus longue 
«que celle que nous lui connaissons déjà. • 

Et après, le docteur Broca ajoutait: 

«Aujourd'hui (M. Capellinivenaitdefaire une intéressante 
«communication sur l'homme pliocène en Toscane) pour la pre- 
•mière fois je sens mes doutes se dissiper. Je me déclarerais 
«même entièrement convaincu, si je ne m'en rapportab qu'à 
«mon propre jugement: mais je dois tenir compte aussi du 
(jugement de mes collègues, et jt dois craindre de me trom- 

«per Je ne me dissimule pas qu'une question 

«aussi grave que celle de l'homme tertiaire exige beaucoup 
(de prudence; un seul fait, une série de faits ne suffit peut- 
«être pas pour la résoudre définitivement, mais je dois re- 
«connaître que jamais cette question n'a été aussi près de 
•sa solution.» 



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8 

Quelques années ont suffit pour donner à ce fait sur- 
prenant une plausibiliié, qu'il était loin d'avoir à l'époque 
des célèbres découvertes de M. l'abbé Bourgeois. . 

Notre esprit recule comme effrayé en face de l'immen- 
sité du temps où se sont formés ces terrains tertiaires dans 
lesquels on trouve, selon plusieurs savants, des traces cer- 
taines de l'existence de rhomme. Cependant il est temps 
qu'une pareille et si intéressante question trouve une solu- 
tion définitive; et peut-être Phonorable et savant Congrès 
pourra y arriver en présence des faits que M. Carlos Ri- 
beiro, notre estimable et laborieux secrétaire, a pu obser- 
ver en Portugal. 

Si l'homme a été le contemporain de l'époque où le 
monde était en grande partie enveloppé d'une puissante 
couche de glace, il est naturel de croire que les premiè- 
res contrées qu'il a habitées ont été celles où l'âpreté du 
climat était moindre. Dans pareil cas c'est, pour ce qui 
se rapporte à l'Europe, dans la région méridionale, aux 
bords de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique qu'on 
doit trouver les plus anciens vestiges de l'homme. 

Peut-être nous est-il permis d'espérer que le savant 
Congrès trouvera dans les faits auxquels je viens de faire 
allusion les moyens d'éclaircir ce point controversé de l'his- 
toire de l'homme primitif. 

L'existence en Portugal de ces amas de coquilles, re- 
jets de cuisine, comparabfes à ceux qui ont été si profon- 
dément étudiés au nord de l'Europe, ne peut manquer d'at- 
tirer l'attention du Congrès. La position qu'occupent ces 
restes curieux de stations humaines,- leur composition ainsi 
que rage qu'ils représentent, peuvent, si je ne me trompe 
pas, nous renseigner sur les migrations des peuplades pré- 
historiques et peut-être même, conjointement avec les obser- 



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valions géologiques, nous donner une idée exacte de la géo- 
graphie et d» climat aux temps où l'homme a laissé les pre- 
mières traces de son industrie en Europe. 

Permettez-moi encore, Messieurs, de faire appel à vo- 
ire bienveillance, en vous priant de prêter votre attention à 
des faits qui, à mon avis, méritent bien d'être pris en con- 
sidération par la docte assemblée. Les faits dont je vous 
parie sont ceux qui peuvent nous renseigner sur l'existence, 
au sein des peuplades qui occupèrent PEurope aux âges pré- 
historiques, de ï'ammi$me, mot adopté par un savant qui, 
par ses recherches, a jeté une vive lumière sur la civilisa- 
tion primitive. 

L'assertion tqu'il existe de grossières peuplades, n'ayant 
taucune relijpon, quoique possible en théorie, et peut-être 
«vraie en fait, ne repose pas jusqu'à présent sur des preu- 
■ves aussi palpables que nous aurions le droit de les de- 
cmander, quand il s'agit dVne chose si extraordinaire*, af- 
firme M. Edward Tylor, en accumulant des preuves de 
son assertion, qui me semblent suffisantes à effacer les dou- 
tes dans les esprits qui n'ont pas des opinions préconçues 
à ce sujet. 

Il y a dans les conditions fondamentales de l'humanité 
une conscience, une lueur religieuse, une puissance virtuelle 
— passez-moi le mot — qui fait d'incessants efforts pour pé- 
nétrer au delà des sens. Voici la cause de l'animisme, qui 
se manifeste, à des degrés différents, dans le sauvage et 
dans l'homme civilisé. 

Le sentiment religieux, dans sa plus large acception, 
existait-il dans le monde préhistorique? A quel âge et sous 
quelle forme s'esi-il montré primitivement? Quels sont les 
monuments — tombeaux, amulettes ou autres— qui peuvent 
mieux guider la science dans des recherches si difficiles et 



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si importantes? Voilà un sujet qui, j'ose le dire, mérite bien 
d'occuper l'étude des savants. 

L'homme se complète par l'action simultanée de tou- 
tes ses facultés, primitives et essentielies. Nous devons né- 
cessairement trouver des vestiges de l'existence de ces fa- 
cultés dans les œuvres grossières de l'homme préhistorique. 
Sans cela il ne serait, nous pouvons le dire, que l'ébauche 
de l'homme — moins que le sauvage des temps historiques. 

Parmi les monuments archéolo^ques, rencontrés en 
Portugal, le Congrès trouvera, je l'espère, plus d'un, qui 
sous ce rapport l'intéressera. 

L'humanité est bien jeune. Messieurs; on peut dire 
que presque partout elle se trouve encore dans son enfan- 
ce; et cependant la nouvelle science est venue prouver 
que l'homme existe sur la terre probablement depuis des 
milliers de siècles. Cène idée, faite pour nous effrayer, se 
trouve cependant d'accord avec les faits auxquels nous as- 
sistons nous mêmes. 

L'homme, nous le voyons bien, est encore loin d'être 
arrivé partout à l'état de civilisation, telle que nous la com- 
prenons et la voyons autour de nous. Plus de la moitié du 
monde est encore plongée dans les ténèbres; et malgré les 
merveilleux progrès faits, et par ta pensée et par le travail 
humain, aux derniers siècles, on trouve, même au cœur de 
la civilisation, des peuples écrasés par l'ignorance, sans avoir 
la conscience ni de leurs droits ni de leurs devoirs, privés, 
enfin, du sentiment moral, qui seul doit soutenir les pas du 
véritable progrès. 

La nouvelle science de l'archéologie est venue nous 
prouver que le développement de l'homme s'est réalisé par- 
tout et dans tous les temps, au moyen d'une lente évolu- 
';ment il s'est trouvé, et il se trouve maintenant 



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encore^ inégalement arriéré dans son développement moral, 
industriel et physique. 

Le devoir des peuples qui ont devancé les autres dans 
l'heureuse voie du progrès «st de venir en aide, de leurs lu- 
mières et de leurs efforts, à ceux qui se trouvent arrêtés 
aux premiers échelons de Timmense évolution qui est le glo- 
rieux partage de l'humanité. 

Tous les hommes sont frères, tous sont égaux devant 
les grandes lois de la nature. Malheureusement de profonds 
abîmes s'ouvrent encore entre ceux qui ont eu le bonheur 
d'être les héritiers et les continuateurs des anciennes civili- 
sations, et ceux qui sont privés de ce précieux héritage. 

Notre devoir à nous est de travailler incessament à éle- 
ver le niveau moral et intellectuel de tous les peuples. 

Vous êtes là, Messieurs, pour aider à cette grande œu- 
vre par vos lumières et votre expérience. Au nom du Por- 
tugal je vous souhaite la bienvenue, et je vous remercie 
encore une fois d'avoir choisi notre pays pour célébrer cette 
année votre neuvième session. 

Mesdames et Messieurs. En daignant accepter le titre 
de Protecteurs du Congrès, et en honorant notre séance de 
leur auguste présence, S. M. le Roi Dom Luiz et S. M. le 
Roi Dom Fernando nous montrent d'une manière éclatante 
l'intérêt qu'ils prennent aux travaux de cette assemblée. Per- 
mettez-moi, Messieurs, d'avoir l'honneur de remercier res- 
pectueusement, au nom du Congrès d' Anthropologie, Leurs 
Majestés des preuves de gracieuse bienveillance qu'elles 
ont daigné nous accorder. (Applaudissements)- 

Le Secrétaire, M. Carlos' Ribeiro, prend ensuite la pa- 
role. 



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SIRE, 

Sa Majesté le Roi Dom Fernando, 

Mesdames et Messieurs. 

Dans la session du Congrès International des Sciences 
Anthropologiques qui eut lieu à Paris en 1878, ta ville de 
Lisbonne fut désignée pour que la session actuelle du Con- 
grès y fût célébrée. Notre capitale a eu ainsi la bonne for- 
tune et l'honneur de pouvoir offrir rhospitalité aux émïnents 
savants, qui viennent nous honorer de leur visite et éclairer 
les discussions par leurs lumières. 

C'est la première fois, Messieurs, que l'on enregistre 
dans tes annales de notre patrie un si heureux événement, 
la réunion dans nos murs de tant de savants des principa- 
les nations de l'Europe, pour discuter des questions scien- 
tifiques qui nous intéressent particulièrement. En effet, à la 
solution des problèmes préhistoriques qui vont être exa- 
minés est liée la connaissance des générations qui nous ont 
précédés, et qui ont habité ce coin de l'Europe depuis les 
temps géologiques jusqu'à ceux auxquels l'histoire propre- 
ment dite rapporte l'existence de notre espèce. Le Portugal 
ne peut que se féliciter et s'avouer hautement reconnaissant 
d'une distinction aussi flatteuse, et moi, Messieurs, je m'es- 
time très heureux de pouvoir être auprès d'hôtes si illustres 
l'interprète de ce sentiment national. 

Toutefois, avant d'exposer en peu de mots les sujets 
principaux sur lesquels nous croyons devoir appeler l'at- 
tention de l'honorable assemblée, qu'il me soit permis. Mes- 
sieurs, d'exprimer que le plaisir de nous voir réunis pour 
commencer nos travaux, n'est pas complet. Vous tous, Mes- 
sieurs, vous devez sentir avec un profond regret le vide 
que laisse un de nos plus illustres collègues, un de nos plus 
vigoureux travailleurs qui luttait pour le progrès des scien- 



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ces anthropologiques, et dont la voix sonore, vibrante, plei- 
ne d'autorité, se faisait toujours entendre dans la discussion 
des problèmes les plus compliqués. Vous devinez que je fais 
allusion à l'éminent professeur Paul Broca, dont la France 
déplore la perte récente, et avec cette noble nation tout le 
monde scientifique dont il était l'un des ornements. Le Con- 
grès, se réunissant pour la première fois après sa mort, ne 
peut manquer de voter à sa mémoire l'expression de son 
plus vif regret. 

Vous savez tous. Messieurs, que ce n'est pas seulement 
dans l'étude dès collections d'archéologie et d'anthropologie 
préhistoriques qui remplissent les grands musées, qu'on doit 
chercher la solution des principales questions concernant un 
pays en particulier ou une région quelconque limitée; mais 
que cette solution on la trouvera plutôt dans l'examen, l'étu- 
de et la comparaison des collections des musées plus mo- 
destes, où se trouvent rassemblés les faits concernant cha- 
que région, et se rapportant à une époque donnée. Cepen- 
dant, il n'est pas possible à tous les studieux d'examiner et 
de comparer les faits dispersés en divers pays; d'un autre 
côté il est indispensable au rapide développement de la 
science, non seulement de connaître ces faits, mais de met- 
tre aussi tes savants en contact les uns avec les autres, pour 
se prêter un aide mutuel en transmettant réciproquement 
leurs connaissances et leurs idées. C'est du sentiment de 
cette nécessité qu'est venue la pensée de la création des 
Congrès; et leurs résultats ont été si féconds, que l'archéolo- 
gie préhistorique, comptant tout au plus quarante années 
d'existence, et l'anthropologie à peine vingt années, ont obte- 
nu par là un degré de splendeur inattendu. Que le zèle des 
savants se maintienne, et ces sciences atteindront sous peu 
un développement tel qu'aucune autre science ne l'obtien- 



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drait, dans une égale période, par les procédés suivis jus- 
qu'ici 

L'existence de l'homme dans nos latitudes, à l'époque 
miocène, est un sujet des plus intéressants, sur lesquels 
on puisse appeler l'attention du Congrès. Cette question, 
discutée en diverses sessions antérieures, est à résoudre; 
cependant les faits recueillis en Portugal s'ofFrent sous un 
tel aspect qu'ils aideront, nous osons le croire, à l'élucider; 
et nous sommes convaincus qu'après un meilleur examen 
des localités et après les discussions que l'importance du 
sujet réclame, le Congrès arrivera à formuler ses idées à 
cet égard. Dans notre musée naissant, organisé dans la 
Section des Travaux Géologiques, se trouvent pour l'in- 
formation des savants des documents déjà nombreux qui 
les prépareront à l'examen qu'on fera dans les lieux mê- 
mes où ils ont été recueillis. 

Une grande formation sablonneuse qui couvre une par- 
tie de nos provinces d'AIemtejo et d'Estremadura, et que 
nous avons classée dans l'époque pliocène, renferme aussi 
des documents qui attestent l'existence de l'homme à cette 
époque. Dans les couches de cette formation on rencontre 
des éclats de quartzite, sinon aussi fréquents qu'on les ob- 
serve dans les couches miocènes, du moins assez nombreux 
pour ne pas laisser le moindre doute qu'il a aussi existé un 
être intelligent dans la période où ces couches se sont dé- 
posées. 

Comme celui qui l'avait précédé, cet être intelligent 
taillait la pierre et fabriquait des instruments à. son usage, 
quoique d'un travail assez imparfait et grossier. Il y a dans 
nos collections un certain nombre de ces éclats que le Con- 
grès pourra examiner; malheureusement il n'est pas possible 
de vérifier l'authenticité du gisement, faute du temps néces- 



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saire pour une excursion de plus outre celles qui sont dé- 
signées dans le programme. 

Près de Mealhada au nord de Coïmbre il y a encore 
un autre dépôt, que nous croyons appartenir également à la 
formation pliocène (partie supérieure), renfermant aussi des 
instruments de pierre taillée. 

Différentes espèces des genres Equus, Elephas^ Cervus^ 
et le fossile végétal que M. Oswald Heer a nommé Trapa 
natam, var. tuberculata, caractérisent ce dépôt. Immédia- 
tement au-dessus de ces couches, on trouve une formation 
de grès de couleur rougeâtre ou ocreuse, contenant quel- 
ques quartzites et des silex taillés qui paraissent appartenir 
au type de Saint-Acheul. 

Les vestiges de l'existence de l'homme pendant l'époque 
quaternaire sont représentés dans notre pays par la série 
suivante: 

i" — De nombreux exemplaires de quartzite taillés, ren- 
contrés dans les couches recouvrant les plaines qui couron- 
nent les flancs de ta vallée du Tage, et sur les versants de 
quelques collines de différents âges géologiques. 

2° — Les alluvions anciennes de ces vallées principales. 

3° — Le dépôt inférieur de quelques-unes de nos ca- 
vernes. 

D serait à désirer que le Congrès pût visiter quelques- 
unes des localités où l'on rencontre ces dépôts avec un 
plus grand développement, ou mieux caractérisés; mais cela 
n'étant pas possible, les membres du Congrès pourront 
examiner dans notre musée les éclats de quartzite des dé- 
pôts qui occupent les plateaux couronnant les flancs de la 
vallée du Tage, les instruments recueillis dans le diluvium 
ancien de nos montagnes au sud-est de Coïmbre, ainsi que 
ceux des dépôts qui recouvrent les formations pliocènes 
c. R. 5 



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d*AIemtejo. On y peut examiner la faune quaternaire de 
nos cavernes, aussi bien qu'une mandibule humaine et un 
crâne des alluvions du Tage, que nous croyons appartenir 
à la partie supérieure de la période quaternaire. 

Il est aussi hors de doute qu'à l'époque quaternaire 
quelques-unes de nos grottes furent habitées, comme l'at- 
testent les vestiges de l'industrie humaine qui y ont été 
trouvés, associés aux restes de certaines espèces éteintes. 

En abordant l'indication très sommaire des principaux 
faits qui doivent être rapportés à l'âge néolithique, nous 
nous trouvons en face des monticules de coquilles de la 
v^ée du Tage, lesquels représentent dans l'ordre d'ancien- 
neté relative le premier terme de la série des faits de cet 
âge. 

Ces monticules, situés dans les environs de Salvaterra 
et de Mugem et éloignés de lo à 17 lieues de l'Océan, occu- 
pent les bords des rivières afHuentes du Tage, à quelques ki- 
lomètres de distance de la rive gauche de ce fleuve. Ces 
monticules sont principalement formés de coquilles marines 
{Lutraria compressa, Cardium edule, etc.): nous les con- 
sidérons comme très-semblables en tout aux kioekkenmoed- 
dings du Danemark, ce que le Congrès pourra vérifier sous 
peu quand il visitera ces localités. 

En ce qui concerne les produits de l'industrie et les res- 
tes d'animaux rencontrés dans ces dépôts, le Congrès pourra 
en fdre l'examen dans le musée de la Section Géologique. 
Ce qui est surtout notable dans ces singuliers dépôts, c'est 
la grande quantité de dépouilles humaines rencontrées, et 
la ressemblance extrême entre le travail des éclats de quar- 
t^te taillée par l'homme de ces stations et le travail des éclats 
de quartûte des hommes tertiaires et quaternaires. Le Con- 
grès, en rapprochant ces faits et en les examinant avec sa 



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'7 
critique éclairée, tirera de leur comparaison les conséquen- 
ces qu'il jugera convenable, relativement aux évolutions par 
lesquelles l'industrie de la pierre travaillée passa dans ces 
régions pendant un laps de temps incommensurable. 

Les dolmens et autres monuments congénères, si nom- 
breux en Portugal, paraissent avoir appartenu à différents 
peuples ou races, qui coexistèrent ou qui se sont succédés 
à l'époque de la pierre polie. On compte un grand nombre 
de dolmens, les uns couverts et sans galeries, d'autres dé- . 
couverts et avec ou sans galeries, principalement dans les 
provinces de Beira, Extremadura et Alemtejo. Parmi ceux 
que nous avons explorés nul n'offre l'indice de l'usage des 
métaux; et cependant il est très possible que quelques-uns 
de ces monuments aient servi de sépulture pendent l'âge 
de la pierre polie, et postérieurement durant l'époque du 
bronze ou celle du fer. 

Quoiqu'il en soit, l'observation de ces nombreux monu- 
ments préhistoriques dont nous avons déjà connaissance 
parait annoncer une série de civilisations, se rattachant les 
unes aux autres depuis le commencement de l'âge de la 
pierre polie jusqu'aux temps historiques. Lorsque les études 
archéologiques atteindront parmi nous le développement 
qu'exige l'abondance des vest^es de ces civilisations pri- 
mitives, on connaîtra leur extension et leur plénitude à des 
époques que ni l'histoire ni la tradition ne peuvent atteindre. 

C'est de cette période que l'anthropologie préhistorique 
pourra recevoir un important secours pour la connaissance 
des races qui élevèrent nos kioekkenmoeddings, qui habitè- 
rent nos grottes naturelles, et qui creusèrent dans le roc les 
grottes de Palmeila. A l'exception de ces spécimens et de 
quelques autres obtenus par les explorations faites dans les 
sépultures, dont nous ne saurions fixer l'époque, mais qui 



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i8 

Dous paraissent être pré-romaioes, nous ne possédons rien 
de plus. 

Quelques exemplaires trouvés dans les cavernes répan- 
dent une clarté précieuse, soit sur la trépanation employée 
par nos troglodytes à l'époque néolithique, soit sur beaucoup 
de cas pathologiques, de déformations, de fractures, etc., et 
encore sur l'anthropophagie certainement pratiquée par ces 
mêmes troglodytes. 

Tels sont, Messieurs, les principaux sujets soumis à 
votre considération éclairée, et nous sommes certains qu'à 
l'aide de vos connaissances, tous ces sujets, peu étudiés en- 
core, recevront la lumière nécessaire pour prêter à la science 
les services qui lui sont dûs. Nous sommes certains aussi 
que le Congrès de Lisbonne, en même temps qu^il répandra 
la lumière sur beaucoup de questions douteuses et qu^il don- 
nera la solution d'importants problèmes relatifs aux civill- 
sations préhistoriques de nos régions, contribuera puissam- 
ment à développer parmi nous Pintérêt pour les études de 
la paléontologie humaine, de Parchéologie préhistorique et 
des sciences auxiliaires, dans la partie vraiment applicable 
aux questions ethnographiques et ethnologiques. (Applau- 
dissements). 

M. GvpELLiNi prononce l'allocution suivante: 

SIRE, 

Sa Majesté le Roi dom Fernando, 
Monsieur le Président, 

Messieurs les membres du Comité d'organisation oc 
NEUVIÈME Congrès préhistorique international. 

Mon Auguste Souverain le Roi d'Italie, le Haut Pro- 



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lecteur de la cinquième session de notre Congrès préhistori- 
que à Bologne, a daigné m'honorer d'une mission tout-à-fait 
gracieuse et personnelle à l'occasion de l'inauguration de ta 
neuvième session du Congrès à Lisbonne, sous les auspices 
et le haut protectorat de Sa Majesté Très-Fidèle. 

Sa Majesté Humbert i" se souvient avec la plus vive 
satisfaction d'avoir assisté à l'une de nos séances en 1871 â 
Bologne, et d'avoir pris part à l'excursion faite à la nécro- 
pole étrusque de Marzabotto. 

Tout récemment Elle a eu l'extrême amabilité de me rap- 
peler aussi que, à cette occasion, Elle avait souhaité de voir 
se réunir en Italie un Congrès géologique international. Cet 
événement va s'accomplir l'année prochaine à Bologne, et 
le Roi d'Italie a daigné en accepter le haut protectorat. 

Ayant appris que je me rendais à Lisbonne pour étu- 
dier la question de l'homme tertiaire. Sa Majesté m'a fait 
l'honneur de me charger de saluer en son nom les membres 
du Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie 
préhistoriques. Elle n'a pas oublié que notre association, 
après quinze années d'une vie vigoureuse et pleine d'intérêt 
pour la science de l'homme, ouvre aujourd'hui sa neuvième 
session sous un ciel et sur les bords d'un fleuve qui rap- 
pellent le ciel d'Italie et le beau golphe de Spezia, où notre 
Congrès a eu son modeste berceau en 1865. 

Le Roi d'Italie a voulu s'associer au Roi de Portugal, 
qui daigne ouvrir en personne notre session, honorée aussi 
de l'auguste présence de Sa Majesté le Roi Dom Fernando; 
il m'a chargé d'exprimer â notre assemblée ses vœux pour 
la pleine réussite de la nouvelle session et pour l'avenir de 
notre science. 

Nous avons la certitude que ces vœux seront accom- 
plis et que le Congrès de Lisbonne présentera te plus haut 



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intérêt, au point de vue des rapports de la géologie et de 
la paléontologie avec l'anthropologie et Parchéologie préhis- 
toriques. 

Puisque j'ai la parole, qu'il me soit encore permis de 
saluer le Congrès au nom de l'ancienne Université à laquelle 
j'ai l'honneur d'appartenir, et aussi au nom de Bologne, qui 
sera heureuse de recevoir, l'année prochaine, tous ceux 
d'entre vous qui voudront bien prendre pan au deuxième 
Congrès géologique international sous le haut protectorat 
de Sa Majesté le Roi d'Italie. (Applaudissements). 

M. Capeluni propose ensuite à l'assemblée de ratifier 
la nomination de M. Carlos Ribeiro comme secrétaire gé- 
néral. 

Cette proposition est acceptée et l'élection est faite par 
acclamation. 

M. Capellini présente aussi une liste imprimée de mem- 
bres du Congrès pour remplir les fonctions de vice-prési- 
dents, de membres du conseil et de secrétaires. 

Cette liste, qui avait été préparée par le Comité d'oi^a- 
nisation, est distribuée aux membres du Congrès. Elle est 
approuvée sans altération. 



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PRÉSIDENT 
M. Andrade Corvo. 

PRÉSIDENTS HONORAIRES 
MM. Capeluni. 

DE MORTILLET. 

VIOE-PRÉKDENT HONORAIRE 
M. A. DE QUATREFAGES. 

VICE-PRËBIDENT8 

MM. A. M. Barbosa, Portugal. 
B. DU Bocage, Portugal. 
Delgado, Portugal. 
Evans, Grande Bretagne. 

HiLDEBRAND, Sukde. 

H. Martin, France. 
PiGORfNi, Itcdie. 
RoMER, Hongrie. 
Van Beneden, Belgique. 
i. ViLANOvA, Espagne. 
ViRCHOw, Allemagne. 
Zawisza, Russie. 



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SECRÉTAIRE G-ËNÊRAL 

M. Carlos Ribeiro. 

SECRÉTAIRES 

MM. Cazalis de Fondouce, France. 
Chantre, France. 

GONÇALVES VlANNA, POTtUgOl. 

Vasconcellos Abreu, Portugal, 

BEOSËTAIREa ADJOINTS 

MM. DE Baye, France. 

Adolpho Coelho, Portugal. 
EsTAao DA Veiga, Portugal. 
Ramalho OfiTifiÂo, Portugal. 

HEHBRES DU CONSEIL 

MM. Antonovitch, Russie. 
BELLUcct, Italie. 
Cartailhac, France. 
Choffat, Suisse. 
CoTTEAO, France. 
CoNSiGUERi Pedroso, Portugal. 
Prrr-RivERS, Grande Bretagne •. 
Ploix, France. 



' On avait assuré au bureau permanent que M. Prrr-RtvBRs assis- 
terait au Congràs. 



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MM. PossiDONio DA SiLVA, Portugal. 
ScHAAFFHAUSEN, Allemagne. 

TRÉSORIER 

M. A. C. TEKEffiA d'Abacâo. 



M. LE Président du Congrès. Conformément à l'article 
ivi du Règlement, je soumets au Congrès la proposition pré- 
sentée par dix membres, pendant la 8*"' session, à Buda- 
pesth, tendante à modifier par un article complémentaire le 
même règlement. Je ferai lecture de cette proposition, ainsi 
que du rapport qui Paccompagne, signé par le regretté pro- 
fesseur Paul Broca. 

«Article complémentaire. Les fondateurs du Congrès, 
les anciens présidents et les vice-présidents honoraires 
nommés en vertu du deuxième article additionnel du Règle- 
ment générât constituent un conseil permanent, chargé de 
maintenir la tradition du Congrès, de veiller à la bonne 
exécution du Règlement, de faire les études préparatoires 
relatives au siège des sessions futures, et de faire face aux 
difficultés imprévues qui pourraient surgir dans l'intervalle 
de deux sessions.! 



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BAFPOHT Dtr CONSEIL 
snr la propoaltlon préoAdente 

La pensée qui a dicté cet article s^est présentée dès 
Porigine aux commissaires qui eurent l^onneur de rédiger 
en 1867 le Règlement général du Congrès. Une association 
internationale qui n'a pas de siège fixe, dont les sessions 
se tiennent chaque année dans un nouveau pays, au milieu 
de conditions très variables, a besoin plus que toute autre 
d^un conseil permanent, chargé d'assurer sa stabilité et de 
maintenir sa tradition. Mais quelque évidente que fût cette 
nécessité, les commissaires de 1867 ne purent y satisfaire, 
parce que rien ne désignait encore les personnes qui devaient 
plus tard, par leur zèle pour le Congrès, par leur assiduité, 
par leur expérience, mériter d'être investies de la mission 
de confiance conférée à un conseil permanent. 

Ce personnel d'hommes dévoués, expérimentés et au- 
torisés, existe aujourd'hui. Le moment est donc venu de 
compléter l'organisation du Congrès par l'institution du con- 
seil permanent. 

Nous pensons qu'il convient d'appeler dans ce conseil 
les membres qui font déjà de droit partie du conseil de cha- 
que session, savoir: 

1° les quatre membres fondateurs de la Spezia; 

1" les anciens présidents du Congrès et le président 
désigné de ta session suivante; 

3" les membres qui, après avoir rempli pendant qua- 
tre sessions les fonctions de vice-présidents, sont devenus 



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vice-présidents honoraires, en vertu de i^article complémen- 
taire voté par rassemblée au début de la présente session 
de Budapesth. 

Les attributions du conseil permanent, telles qu^elles 
sont définies dans l'article proposé, ne portent aucune at- 
teinte à l'initiative des commissions d'organisation instituées 
pour chaque session par le président désigné; elles n'em- 
piètent pas davantage sur les droits conférés par le Règle- 
ment à l'assemblée générale du Congrès. EHles ne concernent 
que les circonstances qui surviennent dans l'intervalle de 
deux sessions, et sur lesquelles, par conséquent, l'assemblée 
générale ne peut être consultée. Il peut se faire, par exem- 
ple, que les événements viennent s'opposer à la réunion du 
Congrès dans la ville et à la date fixée par l'assemblée et 
qu'il faille dès lors choisir une autre ville et une autre date. 
n peut se faire encore que la mort ou la démission du pré- 
sident désigné rende nécessaire la nomination d'un autre 
président. 

Dans les deux cas qui viennent d'être indiqués, l'inter- 
vention du conseil permanent est absolument indispensable, 
et il en est d'autres sans doute où elle pourra devenir utile. 
Une expérience toute récente nous a appris que le choix du 
siège de la future session peut donner lieu à de sérieuses 
difficultés, et exiger des négociations préalables qui ne peu- 
vent pas toujours aboutir pendant la durée de la session. 
Le conseil permanent aura seul l'autorité suffisante pour étu- 
dier la question à l'avance et pour préparer les voies. En- 
fin, le président désigné, jusqu'ici seul responsable de l'or- 
ganisation de la session, pourra rencontrer des obstacles 
imprévus et éprouver le besoin d'abriter sa responsabilité 
derrière celte du conseil permanent. 

Le conseil de la session de Budapesth approuve donc à 



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runanimité Partide complémentaire qui fait Pobjet de ce 
rapport. 

y. *Broca, rapporteur. 

C'est sur ce rapport, entièrement conforme à la pro- 
position, que je consulte rassemblée. 



Les conclusions du rapport sont mises aux voix et ap- 
prouvées à l'unanimité. 

Après la proclamation des noms des délégués des dif- 
férents pays et sociétés savantes, la séance est levée à 2 heu- 
res et demie. 



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DEUXIÈME SÉANCE 

Hardi, 21 BeptemDre 

Présidence de M. G^peluni, fondateur. 

La séance est ouverte à g heures. 

M. OswALD Hebk. Aperçu sur la flore tertiaire du 
Portugal (communication lue par M. le comte de Ficalho). 

M. le comte de Ficalho. Quelques remarques sur le 
climat du Portugal à l'époque tertiaire. 
Discussion: M. Capellini. 

M. Carlos Ribeiro. L'homme tertiaire en Portugal. 
Discussion: MM. de Mortillet, Evans et Capellinl 

' M. ScMAAFFHAUSEN. L'homme préhistorique. 
Discussion: MM. de Quatrefages, de Mortillet, et 

SCHAAFFHAUSEN. 

M. Capellini propose la nomination d'une commission 
pour examiner les silex présentés par M. Carlos Ribeiro, 
et les couches où ils ont été recueillis, ainsi que les pièces qui 
pourront être trouvées sur place. 



^O^t^CV 



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28 

Le Président du Congrès nomme les membres suivants 
pour formw cette commission: MM. Capellini, Carlos Ri- 

BEIRO, CaRTAILHAC, CaZALIS DE FONDOUCE, ChoffAT, Cot- 

TEAU, Evans, de Mortillet, Vilanova, Virchow. 
La séance est levée à midi et demi. 



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TROISIÈME SÉANCE 

Hardi, 21 septemDre 
Présidence de M. Evans. 
La séance est ouverte à 2 heures, 

M. DE Laurière. Au nom de la Société Française d'Ar- 
chéologie, dirigée par M. Léon Palustre, j'm l'honneur d'of- 
frir au Congrès d'Anthropologie et d'Archéologie préhisto- 
riques réuni à Lisbonne, le Compte-rendu du 46*"* Congrès 
Archéolo^que tenu par cette Société en 1879 à Vienne 
(France). 

Ce volume contient quelques mémoires particulièrement 
relatifs à l'ordre d'idées des travaux du Congrès de Lis- 
bonne. J'indiquerai seulement les suivants : Rapport sur les 
fouilles exécutées dans les grottes de la vallée du Rhône, etc., 
par M. H. Nicolas d'Avignon; Les troglodytes de VArdk- 
che, par M. OUier de Marichard; Stations préhistoriques de 
la grotte du Placard, près de Rochebertier (Charente), par 
A. de Maret; L'époque préhistorique et gauloise dans le dé- 
partement des Hautes-Alpes, par M. J. Roman; De Vancien- 
neté de l'homme en Dauphiné, par M. Florian Vallentin. 



.^ 



3o 

C'est en raison du caractère spécial de ees divers tra- 
vaux que la Société Française d'Archéologie a rhonneur 
d'offrir l'hommage respectueux et sympathique de sa der- 
nière publication annuelle au Congrès de Lisbonne. 

M. DE Baye présente différents mémoires. 

M. DE QuATBEFAGES dépose soH ouvFage L'espèce hu- 
maine. 

Le Président remercie au noxf^ du Congrès. - 

M. Delgado. Description de la grotte de Fuminha, à 
Péniche: Époque quaternaire. 

Discussion: MM. Evans, Delgado et de Morttllet. 

M. Zawisza. Sur le quaternaire de la Pologne et la 
grotte du Mammouth. 

Discussion: MM. Evans et de Mortei^t. 

M. Bellucci. L'homme tertiaire en Ombrie. 
Discussion: MM. Capellini et de Quatrefages. 

La séance est levée à 5 heures. 




ithropologie de la Section des Travaux 



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Sôanoe dn CkmseU, le 21 aeptembre 



Présidence de M. Andrade Corvo. 

M. Ch. Ploix présente au nom de la Société d'Anthro- 
pologie de Paris la proposition suivante, signée par dix mem- 
bres de cette Sodété. 



PROPOSITION 

Au nom de la Société d'Anthropologie de Paris, j'ai 
l'honneur, comme son président, et appuyé par l'assenti- 
ment de tous les membres de cette Société soussignés, pré- 
sents au Congrès, de demander au Conseil, de vouloir bien 
proposer au Coi^rès d'émetre un vœu en faveur de la créa- 
tion d'une Sodété d'Anthropologie à Lisbonne. 
Le 21 septembre 1886. 

Ch. Ploix 
E. Magitot 
G. de Mortillet 
H. Martin 
De Quatrefages 
Emile Cartailhac 
Ca^alis de Fondouce 
Ernest Chantre 
G. Cotteau 
Baron J. de Baye 



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Le Conseil d'un commun accord n'a pas délibéré sur 
cette proposition. 

Le Président lève la Séance. 



Mercredi, 22 aeptemtire 



Excursion à Otta. Environs de Monte-Redondo: ter- 
rains tertiaires: silex taillés. 



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QUATRIÈME SÉANCE 
Jendi, 23 septembre 
Présidence de M. de Mortillet, fondateur. 
La séance est ouverte i 9 heures. 

M. Delgado. Les dépôts de Pépoque néolithique for- 
mant le sol de la grotte de Fuminha. Vesdges d^anthro- 
pophagie. 

Discussion: MM. de Baye, CARTAtLHAC, Evans, Schaaff- 
HAusEN, Delgado, de Mortillet, Virchow, Vasconcellos 
Abreu, HiLDEBRAND, H. Martin; Spécialement sur l'hypo- 
thèse de Panthropophagie des habitants de Fuminha. 

M. ScHAAFPHAUSEN proposc qu'une commission soit 
nommée pour Texainen des vestiges d'anthropophagie signa- 
lés par M. Delgado. 

Plusieurs brochures sont présentées au Congrès. On 
décide qu'elles reâtent à l'Académie Royale des Sciences. 

M. Cartailhac propose qu'on prie ceux des oQi-ants 
qui auraient des doubles, de vouloir bien déposer un exem- 
plaire à la Section Géologique. 



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-h. 

Cette proposition est approuvée. 

M. Ckantke. Monographie sur les anciens glaciers du 
bassin du Rhône. 

Discussion : MM. Evans et de Mortillet. 

M. Carlos Ribeirô fait part de la réception de deux let- 
tres accompagnant les mémoires suivants, de M. Adrien 
Arcelin : L'ancienneté de l'homme dans le bassin moyen 
du Rhône et la vallée inférieure de la Saône, et de M. 
George Atkinson : Sur l'écriture appelée Ogam, que l'on 
trouve dans les Iles Britanniques. 

M. ViLANOvA appelle l'attention du Congrès sur les 
études faites par M. Frederico de Vasconcellos dans les 
dépôts superficiels du bassin du Douro, et invite ce géolo- 
gue à lire lui-même son mémoire. 

M. Frederico de Vasconcellos donne ensuite lecture 
du Résumé d'une étude faite sur quelques dépôts superfi- 
ciels du bassin du Douro — Présence de l'homme — Vesti- 
ges d'action glaciaire. 

Le Président du Congrès nonune une commission, 
composée de MM. Barbosa du Bocage, Capellini, Cartai- 
LHAc, Delgado, Hildebrand, Mortillet, Schaaffhausen, 
Vasconcellos Abred et Virchow, pour l'examen des vesti- 
ges d'anthropophagie révélés par les ossements trouvés à 
Pintérieur de la grotte de Fuminha. 

La séance est levée à i heure. 



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CINQUIÈME SÉANCE 

Jeudi, 23 septembre 
Présidence de M. de Quatrefages. 
La séance est ouverte à 2 heures. 

M. DE Bâte. Les traits caractéristiques de l'époque 
néolithique en France, tels qu'ils sont réunis dans les sta- 
tions de la Champagne. 

Discussion: M. H. Martin. 

M. DE Quatrefages. Note sur les dernières découver- 
tes effectuées dans la Lozère par M. Prunières. 

■Discussion: MM. H. Martin et de Quatrefages. 

M. Gazaus de Fondouce. De l'emploi de la callaïs 
dans l'Europe occidentale aux temps préhistoriques. 
Discussion: MM. Cartailhac et Evans. 

M. Chqffat présente les conclusions de la commission 
nommée pour l'examen des silex trouvés à Otta et des cou- 
ches où ils ont été recueillis. - 






Le Président fixe le samedi pour la discussion de léon- 
ine tertiaire. 

M. Chantre. L^âge du brotue en Italie. 

Discussion: MM. de Mortillet, Pigorini, Virchow, 
H. Martin et Chantre. 

Observations de M. H. Martin. Sur deux espèces 
d'épées en bronze trouvées en Irlande. 

M. Pigorini. Objets en silex et squelette peints en 
rouge, trouvés dans une caverne près de Rome. 

La séance est levée à 5 heures. 



Vendredi, 24 septembre 

Excursion à Mugem: Kioekkenmoeddings de Moita do 
Sebastiâo et de Cabetjo da Arnida. 



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SIXIÈME SÉANCE 

Samedi, SB septembre 

Présidence de M. Virchow. 

Sa Majesté le ROI Dom Luiz, protecteur de la g*"* 
Session, et Sa Majesté le ROI Dom Fernando, président 
d'honneur, assistent à la Séance, laquelle est ouverte à 9 
heures. 

M. Choffat fait la lecture du rapport de la commis- 
sion nommée pour Texamen des silex trouvés à Otia et 
Tétude de leurs condiiions de gisement. 

Discussion: Sur les vestiges de Texistence de l'homme en 
Portugal, i la période miocène: MM. de Mortillet, Evams, 
Capeluni, Vilanova, Cartailhac, Bellocci, Cotteau, Vir- 
chow, Delgado, Cazaus de Fondouce et de Quatrefages. 

L'inscription étant épuisée, le Président M. Vjrchow re- 
met la décision à un autre congrès, ces questions ne devant 
pas être décidées à la majorité des voix. 



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38 

Le Secrétaire Général présente au Congrès, un mé- 
moire sur ^Les Lusitaniens*, au nom de son auteur, M. Mas- 
tins Sabmento. 

La séance est levée i i heure. 



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SEPTIÈME SÉANCE 

Samedi, 26 septembre 

Présidence de M. Vilanova. 

La séance est ouverte à 2 heures. 

M. Cartailhac déclare que la liste des membres du 
Congrès qui désirent prendre part à l'excursion à Citania 
va être close, et que le départ aura lieu dans la matinée du 
3o septembre. 

M. Magitot. Essai sur les mutilations ethniques. 
Observations de M. Cazalis de Fohdocce. 

M. Chantre présente au Congrès son grand ouvrage 
Le premier âge du fer dans le bassin du Rhône. 

M. OuvBiRA Feuao. Sur un cas de microcéphalie en 
Portugal. 

Après avoir lu son mémoire, M. Oliyeira FeijÂd fait 
entrer dans la salle du Congrès la microcéphale Bemvin- 
da, conduite par sa garde-malade. 



40 
Elle est examinée avec le plus grand intérêt par plu- 
sieurs membres du Congrès. 

Discussion sur la lecture précédente: MM. Vilanova et 

ViRCHOW. 

M. Paula e Oliveira. Notes sur les ossements humains 
qui se trouvent dans le musée de la Section Géologique de 
Lisbonne. 

Discussion: MM. de Quatrefages et H. Martin. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 



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Séance du Oonseil, le 26 septembre 



Présidence de M. Andrade Corvo. 

M. Capellini exprime la nécessité de faire réunir le 
prochain Congrès dans un pays où il n^ait pas encore siégé; 
il invite les membres du conseil des différentes nationalités 
à donner leur avis là-dessus. 

M. DE QuATREFAGEs propose que le Conseil permanent 
soit consulté sur ce sujet; il ajoute qu'il faut penser aux 
frais que le gouvernement d'un pays doit faire pour rece- 
voir le Congrès. 

M. DE MoRTiLLET appuîc la proposition de M. de Qua- 
trefages. 

M. ViBCHOw appuie la proposition de M. Capellini et 
celle de M. de Quatrefages; il fait aussi remarquer que le choix 
du pays présente encore d'autres difficultés, celle d^une lan- 
gue officielle du Congrès, par exemple. Il s'abstient de pro- 
poser que la lo*"" session ait lieu à Berlin, et fait voir qu'il 
serait mieux de penser à une autre capitale. 



ff>s^ 



4» 

M. Zawisza donne des renseignements sur des explo- 
rations faites dans quelques cavernes et sur les travaux exé- 
cutés en Cracovie. 

M. Capellimi donne lecture delà proposition suivante: 



PROPOSITION 

Les membres du Congrès qui auront été cinq fois se- 
crétaires passeront de droit secrétaires honoraires, et feront 
partie du Conseil permanent. 

S^ils assistent à deux nouveaux Congrès ils deviendront 
vice-présidents honoraires. 

G. de Mortiîlet 

Hans Hildebratid 

G. Capellini 

Emile Carlailhac 

J. Zams:ia 

Ch. Ploix 

G. de Vasconcellos Abreu 

Z. Consiglieri Pedroso 

Virchow 

Joaquim Philippe Nery Delgado 

G. Coiteau 

H. Martin 

Le conseil décide que le sujet de cette proposition soit 
présenté à TAssemblée générale du prochain Congrès com- 
me un 4*"" article additionnel. 

MM. DE MoRTiLLET et CAPEU.INI foHt quelques obser- 
vations concernant les membres correspondants. 



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M. LE Président résume la question, et propose qu'une 
liste des membres correspondants soit présentée i chacun 
des représentants des différents pays en leur signalant les 
individus qui n'ont pas adhéré aux Congrès pour les trois 
dernières Sessions; et qu\ine liste soit faite, en ajoutant aux 
noms des membres correspondants les noms de ceux qui 
par leurs travaux ont contribué au développement du Con- 
grès et à la bonne réussite des sessions. 

Approta>ie. 

Le Préâdent lève la Séance. 



Dlmonohfl, 28 septembre 

Réception par Sa Majesté le Roi Dom Fernando au 
Palais de Necessidades. 

Visites aux Musées et autres établissements publics de 
Lisbonne. 

Réception par S. Majesté le Roi Dom Luiz, et ban- 
quet au Palais d'Ajuda. 



,Ci, 



HUITIÈME SÉANCE 

Londl, 27 septembre 

Présidence de M. Hildebrand. 

La séance est ouverte à g heures. 

M. Chantre présente différents mémoires au Congrès. 

Le Président du Congrès communique l'invitation faite 
par l'Académie Royale des Sciences aux membres des deux 
Congrès, préhistorique et littéraire, pour un dîner, le 29 à 7 
heures, dans la grande salle de l'Arsenal de la Marine. 

M. H. Martin. Du type ethnique et anthropologique 
des Ibères. 

Observations de M. Adolpho Coelho. 

M. Adolpho Coelho. Sur les cultes péninsulaires an- 
térieurs à la domination romaine. 

Observations de MM. H. Martin et Vasconcellos 



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45 

M. CoNSiGLiERi Pedroso. Sut quelques formes du ma- 
riage populaire en Portugal. Contributions pour la connais- 
sance de l'état sodal des anciens habitants de la Péninsule. 

M. DE Baye. Les instruments en pierre à l'âge des mé- 
taux. 

Observations de M. de Mortillet. 

M. Magitot donne lecture du mémoire de M. Gustave 
MiLLEscAMPS: Sur les siiex emmanchés de l'époque méro- 
vingienne. 

M. Vasconcellos Abreu présente son mémoire: De 
l'origine probable des Toukhâres et leurs migrations à tra- 
vers l'Asie. 

Le Président du Congrès communique l'invitation faite 
par la Sodété d'Instruction de Porto, pour une fête au Pa- 
lais de Cristal, dans cette ville, lorsque les membres du 
Congrès y passeront en revenant de Citant'a de Briteiros. 

La séance est levée à i heure. 



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NEUVIÈME SÉANCE 

Lnndi, 27 septembre 

Présidence de M. Zawisza. 

. La séance est ouverte à 2 heures et demie. 

M. le Président du Congeiès fait part de la réception 
de plusieurs brochures et mémoires offerts au Congrès. 

M. Henri Martin présente au Congrès de la part de 
M. Alexandre Bertrand, directeur du Musée de Saint-Ger- 
niain, dix-sept photographies représentant des divinités gau- 
loises; il fait suivre cette présentation de quelques remar- 
ques sur la mythologie gauloise, et invite les savants portu- 
gais et espagnols à faire des recherches de ce genre dans la 
Péninsule. 

Observations de M. Goihet sur les rapports delà trinité 
gauloise avec la trimté dans l*Inde. 

M. PiGOWNi communique un télégramme qu'il vient de 
recevoir du Prof. Uzielli sur la découverte de quelques tom- 



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bes dans le terramare de Casinalbo, el fait ressortir l'im- 
ponance de cette découverte. 

M. Belluccc. Du culte de la pierre. 
Observations de M. Magitot. 

M. ViLANOVA. Du cuivre et du bronze en Espagne, et 
de la période qui les a précédés. 

Discussion: MM. Chantre, Vilanova, J. J. Rodricues 

et DE MORTILLET. 

M. Vilanova invite les membres du Congrès à visiter 
avec lui les cavernes de Santillana, près Santander, dont 
les parois et le plafond oITrent des gravures coloriées où 
l'on reconnait l'aurochs. Cette découverte est due à M. Mar- 
celine de Santuola. 

M. PossiDONio DA SILVA. Sur les haches en bronze 
trouvées en Portugal. 

Z)«cus«b«.- MM. Cazaus de Fondouce, Chantre, Hil- 

DEBRAND et DE MoRTILLET. 

M. PiGORiNi. Nécropole de l'âge du bronze en Italie. 

M. DE Baye. Les indices de la transition de la pierre 
polie à l'époque du bronze. 

M. Oppert. Sur Pambre jaune dans la haute antiquité 
asiatique. 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



..Cotfjlc 



Hardi, 28 Beptemtire 

Excursion à Cascaes et Qntra; grottes néolithiques. 
Visite au Château de Pena; réception par Sa Majesté 
le Roi Dom Fernando. 

Dîner à l'hôtel «Victor». 

Bal au château Royal de Cascaes. 



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DIXIÈME SÉANCE 

Heroredl, 29 septembre 

Présidence de M. Delgado. 

La séance est ouverte à lo heures. 

M. Mesnieb. Les formations géologiques de la Cordil- 
lère des Andes et l^omme américain. 

M. ViLANOVA. Quelques détails ajoutés à sa commu- 
nication précédente sur l'âge du cuivre en Espagne. 

M. Chantre. L^s nécropoles du premier âge du fer 
du Caucase contenant des crânes macrocéphaics. 

Discussion: MM. Virchow, Chantre, Antonovitch et 

HlLDEBRAND, 

M. Antonovitch. Les tumuli de la vallée du Borys- 
thène. 

M. Adolpho Coelho. Sur les prétendues relations des 
macrocéphaics d'Hippocrate avec les Qmbres. 
Discussion: MM. Vilanova et H. Martin. 

7» 



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5o 

M. ViHCHOw présente au Congrès plusieurs exemplai- 
res du prospectus et des planches d'un grand ouvrage de 
MM. Reiss et Stubel sur les Ruines d'Ancon; il ajoute plu- 
sieurs renseignements. 

Observations de M, oe Mortillet, 

Le Secrétaire Général présente le mémoire envoyé par 
M. Bataillard: Les Gitanos d'Espagne et les Ciganos de 
Portugal. 

M. Vasconcellos Abreu fait la lecture du rapport de 
la commission nommée pour l'examen des vestiges d'anthro- 
pophagie des habitants de la grotte de Furninha. 

Réponse de M. Delgado et observations de M. Schaaff- 

MAUSEN. 

La séance est levée à i heure. 



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ONZIÈME SÉANCE 

(Clôture de la Session) 
Heroredi, 2B septembre 
Présidence de M. Romer. 
La séance est ouverte à 2 heures. 

M. Pawinski présente, au nom des auteurs absents, une 
magnifique carte archéolo^que de là Prusse occidentale et 
des parties contiguës du grand-duché de Posen. 

M, le Président, remercie au nom du Congrès. 

M. Pawinski. Sur les cimetières de l'âge du fer en Po- 
logne, avec ou sans incinération. 

M. Oppert. Sur la chronologie préhistorique. 

M. Carlos Ribeiro. Les kioekkenmoeddings de la val- 
lée du Tage. (La lecture de ce mémoire est faite par M. 
Cartailhac qui ajoute quelques observations). 



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_5z_ 

M. RoMER dépose différents mémoires et donne quel- 
ques renseignements sur les fouilles qu'il fait exécuter dans 
les quarante-cinq grands tumuiî de Nagy Falu. 

M. CapelliN! propose que le Comité permanent soit 
chargé de s'occuper du choix de l'endroit où aura lieu la 
10*"" Session du Congrès. 

M. RoMER fait part au Congrès que les mémoires en- 
voyés par les membres absents se trouvent au Secrétariat 
et qu'ils seront publiés dans le Compte-Rendu de la Ses- 
sion. 

Le Président du Congrès, M. Andrade Corvo, prend 
place au fauteuil. 

Puis il propose à l'Assemblée de remercier Sa Majesté le 
Roi Dom Luiz et Sa Majesté le Roi Dom Fernando de Phon- 
neur qu' Elles ont daigné faire au Congrès en acceptant le 
haut protectorat ainsi que la présidence de la 9*°" Session, Sa 
Majesté la Reine Dona Maria Pia de la réception gracieuse 
qu'Elle a bien voulu réserver aux membres du Congrès et 
Sa Majesté le Roi d'Italie pour l'intérêt qu'Elle a daigné 
prendre aux travaux de cette session. 

Ces propositions sont reçues par l'assemblée avec ap- 
plaudissements et votées par acclamation. 

Le Président du Congrès propose ensuite au Congrès 
de voter des remercîments à l'École Polytechnique, au Gre- 
mio Litterario, à l'Association des Architectes, au directeur 
de l'Observatoire Météorologique, à l'Académie des Beaux- 
Arts, à la Bibliothèque Nationale, à la Direction de l'Obser- 
vatoire Astronomique, à celle du Musée Numismatique. 



^ 



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53 
Ces propositions sont votées de même par acclamation. 

M. GiPELLiNi prononce l'allocution suivante : 

Après les remercîments qui nous ont été proposés par 
notre Président il nous reste encore bien des dettes à payer. 
J'ai donc l'honneur de proposer à PAssemblée de voter des 
remercîments bien sincères: 

Au Gouvernement portugais et à la Municipalité de la 
ville de Lisbonne, qui ont tant contribué à la réussite de la 
^èm» session de notre Congrès; 

A notre illustre Président, M. Andrade Corvo, au Se- 
crétaire Général, M. Carlos Ribeiro, et à tous les membres 
du Comité d'organisation; 

Aux Municipalités de Santarem, Salvaterra, Almeirim, 
et aux populations des localités que nous avons visitées dans 
nos excursions; 

A la Section des Travaux géologiques à laquelle on 
doit la réalisation du Congrès de Lisbonne; 

A l'Académie Royale des Sciences qui nous a reçus, et 
à tous les établissements scientifiques et artistiques qui nous 
ont ouvert leurs portes pendant notre séjour à Lisbonne; 

A la Société d'Instruction de Porto pour l'aimable in- 
vitation qu'elle a faite aux membres du Congrès pour une 
fête au Palais de Cristal, lorsqu'ils passeront dans cette ville; 

A M. Martins Sarmento, pour l'intéressante excursion 
qu'il nous prépare aux Citanias; 

Aux officiers de VA/rica, qui se sont donnés tant de 
peines pour notre excursion à Cascaes. 

Messieurs. Je pense que nous allons tous rentrer chez 
nous avec le vif désir de revoir ce beau et intéressant pays, 
oii de nouveaux trésors seront rapidement accumulés par 
nos habiles confrères, qui nous ont surpris par les merveil- 



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leuses trouvailles faites dans un temps relativement restreint. 
{Applaudissements répétés). 

Des remeromems sont aussi votés aux différentes au- 
torités, spécialement au Govemeur Civil du district de San- 
tarem; à M"" la Duchesse de Cadaval et à MM. Gabriel de 
Freitas et Dom José Belmonte pour la permission qu'ils 
ont bien voulu accorder de faire des fouilles dans leurs pro- 
priétés, à Mugem, à Porto Covo, à Otta. 

Le Président M. Andbade Corvo. 

Mesdames et Messieurs. 

Nous voilà malheureusement arrivés au terme désigné 
d'avance pour la clôture de la neuvième Session du Con- 
grès anthropologique. 

C'est pour moi un triste devoir celui de prononcer la 
clôture de notre session, laquelle, outre ses magnifiques ré- 
sultats par rapport à la science préhistorique, a aussi eu le 
pouvoir magique de nous unir tous par des liens de la plus 
sympathique fraternité. 

Ce Congrès, qui restera un des plus beaux souvenirs 
de ma vie, a été pour le Portugal une occasion unique 
d'écouter les lumineuses leçons des maîtres de la science. 
Pour moi, ce Congrès est venu aussi me permettre d'admirer 
les hautes qualités d'esprit et de cœur dont vous m'avez 
donné des preuves incessantes. Croyez-moi, Messieurs: par 
mes sentiments de vive reconnaissance, et — permettez-moi 
de vous le dire aussi — d'amitié sincère, je saurai toujours 
correspondre à cette bienveillance, qui ne s'est pas une seule 
fois démentie. 

Mesdames et Messieurs. Je crois que le Congrès peut 



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55 

Être fier des résultats de ses études. Plusieurs questions 
ont été largement discutées; et, si nous ne pouvons pas 
dire que tous les membres de la savante assemblée sont en- 
tièrement d'accord sur les sujets controversés, nous pou- 
vons dire au moins que plusieurs difficultés se trouvent 
vaincues, plusieurs dissentiments se sont effacés, et des 
doutes à peine viennent encore ternir l'éclat de vérités qui 
bientôt seront entièrement acquises à la science. 

Ce que nous venons de voir se dérouler devant nous 
n'est que l'histoire toute vivante des grandes découvertes 
de la science. Ce qui un jour est négation devient doute à 
peine le lendemain; puis le doute se change en simple ré- 
serve, et à la fin la vérité éclate, appuyée par des milliers 
de faits incontestables. Alors la conquête scientifique est 
réalisée aux applaudissements des tous les savants sincères, 
qui, même par leurs négations, leurs doutes et leurs réser- 
ves ont contribué puissamment à la rendre plus solide et 
plus brillante. 

Telle est l'histoire de la science préhistorique toute en- 
tière, plus peut-être que de toute autre science. Réjouissons- 
nous de cela, Messieurs, car c'est à ces difficultés mêmes 
qu'elle doit ses triomphes les plus éclatants. Sous ce point 
de vue, la Session du Congrès anthropologique à Lisbonne 
restera mémorable. L'histoire de l'homme, notre histoire à 
nous, a été reculée, n'en doutons pas, de plusieurs milliers 
de siècles, même pour ceux qui n'admettent pas encore sans 
hésitation l'homme tertiaire. 

L'avenir, un avenir prochain, j'en suis convaincu, tran- 
chera définitivement cette importante question, qui a été 
pendant la session actuelle du Congrès la question ma- 
jeure. 

Le Congrès a fait faire à la science préhistorique un 



o 



56 

pas immense, en ouvrant de larges horizons aux nouvelles 
découvertes. 

Pour nous, les Portugais, la brillante Session du Con- 
grès, à laquelle nous venons d'assister, restera mémorable, 
et par ses résultats et par l'impulsion qu'elle ne manquera 
pas de donner parmi nous aux études de la science préhis- 
torique et de toutes celles qui viennent lui apporter à cha- 
que instant l'aide puissante de leurs lumières. Séparés de- 
puis longtemps du reste de l'Europe, un peu par notre si- 
tuation géographique, beaucoup par la longue élaboration 
de notre organisation politique et économique qui a duré 
un demi-siècle, nous travaillons dans une modeste obscu- 
rité à nous mettre au niveau de la science moderne. Le 
Congrès est venu nous montrer que nous avons autre chose 
3 faire, bien plus profitable pour la science et pour nous- 
mêmes: ce Congrès est venu nous faire entrer dans le cou- 
rant qui emporte la science dans les splendides clartés des 
grandes vérités de la nature. 

Nous saurons, j'espère, Messieurs, vous accompagner 
dans votre glorieux pèlerinage. Que les hommes de scien- 
ce continuent à nous aider de leurs conseils et à nous en- 
courager par leur bienveillance! 

Nous avons occupé une grande place dans l'histoire de 
la civilisation moderne au temps de nos vastes découvertes 
maritimes. De ces découvertes la civilisation et la science 
ont su tirer un immense profit. Ni l'une ni l'autre ne l'ou- 
blieront jamais, croyons-le, et elles recevront, par cela même, 
avec une complaisance persistante tout ce que nous ferons 
pour elles. 

Mesdames et Messieurs. Nous vous avons reçus avec 
cette cordialité qui est un des caractères distinctifs du peu- 



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J7_ 
pie portugais: nous ne pouvions pas vous prouver autre- 
ment notre gratitude et notre estime pour vous. Nous 
en avons été bien récompensés por vos aimables bontés et 
encore plus par les belles discussions que nous avons tous 
suivies avec le plus vif intérêt. 

Nous prions le Congrès d'agréer encore une fois l'as- 
surance de notre gratitude. Et — permettez-moi de parler en 
mon nom dans ce moment — j'ose prier aussi les membres 
étrangers du Congrès de croire que je serai toujours recon- 
naissant pour l'indulgence dont ils m'ont donné les témoi- 
gnages les moins équivoques. Ce sont là des faits trop pro- 
fondément gravés dans mon cœur pour que je puisse ja- 
mais les oublier. (Apflaudissements répétés). 

La neuvième Session du Congrès International d'An- ' 
thropologie et d'Archéologie préhistoriques est close. 



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Excursion dans le nord du pays' 



JendJ, 30 septembre 
Départ pour Braga. 

Hardi, 1" octobre 
Visite à Gitania de Briieiros. Retour à Porto. 



Heroredl, 2 octobre 

Porto: Bibliothèque Municipale, musée. 
Coïmbre: Université, musée. 



* Pour la description de c«te excursion voir VAppendk 



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COMPTE RENDU 



EXCURSIONS 



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EXCURSION A OTTA 



La journée du 22 septembre avait été > 
miner sur le terrain les conditions de ^sèment 
du miocène. A 6 heures du matin, une centa 
nés prenaient place dans le train spécial qui d' 
porter à la gare de Cairegado. Au sortir de ] 
purent examiner une belle coupe des terrains 
à découvert par les tranchées de la voie; f 
roulait le charmant panorama de ta ligne des 
dra, permettant de saisir d'un seul coup d'o 
des terrains tertiaires, crétacés et jurassique: 
tie du pays. De l'autre côté de la voie se tro 
ses riches exploitations de sel, et au-delà d 
vaste plaine qui le borde et la chaîne de l'Ar 
de fond à ce magnifique tableau. 

Une vingtaine de voitures attendaient le 
à la station de Carregado, d'où l'on quitta les 
pour se diriger vers le Nord à travers les col 



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6a 

en se tenant à peu de distance à l'ouest des chaînons pitto- 
resques formés par les terrains jurassiques. 

Au village de Carrcgado, la Commission chargée d''étu- 
dicr la question à Tordre du jour' mit pied à terre, et M. 
Carlos Ribeiro lui fit voir une coupe d'ensemble du terrain 
tertiaire. 

La caravane continua ensuite à suivre la route royale, 
passant au-dessus de la riante et industrieuse vallée d'AJem- 
quer, dont la verdure et la fraîcheur sont rehaussées par 
l'aridité et la nudité des flancs des collines qui l'entourent. 

Vers g heures on arrivait au village d'Otta, où les at- 
telages furent doublés avant de pénétrer dans la charneca 
(lande) but de Texcursion. La charneca d'Otta est un vaste 
plateau formé par le conglomérat et les sables du tertiaire 
lacustre inférieur, qui vers l'Ouest s'appuient en stratification 
discordante sur les terrains jurassiques; vers l'Est il est ca- 
ché par un gradin un peu plus élevé formé, non pas par la 
molasse marine comme c'est le cas dans les environs de 
Lisbonne, mais par des assises de marne et de conglomé- 
rats contenant une faune et une flore terrestres et fluviati- 
les. 

Vers le bord occidental de la charneca se trouve im 
petit îlot de jurassique, le Monte-Redondo, dont l'altitude 
atteint 212 mètres; il est situé à 2 kilomètres d'Otta, 

Arrivés au pied de cette colline, les excursionistes se 
dispersèrent dans les divers ravins, en quête de silex taillés. 



' Dans la 1'" séance du ai, fut nommée une Commission composée 
de MM. Capellini, Carlos Ribeiro, Cartailhac, Cazalis de Fondouce 
Choffat, Cotteau, Evans, de Mortiilet, Vilanova et Virchow, chargée 
d'examiner les silex présentés par M. Carlos Ribeiro, ainsi que les cou- 
ches oti ils ont été recueillis. 



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De nombreuses pièces provenant d'éclats, d'autres paraissant 
êlre des nucléus, furent enlevées de l'intérieur des couches, 
sous les yeux desniembres delà Commission; cependant une 
seule de celles-ci fur jugée ne pas laisser subsister de dou- 
tes sur la taille intentionnelle. (Voyez fig. i). Elle fut trou- 
vée par M. Bellucci, en présence de MM. Cartailhac, Caza- 
lis de Fondouce, Vilanova, et d'autres membres du Con- 
grès. Il fut en outre trouvé, à la surface du sol, plusieurs. 
pièces incontestablement taillées; quelques personnes les 
considérèrent comme dégagées du conglomérat par les agents 
atmosphériques; un plus grand nombre les regardèrent com- 
me d'un âge moins ancien. 

Un lunch servi sous une vaste tente dressée en face du 
Monte-Redondo attendait les excursionistes, qui firent le plus 
grand honneur à l'hospitalité luxueuse qu'on leur offrait. Une 
trentaine de toasts furent successivement échangés entre les 
membres portugais et les représentants des différentes na- 
tions prenant part au Congrès. 

A une heure, la caravane se remit en route, traversant 
obliquement la Chameca pour se rendre à la colline d'Ar- 
chino, où une profonde tranchée permettait d'étudier les cou- 
ches d'eau douce mentionnées plus haut. 

En présence d'une vingtaine de membres du Congrès, on 
dégagea des restes d'animaux, vertébrés et invertébrés: 
parmi les premiers se trouvait une mâchoire assez bien 
conservée paraissant appartenir à un hipparion. 

La superposition de ces couches sur les conglomérats 
miocènes est incontestable; on peut facilement s'en convain- 
cre en examinant les ravins latéraux; tandis que les quel- 
ques membres qui s'étaient bornés à voir la face de la 
tranchée pouvaient croire que les marnes à Hipparion 
avaient formé récif pendant le dépôt du conglomérat. 



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_64_ 

Cette fausse interprétation provenait de ce que les mar- 
nes ne forment qu'un ou deux bancs intercalés dans des cou- 
ches de conglomérats et de sables, présentant les mêmes ca- 
ractères au-dessus qu'au-dessous, et de ce qu'une partie des 
sables supérieurs ayant anciennement glissé sur les couches 
de marne et ayant été entamée par la tranchée, on pouvait au 
premier coup-d'œil la considérer comme appartenant aux 
couches inférieures; ce qui avait fait dire à un des membres 
du Congrès que les conglomérats i grimpaient contre la fa- 
laise i. 

La localité d'Azambuja, comprise au programme dans 
le titre de l'excursion, n'a pas été visitée. Elle estsimée sur 
le prolongement des couches d'Archino, à 7 kilomètres de 
cette localité, au bord de la vallée du Tage. 

Il était près de 6 heures lorque nous reprîmes le che- 
min de Carregado, où nous attendait le train qui nous avait 
conduits le matin; il nous ramena à Lisbonne, un peu fati- 
gués par la poussière et la chaleur, mais enchantés des si- 
tes pittoresques que nous avions eu l'occasion de voir et de 
l'hospitalité qui nous avait été réservée. 



EXPLICATION DE LA FLANCHE 

Nous reproduisons ici deux coupes qui ont été publiées 
en 1880' et reproduites par M. Bellucci*, et nous copions en 
outre la figure du silex taillé qu'a trouvé ce dernier auteur. 



' L'Homme tertiaire en Portugal par M. P. Choffat. Archives des 
sciences physiques et naturelles. Genève, décembre 1880, p. 537, pi. m. 

' L'Uomoter^iario m Portogallo. Archîvio per l'Antropologia e la 
Etnologia. Firenze, vol. m, fascicolo 3.°, p. la et tav. iv. 1881. 



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Excursion à Otta 



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L'rt.ft.i» RdtHomhûdiïtn'îfiù 



DigitizsdbyGOOgle 



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L'éloignement nous ayant empêché de corriger le des- 
sin de la planche, il s'y est glissé deux erreurs qui ont été 
reproduites par M. Bellucci; nous rétablissons le dessin 
original. 

Le profil u." i relevé à quelques kilomètres au nord de 
Lisbonne, nous montre au nord-ouest le calcaire à Rudis- 
tes R, formant la colline de Gampo. On sait que ce calcaire 
a été rangé dans le Turonien, classification qui vient d'être 
confirmée par les déterminations de MM. Cotteau et de 
Lorioi, qui y ont retrouvé des formes connues du Turo- 
nien de l'Algérie. Ces strates ont un plongeraient de 25° 
vers le sud-est. 

Au-dessus se trouve la formation basaltique B, compo- 
sée de basalte compacte divisé en gros prismes irréguliers, 
et contenant en outre des cendres et des marnes. 

Dans les lits de marne, intercalés au milieu des cen- 
dres basaltiques, se trouvent quelques nids de fossiles par- 
fois très-nombreux, mais appartenant à un petit nombre 
d'espèces. 

M, Tournouër en a publié une étude dans le Journal de 
Conchyliologie (1879, page 172, pi. vi). Il y reconnaît trois 
espèces différentes de coquilles terrestres, toutes trois nou- 
velles, ne permettant par conséquent pas de fixer l'Sge des 
couches qui les renferment. M. Tournouër fait pourtant re- 
marquer qu'elles ont des rapports avec les formes vivant 
actuellement dans l'Amérique du Sud. 

Les lits supérieurs des ma^es basaltiques présentent 
une stratification bien visible au bord de la route de Presa, 
à quelques pas de notre coupe. Ils plongent d'environ i3° 
vers le sud-est et supportent des marnes rouges {c') conte- 
nant des grains de quartz et de silex roulés, et ayant la 
même inclinaison; ils forment la base des grès miocènes 



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66 

(c^àc% Ces grès, qui sont parfois très fins, présentent gé- 
néralement de nombreux cailloux de silex et de quartzîte, 
soit arrondis, soit anguleux, mélangés à des cailloux calcai- 
res arrondis; ils ne présentent souvent qu'un sable désagré- 
gé, accidentellement relié par une pâte calcaire, plus rare- 
ment siliceuse. 

Des bancs de ce calcaire blanc, empâtant des silex, se 
remarquent en c*; ils forment une colline qui supporte la 
chapelle d'Azenhas Velhas. Un deuxième niveau (c*) forme 
une falaise fort étendue et d'une élévation assez notable. 

L'inclinaison des strates y est de 8"; pétrographique- 
ment ce niveau se distingue du premier par la grosseur des 
éléments qui ie composent. 

Il suffit de s'avancer de aoo à 3oo mètres dans la direc- 
tion de notre coupe pour rencontrer la molasse marine pré- 
sentant une richesse de fossiles remarquable: 

Nous nous bornerons à citer: Turritella terebralis L., 
Pynila condita Br., Voîuta spoliata Sow., Lutraria latissima 
Desh., Pecten convexo-costatus Mich-, et enfin Ostrea cras- 
sissima Lamk-, qui s'y trouve en quantité considérable. 

Au-dessus de la molasse se trouvent une vingtaine de 
mètres de sables très fins, micacés, contenant quelques pe- 
tites lentilles de marnes ou de grains de quaru. 

A i5 mètres de la base se trouve un banc de marne 
d'un mètre d'épaisseur (p). Cette marne contient de nombreu- 
ses empreintes de plantes terrestres et quelques mollusques 
marins ou d'eau saumâtre.* 

Ces plantes appartiennent à la même flore que celles 
trouvées à Azambuja sur le prolongement des couches 
d'Archino. (Voyez à ce sujet le mémoire de M. Heer, pu- 
blié dans ce volume). 

Le profil ti." 2 s'étend du Monte-Redondo aux fouilles 



1 



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d'Archino, il a une longueur de 4 '/a km. Il est important de 
remarquer qu'il coupe la vallée en biais et qu'il aurait un 
kilomètre de moins s'il avait été relevé directement en tra- 
vers de la vallée. 

/, calcaires jurassiques; c, conglomérats miocènes; p, 
couche de marne avec Hipparion, etc. 

Les deux erreurs se trouvant dans la " 
en 1880, portent sur les conglomérats mioc 
sinateur a fait passer sous les calcaires du I 
tandis qu'ils les recouvrent au contraire jus 
La deuxième erreur est la terminfûson S. 
sables supérieurs aux marnes à Hipparion 
au contraire sous forme de plateau. Ce son 
téraux qui permettent d'examiner Archino 
mais il n'est pas possible de le faire au suc 



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EXCURSION A MUGEM 



MOITA DO SEBASTIAO ET CABEÇO DA ARRUDA 

Le 24 septembre, à six heures du matin, un train spé- 
cial conduisit les excursionistes à Santarem, ville très an- 
cienne, bâtie sur la rive droite du Tage, occupant la base 
et le sommet d'une colline où l'on voit les ruines d'ancien- 
nes fortifications. 

Là les congressistes sont reçus par le gouverneur civil 
du district et le conseil municipal de Santarem. Des dis- 
cours sont échangés. En sortant de la gare on trouve toute 
la population de la ville et des alentours revêtue de ses cos- 
tumes nationaux, célébrant l'arrivée des visiteurs par des 
acclamations enthousiastes. 

Nous laissons la parole à M. Bellucci'. 

■La route était toute pavoisée, la musique militaire jouait 



' Congresso Internationale dt Antropoiogia ed Archeologia Preisto- 
riche. Reîa^ione deî Dr. Giuseppe Bellucci. Eslratto JaZ/'Archivio per 
l 'Antropoiogia e la Etnologia di Firenze, vol. si, fasc. 3.", p. 17-29. 



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6g_ 

des hymnes portugais. Des centaines de fusées volantes lan- 
cées de tout côté et pendant longtemps font retentir l'air de 
leurs crépitations stridentes, le tout contribuant à rendre no- 
tre réception plus singulière et plus festive. Au milieu de la 
foule on voyait les pittoresques costumes de la population 
campagnarde, parmi lesquels se distinguaient ceux des cam- 
pinos, gardiens des troupeaux de taureaux, costumes que 
plusieurs jeunes propriétaires de la contrée avait aussi endos- 
sés. Montés sur de superbes mules et sur des chevaux fou- 
gueux les campinos faisaient la haie sur notre passage, tenant 
à la main le pau ferrado, long bâton caractéristique aux 
bouts de cuivre ouvragé. Nous traversons la ville, tout en 
fête, puis le grand pont en construction sur le Tage, ouvrage 
à la fois hardi et grandiose. 

Le pont aura iïoo mètres de longueur et 6 mètres de 
largeur. Le jour de notre passage les travaux encore inache- 
vés étaient cependant en état de permettre qu'on touchât 
la rive opposée du fteuve ; pour descendre on avait fait cons- 
truire exprès un escalier très commode, à plusieurs étages, 
haut de trente mètres, lié à un échafaudage qui rempla- 
çait la partie du pont encore à construire. Pendant que 
nous traversions le pont et que nous descendions, les cam- 
pinos montés sur leurs chevaux passaient le fleuve à gué. 
Au pied de l'escalier, les voitures qui devaient nous con- 
duire à Mugem nous attendaient. Elles formaient une lon- 
gue file, flanquée toujours par de nombreux cavaliers. Nous 
traversâmes les villages de Almeirim, Bemfica et Mugem. 
Partout nous fûmes reçus par les autorités; partout des dra- 
peaux, des arcs de triomphe, des girandes de fusées votan- 
tes; partout des populations en fête accourant sur notre pas- 
sage pour nous saluer. Où, cependant, les démonstrations 
de cet accueil gracieux et enthousiaste atteignirent le com- 



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70 
ble ce ftjt aux confins des communes d'Almeirim et de Sal- 
vaterra: outre les autorités il y avait des centaines de nou- 
veaux campînos, en costume, représentés par les riches pro- 
priétaires de ces lieux et par leurs gens. 

Après notre passage la scène devient très animée, in- 
descriptible; nos voitures en deux, trois files, à l'aventure, 
suivaient des chemins indéterminés que les conducteurs, les 
uns après les autres, se frayaient dans cette campagne ou- 
verte. Les cavaliers qui flanquaient les files de voitures, 
tantôt se livraient à des courses effrénées perçant les files, 
tantôt prenaient des altitudes pleines de grâce et d'agilité, si- 
mulant une véritable fantasia arabe, que non seulement 
la nature et l'aspect du terrain, mais aussi l'ardeur du so- 
leil rendaient encore plus vraisemblable. 

Il était presque midi lorsque nous arrivâmes au mon- 
ticule, Moita do Sébastian, où l'on avait pratiqué une large 
et profonde tranchée afin que nous pussions examiner la 
structure du Itioekkenmoedding et tous ses détails. Au fond 
de la tranchée, et sur des mottes de terre qu'on avait lais- 
sées iH situ, on voyait, ça et là, plusieurs squelettes humains 
rencontrés dans l'excavation. Le tumulus ou monticule au- 
dessous d'une strate de terre végétale, était entièrement for- 
mé par les débris de coquilles comestibles atteignant la hau- 
teur de presque deux mètres, mêlés à quelques galets, à de 
menus et nombreux fragments de charbon, à de rares éclats 
de silex et à des ossements également rares. L'importance 
du monument préhistorique se montrait dans toute son évi- 
dence et nous avons eu l'occasion de faire sur place bon 
nombre d'observations. 

Plus tard, sous la même tente qui nous avait abrités à 
Otta, on nous servit un lunch magnifique; et tandis que 
cela se passait sous la tente, on avait improvisé des repas 



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7' 
frugaux sur le sol même, à Pombre des hauts chênes, autour 
desquels se groupaient plusieurs de ceux qui nous avaient 
suivi à jVIugem ainsi que les personnes qui en grand nombre 
nous avaient attendus au lieu même des explorations. 

Tandis que la plupart des congressistes prenaient plai- 
sir à contempler cette scène et jouissaient de la fraîcheur 
relative que nous procurait la tente, un certain nombre, gui- 
dés par M. Delgado, se rendirent à un autre tumulus sem- 
blable, que l'on connaît par le nom de Cabeço da Arruda. 

On y avait aussi fait faire des excavations spéciales i 
cause de notre visite, et il faut ajouter que ce tumulus était 
en lui-même plus important, plus riche en objets remarqua- 
bles et en données scientifiques que celui qu''on avait précé- 
demment examiné. 

L'excavation avait plus d'étendue, et elle se prêtait fort 
bien à faire connaître la manière dont le tumulus avait été 
sucessivement formé, et à démontrer que les squelettes hu- 
mains qui s'y trouvaient, apartenaient à des individus con- 
temporains des mangeurs de mollusques qui ont vécu sur 
la tombe de leurs parents ou de leurs compagnons, et y ont 
laissé une quantité énorme de valves de mollusques sem- 
blables, généralement réduites à des fragments très menus. 

Gomme produit des fouilles faites avant notre arrrivée 
on voyait un grand nombre d'objets vers la partie centrale 
de l'excavation, lesquels on été mis gracieusement à notre 
disposition. Après que chacun de nous eut fait une ample 
provision d'os, de silex et de coquilles, nous reprîmes le che- 
min pour rejoindre nos confrères. Ayant retrouvé nos voi- 
tures nous passâmes par la route que nous avions suivie le 
matin. Vers 7 heures du soir nous nous trouvions à San- 
tarem, et à 9 heures nous rentrions à Lisbonne rapportant 
le souvenir de Tune des plus belles journées que nous ayons 



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passées, embellie par un accueil si plein de courtoisie et de 
démonstrations de sympathie, et rendue si intéressante par 
les monuments préhistoriques examinés, lesquels, malgré 
leur analogie avec les kioekkenmoeddings du Danemark, 
n'en sont pas moins une spécialité bien marquée de la vallée 
du Tage.» 



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EXCURSION A CASCAES ET CINTRA 



Le 28 septembre, à 7 heures du matin, les membres du 
Congrès furent conduits à bord du transport de guerre 
YAfrica dans des chaloupes de la marine royale. 

Pendant le trajet de Lisbonne à Cascaes, les congres- 
sistes purent admirer le magnifique panorama qu'offre l'es- 
tuaire du Tage illuminé par un soleil splendide. On voyait 
au sud, les falaises d'Alfeite, d'une cinquantaine de mètres de 
hauteur, constituées par les sables tertiaires, à teintes rou- 
ges et jaunes qui s'étendent jusqu'aux contreforts de l'Ar- 
rabida. A la suite se dessinait la pointe de Cacilhas avec 
ses grands magazins de vins et de liége, puis on signalait le 
fort d'Almada et la série de collines, plus ou moins abruptes, 
constituées par la molasse marine et qui, s'étendant jusqu'à 
l'Océan, forment vers le sud la côte maritime. 

Le long de la rive droite la ville de Lisbonne s'étalait 
sur des pentes tantôt douces, tantôt rapides, formées aussi 
par la molasse marine. On voyait la vallée d'Alcantara, qui 
présente des sections très intéressantes du crétacé supérieur 



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ou calcaire à Rudistes. On remarquait en haut le vaste pa- 
lais d'Ajuda, où deux jours auparavant le Roi Dom Louis 
avait reçu les congressistes. En bas, de nombreux palais 
entourés de jardins présentent une luxuriante végétation en 
grande partie exotique. Les collines rougeâtrcs et brunâtres 
qui donnent un aspect si caractéristique à cette partie de 
la rive droite du Tage, doivent leur existence à des déi>ôts 
qui précédèrent et qui accompagnèrent les épanchements 
basaltiques, qui ont eu un si grand développement aux en- 
virons de Lisbonne, surtout dans la contrée qu^on avait de- 
vant les yeux. Ces basaltes, se faisant jour à travers les 
grès et les calcaires crétacés, forment un lambeau de terrain 
très irrégulier, ayant une longueur de 25 kilomètres et une 
largeur atteignant une dizaine de kilomètres. 

Cette formation basaltique est, par exemple à Bemfica, 
à 5 kilomètres de la mer, recouverte par des conglomérats 
miocènes identiques à ceux de la charneca d'Otta, que 
le Congrès avait déjà examinés; ces conglomérats sont à 
leur tour recouverts en stratification concordante par la 
molasse marine. Celle-ci, enfin, supporte des couches la- 
custres contenant la flore d'Azambuja et de Quinta do 
Bacalhao. Par contre, aux bords du Tage, la molasse ma- 
rine repose directement sur la formation basaltique', sans 
qu'il y ait interposition des conglomérats miocènes. 

On passe devant la grande fabrique de cordes et de voiles 
pour la marine {Cordoaria), fondée par la reine Dona Ma- 
ria I. Puis on voit le monument grandiose qui rapellc les na- 
vigations et les découvertes des portugais au xv et xvi siè- 
cles. C'est le majestueux monastère — Os Jeronymos^ élevé 
par le Roi Dom Manuel, édifice remarquable surtout par son 
architecture dite Manuelina. Aujourd'hui il est, en partie, 
occupé par un orphelinat portant le nom de Casa Pia, dans 



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lequel un grand nombre d'enfants reçoivent une éducation 
soignée. 

On est près de l'embouchure du Tage. Devant les yeux 
des congressistes se dresse la gracieuse tour de Belem, que' 
la mer entourait complètement il y a deux siècles, 

A mesure qu'on s'avance, on continue d'observer les 
basaltes et quelques lambeaux de la molasse marine jusqu'à 
l'embouchure du fleuve, où les calcaires du crétacé supé- 
rieur et inférieur forment les falaises devant lesquelles 
passa VAfrica avant de mouiller dans la rade de Cascaes, 
petite ville avec citadelle où la famille royale a l'habitude 
de séjourner une partie de l'automne. 

La ville était tout en fête. L'escadre cuirassée fran- 
çaise, qui venait de passer quelques jours dans le port de 
Lisbonne, s'y était arrêtée pour prendre part à la fête de 
l'anniversaire du Prince royal Dom Carlos. Elle salua VAfri- 
ca^tt tandis que l'on jouait la Marseillaise abord du vaisseau 
portugais, on entendait l'hymne royal portugais résonner sur 
l'escadre française, qui, ainsi que VA/rica, était entièrement 
pavoisée. 

On descend à terre et, traversant la ville, on va visi- 
ter les grottes de Poço Velho. C'est là que le secrétaire gé- 
néral, M. Carlos Rîbeiro, a fait d'importantes et fructueuses 
découvertes. Il y a recueilli en abondance des squelettes hu- 
mains, des os d'animaux, des coquilles marines, et une gran- 
de quantité de magnifiques objets d'industrie de l'âge de la 
pierre polie, tels que : vases en terre de grandeurs et de formes 
diverses, des couteaux et des pointes de flèches en silex, des 
plaques de schiste ornées de dessins, des perles et d'autres 
pièces d'ornement, en jais, en callaïs et en serpentine ; des 
couteaux et des nucléus de quartz hyalin et enfumé ; des os 
longs fendus et travaillés, des stylets, des plaques, des pen- 



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«1^^ 



deloques et d'autres pièces en os; des haches en pierre po- 
lie, des cailloux roules et usés; des plaques et d'autres ob- 
jets sculptés de calcaire, etc. 

Après un rapide examen de ces grottes, les membres 
du Congrès se rendirent à bord de VAfrica pour déjeûner, 
après quoi ils débarquèrent pour prendre les voitures qui 
devaient les conduire à Cintra. 

Ici nous ne pouvons mieux faire que de reproduire la 
description qu'a donné M. Cotteau'. 

« Pendant longtemps la route est difficile et mon- 

tueuse; bordée d'opuntias et d'agaves gigantesques, elle tra- 
verse une contrée aride, desséchée, à peine cultivée. Aux 
approches de Cintra l'aspect du sol change;' la verdure re- 
paraît, et bientôt devant nous s'élève une haute montagne, 
couverte d'une végétation luxuriante, au milieu de laquelle 
se montre çà et là d'énormes roches de granité grisâtre et 
que domine le château royal de Pcna. 

«Nous franchissons en voiture les premiers contreforts 
de la montagne; chemin faisant, j'examine les blocs de gra- 
nité qui jonchent de tous côtés le sol, d'autant plus intéres- 
sants à étudier qu'ils sont d'origine relativement récente et 
appartiennent à l'époque tertiaire. Au premier aspect, on 
croirait que ces roches ont été entassées ainsi pêle-mêle, à 
la suite de quelque violent cataclysme ; mais il n'en est rien; 
leurs formes bizarres et leur dispositions variées sont dues 
simplement aux influences atmosphériques. 

«A mi-côte à peu près, nous laissons nos voitures et 
nous traversons à pted des jardins remplis de fleurs qui at- 



' G. Cortcau. Congrès International d'Anthropologie et d'Archéologie 
préhistoriques. Session de Lisbonne. Notes de voyage, p. ï3, 24. Auseire, 



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77 
teignent des dimensions que je n'avais vues nulle part; les 
hortensias bleus et roses forment de véritables buissons; les 
héliotropes, les fuchsias sont grands comme des arbres; 
puis nous entrons dans le parc royal; pendant près de deux 
heures, toujours en montant, nous marchons au milieu d'ui — 
végétation splendide. Les arbres les plus rares croissentav 
une vigueur extraordinaire. Ici ce sont des groupes (ï'Ara 
caria imbricata, excelsa et brasiliensis gigantesques, d 
Eucalyptus énormes, des pins de toute espèce; là ce so 
des Leucûdeniiron qui font briller au soleil leurs feuilles d'i 
aspect métallique; plus loin c'est un véritable bois de c 
mélias, dont la hauteur dépasse plusieurs mètres; au milji 
de tout cela circulent des eaux vives et tombent des ca 
cades qu'on franchit sur des ponts d'un aspect des plus p 
toresques. Les pentes deviennent plus rapides, et avant d'à 
river au château, nous grimpons sur des ânes, préparés poi 
faire cette dernière partie de l'ascension. 

«Le château de Pena fait corps pour ainsi dire av' 
le rocher de granité qui termine la montagne. Ses tours cr 
nelées, son architecture appartenant à tous les styles, s 
portes garnies de sculptures, ses murailles revêtues de ca 
reaux émaillés, ses terrasses d'où l'on découvre une vue m 
gnifique sur le parc, les roches de granité et au loin sur 
mer, lui donnent un caractère étrange et séduisant à la fo 
Le roi D. Fernando en a fait sa résidence d'été et l'a rei 
plie d'objets d'art, de meubles anciens, de tableaux, de faïe 
ces précieuses. Nous n'oublierons jamais l'amabilité parfai 
avec laquelle il nous en fit les honneurs. 

iLa journée avançait; nous rejoignons nos voitures qi 
après un long circuit, étaient venues nous attendre, et p. 
une avenue qu'ombragent des arbres séculaires, nous an 
vons à Cintra. La ville était en fête, et attendait le Congre 



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78 
Sous une tente construite exprès pour nous*, un splendide 
festin était préparé. Les dames de la ville avaient mis au 
pillage tous les jardins de Cintra. La salle était littéralement 
tapissée de fleurs les plus éclatantes et les plus rares; le 
coup-d'œil était saisissant. Aussi, lorsqu'à la fin du ban- 
quet, l'un de nous porta un toast aux dames de Cintra, ce 
toast fut-il accueilli par d''enthousiastes applaudissements !> 

Les autorités locales, la noblesse, en un mot toute la 
bonne société a fait honneur aux congressistes en rivali- 
sant de zèle et d^amabilités, qui étaient comme un éclatant 
hommage rendu à la science. 

A neuf heures on retourna à Cascaes pour assister au 
bal offert par Leurs Majestés et pour lequel on avait reçu 
des invitations personnelles. 

«La fête était fort belle et très animée. De la terrasse 
qui domine la mer on apercevait les vaisseaux portugais et 
français illuminés, pavoises et lançant par intervalles des 
jets de lumière électrique qui sillonnaient au loin les flots; 
c'était féerique. A trois heures du matin nous quittons le 
bal et à sept heures VAfrica nous ramenait à Lisbonne*.» 



' Sur la terrasse de l'Hôtel Victor. 
» G. Cotteau. Loc. Cit. p. î5. 



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:0MMUNICATIONS 



ISCUSSIONS 



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COMMUNICATIONS ET DISCUSSIONS 

I 

ÉPOQUE TERTIAIRE 



L'HOMME TERTUIBE EH PORTUQAL 



M. Carlos Ribeiro 

On se rappelle la manière dont furent reçues dans la 
première moitié de ce siècle, les découvertes faites par di- 
vers naturalistes et géologues sur certains points de l'Eu- 
rope, relatives à l'existence de l'homme fossile. 

Une école dogmatique et intransigeante, comme celle 
qui avait condamné la loi du mouvement de translation de 
la terre, les repoussa, nonobstant la lumière des faits qui 
les démontrait brillamment. 

Tout le monde sait que la découverte faite dans le 
comté de Suffolk (Angleterre) en 1797, de silex travaillés 
de la main de l'homme, associés à des ossements d'animaux 
d'espèces disparues et dont John Frère a donné une rela- 
tion dans un mémoire publié en 1801, est un fait qui, mal- 
gré son importance, demeura inaperçu pendant plus d'un 
demi-siècle. Il le serait peut-être encore aujourd'hui si M. 
Evans n'en avait pas donné connaissance au monde scien- 
tifique, en 1869, dans le 4*"" volume des Proceedingsoflhe 
Society of Auitquaries. 






82 

Le squelette fossile de l'homme, découvert par l'habUe 
géologue A. Boue, en i823, dans les dépôts alluviens du 
Rhin, associé aux restes d'animaux d'espèces éteintes, fut 
condamné de même par les naturalistes à un oubli lamenta- 
ble. 

Le dr. Schmerling n'a pas été plus heureux avec ses 
admirables découvertes dans les cavernes de la Belgique, 
qu'il a explorées avec tant de science et de si beaux résul- 
tats. Ces découvertes, et d'autres faites depuis, ont rendu 
évidente l'existence de l'homme préhistorique. 

Toutefois, dans les Hautes régions scientifiques la sanc- 
tion officielle continua d'être refusée à cette vérité déjà ac- 
quise pour la science. Cependant, malgré l'opposition de 
quelques personnes plus ou moins autorisées et l'indiffé- 
rence de beaucoup d'autres, il y eut des naturalistes qui 
non seulement accueillirent l'idée de l'existence de l'homme 
antédiluvien comme une vérité, laquelle s'accordait avec les 
lois de la paléontologie, mais qui, exempts d'idées précon- 
çues, ne connaissant d'autre autorité que celle qui dérive 
des faits bien confirmés et n'ayant pour but que la recher- 
che de la vérité, ont repris ces travaux, jusqu'à ce que, 
ayant obtenu des preuves nombreuses, ils triomphèrent de 
tous les doutes et de toutes les oppositions. En 1860 l'exis- 
tence de l'homme antédiluvien fut enfin proclamée. 

A l'occasion oij ce triomphe venait d'être obtenu, on 
avait déjà constaté d'autres faits d'une grande importance 
pour la paléontologie des mammifères, et qui, tôt ou tard, 
devaient rendre absolument nécessaire l'existence de l'hom- 
me à l'époque quaternaire, et frayer le chemin à l'admission 
de celle d'un être intelligent existant à l'époque tertiaire. 

M. Desor dans son opuscule sur l'homme pliocène de 
la Californie écrivait: 



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83 

- oAinsi se réalisèrent les prévisions de notre ami Qui- 
net, qui ne pouvait admettre que l'humanité, la plus belle 
fleur de la création, fut éclose au milieu des marécages et 
brouillards de l'époque glaciaire; elle devait remonter plus 
haut à une époque où le climat était plus propice et le ciel 
plus clément.i 

Du moment où l'étude de la flore fossile miocène, faite 
par les plus grandes autorités dans la science, nous dit 
que le climat de cette époque dans les régions de l'Eu- 
rope était approprié à la vie d'un grand nombre de mam- 
mifères des principales divisions de la faune actuelle; dès 
que les quadrumanes anthropomorphes se montrèrent, pen- 
,dant cette période, si franchement caractérisés; des qu^il 
est certain que ce climat était plus doux et plus propice au 
développement de la vie que les climats nébuleux de la pé- 
riode diluviale, où, du reste, l'homme se retrouve dans tou- 
tes les manifestations de son existence; dès que nous voyons 
l'homme fossile de l'Amérique, enfin, y coexister avec les 
mastodontes; il ne nous semble pas qu'il y ait des objections 
sérieuses à opposer à ce que, dans toutes les régions du 
globe, l'on entreprenne des recherches dans le terrain ter- 
tiaire moyen, afin de découvrir les vestiges de l'homme. 
Le profond paléontologiste Edouard Lartet le pensait ainsi 
il y a plus de quarante ans. 

Effectivement, nous savons tous qu'en i836, ce savant 
avait découvert dans les couches du terrain miocène de San- 
san, département du Gers, le Pliopithecus atitiqiius représenté 
par une mandibule avec la denture complète consistant en 
i6 dents en série continue, c'est-à-dire, la même formule 
dentaire de l'homme et de quelques singes supérieurs. 
Il faut remarquer que, jusqu'à cette époque, on avait nié 



-^^rv, 



84 

simultanément l'existence du singe fossile, avec les mêmes 
fondements que celle de l'homme fossile. 

Et ce n'est pas seulement cette espèce d'anthropomor- 
phe qui a été découverte; le Diyopilhecus Fontam\ espèce 
qui a été de même rencontrée dans les couches miocènes de 
la France, est un singe d'une organisation encore supérieure 
à celle du Plioptlhecus antiquus. 

Lartet, parlant de l'homme fossile, n'excluait pas l'idée 
de la possibilité de son apparition à l'âge miocène. En effet 
se rapportant aux explorations faites à Sansan, où avec 
tant de savoir et de succès il obtint des collections magni- 
fiques de mammifères fossiles de l'âge miocène, il fait ob- 
server que 4dans une faune oii dominent encore des espè- 
ces animales qui lui étaient hostiles, l'espèce humaine de- 
vait être très gênée dans son développement.» «Ce n'est— 
disait-il encore — qu'après la disparition successive de tant 
d'ennemis redoutables, que l'homme aura pu acquérir une 
prépondérance décisive sur les restes de cette création qu'il 
a ensuite modifiée, soit par l'extermination des espèces nui- 
sibles, soit par ta propagation de celles réduites à la do- 
mesticité.* 
Et il ajoutait encore : 

«Un type supérieur, celui du genre humain, ne s'y est 
pas rencontré; mais de ce que sa place manque dans les 
formations anciennes, il ne faudrait pas se hâter de conclure 
qu'il n'existait pas. » 

Les découvertes des deux espèces d'anthropoïdes dtées, 
malgré leur importance, resteraient sans effet immédiat sur 
le développement de l'histoire naturelle de l'homme, si la 
gie n'était pas venue se placer à côté de la paléonto- 



\ 



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85 

logie pour en démontrer l'authenticité et la haute valeur 
scientifique. 

En effet, les explorations géologiques faites en Auvergne 
ont conduit à la découverte d'un document important pour 
la démonstration de l'existence de l'homme miocène dans 
cette région; ce fut un silex taillé intentionnellement, extrait 
en 1870 par M. Tardy d'un conglomérat près d'Auriliac, et 
dont l'âge est caractérisé par les restes fossiles du Dino- 
therium giganleiim^ Machaerodus latidens et d'autres es- 
pèces. 

La découverte du crâne humain de Calcaveras dans la 
Sierra Nevada (Californie) n'a pas été de moindre impor- 
tance: M. Desor en a donné dernièrement une notice. Ce 
crâne fut rencontré, à 40 mètres de profondeur, dans un puits 
ouvert pour l'exploitation des couches aurifères dans cette 
localité, et il était associé à des restes de mastodonte, d'hip- 
parion et d'autres mammifères fossiles. 

Les explorations paléontologiques de l'illustre abbé Bour- 
geois conduisirent cet habile géologue, non seulement à la 
découverte des silex taillés dans les couches de VElephas 
meridionalis de Saînt-Prest, mais encore, dans les couches 
qui font partie de la série des calcaires de la Beauce, for- 
mation caractérisée par les restes de diverses espèces de 
mammifères, parmi lesquelles figuraient le Pliopithecus anli- 
quus^ le Dinotherium Cupt'eri, le Mastodon angustidens et 
d'autres. 

Des explorations entreprises en Portugal depuis environ 
dix-huit ans amenèrent à des résultats pareils, comme j'ai 
déjà eu l'honneur de communiquer au Congrès, pendant sa 
gime session à Bruxelles. C'est donc la deuxième fois que je 
m'adresse aux illustres savants qui m'écoutent dans ce mo- 
ment, sur le sujet de la question de l'homme tertiaire. 



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86 

Malheureusement, je ne peux soumettre à l'examen du 
Congrès une pièce quelconque du squelette humain, retirée 
des couches tertiaires que nous avons explorées; nous savons 
tous combien il est, et sera toujours difficile d^obtenir de tels 
documents. 

Sur ce point, nous n'avons été ni plus ni moins heu- 
reux que les autres géologues qui se sont occupés de ces 
investigations dans les couches tertiaires. Nous pouvons, 
cependant, ofirir à Pexamen du Congrès un certain nombre 
de silex où le travail intentionnel est plus ou moins appa- 
rent, et qui ont été extraits des couches miocènes, comme 
les membres du Congrès pourront vérifier facilement sur les 
nombreux exemplaires mis à leur disposition dans le musée 
de la Section des Travaux géologiques, ou sur les lieux mê- 
mes. Les marques de percussion ne manquent pas sur la 
plupart de ces exemplaires, mais les percuteurs rencontrés 
sont assez rares ou peu reconnaissables. Quelques-uns de 
ces percuteurs, cependant, ne permettent aucun doute sur 
leur destination, et paraissent avoir servi en différentes pé- 
riodes de rage miocène, s'il est permis de tirer une telle in- 
férence des restes de la patine qui recouvrait la pièce avant 
qu'elle fût taillée. 

Dans ces âges reculés, la tendance était déjà dominante 
de donner aux instruments en pierre la forme, d'ailleurs rude, 
de couteaux, de grattoirs, de haches et de pointes de lance, 
le tout exécuté très-imparfaitement, outre plusieurs formes 
encore plus mal déterminées, que Pexamen attentif de no- 
tre collection vous fera connaître. 

Passant à un autre ordre de considérations, nous di- 
rons que l'examen géologique de cette partie du pays nous 
a appris que les mers de la période éocène ne Pont jamais 
couverte, mais que dans la période immédiate, elle fut alter- 






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nativement occupée par les eaux des lacs et par celles de 
la mer. 

La même étude nous a révélé également que la formation 
des dépôts de la période miocène fut accompagnée de per- 
turbations, locales il est vrai, mais violentes, et qui tout na- 
turellement étaient contraires au développement et à la con- 
servation de la vie. 

Effectivement, les émissions basaltiques qui se mani-' 
festèrent aux alentours de Lisbonne, traversant les forma- 
tions crétacées, se déversant principalement sur les couches 
de l'étage à Rudistes. les disloquant profondément et pro- 
duisant dans le sol de grandes inégalités, ont préludé à la 
formation des dépôts de Page miocène. Ce fut à travers les 
eaux d'un grand lac que ce phénomène s'accomplit; mais 
durant la période de ces émissions il y eut des intervalles de 
calme relatif dans cette partie du sol, ébranlée par les con- 
vulsions souterraines. Ce calme se produisit dans des con- 
ditions telles, qu'il permit l'apparition de quelques espèces 
de testacés dans cette région. On les retrouve aujourd'hui 
dans certaines parties des couches argileuses rouges, inter- 
stratifîées au milieu des nappes de basalte. Ces espèces ont 
été examinées par M. Tournouër, qui les a décrites et dé' 
terminées de la manière suivante: 

Bidimits Ribeirot. 

Bulimus? Oiisiponensis. 

Pupa Lusitanica. 

Lorsque l'intensité de l'action volcanique diminua, les 
couches de conglomérats, de grès et d'argile miocènes se 
précipitèrent au fond du lac; mais l'action volcanique ne 
s'arrêta pas soudainement; au contraire elle continua de se 
manifester durant la déposition de ces couches, comme on 
peut le voir sur toute la surface qu'elles occupent depuis 



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Bemfica, près de Lisbonne, jusqu^à Santo Antao do Tojal. 
Voici, à notre avis, la raison pourquoi les silex taillés sont 
très rares dans cette bande de terrain miocène, où nous 
avons recueilli à peine deux fragments de silex, qui se trou- 
vent dans notre collection et que nous croyons dénoncer 
quelque travaB intentionnel. 

Les commotions et les ébranlements du sol, inhérents 
à ces émissions, ne se firent pas sentir à de grandes distan- 
ces, et conséquemment les ouvriers de cette époque, s'éloi- 
gnant de ces parages, établirent leurs stations au bord du 
lac, sur le versant de la chaîne qui passe à Alemquer. En 
effet, c'est sur la ligne des couches miocènes qui s^étend du 
gud au nord depuis Carregado jusqu'à Cercal, non loin de 
ces versants, que l'on rencontre le plus grand nombre de 
silex taillés. 

Les conditions dans lesquelles se rencontrent ces silex 
au milieu des couches, sont les suivantes: 

1." Faisant partie intégrante de la couche- même. 

2." Ayant les arêtes vives ou bien conservées, montrant 
qu'ils n'ont pas subi de transport à de grandes distances. 

3." Ayant une patine plus ou moins épaisse de la cou- 
leur de la roche dont ils font partie. 

Il reste encore à dire quelques mots sur l'âge des cou- 
ches où l'on a rencontré ces silex taillés. 

Les caractères que ces couches présentent sont de deux 
ordres, l'un géologique proprement dit, l'autre paléontôlo- 
gique. 

Parmi les caractères géologiques nous avons à consi- 
dérer, la composition générale de la formation, sa puissance 
et ses accidents. 

La formation qui contient les silex taillés commence 
par des couches de calcaire blanc sablonneux, lesquelles se 



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montrent surtout aux environs de Carnide (voisinage de 
Lisbonne), et depuis le pont de Carregado jusqu'à Abri- 
gada. 

Ces couches occupent une bande de largeur variable 
de 2 à 20 mètres, interrompue çà-et là, disparaissant même 
sur quelques points. Dans l'ordre ascendant on voit se suc- 
céder un étage de couches arénacéo-argileuses, rougeàtres, 
d'épaisseur variable entre 5o et 100 mètres, quelquefois 
davantage, qui contiennent les silex taillés. 

Recouvrant cet étage on voit la série fossilifère qui 
plonge sous un étage remarquable de couches de calcaire 
avec Planorbes et Limnées et dont la stratification et l'as- 
pect minéral et pétrographique ressemblent plus aux cal- 
caires secondaires crétacés ou jurassiques, qu'aux formations 
plus modernes. Cet étage supérieur montre son plus grand 
développement entre Thomar, Sanlarem et Almoster. 

Ces trois séries de couches ont plus de 200 mètres 
d'épaisseur. 

Les sables pliocènes ont couvert la formation précé- 
dente, ils forment de grandes étendues se développant sur- 
tout au sud de la vallée du Tage. 

Outre les caractères que présentent les couches miocè-^ 
nés et qui ne se rencontrent pas dans les dépôts post-ter- 
tiaires, it faut remarquer que ces couches, surtout les plus 
anciennes, se trouvent en quelques endroits déplacées de 
leur position horizontale, comme si elles avaient été en- 
traînées par le soulèvement des calcaires secondaires des 
bords primitifs du bassin, et leurs plans de stratification 
forment des angles de lo" à 40' au-dessus de l'horizon. On 
constate ce fsEît près du pont de Carregado, à l'entrée de la 
ville d'Alemquer et en d'autres parties de cet affleurement 
jusqu'au village d'Abrïgada. 



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90 
Les phénomènes les plus remarquables dus à Paction 
dynamique, postérieurs à cène formation, sont les failles 
qui ont produit la vallée principale et les vallées secondai- 
res de Sacavem, de l'Alviella et de PAlmonda, et les énor- 
mes dénudations de la plus grande partie des sables plio- 
cènes déposés sur le sol adjacent, du côté droit du Tage, et 
d^une partie des couches miocènes, ainsi que le dépôt pos- 
térieur des grès grossiers avec des quartzites taillés, qui 
vinréht couvrir partiellement le haut des flancs de ces val- 
lées. 

Nous ferons à peine mention des calcaires concrétion- 
nés quaternaires qui couvrent les calcaires lacustres miocè- 
nes dans les vallées de l'Alviella et de TAlmonda, formant 
de grands dépôts et remplissant les cavernes. 

Le fait géologique le plus important qui caractérise 
cette formation miocène, c'est qu'elle se trouve resserrée en- 
tre les formations secondaires etia formation sableuse plio- 
cène, représentée, sur la rive droite du Tage, par le grand 
lambeau sableux qui s'étend entre Azambuja et Cartaxo et 
qui à son tour est recouvert par les dépôts diluviens an- 
ciens. 

Si les caractères donnés de cette formation, et qui lui 
assignent sa place dans la série des temps géologiques, ne 
suffisaient pas, nous aurions les caractères paléontologiques, 
qui mettent tout-à-faii hors de doute l'âge de cette forma- 
tion. Ces caractères se manifestent dans une série de cou- 
ches qui occupent la partie supérieure de cette formation 
entre les villages d'Otta et d'Azambuja; cette série est cons- 
tituée par des couches de grès et d'argiles, qui dans quel- 
ques endroits passent à des marnes et à des calcaires, et 
dont l'épaisseur ne dépasse pas 8 mètres. Leur position est 
sensiblement horizontale, de sorte que les affleurements res- 



,ï Google 



9' 
pectifs suivent à peu près des courbes de niveau, dont la 
moyenne a une élévation d'environ 70 mètres. 

Cette série se compose de deux parties très distinctes : 
rinférieure renferme des plantes Fossiles, et la supérieure 
des restes d'animaux fossiles. 

Ces plantes ont été déterminées par M. Oswald Heer, 
qui a bien voulu en étudier une collection que nous lui 
avons envoyée. Ce savant naturaliste à reconnu les genres 
et les espèces suivants: 

. Podocarpiis eocenka, Ung. 
Glyptostrobus europaeus, Brgn. 
Pinus sp. 
Carex sp. 

Populus mutabilis, Hr. 
Popultis balsamoides, Goepp. '' 

Populus glandiiiifera, Hr. 
Juglans bilinica, Ung. 

Cinnamommum polymorphim, A. Braun, sp. 
Pimelea octiingensis, A. Braun, sp. 
Fraxinus praedicta, Hr. 
Panax circularis, Hr. 
Nissidium australe, Hr. 
Trapa sileSi'aca, Goepp. 
Phjrllites serriilatus, Hr. 

Quant aux restes d'animaux que nous avons reconnus 
dans les couches de cette série, nous avons obtenu les espè- 
ces ci-dessous énumérées et qui ont été déterminées par 
M. Gaudry: 

Mastodon sp. 

Sus provincial is, Gcrv. 



,ïGot> 






9^ 
Sus choeroides, Pomel. 
Sus sp. 
Listriodon ? 

Rhinocéros minulus, Guv. 
Antilope rectiœrnis, Serr. 
Hyoemoschus'i 
Hipparion gracile^ Kaup. 
Eusmilus perarmatus, Gerv. 

Ils se trouvent sur différents points de la courbe de 
niveau comprise entre les landes à l'est d'Otta et au nord 
d'Azanibu)a. 



Ce fut après la lecture de cette communication que le 
Congrès visita le gisement. 

Au retour de Pexcursion à Otta, la commission nommée, 
sous la proposition de M. Capellini, pour l'examen des silex 
présentés par M. Ribeiro, et composée de MM. Capellini, 

CaZALIS de FoNDOUCE, CotTEAL', EvANS, DE MoRTILLET, Rl- 

BEiKo, ViLANOVA, ViRCHOw et Choffat, rappoFteuF, adopta 
les conclusions suivantes, rédigées par M. Choffat. 



Oonolnaiona dâ la oommisalon ohorgée de 1' 
dQB Bllez tronTâa a Otta 

La commission a trouvé que les différents points se 
rapportant à ce sujet peuvent être élucidés par quatre ques- 
tions: 



,ï Google 



i." Ya-l-H des conchoïdes de percussion sur les st'lex 
exposés et sur ceux qui ont été trouvés pendant l'excursion? 

La commission déclara à runanîmité qu'il existe des con- 
choïdes de percussion, et que quelques pièces en présentent 
même plusieurs. 

2." Le conchoîde de percussion prouve-til la taille in- 
tentionnelle? 

Avis différents, que l'on peut résumer en ce que M. de 
Mortillet considère un seul conchoîde de percussion comme 
suffisant pour prouver la taille intentionnelle, tandis que M. 
Evans croit que plusieurs conchoïdes présentés par une 
même pièce ne donnent pas la certimde d'une cassure in- 
tentionelle, mais seulement une grande probabilité. 

3." Les silex taillés trouvés à Otta, proviennent-Us de 
la surface ou de l'intérieur des couches? 

Avis divers : M, Cotteau les croit tous de la surface, 
en ce sens que "ceux qui ont été recueillis à l'intérieur y au- 
raient été introduits par suite de crevassements des couches. 

M. Capellini croit, au contraire, que les pièces recueil- 
lies à la surface proviennent de l'intérieur des couches, dont 
elles auraient été extraites par l'érosion. 

MM. de Mortillet, Evans, Cartailhac en admettent de 
deux provenances, les unes tertiaires, tes autres paléolithi- 
ques ou néolithiques:' il serait facUe de les distinguer par 
leur forme et leur patine. 

4." Quel est rage du gisement des silex dOtta? 

Après une discussion de quelques instants, les membres 
de la commission se déclarèrent en parfait accord avec les 
faits observés par les géologues portugais. 



,ï Google 



Disoassion 

M. DE MoRTiLLET. .\1. CaHos Ribeiro a présenté en 1871, 
à l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, des silex et 
des qiiartzites tailles provenant des assises tertiaires de la 
vallée du Tagc, L'année suivante il a soumis les mêmes si- 
lex à la réunion du Congrès international d'anthropologie 
et d'archéologie préhistoriques de Bruxelles. Ces silex n'obtin- 
rent pas un grand succès. L'abbé Bourgeois, lui-même, ne 
reconnut tout d'abord aucune trace de travail intentionnel. 
Un nouvel examen des divers échantillons lui fit pourtant 
remarquer un silex évidemment taillé; malheureusement, ce 
silex n'avait pas été trouvé en place. Il suspendit donc son 
jugement. M. Franks seul déclara qu'à son avis plusieurs 
des silex des environs de Lisbonne, présentés par M. Ri- 
beiro, étaient taillés intentionnellement. 

Profitant de l'Exposition internationale de Paris, en 
1878, M. Ribeiro exposa, dans la galerie des sciences anthro- 
pologiques, une série de silex et de quartzites tertiaires. 
Les ayant tous examinés avec le plus grand soin, ■j'ai recon- 
nu qu'il y en avait vingt-deux portant des traces indubita- 
bles de travail. Tous les paléoethnologues, auxquels mon 
collègue et ami Emile Cartailhac et moi avons montré ces 
échantillons, ont été du même avis. M. Cartailhac les a fait 
photographier en majeure partie et en a figuré huit dans les 
Matériaux de l'année dernière. Le travail intentionnel de 
es silex et quartzites est très bien établi, non seulement par 
;ur forme générale, caractère qui peut être trompeur, mais 
ncore et surtout, ce qui est plus concluant, par des plans 
le frappe très nets et par des conchoïdes de percussion fort 



,ï Google 



95 
développés, parfois doubles, en relief sur une face, en creux 
sur la face opposée. Il ne saurait donc y avoir de doutes. 
Ces divers échantillons sont taillés à grands éclats; presque 
tous affectent une forme triangulaire sans retouches, qu'ils 
soient en quartzite ou en silex. Plusieurs montrent encore 
sur les plats et même dans les conchoïdes de percussion en 
creux, des traces et fragments de grès, ce qui établit qu'ils 
proviennent bien des couches en place. Or, ces couches 
de grès, intercalées avec des argiles et des calcûres, consti- 
tuent dans la vallée du Tage une vaste formation qui, sur 
quelques points, atteint 400 mètres de puissance. Les cou- 
ches sont souvent disloquées, et soulevées parfois presque 
jusqu'à la verticale. C'est bien là évidemment un terrain 
tertiaire. Telle est du reste la détermination qu'en donne M. 
Ribeiro, directeur du relevé géolt^ique de Portugal, par con- 
séquent l'homme le plus compétent en cette matière. 

Les membres du Congrès ont pu constater par eux- 
mêmes de la manière la plus positive, non-seulement la 
vérité de la découverte de M. Ribeiro, mais aussi la posi- 
tion géologique précise de certains silex travaillés. Ils se 
sont rendus à Otta, au milieu d'une formation d'eau douce 
très puissante et très étendue. C'est un grand bassin lacus- 
tre, sablo-argileux dans le centre, sablo-caillouteux sur les 
bords. L'être intelligent qui taillait le silex ne pouvait lais- 
ser des traces de son industrie que sur les rives du lac; 
aussi est-ce sur les bords du lac qui baignait la base de 
Monte Redondo qu'ont eu lieu les recherches. Elles ont été 
couronnées de succès. M. Bellucci, l'habile chercheur de l'Om- 
brie, a découvert en place un silex incontestablement taillé. 
Avant de le détacher, il l'a montré à bon nombre de nos 
collègues. Ce silex tenait fortement à la roche. Il fallut em- 
ployer le marteau pour l'extraire. Sa position datait bien de 



.,Ci 



l'époque du dépôt. En effet, au lieu d'être à plat sur une 
surface qui aurait pu se colmater et se consolider plus tard, 
il était fixé à la partie inférieure de la lèvre supérieure d'une 
excavation d'érosion atmosphérique. Il est donc impossible 
de désirer une démonstration plus complète en ce qui tou- 
che la présence des silex dans le gisement. 

Reste à déterminer l'âge de ce gisement? 

Si les silex taillés demeuraient près du bord, il n'en était 
pas de même des débris de végétaux et des corps d'animaux 
qui flottaient sur l'eau. Ils étaient poussés plus avant dans 
le lac et finissaient par se déposer au milieu du sable et du 
limon. Ce sont surtout les limons qui nous ont conservé ces 
divers fossiles. Eh bien, dans une couche limono-sablcuse, 
à 3 kilomètres et demi au sud-est de Monte Redondo, cou- 
che appanenant, sans aucun doute, au lac dont nous nous 
occupons, nous avons pu voir, en place, des ossements et 
surtout des mâchoires d'hipparion, animal éminemment ter- 
tiaire. La flore des couches de ce grand lac tertiaire, étudiée 
par M. Oswald Heer, et la faune par M, Albert Gaudry, 
montrent que ce lac appartient au tortonien ou miocène su- 
périeur. 

Grâce aux patientes et savantes recherches de M. Car- 
los Ribeiro, le Congrès a donc pu constater qu'à l'époque 
tortonienne, il existait dans le Portugal un être intelligent 
éclatant le silex, tout comme l'homme quaternaire. 

M. Evans: Il y a probablement dans les couches ter- 
tiaires quelques éclats offrant des bulbes de percussion. Il 
y a aussi à la surface du sol des silex appartenant au pa- 
léolithique ou au néolithique, mais, dans tous les cas, pos- 
térieurs à l'âge des couches. Mais les silex de ce genre qui 
ont séjourné si longtemps à la surface du sol, pourquoi ne 



,ï Google 



97 
seraient-ils pas colores au contact du grès rouge, imprègnes 
par du sable et de l'argile? Si on les lavait on verrait dis- 
paraître ces traces superficielles. 

Quant à la provenance des silex qui sont là sous nos 
yeux, que peut-on penser? On nous a dit: voilà dix ans que 
l'on recueille de ces silex, mais on ne sait pas d'où ils vien- 
nent, de quel point précis, de quelle hauteur dans la couche! 
En outre ils n'ont pas de trace d'usure, d'utilisation. Ce 
sont, peut-être, des éclats, des rebuts de fabrication; mais 
alors où sont les instruments? Je pense, enfin, que ces si- 
lex ne sont pas tous des bords du lac. 

Quant au côté géologique, ce serait une impertinence 
que de venir contester les conclusions des géologues du pays. 

Sur place j'ai observé un grand plateau; de la carrière 
où l'on a trouvé la faune, on pouvait juger de la hauteur 
relative des couches, on pouvait se demander comment une 
dénudation purement aérienne aurait pu produire une telle 
action, un tel résultat. Non, il faut faire intervenir les cou- 
rants d'eau douce ou les courants marins; et alors on peut 
très-bien trouver dans les couches superficielles des vestiges 
des époques où la dénudation du plateau s'est ainsi pro- 
duite. 

Combien de milliers de siècles se sont écoulés depuis 
ces temps; l'homme devait être assez différent de ce qu'il 
est aujourd'hui; M. Dawkins prétend l'établir. Si l'homme 
existait à l'époque tertiaire, il faut des preuves plus sérieu- 
ses qu'un fragment de silex. Je suis bien fier de" l'antiquité 
de ma famille, mais il faut qUe cette antiquité s'appuie sur 
des fondements plus solides qu'un seul bulbe de percus- 
sion. 

M. Capellini: Je crois que les silex sont taillés; si vous 



ne l'admettez pas, il vous faudra douter aussi de tous les 
silex de l'âge de la pierre. Je dis cela pour le petit saint 
Thomas qui vient de parler. 

Mais d'où viennent ces silex? Je regrette qu'ont n'ait 
point pratiqué des tranchées;' mais j'ai vu en place le silex 
aperçu par M. Bellucct. C'est là un fait, il me suffît. 

La question géologique n'est pas discutable; la coupe 
était parfaitement nette ; les grés passent sous les couches fos- 
silifères; d'après la flore et la faune si bien étudiées, il n'est 
pas douteux pour moi que nous avons là le miocène supé- 
rieur. Ces terrains par leurs animaux fossiles ressemblent 
à plusieurs terrains tertiaires de l'Italie, tels que celui de 
Casino, près Sienne, étant peut-être un peu plus anciens, 
vu que l'on n'y trouve point le tapir. 

M. Vilanova: Vous venez d'entendre un beau mot 
de la part de M. Capellini en appelant M. Evans le petit 
saint Thomas, parce qu'il ne croit pas encore à l'homme 
tertiaire. Eh bien, à présent se lève le grand saint Tho- 
mas, permettez-moi la phrase, qui a besoin d'être expli- 
quée. Le très honorable Evans peut être un petit saint 
Thomas parce que, sachant beaucoup, il doute très peu; 
mais moi, ne sachant rien, j'ai le devoir de douter de tout, 
à moins que les choses ne se présentent d'une façon si 
claire que le doute ne soit plus possible. Mais la ques- 
tion de l'homme tertiaire en général, et celle du Portugal 
en particulier ne s'offre pas à mon esprit comme je l'au- 
rais désiré, sans doute à cause de la limitation de mon 
intelligence. Je dois, pourtant, déclarer avec loyauté que, 
relativement à l'authenticité des silex qui ont été ramassés 
par les infatigables MM. Ribeiro et Delgado, je n'ai pres- 
que rien à dire, car la plupart me semblent vrais, c'est-à-dire 



^ 



„Google 



99 
travaillés par l'homme. Mais quant à leur ^sèment, la chose 
change complètement, car d^abord je n'ai pas pu voir un seul 
instrument formant partie du dépôt, tous ayant été trouvés, 
au moins ceux que j'ai vu ramasser, à la surface, même ce- 
lui rencontré par mon ami Bellucci en ma présence. Quant 
â l'époque à laquelle on doit rapporter la formation sableuse 
dans la surface de laquelle j'ai vu les instruments, sans oser 
contredire l'opinion très respectable des géologues distingués 
auxquels on doit la belle carte de Portugal, je dois dire que 
le faciès et même la composition du dépôt qui couvre le 
terrain jurassique à la base de Monte Redondo, ne sont pas 
ceux qui caractérisent le terrain tertiaire du territoire espa- 
gnol. L'analogie, et même je peux dire l'identité d'aspect, de 
nature et des fossiles avec celui des environs de Madrid, de 
Concud près de Teruel et de bien d'autres endroits en Espa- 
gne, je l'ai vu au premier coup d'oeil dans la coupe d'Archino, 
au moins dans la partie supérieure composée de couches de 
calcaire marneux, blanchâtre, alternant avec des couches de 
marnes et d'argile parfaitement horizontales. J'avoue, Mes- 
sieurs, que tous les doutes relativement à l'existence de l'hom- 
me tertiaire en Portugal se seraient évanouis, si nous avions 
eu le bonheur de trouver des instruments en silex, travaillés 
par une main intelligente, dans le vrai terrain miocène et 
dans l'intérieur de quelque couche de calcaire ou des mar- 
nes, à côté des fossiles caractéristiques; une coupe dans 
le dépôt renfermant des silex travaillés par l'homme aurait 
été décisive à ma grande complaisance. Sans le moindre 
préjugé relativement à cette question dans le sens affirmatif 
ou négatif, j'ai cru de mon devoir exprimer les doutes qui 
confirment, ou au moins, qui sont la raison fondamentale du 
qualificatif, que dans le commencement de mon discoiu's . 
j'ai cru devoir m'appliquer. 



,ï Google 



M. Cabtaii.hac : Ce n'est pas chose commode que d'ex- 
primer son opinion sur un ensemble de faits que M. Ribei- 
ro et les géologues ses compatriotes ont étudié pendant des 
aryiées; nous avons entrevu, nous avons passé, et mainte- 
nant il faut conclure. Pour ma part, je retiendrai seulement 
dans le débat les faits qui me paraissent acquis tout au 
moins dans les limites de nos connaissances actuelles. Je 
me suis rendu plusieurs fois dans des régions où abonde le 
silex en place, et plus ou moins fracturé. Je n'ai jamais 
trouvé dans ces circonstances un bulbe de percussion avec 
Tensemble de ses caractères tel que M. de Mortillet vient 
encore de le décrire, tel que M. Evans lui-même le présen- 
tait dans ses ouvrages comme une preuve de l'action vou- 
lue, intelligente, humaine. Mais j'admets que par grand ha- 
sard un choc naturel, dans des circonstances d'ailleurs ra- 
rissimes, a pu produire un bulbe de percussion sur un silex; 
que la même pièce vienne à être une seconde fois l'objet 
de la même opération naturelle, alors c'est un vrai miracle 
et je n'y crois plus. 

Or, voilà une pièce que je trouve dans les cartons de 
M. Ribeiro, dans le choix fait par la Commission; je l'avais 
déjà remarquée à l'Exposition anthropologique de Paris et 
je l'avais moulée parce qu'elle a deux bulbes de percussion, 
un troisième douteux, et une forme en pointe qui semble 
vraiment intentionnelle. Or, cette pièce présente à sa sur- 
face non pas une coloration que le lavage ferait disparaître, 
elle a été lavée, mais des plaques de grès toutà-fait 
adhérentes. 

Je ne crois pas qu'un chimiste nous permettrait de dire 
que de pareils dépôts peuvent se former et s'attacher au 

. .silex qui séjourne, le temps que l'on voudra, à la surface 

■ -d'un grès siliceux ! 



,ï Google 



Cette seule pièce me suffit, à présent surtout que j^ai 
vu les lieuK. Mais H y en a d'autres beaucoup mieux taillées, 
et je crois bien que fa plupart, recueillies à la surface d'un 
sol où manquent absolument la terre arable et toute trace 
d'autre dépôt, sont réellement extraites du dépôt tertiaire 
par l'érosion. 

Je l'avoue, on pourrait considérer que la question est 
encore douteuse tant qu'elle n'a pas l'adhésion d'un Evans; 
je comprends les hésitations parce que ces petits silex mio- 
cènes sont, à certains égards, bien embarrassants. Mais M. 
Evans lui-même a reconnu que probablement plusieurs d'en- 
tre eux, avec un ou plusieurs bulbes de percussion, prove- 
naient du grès sous-jaccnt! Dans l'état actuel de la science, 
je crois la question tranchée dans le sens de l'alhrmative. 

M. Bellucci: La flore d'Azambuja et celle de Quinta 
do Bacalhao, Campo Grande et Portelia, la faune d'Archi- 
no, laquelle appartient au même niveau géologique que les 
terrains qui contenaient les 35 espèces végétales étudiées 
par M. Heer, nous portent à considérer que ces terrains 
font partie du miocène supérieur. Par conséquent les con- 
glomérats miocènes qui reposent, soit sur les terrains mé- 
sozoïques, soit sur la formation basaltique, et qui, à leur 
tour, 3e trouvent recouverts par la iïore d'Azambuja et des 
environs de Lisbonne, ainsi que par la faune terrestre 
d'Archino ou la faune maritime d'Alhandra et de Lisbonne, 
appartiennent au miocène supérieur, et représentent, réu- 
nis aux strates de calcaire et de marne avec lesquelles 
ils sont en rapport, les dépôts qui se sont formés au fond 
d'un bassin lacustre qui occupait à l'époque miocène supé- 
rieure le centre du Portugal, à droite du cours inférieur 
du Tage. Eh bien! les silex et les quartzites éclatés, qui 






portent les caractères d'un travail intentionnel, provien- 
nent positivement de ce conglomérat miocène -et doivent 
par conséquent être regardés comme contemporains; quel- 
ques silex éclatés ont été trouvés par M. Ribeiro jusques 
dans les strates de grès à ciment calcaire qui se trouvent 
à la baee des conglomérats près de Monte Redondo. 

Voici un silex, que j'ai trouvé sur place. Avant d'extraire 
le silex du terrain où il était engagé, j'ai eu le soin de le faire 
examiner par plusieurs membres du Congrès, qui ont reconnu 
qu'il fdsait partie de la couche même. Cet éclat de silex 
était si bien dans le grès, que mon outil en bois n'a pu 
l'en détacher. Il m'a fallu employer la piochette en fer de 
M. Cartailhac pour briser le grès. 

La position que cette pièce occupait dans la couche était 
si bien contemporaine de l'époque du dépôt, qu'elle fut trou- 
vée solidement fixée à la partie inférieure de la lèvre d'une 
excavation due à l'érosion atmosphérique. Elle se trouvait 
engagée dans le sens horizontal, la surface taUlée tournée en 
bas, le bord coiu-be et coupant en dehors de fa paroi du bord 
de la fissure. Cette partie du silex a une teinte plus foncée 
parce qu'elle est recouverte de petits lichens desséchés et 
noircis, ce qui démontre que l'éclat de silex est demeuré long- 
temps dans ces conditions, exposé aux agents atmosphé- 
riques, et la forte cohésion qui existait entre cette pièce et 
les autres matériaux formant le conglomérat, explique pour- 
quoi elle ne s'en est pas détachée. 

Les parties des surfaces du silex qui se trouvaient fi- 
xées dans le grès, non seulement présentent une couleur rou- 
geâtre qui dépend de la teinte générale du conglomérat, mais 
elles font voir encore plusieurs incrustations de petits grains 
de quartzite, fortement adhérents aux surfaces et que l'im- 
mersion dans l'eau n'en a pu détacher. 



,ï Google 



io3 

Par ces détails et i>ar quelques observations qui ont 
été faites pendant que la pièce en question était encore m 
situ, je n'hésite pas à soutenir qu'elle faisait partie du con- ' 
glomérat miocène et que, par conséquent, on doit la regar- 
der comme contemporaine de ce conglomérat. 

Maintenant, si nous observons tes parois des petits ra- 
vins plus ou moins profonds qui sillonnent le terrain en dif- 
férentes directions, nous y remarquerons une constitution 
parfaitement analogue à celle de la surface, seulement les 
cailloux et les galets du conglomérat, au lieu d'être détachés, 
se trouvent cimentés assez fortement par une pâte argilo-cal- 
caire d'une couleur rougeâtre, contenant de nombreux grains 
arrondis de sable siliceux. Au milieu de ce conglomérat il n'est 
pas difficile de trouver des éclats de silex et de quartzite 
empâtés avec des matériaux du conglomérat lui-même. 

Il nous est indifférent pour le moment, que ces silex 
portent ou non des traces de travail intentionnel. Ce qu'il 
importe de constater c'est que les matériaux qui constituent 
le conglomérat intact, correspondent parfaitement à ceux 
qu'on trouve à la surface du sol. La conclusion que logi- 
quement on peut en tirer, c'est que tous les matériaux dés- 
agrégés qui se trouvent à la surface de la chameca d'Otta 
proviennent de la désagrégation du conglomérat sous-ja- 
cent. 

Maintenant le silex que j'ai recueilli offre-t-il des ves- 
tiges de travail intentionnel. M. Evans a dit qu'on doit cher- 
cher les cônes de percussion : voici l'éclat, il a été détaché 
de la surface d'un rognon de silex et il non seulement offre 
un cône magnifique, mais sur une de ses surfaces il présente 
aussi les marques des éclats détachés précédemment, et 
dans la même direction, lorsque le silex faisait partie d'un 
nucléus. Que veut-on de plus? On peut dire à la vérité que 






104 

cette pièce est trop grossière pour être attribuée à un tra- 
vail intentionnel. Maïs on serait bien heureux en eiTet de 
trouver à l'âge miocène des pièces régulières et bien faites; 
cela n'est pas possible. On oublie trop que nous ne pouvons 
avoir déjà le travail et les objets de l'époque quaternaire. 

Vous ne croyez plus au bulbe ! 

Que l'on ait alors la bonté de nous dire pourquoi ces 
silex -ci ne sont pas taillés; pourquoi ceux-ci qui sont qua- 
ternaires, le sont A quels caractères faut-il s'arrêter? 

La question de l'homme tertiaire passe par les phases 
traversées déjà par la question de l'homme quaternaire. 

Pour moi, j'arrive aux conclusions générales déjà for- 
mulées par M. Ribeiro, en ce qui regarde les preuves qui 
démontrent Pexistence de l'homme dans quelques terrains 
tertiaires du Portugal. 

M. GoTTEAu: Le gisement tertiaire n'est pas douteux; 
les observations de MM. Ribeiro, Delgado et Choffat ont par- 
faitement établi ta stratigraphie de cette région, et les cou- 
ches à poudingues surmontées, en certains points, par les 
marnes à ossements et à végétaux, appartiennent au terrain 
miocène. Parmi les silex provenant de ces couches et que 
la Commission a examinés, plusieurs présentent certainement 
les marques du travail de l'homme; mais la véritable ques- 
tion est de connaître le gisement stratigraphique de ces si- 
lex et de savoir s'ils ont été recueillis à la surface ou s'ils 
proviennent de rintérieur du dépôt. J'éprouve à ce sujet 
une grande incertitude. Rien ne me démontre que les silex 
taillés soient contemporains du dépôt tertiaire, et dans l'état 
actuel des observations, il me semble plus naturel de les 
considérer comme appartenant à la surface, et par consé- 
quent comme quaternaires. Ce ne sont que des haches à 



.^^ DigitizsdbyGOOgle 



io5 

peine ébauchées, des grattoirs informes et par conséquent 
des déchets d'atelier, ne paraissant pas avoir servi, et dont 
en tout cas il est dithcile de préciser l'usage. Les rares si- 
lex qui ont été trouvés engagés dans la roche, ne diffèrent 
en rien des autres, et ne sont pas suffisants pour démontrer 
leur communauté d'origine avec le dépôt tertiaire. Il ne faut 
pas oublier quHl sVgît d'un terrain de sables et de poudin- 
gues qui a subi, à diverses époques, de puissantes dénuda- 
tions, d'un sol inégal, meuble, raviné chaque année par des 
pluies torrentielles. Quand on se reporte au laps de temps 
considérable qui s'est écoulé dépuis la période quaternaire, 
ne peut-on supposer qu'à une époque plus au moins recu- 
lée, quelques-uns de ces silex ont été entraînés dans les fis- 
sures et qu'en y séjournant pendant des milliers d'années 
peut-être, ils ont fait pour ainsi dire corps avec la roche, 
qu'ils ont pris cette teinte rougeâtre qui les caractérise et 
se sont couverts sur certains points de grains de sable ag- 
glutinés. Ne voit-on pas des faits de cette nature se pro- 
duire tous les jours sous nos yeux ? 

C'est à titre de géologue, que vous m'avez appelé à faire 
partie de la Commission, et c'est comme géologue que j'exa- 
mine la question. Lorsque je visite une carrière et que j'étu- 
die les différentes couches du soi, je ne tiens que bien peu 
de compte des fossiles qu'on rencontre roulés et mélangés 
à la base. Pour qu'une coquille ait de la valeur au point de 
vue stratigraphique, il faut qu'elle soit trouvée en place et 
retirée de la zone même qu'elle caractérise; il en est de 
même des silex : si vous voulez que leur gisement soit hors 
de conteste, ne les prenez pas près de la surface, dans des 
fissures plus ou moins récentes où ils auront pu glisser. Pra- 
tiquez au milieu du dépôt une coupe bien nette et bien tran- 
chée, et si vous trouvez un silex dans ta masse compacte 



,yQ|^le 



io6 

et non remaniée du terraÏD, vous n'aurez plus de doute sur 
son âge. Malheureusement, aucun des silex que nous avons 
eu à examiner n'a été recueilli dans de pareilles conditions. 
Rien ne s'oppose assurément à l'existence de l^omme 
tertiaire; mais cependant, dans une question de cette im- 
portance, il ne faut rien décider sans une preuve positive 
et matérielle; et quant à présent, tout en reconnaissant que 
l'opinion de MM. Ribeiro, de Mortillet, Capellini, etc., est 
infiniment respectable, et qu'elle sera peut-être la vérité 
demain, )e voudrais, comme géologue, pour me ranger à 
leur avis, des faits plus précis. 

M. VrRCHow: Je ne suis pas géologue; je m'en rapporte 
aux spécialistes pour l'âge du gisement. C'est la question 
principale que je veux mettre plus en lumière qu'on ne l'a 
fait encore. Je me pose depuis dix ans la question: peut-on 
reconnaître dans la forme d'un éclat de silex si l'opération 
qui Va produite est intentionnelle? 

11 y a des percussions qui se font naturellement dans 
un courant d'eau, sur des pentes. Il faut donc renoncer au 
bulbe de percussion. Le mot conchoïde, proposé par M. de 
Mortillet, est très-bon; chaque substance qui s'éclate a de 
ces conchoïdes, le verre, la calcédoine, l'obsidienne, le si- 
lex. Aussi toutes ont-elles été utilisées dans le même but, 
on connaît les pointes de flèches en verre de bouteille des 
fles Andaman et de la Terre de Feu. 

On sait depuis longtemps que toutes ces substances 
présentent une fracture conchoïdale, même lorsqu'elles n'ont 
subi aucune impressioh violente (cassure par l'action de la 
chaleur solaire qui dilate assez brusquement les parties su- 
perficielles et amène ainsi leur séparation des couches infé- 
rieures); il y a des éclats naturels qui ont aussi une bosse. 



,ï Google 



'07 
Alors comment décider si le concho'tde a été causé par un 
choc violent ou par un mouvement moléculaire? La facette 
plate, comme dit M. Zawisza, intervient dans le premier 
cas par une coïncidence fort remarquable. Mais comment 
a eu lieu ce contact? Est-ce la main de l'homme qui en est 
l'auteur, ou bien une cause naturelle? 

II y a dans le terrain d'Otta de grands blocs anguleux de 
silex. J'en ai moi-même détaché un qui était en partie aplati, 
roulé par Peau. Voilà ce que tout le monde peut voir; et 
alors comment admettre que tes pièces qu'on dit taillées par 
l'homme, qui était loin de là, n'aient pas été roulées. Les 
plus nettes sont les plus vives, les meilleures, dira-t-on. Je 
préférerais, moi, qu'elles fussent avec arêtes émoussées. 

Je crois que les échantillons sont de la couche même, 
mais ils ne peuvent venir de loin; ils se sont fracturés, for- 
més sur place; l'homme ne vivait pas dans le lac: ce n'est 
pas lui, c'est l'eau sans doute qui a fait ces éclats. 

Au reste, cette question est de nature à alimenter en- 
core les discussions de plusieurs Congrès, et je soumettrai 
au prochain une série d'échantillons avec tous les caractè- 
res réclamés par quelques personnes et recueillis dans de 
tclies conditions que l'homme n'y aura été pour rien. 

Voyez l'état des choses! J'ai moi-même, dans le kioek- 
kenmoedding de Mugem, recueilli une petite pièce de silex, 
elle n'avait presqu'aucun des caractères soît-disant néces- 
saires ou décisifs, et personne n'a douté de l'action humaine. 

Ici nous sommes en désaccord et beaucoup nient. On 
cherche avec sagacité des preuves, mais il n'y a pas une 
pièce qui laisse à notre esprit une impression définitive. 

La discussion actuelle portera ses fruits; dans un pro- 
chab Congrès on aura étudié de toutes parts, on sera bien 
mieux préparé pour juger. 



,ïGoOgl' 



1^ 



io8 

Pour moi, Je n'ai aucune hostilité contre Phomme ter- 
tiaire, je crois à son existence, mais pour d'autres raisons; 
ainsi, la pièce présentée par M. Capellini m'a fait une très 
bonne impression. 

M. Delcado: Je commence par déclarer que je n'ai 
point préparé les explorations; les éloges, mérités, qu'on 
vient de faire à M. Ribeiro n'en reviennent donc qu'à lui 
seul, qui a fouillé, qui étudie depuis de longues années ces 
gisements; je n'ai fait que i'aider. 

Le sujet comprend deux questions: l'une purement ar- 
chéologique, l'autre géologique. Je ne me reconnais pas as- 
sez de compétence pour émettre une opinion consciencieuse 
et sûre sur la première de ces questions, laquelle, d'ailleurs, 
vient d'être si bien éclaircie. Je ne parlerais donc qu'en géo- 
logue et tout spécialement pour répondre à M. Evans. 

Dans la région aux silex U n'y a qu'une formation géo- 
logique. La plupart, on pourrait même dire la totalité des 
silex trouvés à la surface proviennent de l'intérieur des cou- 
ches, ils sont les restes de la dénudatîon; la forme horizon- 
tale du plateau dépend de l'horizontalité des couches : les 
silex indiqués par M. Ribeiro étant à un niveau inférieur 
à celui des espèces fossiles d'Archino, qui ont été détermi- 
nées par M. Gaudry comme du tertiaire, il n'y a pas à dou- 
ter qu'ils ne soient tertiaires aussi. 

Un autre de mes illustres collègues a parlé de quater- 
naire; mais tout le quaternaire du Portugal n'a aucun rap- 
port avec le terrain d'Otta. 

M, Cazaus de Fondouce: J'ai hésité longtemps à de- 
mander la parole parce que je suis un de ces timides dont 
parlait tantôt M. de Mortillet, de ceux qui pensent que, 



,ï Google 



lorsqu'il s'agit d'introduire dans la circulation scientifique 
des idées nouvelles, un peu de réserve vaut peut-être autant 
que trop de hardiesse, qui hésitent lorsque les preuves qui 
leur sont fournies ne répondent pas absolument aux exigen- 
ces de leur esprit et restent sur les anciennes positions en 
attendant mieux. Pourtant, comme le Congrès m'a fait l'hon- 
neur de me mettre au nombre de ses commissaires pour la 
question spéciale qui l'occupe dans cette séance, je crois lui 
devoir compte des causes de ma timidité. Elles sont un peu 
géologiques et beaucoup archéologiques. 

Pour ce qui concerne le côté géologique de la question 
je dois dire, comme tous ceux de mes confrères qui m'ont 
précédé, que les géologues portugais ne nous ont rien laissé 
à relever après eux. Les terrains que nous avons vus sont 
bien tertiaires et appartiennent à un ensemble miopliocène 
bien certain. Mais il me reste encore des doutes sur l'ori- 
gine des silex qui nous ont été présentés. Viennent-ils bien 
de l'intérieur des couches? Il me paraît plutôt qu'ils provien- 
nent tous de la surface, ou des couches superficielles qui, 
ainsi que l'ont montré MM. Evans et Gotteau, ont pu être 
remaniées. Voilà une première cause de doute sur laquelle 
je ne veux pas m'étendre. 

Je ne m'étendrai pas non plus sur une seconde cause 
de doute qui provient de ce que ces éclats, perdus au milieu 
de cailloux roulés et d'éclats à arêtes émoussées, ne sont pas 
eux mêmes roulés et ont conservé leurs arêtes vives, et j'en 
viens immédiatement à la troisième cause de ma timidité, la 
seule que je vous demande la permission de développer. 

La question se pose en ces termes, au point de vue ar- 
chéologique: Peut-on reconnaître dans la forme d'un éclat 
de silex, si l'opération qui l'a produit est intentionnelle? 
M. de Mortillet y a répondu très afifirmativement et M. Vir- 



,ï G OOQ le 



R, 



1 



chow a déclaré au contraire que pour sa part il ne croyût 
pas que cela fut possible. L'argument de M. de Mortillet me 
paraît pouvoir se résumer ainsi : Les silex éclatés incontesta- 
blement par rhonune, au moyen de la percussion, présen- 
tent certabs caractères, donc tous les silex qui présentent 
ces caractères sont des silex éclatés par percussion. Cette 
forme de raisonnement par induction n'est peut-être pas 
tout-à-fait correcte. On pourrait demander que la rigueur de 
la conclusion fût tempérée par quelque mot restrictif, car enfin 
on peut très bien concevoir que des effets semblables puis- 
sent être obtenus par des procédés différents. Mais ce que 
je ne puis pas absolument accepter c'est que l'on ajoute à 
cette conclusion, comme en glissant, les mots par l'homme^ 
intentionnellement , car les effets que produit ici la main de 
l'homme, une cause naturelle peut aussi les produire. Cest 
la proposition principale que l'on ajoute ainsi en passant, 
celle qui aurait surtout besoin d'être démontrée et que l'on 
ne démontre pas. 

Je n'ai pas besoin de vous refaire la démonstration de 
la taille du silex que vous a si bien faite M. de Mortillet; 
je me borne à formuler les principes suivants qui en dé- 
coulent, ainsi que des observations que vous a présentées 
M. Virchow: 

I ." Un conckoïde isolé n'implique pas la percussion et 
peut être dû à un éclatement produit par une autre cause. 

2." Un plan de frappe et un conckoïde indiquent le con- 
cours de deux opérations, mais sans intervention nécessaire 
de la percussion pour le second. 

3.° Un plan de frappe avec un conchoide et ses érail' 
lures paraît impliquer une double percussion. 

4.° Les mêmes caractères, avec un conckoïde en creux 
sur la face opposée au conckoïde en reliefs indiquent qu'un 



,ï Google 



éclat avait été détaché du noyau avant l'enlèvement de celui 
qu'on a sous les yeux et témoigne par conséquent d'une tri- 
ple attaque subie par le rognon primitif. 

5°. Un nombre plus considérable d'impressions conchoï- 
dales sur un éclat indique un nombre égal d'actions subies 
par lui avant d'être arrivé à son état actuel. 

Par l'application de ces principes à l'examen des éclats 
de silex, on peut reconnaître ceux qui ont été produits par 
percussion, ceux qui peuvent l'avoir été et ceux qui ne l'ont 
certainement pas été. Mais cet examen ne permet pas de 
pousser plus loin les déductions et de glisser, comme on le 
fait le plus souvent, à la suite du mot percussion, la qua- 
lification d'intentionnelle. On comprend très bien que dans 
la nature, des silex heurtés les uns contre les autres par le 
mouvement des eaux qui recouvraient les terrains où ils se 
trouvent, entraînés sur les pentes des collines, soumis à des 
pressions dues aux mouvements qui ont agité aux époques 
géologiques l'écorce terrestre, foulés par les pieds des ani- 
maux ou des hommes, exposés aux influences diverses des 
agents atmosphériques, on comprend très bien que quelques- 
uns de ces silex aient pu être brisés ou éclatés de façon à 
présenter justement les caractères ci-dessus, un choc natu- 
rel devant aussi bien qu'une percussion intentionnelle pro- 
duire un plan de frappe, des conchoïdes et des éraillures. 

Il est évident toutefois que, plus ces divers caractères 
s'accumuleront sur la même pièce, plus il faudra faire in- 
tervenir, pour expliquer la production de celle-ci, le con- 
cours de chocs multipliés. Aussi ces éclats se rencontreront- 
ils moins fréquemment dans la nature. On rencontre beau- 
coup de rognons décapités et présentant le plan de frappe. 
On rencontre aussi beaucoup d'éclats conchoïdaux. Il ne 
faut, en effet, qu'une opération pour produire les uns ou 



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/-^. 



les autres. Mais on rencontrera bien plus rarement des éclats 
présentant simultanément le plan de frappe et le conchoïde, 
car il faut le concours de deux opérations successives pour 
les produire ; encore plus rarement rencontrera-t-on ces éclats 
avec les éraillures du conchoïde. Enfin des éclats portant 
la trace de deux ou plusieurs conchoïdes seront encore plus 
rares. 

On m'a dit, dans la Commission, qu^à la rigueur un choc 
naturel pourrait produire des éclats à un seul bulbe, mais 
qu''il serait impossible que la même pièce vînt à être une 
seconde fois l'objet de la même opération naturelle, et que 
par conséquent les silex à deux conchoïdes ne sont pas des 
éclats naturels. J'avoue ne pas comprendre pourquoi ce qui 
peut être produit une fois, serait impossible une seconde. 
La seconde opération naturelle est aussi possible que la pre- 
mière, seulement le concours des deux se produira plus rare- 
ment. Or ces caractères de rareté absolue ou relative, qui doi- 
vent, au milieu des nombreux éclats produits naturellement, 
distinguer ceux qui ont été soumis à ces opérations, se re- 
trouvent justement dans les récoltes faites par M. Ribeiro. 

C'est par des nombres qu'il est impossible d'exprimer 
que se chiffrent les éclats de silex dont la bande de terrain 
qui s'étend au pied du Monte Redondo est recouverte. C'est 
depuis 1 860, c'est-à-dire depuis vingt ans que M. Ribeiro re- 
cueille ces éclats avec le désir d'y trouver les marques de 
l'action humaine. Eh bien ! dans ce grand nombre d'éclats, 
durant ce long espace de temps, notre collègue n'en a re- 
cueilli que vingt-deux présentant d'une façon plus ou moins 
distincte le plan de frappe et le conchoïde. Sur ce nom- 
bre, trois ou quatre seulement portent sur le conchoïde des 
éraillures caractéristiques du choc qui l'a produit, et un aussi 
petit nombre présentent plus d'un conchoïde. 



,ï Google 



ii3 

Comment ne pas voir avec évidence dans cet infiniment 
petit nombre l'effet de cet accident possible qui peut et doit 
être, dans cette très faible proportion^ celui du jeu des forces 
naturelles? Vingt-deux éclats trouvés en vingt ans au milieu 
de millions de millions, c'est bien l'accident et cette propor- 
tion le démontre victorieusement. Et même ce nombre de 
vingt-deux est encore trop fort, car un certain nombre de 
ceux-ci ont été trouvés ailleurs qu'au pied de Monte Re- 
dondo. Il y en a d'E^pinhaço de Cao, de Barquinha, d'En- 
Costa do Girvo, de Carregado, etc. 

Si, sur un point déterminé, ces éclats se montraient en 
grand nombre, dans une proportion telle que cette Idée d'ac- 
cident en dût être forcément écartée, alors il faudrait bien 
recourir pour expliquer cette production à une force inten- 
tionnelle, à l'action de l'homme, et c'est ce qui arrive pour 
les gisements quaternaires. Je réponds ainsi à M. Capel- 
lini, qui disait que si Ton rejetait les silex de M. Ribeiro, 
il faudrait rejeter tous les silex quaternaires. Non, car pour 
eux, j'ajoute aux caractères que nous avons énumérés ci-des- 
sus celui qui démontre l'intention, le nombre, tandis que 
dans les gisements tertiaires du Portugal, non seulement 
ce caractère fait défaut, mais il est remplacé par son con- 
traire, l'extrême rareté. 

Je voudrais encore répondre un mot à une observation 
de M. de Mortillet. Notre savant collègue a dit: L'être intel- 
ligent qui taillait le silex ne pouvait laisser des traces de son 
industrie que sur les rives du lac; aussi est-ce sur les bords 
du lac qu'ont eu lieu les recherches et qu'ont été rencontrés 
les éclats travaillés. — Cette observation est plus spécieuse 
que solide. On sait en effet que c'est sur les bords des lacs 
que les cours d'eau qui s'y jettent déposent les plus gros 
matmaux. C'est là en effet que sont les cailloux de silex, 



-'f* 



plus loin, dans l'intérieur, on ne trouve que des sables et 
du limon. C'est donc là seulement que l'on pouvait espérer 
de rencontrer des éclais de silex, parce que c'est là que sont 
les cailloux siliceux. Je n'insiste pas, pour ne pas abuser de 
vos instants, et je conclue. 

On pourra peut-être établir plus tard la réalité de l'exis- 
tence d'un être intelligent en Portugal à l'époque tertiaire, 
mais la preuve en est encore à faire. 

M. DE QuATREFAGEs: La qucstlon de l'homme tertiaire 
se pose encore, pour certaines personnes, d'une manière gé- 
nérale; pour moi, elle n'est plus que locale. 

Les objections opposées à l'existence de cet homme me 
semblent aujourd'hui relever de la théorie plus que de l'ob- 
servation. Ainsi, quelques paléontologistes déclarent qu'il 
est bien difficile d'admettre que l'homme ait survécu depuis 
une époque dont la faune mammalogique différait en tout 
de la nôtre. Comment aurait-il pu durer, disent-ils, quand 
tous les animaux dont il se rapproche le plus par son oi^a- 
nisation disparaissaient?— Je crois avoir répondu depuis 
longtemps à cette question. L'homme n'était pas placé dans 
les mêmes conditions que les bêtes. A son organisation de 
mammifère ii joignait son intelligence, et c'est grâce à elle 
qu'il a pu franchir les changements de milieu qui sans doute 
ont amené l'exùnctîon des populations animales. 

J'ai dit ailleurs et ne crains pas de le répéter ici: le plus 
ou moins d'antiquité de l'homme est une question de fait 
et d'observation. Quant aux indications de la théorie, elles 
nous conduisent bien au-delà des temps miocènes. L'homme 
par son corps n'est qu'un mammifère, rien de plus et rien 
de moins; à ne tenir compte que du corps, il a pu vivre sur 
le globe dès que celui-ci a pu nourrir des mammifères; et 



•^ 



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Ii5 

comme nous connaissons des mammifères qui ont vécu aux 
temps secondaires, l'honune a pu être leur contemporain. 
D Pa pu d^autant mieux, qu^aux aptitudes physiologiques 
communes, à une faculté d^adaptation dont il donne chaque 
jour la preuve, il joignait une intelligence infiniment supé- 
rieure à celle de n'importe quel animal, l'intelligence hu- 
maine. 

Mais on n'a pas eu jusqu'ici à s'occuper de l'homme 
secondaire. L'homme tertiaire est le seul dont il s'agisse ici. 
Cet homme à-t-îl existé et avons-nous trouvé des preuves 
de son existence? Je n'hésite pas à répondre par l'affirma- 
tive en ce qui touche la question générale. Mais celle-ci se 
décompose en un certain nombre de questions locales. La 
question de l'homme tertiaire portugais est une de ces der- 
nières, et ce qui se passe à son sujet me rappelle ce qui 
s'est déjà passé à propos de quelques-uns de ses frères, 
comme l'histoire de ceux-ci a rappelé à certains égards celle 
de l'homme quaternaire. 

Je me rappelle l'incrédulité que soulevèrent les premiè- 
res communications de M. Desnoyers relatives à l'homme 
de Saint-Prest. Je ne puis oublier la physionomie de l'illus- 
tre Lyell en présence des ossements que mon confrère pla- 
çait sous ses yeux. C'était celle d'un homme qui ne peut se 
refuser à l'évidence, mais que cette évidence révolte. U se 
refusait d'ailleurs à admettre l'existence de l'homme à Saint- 
Prest, jusqu'à ce qu'on eût trouvé les armes, les outils qui 
avait tué les animaux, qui avaient fait les entailles. — Pen- 
dant quelque temps on put recourir à cette objection; puis 
M. Bourgeois la réfuta comme on sait en répondant au de- 
sideratum formulé par Lyell. Depuis lors tout le monde a 
accepté l'homme de Saint-Prest; mais est-il tertiaire supé- 
rieur ou quaternaire inférieur? J'ai entendu soutenir les deux 



,ï Google 



ii6 

doctrines. Incompétent pour décider par moi-même cette 
question, je la renvoie aux géolc^es. 

L'tiîstoire de Tbomme tertiaire de la Beauce ressemble 
fort à la précédente. Je sais que l'existence de cet homme 
est encore révoquée en doute par quelques-uns de nos plus 
éminents collègues. Mais elle est prouvée pour moi et 
c'est en mon nom seul que je parle. Lorsque l'abbé Bour- 
geois me communiqua les premières pièces qui lui parais- 
saient démontrer que l'homme avait vu les temps miocènes, 
je ne lut cachai pas que ces preuves étaient à mes yeux 
absolument insuffisantes et peut-être de nature à témoigner 
plutôt contre qu'en faveur de son opinion. Plus tard, au 
Congrès de Bruxelles, je fus de ceux qui, en présence de 
certains silex et surtout des peri;oirs, crurent qu'ils pour- 
raient bien avoir été façonnés par une main humaine. Mais 
je réservai néanmoins mon opinion. Plus tard encore, 
lorsque l'abbé Bourgeois m'apporta de nouveaux perçoirs, 
toujours du même modèle, mats mieux travaillés, et surtout 
une hachette ou râcloir avec retouches, je me déclarai con- 
vaincu.— Je suis de ceux qui croient à l'homme tertiaire de 
ta Beauce. 

Si j'ai hésité à accepter l'homme tertiaire de l'abbé Bour- 
geois, il en a été autrement de celui que M. Capellinî a dé- 
couvert au Monte Aperto. Ici, les premiers dessins que 
m'adressa notre collègue ne me laissèrent aucun doute. A 
moins d'avoir été inventés de toute pièce, ils étaient abso- 
lument démonstratifs. Les moules, les pièces originales ont 
de plus en plus confirmé ma première impression. Les em- 
preintes laissées sur ces os de Cétacé ne peuvent être at- 
tribuées qu'à un instrument tranchant; seul un instrument 
de ce geive peut faire des entailles semblables à celles que 
nous trouvons id, lisses sur im bord et rugueuses sur l'au- 



,ï Google 



"7 
tre (Ici M. de Quatbefages dessine sur le tableau noir une 
sorte de schéma de la coupe de ces entailles). Or, l'homme 
seul fabrique et manie des instruments tranchants. Je crois 
donc à l'homme tertiaire de Toscane. 

El maintenant, que penser de l'homme tertiaire du Por- 
tugal? Je le dis franchement: je ne saurais me prononcer 
encore. Je comprends toute la valeur des arguments sur 
lesquels s'appuient MM. Capellini, Cariailhac, de Mortiilet, 
sans parler de nos éminents collègues portugais que l'on 
pourrait récuser comme étant juges et parties. Mais, d'au- 
tre part, les objections qu'on leur a faites ne me paraissent 
pas être sans valeur. 

S'il me fallait absolument formuler mon appréciation 
actuelle, je dirais que la question de l'homme d'Otta me 
semble en être aujourd'hui à peu près au point où se trou- 
vait à Bruxelles la question de l'homme de Thenay. Je viens 
de rappeler quel a été, à mes yeux du moins, le résultat fi- 
nal d'une instruction que je regardais encore alors comme 
incomplète. Je suis bien près de croire qu'il en sera de même 
de celle à laquelle nous nous livrons aujourd'hui. La ques- 
tion géologique est définitivement résolue. La question an- 
thropologique le sera sans doute bientôt. L'existence de 
l'homme d'Otta est dès à présent presque probable; elle 
sera peut-être démontrée au premier jour. Mais je reste en- 
core dans le doute, estimant qu'en pareille matière on ne 
risque rien en se renvoyant soi-même à plus ample informé. 



L'auteur du mémoire sur l'existence de l'homme ter- 
tiaire en Portugal^ M. Carlos RiBEreo, se trouvant griève' 
ment indisposé, n'a point pris part à la discussion. 



■r? 



M. ViRCHow, président; Personne ne deiiflandant la paro- 
le, la séance va être levée. Ce n'est pas une méthode scienti- 
fique que de trancher les questions à la majorité des votants. 
Il faut donc remettre la décision à un autre Congrès. 



-^ 



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^^^ 



APERÇU SUR lA FLORE TERTIAIRE DU PORTUGAL 



M. OSWALD HeER 

Les plantes tenîaires du Portugal, que M. Rîbeiro m'a 
envoyces, proviennent de quatre localités différentes, savoir: 
1° d'Azambuja dans le bassin du Tage, à environ Sg" de 
latitude nord, à 45 kilomètres au nord-est de Lisbonne; 2" 
de Quinta do Bacalhao; 3" de Areeiro da Quinta da Cruz, 
chemin de Portella; 4° de Campo Grande. Ces trois der- 
nières localités sont situées à quelques kilomètres au nord- 
est et au nord de Lisbonne. 

Je n''ai reçu qu'une espèce de Quinta da Cruz {My- 
rica salicina)-^ cette localité est tellement voisine de Quinta 
do Bacalhao, que nous pouvons réunir cette espèce avec 
celles de cette dernière localité. 

Nous connaissons 1 3 espèces d'Azambuja, 16 de Quinta 
do Bacalhao, 14 de Campo Grande, en tout 37 espèces*. 
Ces plantes se trouvent dans une argile molle, grise ou jau- 
nâtre et sont passablement bien conservées. Les feuilles sont 
en partie seules, en partie entremêlées sur les mêmes pla- 

' Postérieurement à cette notice, on a découvert deux nouvelles 
espèces, ce qui porte le nombre total à 39. Elles figurent au tableau, 
ce sont : Nyssidium australe et Trapa sîlesiaca. 



,ï Google 
i 



quettes. La formation lacustre de Quinta do Bacathao oc- 
cupe un horizon supérieur à celui des couches miocènes ma- 
rines de Lisbonne. Celles-ci (Almada beds de Smith) contien- 
nent un grand nombre de mollusques marins. Il y a bien des 
années que M. James Smith, de Jordan-hill*, a recueilli 1 5o 
espèces dans ces couches: 28 % de ces espèces sont encore 
vivantes; dans la molasse marine suisse les espèces vivan- 
tes forment 25 %» ^^^ns le bassin de Vienne 2 1-26 "/o- 

Il paraît donc que ces couches marines de Lisbonne 
appartiennent à peu près au même horizon que la molasse 
marine suisse. Au-dessous de ces couches marines {couches 
d'Almada), il y a des conglomérats miocènes; au-dessus, 
les sables et les marnes qui à Quinta do Bacalhao contiennent 
les plantes fossiles. Les conglomérats miocènes se trouvent 
aussi à Azambuja et sont surmontés immédiatement par les 
marnes avec les plantes; la molasse marine d'Almada man- 
que à cette localité, mais la flore a le même caractère que 
celle de Quinta do Bacalhao et Gampo Grande. 

Les conglomérats miocènes d^Azambuja contiennent 
les silex dont s'occupe en ce moment le Congrès. Comme 

couches avec ces conglomérats sont sans doute miocè- 

, la question si ces silex sont taillés par l'homme ou s'ils 

it des produits naturels, est de la plus grande importance; 

érons que le Congrès pourra émettre une décision à cet 

trd. 
Dans ce mémoire nous ne nous occuperons que des 

ntes. Nous voulons les examiner séparément d'après les 

alités. 



' James Smith, of Jordan-hiii. On the Age of the Teniary Beds of 
Tagus. Quart. Joura. III. 184?. p, 410. 



,ï Google 



Nous rencontrons ici le plus souvent des feuilles de 
peuplier. Ce sont trois espèces fort répandues dans le pays 
tertiaire, savoir: Populus mutabilis, P. balsamoides et P. 
gîandulifera. 

Nous les voyons déjà dans le miocène inférieur où ce- 
pendant elles sont très rares; mais dans le miocène supé- 
rieur de la Suisse et de l'Allemagne du Sud elles forment 
des arbres très répandus. « 

"Populus mutabilis ne diffère guère de notre Populus 
euphralica, 01-, arbre à feuilles coriaces, qui à présent est 
étranger à l'Europe, mais se trouve en Egypte, en Algérie 
sur le bord des ruisseaux et des fleuves, près du Jourdain, 
de l'Euphrate et en Turcomanie. L'apparition de P. muta- 
bilis à Azambuja nous dit qu'à l'époque miocène l'aïeul de 
P. euphralica s'étendait jusqu'au sud-ouest de l'Europe. 
Nous la connaissons aussi du nord de l'Allemagne (Samland) 
et même du Groenland. 

La seconde espèce de Populus d'Azambuja, Populus 
balsamoides, Goepp. , présente la même analogie avec P. bal' 
samoides, espèce américaine, que P. mutabilis avec P. eu- 
phralica. Cette espèce se trouve non seulement dans le mio- 
cène supérieur, mais aussi dans le pliocène dii Val d'Arno. 
P. gîandulifera est un peu plus rare. Ce peuplier est le 
plus proche parent de P. laurtfolia, Led., de l'Asie. 

Une espèce de Jugions (Juglatis bilinica, Ung.) a la 
même distribution. Les ailles blanches d^Azambuja nous 
en ont conservé les feuilles. Elle s'étend du miocène inférieur 
jusqu'au pliocène dans le Val d'Amo (Montajone). 



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Une feuille du camphrier tertiaire {Cinnamomum poly- 
morphum. A. Braun sp.) nous prouve que cette arbre ca- 
ractéristique de répoque miocène, qui se trouvait partout 
dans l^Europe méridionale et l'Europe centrale, ne manquait 
pas au Portugal. 

Les feuilles d'un frêne {Fraxinus praedicta, Hr.) et 
d'un Pimeiea {P. oeningensis, Hr.) et le fruit d'un Panax 
{P. circularis, Hr.) appartiennent à des espèces qu'on n'a 
trouvées jusqu'à présent qu'à Oeningen. 

On n'a trouvé que quelques fragments de Conifères à 
Azambuja. Une petite branche et une écaille détachée et 
mal conservée de Glyptostrobus europaeus. Brongt. sp., ar- 
bre, qui à l'époque miocène s'étendait jusqu'aux régions po- 
laires; une feuille de Podocarpus eocaiica, Ung. qui se trou- 
ve spécialement dans le miocène inférieur (Oligocène), et 
enfin des fragments de Pinus qu'il est impossible de déter- 
miner. 

Sur les i3 espèces trouvées jusqu'à présent à Azam- 
buja, 10 sont connues du miocène et toutes se trouvent 
dans le miocène supérieur (molasse supérieure ou formation 
d'Oeningen); 7 espèces sont connues du miocène moyen et 
inférieur et appartiennent à des espèces répandues dans 
tout le pays miocène; 5 espèces s'étendent jusqu'au plio- 
cène. Quoique le nombre de plantes trouvées jusqu'à pré- 
sent à Azambuja soit petit, il nous est permis d'en tirer la 
conclusion que ces couches appartiennent au miocène supé- 
rieur et se sont formées à la même époque que les marnes 
calcaires d'Oeningen et les formations du gypse de l'Italie 
supérieure, de Guarene, Stradella et Senegaglia. L'apparition 
du Rhinocéros mtnutus et de VHipparion gracile à Azam- 
buja, animaux foM répandus dans le miocène supérieur, con- 
firme cette conclusion. 



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2. QUINTA DO BACALHAO 

Les peupliers qui abondent à Azambuja et nous font 
croire à l'existence d'un lac ou d'une rivière, manquent à 
Quinta do Bacalhao, mais les ormes y sont très répandus. Un 
orme {Ulmus plurinervia, Ung.), qui par ses feuilles simple- 
ment dentées, se distingue de toutes les espèces vivantes de 
l'Europe, habitait une grande partie de ce continent à l'épo- 
que miocène. Il apparaît en Italie à l'époque pliocène, de 
même que Ulmus minuta* Goepp. et Planera Ungeri, Ett., 
dont nous avons reçu les feuilles de Quinta do Bacalhao. 
Nous pouvons y ajouter un charme (Carptnus pyramtdalis, 
Goepp. sp.) que nous connaissons du miocène supérieur de 
la Suisse, de la Siiésie et du pliocène de PItalie. 

A la place du camphrier que nous avons rencontré à 
Azambuja, nous avons à Quinta do Bacalhao une espèce de 
cannellier (Cinnamotnum Scheuch'{eri, Hr.) Il est très-voisin 
du cannellier japonais, (C pedunculatum, Thbg.), arbre re- 
marquable par son feuillage brillant et toujours vert. 

Les Asclépiadées {Acerates veterana, Hr. et A. longi- 
pes, Hr.) et les Apocynées {Apocynophyllum obovatum, Hr. 
et A. occidentale, Hr.) sont relativement assez bien repré- 
sentées. L'apparition d'un Eucalyptus (£. oceanica, Ung.) 
est très intéressante. On a trouvé à Quinta do Bacalhao des 
feuilles très bien conservées et caractéristiques de ce genre. 
Cette espèce se trouve surtout dans le miocène inférieur 
de la Suisse, de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie: 

' Cette espace n'a pas ctc trouvée à Quinta do Bacalhao, nuais i : 
Campo Grande, 



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Massatongo Ta décrite de Senegaglia; sa détermination ce- 
pendant est très douteuse. 

Quinia do Bacalhao a deux espèces de Cerisiers en com- 
mun avec Oeningen: Prunus acuminata, A. Braun, et P. no- 
nodes, Ung. Prunus nanodes n'a été trouvé ailleurs qu'à l'épo- 
que miocène supérieure (au Locle, à Gleichenbei^ et dans le 
Val d'Amo), tandis que P. acuminata apparaît déjà dans 
l'Atlemagne du Nord (Samland), lors du miocène inférieur. 

Le Podogonium Knorrii formait des arbres chajmanls 
et fort remarquables. Nous en avons recueilli à Oeningen 
non seulement les rameaux feuilles, mais aussi les fleurs, 
les fruits et les graines. Il représente un genre complète- 
ment éteint qui se rapproche des Tamarins. 

Le Podogonium Knorrii devait avoir une aire très con- 
sidérable, car on le rencontre non-seulement à Oeningen et 
partout dans notre molasse supérieure, mais aussi en Alle- 
magne, en Autriche et en Bohême, dans les couches du mio- 
cène supérieur. Par conséquent j'ai été très agréablement sur- 
pris de trouver des feuilles charmantes et bien conservées 
dans l'argile de Quinta do Bacalhao et de Campo Grande. 

Quinta do Bacalhao n'a qu'une espèce {Fraxinus prae- 
dicta) identique avec Azambuja; cependant la flore a le 
même caractère, parce qu'elle présente avec la flore tertiaire 
de l'Europe la même analogie que celle d'Azambuja. Elle a 
] I espèces en commun avec cette flore et toutes ces espèces 
appartiennent au miocène supérieur (à l'exception de l'Eu- 
calyptus). Cinq de ces espèces sont répandues dans le mio- 
cène moyen et inférieur, et quatre dans le pliocène. Il me 
paraît donc que Quinta do Bacalhao appartient à la fin du 
miocène supérieur, c'est-à-dire à l'âge ambigu qui relie le 
I kniocène et le pliocène et auquel on donne parfois la déno- 
"mination de Mio-pliocène. 



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3. PORTELLA 

On a trouvé plusieurs feuilles bien conservées àAreeiro 
da Quinta da Cruz, chemin de Portella, à peu de distance 
de Quinta do Bacalhao. Elles appartiennent à Myrica sali- 
ci'tta, Ung., qui était très répandu à l'époque miocène infé- 
rieure, moyenne et supérieure. 



4. CAMPO GRANDE 

On a recueilli à Campo Grande un assez grand nom- 
bre de plantes qui cependant n'appartiennent qu'à 14 espè- 
ces. L'espèce la plus commune est une Skimmia {S. Oedi- 
pus. Ht.) proche voisine d'une espèce du Japon. C'était 
probablement un arbre à feuilles coriaces et brillantes, qui 
se distinguaient par leur pétiole épais et court et par leur 
nervure médiane remarquablement forte à la base et amin- 
cie plus haut. Les feuilles de l'espèce fossile ainsi que cel- 
les de l'espèce vivante montrent çà et là de petites taches 
rondes, provenant probablement d'insectes. Le genre Skim- 
mia ne se trouve vivant qu'au Japon et sur l'Himalaya, il 
n'a pas été trouvé fossile jusqu'à présent. Ce n'est pas, ce- 
pendant, très surprenant de le rencontrer ici, puisque le 
camphrier d'Azambuja et le cannellier de Quinta do Baca- 
lhao se rattachent aussi à des types japonais. 

Outre le genre Skimmia, les genres Celastrus, Berberis 
et Myrica apparaissent en nouvelles espèces à Campo Gran- 
de, tandis que les genres Populus, Ulmus, Sapindus, Sapo' 
tacites et Cassia montrent des espèces communes et très^ 
répandues à l'époque miocène {Populus mutabilis, Ulmus 



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126 

minuta, Sapindus falcifoUus^ A. Braun, Sapotaciies miuor et 
Cassia ambigua, Uhr.} : de même que le Podogonium Knor- 
rii, qui est représenté par un certain nombre de petites feuil- 
les à Campo Grande. 

Campo Grande n'a qu'une espèce en commun avec 
Azambuja {Populus mutabilis) et trois avec Quinta do Ba- 
calhao {Planera Uiigeri, Acerales longipes et Podogonium 
Knorrii). Huit espèces de cette localité sont identiques à cel- 
les des dépôts tertiaires de l'Europe, 7 appartiennent au 
miocène supérieur et 6 au pliocène: une d'entre elles {Ai- 
nus stenophylla, Sap.) appartient exclusivement au pliocène. 
Campo Grande appartient donc au même horizon que Quinta 
do Bacalhao et doit être placé â la fin du miocène. 

Nous connaissons jusqu'à présent 37 plantes tertiaires 
du Portugal, dont 25 se trouvent aussi dans les autres par- 
ties de l'Europe, et nous en rencontrons 24 dans les dépôts 
miocènes supérieurs. 

Le Portugal a 22 espèces en commun avec la flore de 
la molasse supérieure de la Suisse, et nous en rencontrons 
18 à Oeningen; 14 espèces se trouvent parmi les plantes 
des argiles bleues et brûlées du Val d'Arno, qui sont de la 
fin du miocène et 12 dans les gypses de Scnegaglia. D'un 
autre côté ifi espèces sont répandues dans les dépôts mio- 
cène moyen et miocène inférieur et appartiennent au nom- 
bre assez considérable de plantes miocènes, qui ont persis- 
té jusqu'au commencement du pliocène: plusieurs d'entre 
elles apparaissent dans cette formation. 

En tout, le Portugal a i3 espèces en commun avec le 
pliocène de l'Italie et de la France, dont 1 1 appartiennent 
au Val d'Arno (Montajonc); une espèce cependant (Alnus 
islenopkylla, Sap.) n'a été trouvée jusqu'à présent qu'à Va- 
• quières (en France). 



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Il paraît singulier que le Portugal n'ait que 8 espèces 
en commun avec la France. La raison n'en est pas difficile 
à trouver. Les riches flores tertiaires de la France, que nous 
connaissons par les beaux ouvrages de M. le marquis de 
Saporta, appartiennent pour la plupart aux époques éocène, 
miocène Inférieure et pliocène. La tlore du miocène supérieur 
(la flore d'Oeningen) manque à la France ou bien n'y a pas 
été trouvée jusqu'à présent. 

La flore tertiaire du Portugal remplit la lacune entre 
le miocène moyen et le pliocène, et il n'y a pas à douter 
que toutes les espèces que le Portugal a en commun avec 
la molasse supérieure de la Suisse, se trouveront aussi en 
France et en Espagne dans les étages supérieurs de l'épo- 
que miocène, et probablement elles y seront découvertes plus 
tard. 

A cette époque, la mer s'étendait encore jusqu'au Val 
d'Arno et couvrait le bassin du Pô, mais elle avait disparu 
de l'Europe centrale, et la France et l'Espagne formaient 
alors une partie du continent européen, sans doute recou- 
vert de végétation. Les plantes fossiles du Portugal nous 
indiquent les premières traces de cette flore. 

Beaucoup de types tropicaux et subtropicaux avaient 
alors disparu de l'Europe, et il y avait moins d'arbres à feuil- 
lage toujours vert qu'à l'époque éooène et miocène inférieure, 
ce qui nous indique un abaissement graduel de la tempéra- 
ture. Cependant, à l'époque miocène supérieure, même lors 
de la formation d'Oeningen, une riche végétation doit avoir 
recouvert tout le pays. Les lauriers, les camphriers, les chê- 
nes toujours verts, les figuiers, les Podogonium, les sapin- 
dacées, les palmiers et les plantes grimpantes toujours ver- 
tes, répandus dans l'Europe centrale, donnaient au paysage 
un aspect subtropical. Tel était aussi le cas en Portugal, et 






ia8 

même à un plus haut degré encore par suite de sa situation 
australe. 

Bien des plantes y auront subsisté plus longtemps que 
dans l'Europe centrale, l'Eucalyptus de Quinta do Bacalhao 
en est la preuve. A l'époque où se formaient les dépôts 
d' Azambuja, de Quinta do Bacalhao et de Campo Grande, ces 
contrées doivent avoir eu un climat pareil à celui d'aujour- 
d'hui et même probablement un peu plus doux. 



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Après avoir fait la lecture du mémoire précédent, M. le 
Comte de Ficalho ajoute ies considérations suivantes: 



Il est généralement admis que la température de l'Eu- 
rope, très élevée au début des temps tertiaires a successi- 
vement baissé, de manière à se rencontrer avec le climat 
actuel, et à descendre même de quelques degrés au-dessous 
pendant l'époque glaciaire. 

En se fondant sur des considérations scientifiques de 
la plus haute valeur, M. Oswald Heer est arrivé à con- 
clure, que, à l'époque du miocène supérieur, la température 
de la Suisse devait être à peu près de 18" (moyenne an- 
nuelle). D'un autre côté, le savant professeur admet que la 
moyenne actuelle serait dans ce pays de 11", en supposant 
l'élévation des terres au-dessus du niveau de la mer ré- 
duite à 200 ou 3oo pieds, et les Alpes ne formant plus que 
des collines basses, c'est-à-dire, en faisant abstraction de 
quelques causes locales pour rendre les climats des deux 
époques plus comparables. La température de la Suisse, et 
en général de l'Europe moyenne, aurait donc été, à l'époque 
des formations d'Oeningen, de 7 degrés environ supérieure 



.ïGot^lc 



i3o 

à l'actuelle. Si nous adoptons sans les discuter ces opinions, 
en nous rapportant à l'exposition détaillée et admirablement 
déduite du savant professeur', nous serons conduits à ad- 
mettre, que la température était en Portugal, à l'époque où 
se déposaient les ar^les à plantes d'Âzambuja et de Campo 
Grande, plus élevée que l'actuelle. Mais on peut se deman- 
der si la différence en plus était en Portugal, comme en 
Suisse, de 7 degrés, ce qui porterait la température du 
miocène portugais à un peu plus de 22°. - 

II est assez difficile de se rendre compte da la distri- 
bution des températures à la surface de l'Europe, à ia fin 
du miocène. La forme comme le relief des terres et la dis- 
tribution des mers étaient bien différents de ce que nous 
voyons de nos jours, et ceci devait influer sur le climat 
d'une manière difficile à préciser. Un fait est cependant 
avéré, c'est que les températures décroissaient en passant 
des basses aux hautes latitudes. Un système dHsothermes 
dont les courbes nous sont inconnues, traversaient alors 
comme aujourd'hui toute l'Europe. Ceci doit non seulement 
être admis à priori y et résultait de l'action de causes phy- 
siques semblables aux actuelles, mais est aussi démontré 
par l'examen des flores fossiles. Les lignites de l'Islande, 
tout en nous faisant voir que le climat de cette île était 
alors incomparablement plus doux qu'il ne l'est actuellement, 
nous montrent cependant une végétation d'un cachet tout 
septentrional, et bien différente de celle de l'Europe moyen- 
ne et australe. On peut dire la même chose de la flore de 
l'ambre. Quand au Portugal, l'examen des plantes, récem- 
ment déterminées par M. Heer, va nous prouver, que son 



' Recherches sur le Climat et la Viîgétation Ju Pays teniaire, trad. 
Gaudin, Winterthur, 1861, p. 186 el suiv. 



,ï Google 



i3i 

climat devait être sensiblement plus doux que celui de l'Eu- 
rope centrale. 

Sur 37 espèces trouvées en Portugal, ou plutôt sur 35, 
en déduisant le Ptnus et le Carex, dont les échantillons 
étaient trop imparfaits pour que l'espèce ait pu être fixée — 
sur 35 espèces, disons-nous, M. Heer a créé 9 espèces nou- 
velles, nombre très considérable. Cette abondance de for- 
mes nouvelles s'^explique par le fait, que les flores de l'Eu- 
rope australe, synchroniques avec la nôtre, sont relative- 
ment peu connues. On ne sait rien de la flore miocène 
de l'Espagne. Les flores tertiaires du midi de la France, que 
les beaux travaux de M. de Saporta nous ont fait connaî- 
tre, appartiennent à l'éocène, au miocène inférieur et au 
pliocène, c'est-à-dire à des époques antérieures ou posté- 
rieur£s à nos formations. Ceci explique qu'on ne trouve, 
comme le remarque M. Heer, que 8 espèces communes au 
Portugal et à la France; et une seule, VAlnus stetiopkylla, 
qui jusqu'à présent n'ait été trouvée que dans ces deux pays; 
et que, d'un autre côté, un certain nombre d'espèces com- 
munes au Portugal et à la molasse suisse inférieure, man- 
quent en France, où certainement elles devaient exister pen- 
dant l'époque correspondante. Les rapports entre la flore 
portugaise et celles des argiles du Val d'Arno et des gyp- 
ses de Senegaglia sont remarquables. Sur 35 espèces por- 
tugaises 14 sont communes avec la première, et 12 avec ta 
seconde. Mais il y a en même temps des différences con- 
sidérables, qui s'expliquent par quelques différences d'épo- 
que et par l'éloignement et la position orientale de l'Italie, 
et qui, du reste, peuvent paraître d'autant plus sensibles, 
qu'un plus petit nombre d'espèces a été étudié. Quant au 
rapprochement entre le miocène portugais et la molasse 
suisse, il est frappant; sur 35 espèces, nous avons 22 com- 






l32 

munes avec la molasse, i8 avec la seule fonnarion d'Oenin- 
gen, si riche, et si bien connue. Mais à côté de ces formes 
communes nous trouvons quelques fonnes spéciales. Elles 
appartieruicnt, déduction faite d'une espèce de Skimmia^ à 
des genres bien connus et quelques-uns très répandus dans 
le pays teniaire; ce sont les genres Mj-rica, Acerates. Apo- 
cynophyllum, Berberis, Celastrus et PhylUies. Alors, com- 
me dans le monde actuel, à côté d'espèces à aires très vas- 
tes, se trouvaient d'autres à habitation plus restreinte, plus 
propres par cela même à caractériser les régions. Les mê- 
mes genres étaient représentés dans les différents climats 
par des espèces dissemblables. Et les espèces ncuvetlèment 
créés par M. Heer, étaient peut-être des formes australes 
de celles qui habitaient l'Europe moyenne, comme nous en 
trouvons aujourd'hui. L'abondance de formes nouvelles, 
lo sur 35, nous prouve que le climat portugais devait être 
différent et certainement plus chaud que celui d'Oeningen. 
Entre les arbres, qui habitaient le Portugal, il y en avait 
un, qui présente un intérêt tout particulier sous le point de 
vue qui nous occupe; c'est VEucalj'ptus oceanica. Cet arbre 
a été très répandu en Europe. Il existait en Suisse pendant 
PAquitanien et le Mayencîen, mais il manque à l'Helvétien 
et à Oeningen. De même, en d'autres contrées de l'Europe, 
il existait dans le miocène inférieur et moyen, mais non 
pas dans le supérieur, car il est douteux qu'on l'ait trouvé 
à Senegaglia. On voit donc que cette plante, chassée de 
presque toute l'Europe, qu'elle avait habitée, par le refroi- 
dissement dû climat, se trouvait encore en Portugal. De 
même nous voyons de nos jours des formes comme le Lau- 
rus le Myrtus ou le Chamaerops, représentants de types 
anciennement nombreux et répandus, et qui aujourd'hui sont 
isolées, et reléguées aux extrémités australes de notre con- 



A 



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j33 

tinent. La persistance de l'Eucalyptus en Portugal, à un 
moment où il avait disparu des autres contrées européen- 
nes, nous semble indiquer une douceur exceptionelie du cli- 
mat de notre région. 

Dans les ai^ïles de Campo Grande on a trouvé les 
feuilles d'une plante très remarquable, que M. Heer a rap- 
portée au genre Sktmmia en lui donnant le nom de Skimmia 
Oedipus. Ce genre, dont on n'avait trouvé jusqu'à présent 
aucune espèce fossile, est représenté dans la flore vivante 
par un petit nombre d'espèces, dont une habite les versants 
de l'Himalaya et les autres le Japon. Ce fait, qui établit un 
rapprochement entre la flore tertiaire et celle du Japon, 
n'est nullement isolé. Il est bien connu qu'à une certaine 
époque des temps tertiaires, les types japonais abondaient. 

Cet élément avait une grande importance, même en ne 
prenant en considération que le nombre des espèces, et une 
importance plus grande encore si Ton remarque la fréquence 
des individus, leur taille et leur aspect. Ne citant que les 
plantes les plus remarquables et qui habitaient le Portugal : 
le Glj'ptostrobits europaeus si répandu dans l'Europe ter- 
tiaire, et qui se trouve à Azambuja, est très voisin du Glyp- 
lostrobus heterophyllus du nord de la Chine et du Japon: 
le Cinnamomum polymorphum d'Azambuja est analogue au 
C. camphora du Japon : et le C. Scheuch\eri de Quinta do 
Bacalhao est analogue au C. peduncuîatum, du Japon aussi. 
Ces arbres très répandus,et à feuillage brillant, toujours vert, 
devaient contribuer adonner à la végétation un aspect spécial. 
En présence de ces faits il n'est nullement surprenant, que 
l'existence d'une Skimmia vienne confirmer les relations 
bien connues entre la flore tertiaire de l'Europe, et la végé- 
tation actuelle du nord-est de l'Asie. 

Si l'on cherche à reconnaître, autant qu'on peut le faire. 






i34 

en présence de données imparfaites, et dans l'état de nos 
connaissances actuelles, quel a été le chemin suivi par les 
formes de l'extrême Orient, qui a un moment donné, et 
mêlées à de nombreuses formes américaines, viennent s'ajou- 
ter aux formes australes des premiers temps tertiaires, la 
présence du Skimmia en Portugal prend un certain intérêt. 

On serait tout d'abord porté à croire que les fonnes 
orientales, ont pénétré en Europe par l'est; mais les vastes 
mers qui alors séparaient l'Asie de l'Europe, devaient pré- 
senter de grandes difficultés à l'extension d'est à l'ouest. 
D'un autre côté, il est assez généralement admis que l'Eu- 
rope a été reliée à l'Amérique par un vaste continent, non 
seulement dans la région septentrionale, mais aussi dans 
la moyenne; et M. Heer avec sa grande autorité, est aussi 
porté à admettre que de son côté le Japon se reliait à l'Amé- 
rique. On peut donc supposer que quelques formes japo- 
naises se sont répandues sur l'Amérique et le continent 
Atlantide, et mêlées à des formes américaines ont pénétré 
en Europe par l'ouest. Le Skimmia aurait suivi ce chemin, 
et ne rencontrant pas en Europe des conditions de dévelop- 
pement favorables, y aurait pénétré peu profondément et 
se serait localisé dans son extrémité austro-occidentale. Il 
est évident que cette opinion — une simple hypothèse, ne 
s'appuie sur aucune preuve. On ne sait pas si le Skim- 
mia habitait l'Amérique et la France méridionale, et quant 
à son absence des autres flores fossiles de l'Europe, c'est 
tout au plus une preuve négative, qui dans l'état de nos 
connaissances n'a qu'une valeur bien restreinte. 

En rapprochant tous ces faits, surtout l'abondance re- 
lative de formes spéciales au miocène portugais et la pré- 
sence si significative de V Eucalyptus oceatiica^ à un moment 
où la rigueur du climat l'avait chassé du reste de l'Europe, 



^ 



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i35 

on peut en conclure que le climat du Portugal était sensi- 
blement plus doux que celui de la Suisse. 

Doit-on admettre, que ia différence fijt alors ce quelle 
est aujourd'hui? en d'autres termes, doit -on admettre que 
la marche du refroidissement se soît faite uniformément de 
manière à ce que les rapports entre les climats soient restés 
les mêmes? Il me semble que non. On peut croire que le 
climat tertiaire était, non seulement plus chaud, mais plus 
uniforme; et que, à une élévation de température de 7 de- 
grés en Suisse, pouvait correspondre une différence en Por- 
tugal un peu moindre. 

Sans toucher au fond de la question et à la cause prin- 
cipale, encore inexpliquée, de la grande chaleur tertiaire, on 
peut cependant remarquer que quelques-unes des causes 
secondaires, invoquées pour expliquer l'ancienne chaleur et 
le refroidissement postérieur, ont dû se faire sentir en Por- 
tugal moins que dans d'autres contrées. 

Ces causes sont: 1" l'élévation de quelques contrées 
au-dessus du niveau de la mer; 2° le soulèvement de hau- 
tes chaînes de montagnes; 3" la disparition de mers qui 
pénétraient profondément dans l'Europe centrale et orientale, 
et qui, en "communication avec la Méditerranée et la mer 
des Indes, pouvaient avoir des courants, exerçant sur le 
climat une influence semblable à l'action actuelle du Gulf 
slream. Ces causes touchent peu le Portugal. Sa situation 
géographique ressemblait assez à l'actuelle. La mer baignait 
ses côtes, car même en admettant l'existence de l'Atlantide, 
et en supposant que ses prolongements méridionaux englo- 
baient les archipels atlantiques, on sait qu'un grand bras 
de mer longent les côtes du Portugal et du nord-ouest de 
l'Espagne, et mettait la mer australe en communication avec 
ta baie de Biscaye. 



..Co^N. 



i36 

Un courant semblable au courant du golfe pouvait lon- 
ger de très près les côtes portugaises et élever la tempéra- 
ture hibernale; d'un autre côté, le voisinage d'un grand con- 
tinent, occupant une partie de l'emplacement actuel de 
l'Atlantique, pouvait tendre à élever la moyenne estivale; 
mais on ne peut guère admettre, que l'élévation de tempé- 
rature due à ces causes et le refroidissement résultant de 
leur disparition ftjssent aussi marqués que ceux qui, dans 
l'Europe moyenne et orientale, résultaient de changements 
autrement importants. 

On peut donc croire que le climat de la péninsule ibé- 
rique a moins changé dans la série des temps que celui d'au- 
tres contrées de l'Europe. Mais les faits présentés plus haut, 
c'est-à-dire la moyenne probable de 18' pendant la forma- 
tion de la molasse suisse, et la différence entre ce climat 
et celui du Portugal, qu'on ne peut guère évaluer à moins 
de 2', nous forcent à admettre une moyenne en Portugal, 
pendant le miocène supérieur, de 20° environ, soit supé- 
rieure de 5° a l'actuelle. C'est la température que M. Heer 
admet avoir dû exister à la même époque dans l'Italie su- 
périeure. 

Ce climat admet parfaitement l'existence des plantes 
qui habitaient alors le Portugal. Comme le fait remarquer 
M. Heer, l'aspect de la végétation est subtropical. Les ty- 
pes purement des tropiques ont disparus. Le camphrier et 
le cannellier tertiaires, le Podogonium, VEucalyptus existent 
encore. Les arbres et arbustes à feuillage toujours vert 
abondent, comme c'est le cas encore aujourd'hui. D'un au- 
tre côté des Populus, un Carpinus, des Ulmus, fréquents 
dans les miocènes supérieurs de l'Europe centrale et dans 
le pliocène de l'Italie, accusent par leur présence un climat 
tempéré, 



,ï Google 



M. Capeluni fait ressortir l'intérêt du mémoire de 
M. Heer, ainsi que des considérations que M. le Comte de 
FicALHo vient de faire devant le Congrès, car ces deux com- 
munications fixent parfaitement la position des couches d'oiJ 
proviennent les végétaux, dans la partie supérieure des cou- 
ches à Congéries. 



,ï Google 



L'HOHHE tertiaire: EN ITALIE 



M. Bellucci : J'appelle ^attention du Congrès sur la trou- 
vaille faite récemment à San Valentîno et Castello délie For- 
me, près de Pérouse, d'ossements de différents animaux qui 
portent des incisions droites et entrecoupés, des empreintes 
fûtes probablement avec des cailloux en vue de les casser, 
de deux échantillons d'ossements carbonisés, et enfin de si- 
lex éclatés; tout cela recueilli dans les dépôts argileux du 
pliocène lacustre, caractérisé par une faune tout-à-fait cor- 
respondante à celle classique du Val d'Amo. Ces objets don- 
nent la preuve de l'existence de l'homme à l'époque tertiaire 
dans l'Ombrie. Je reviendrai sur cet argument dans un mé- 
moire que je publierai bientôt. 

M. Capellini; Depuis 1875 j'ai eu l'occasion d'attirer 
l'attention des savants sur la découverte d'ossements d'un 
Balaenotus près de Sienne, en Toscane, portant des entail- 
les qui par leur forme et la place à laquelle elles se trou- 
vent, témoignent de l'action d'un être qui maniait un instru- 
ment. 

Plus tard, des ossements d'une Bcdaenuîa. avec des 



,ï Google 



Jls. 

entailles analogues à celles du Balamotus de Sienne, ont 
été recueillis dans la vallée de la Fine dans ta province de 
Rse. 

Je tiens a constater que ces ossements se trouvaient 
ensevelis dans des dépôts pliocéniques correspondant au 
Crag gris des environs d'Anvers. 

Au Congrès de Budapesth et après à Paris, j'ai fait voir 
la plupart des pièces recueillies jusqu'alors et j^ai essayé 
de répondre aux objections soulevées par mes adversaires. 

Maintenant je présente encore une omoplate de Balae- 
nula trouvée dans la vallée de la Fine, au même endroit ou 
l'on avait avait recueilli quelques-unes des pièces ci-dessus 
mentioimées. 

Sur cette omoplate il y a des incisions très nettes, pro- 
fondes, quelques-unes presque circulaires sans aucune cor- 
respondance sur les deux faces. Ces incisions sont identi- 
ques à celles que nous pourrions faire avec une lame de 
silex, ou autre outil bien tranchant, sur l'os à l'état frais. 

Je pense que, d'après l'inspection de la pièce, l'on doit 
se convaincre que de telles incisions n'ont pu être faites 
que par une main armée d'un outil '. 



' V, sur ce même sujet les observations de MM. Virchow ei de 
QuATREFAGEs daHs la discussion sur l'aHomme tertiaire en Pcrtuf^al-, 
pp. io8 et 1 16, 



,ï Google 



L'BOHHB FHtHISTOBIQUE 



M. SCHAAPFHAUSEN 

J'avais choisi l'homme préhistorique comme objet d'une 
communication dans cette Session, parceque pendant les tren- 
te-six ans, que je me suis occupé des études anthropologi- 
ques, il s'est présenté à mes yeux plusieurs observations im- 
portantes, qui sont intimement liées à la question : A quelle 
époque l'homme tertiaire a-t-ilfait son apparition en Europe? 
Et j'avais encore une autre raison: la discussion sur l'homme 
tertiaire m'a paru être la grande affaire [>our ce Congrès, vu 
le résultat des fouilles faites en Portugal par M. Ribeiro. 

On ne se contente plus de parler d'un homme préhis- 
torique, d'un homme fossile qui a vécu avec les animaux 
quaternaires, disparus dans les mêmes contrées, l'ours des 
cavernes te renne, le rhinocéros et le mammouth; on éta- 
blit maintenant l'homme tertiaire, ou plus précisément 
l'homme pliocène. M. de Mortillet regarde comme le fon- 
dement de toute recherche à cet égard la considération, 
que l'homme doit avoir eu son précurseur comme tous 
les animaux de la faune moderne, qui ne sont que les des- 
cendants de ceux des anciennes couches tertiaires. Ainsi 
M- Marsh nous a montré le développement du cheval 



,ï Google 



'4' 
par une longue série de formes, qui se sont succédées de- 
puis le temps éocène jusqu'au temps post-pliocène. Ce se- 
rait une exception singulière et inexplicable, si Phomme seul 
était resté le même depuis les temps tertiaires jusqu'à pré- 
sent, tandis que les mammifères ont subi les plus grandes 
altérations. On doit conclure, que l'homme a changé plus en- 
core que tes animaux, non seulement parce qu'il était exposé 
aux changements du climat et de la nourriture, mais aussi 
parce qu'il se développait dans sa nature même une nouvelle 
force qui exerçait la plus grande influence sur sa configura- 
tion — son intelligence. Si nous distinguons en général le temps 
tertiaire du temps post-pliocène ou quaternaire, nous dési- 
gnons le premier par une plus grande étendue de la mer, 
par une plus haute température, et par des organismes, qui 
sont différents de ceux qui vivent aujourd'hui. Dans la pé- 
riode quaternaire eut lieu un grand abaissement de tempé- 
rature, et en même temps la déposition des grandes couches 
diluviennes contenant les restes des grands animaux qiû 
n'ont pas disparus mais qui ont changé leur habitat. 

Ce fut à Bruxelles, que l'abbé Bourgeois soumit au 
jugement du Congrès les silex de Thenay comme preuves 
de l'existence de l'homme dans la période pliocène. J'ai vu 
ces silex à Bruxelles et je les ai examinés plus tard à Saint- 
Germain avec d'autres, provenant de nouvelles fouilles du 
même endroit, et je ne peux qu'assurer, que parmi ces si- 
lex il y en a quelques-uns, qui sont indubitablement fabri' 
qués par la main de l'homme. Mais, je demande, est-il pos- 
sible de séparer avec une complète exactitude, entre des li- 
mites bien précises, les formations pliocènes des formations 
post-pliocènes, ou quaternaires ? On a l'habitude de regarder 
les trois périodes du temps tertiaire, l'éocène, le miocène et 
le pliocène établis par Charles Lyell, comme des sections, 






142 

qui n^ont pas de transition entre elles ni avec les couches 
voisines; mais jamais il n'exista dans Pévolutîon de la sur- 
face de notre globe et dans le développement des organis- 
mes qui l'habitent, une telle séparation. Les périodes se 
sont au contraire succédées avec une certaine continuité, 
et les organismes changèrent peu à peu selon le changement 
des conditions de leur vie. 

Il y a une autre observation de laquelle on avait con- 
clu l'existence de l'homme tertiaire. Au Congrès de Buda- 
peslh M. Capellini nous a montré des ossements d'une ba- 
leine fossile tertiaire avec des incisions, qui avaient l'appa- 
rence d'être faites par la main de l'homme. J'en ai douté 
et j'en doute encore. Je ne connais pas l'instrument de l'hom- 
me préhistorique qui aurait pu faire de telles incisions ai- 
guës et semilunaires. A l'exposition de Berlin pour la pisci- 
culture il y avait un morceau de bois d'un navire avec la 
pointe d'une dent de narval, qui y était enfoncée. Blu- 
menbach a fait déjà la remarque, qu'un tel cas n'est pas 
rare. II me semble, qu'un narval avec une dent brisée pou- 
vait faire de telles impressions sur les ossements d'une ba- 
leine. 

En 1871, M. Ribeiro a publié ses observations sur des 
silex taillés des vallées du Tage et du Sado, trouvés dans 
des couches pliocènes et miocènes, qui sont couvertes par 
des dépôts d'une hauteur de mille deux cents pieds. L'homme 
doit avoir été le témoin des derniers événements volcaniques 
dans cette contrée! Je me permets de demander, si ces évé- 
nements ne peuvent avoir encore eu lieu au commencement 
du temps quaternaire ? 

Considérons maintenant les fouilles qui ont donné des 
restes humains et qui peuvent éclaircir notre question. 

Le crâne et quelques ossements de l'homme de Néan- 



^ 



„Google 



derthal ont été trouvés dans une caverne de la Westphalie 
dans les mêmes circonstances, dans lesquelles on y trouve les 
restes des animaux quaternaires. Le nord de TAUemagne était 
au commencement de cette période, dans sa partie orientale, 
couvert de glaciers, et dans la partie occidentale existait en- 
core la mer, dans laquelle les bancs de glace ont dispersé 
les blocs erratiques, que nous trouvons aujourd'hui dans les 
plaines de cette contrée et dans la Hollande. Dans les caver- 
nes de la Westphalie ainsi que de la Belgique, nous trouvons 
les restes des animaux, qui habitent aujourd'hui le nord; le 
lemming, la poule de neige, le renne. Je regarde par con- 
séquent l'homme de Néanderthai comme contemporain de 
la dernière période glaciaire. J'ai remarqué déjà, que la proé- 
minence colossale des arcades sourciliéres de ce crâne est 
produite par la grandeur des sinus frontaux et que cette 
conformation prouve une grande énergie de la respiration. 
C'est là une fonction, qui doit être bien développée chez un 
homme qui vit dans un climat froid, où une vive combus- 
tion des éléments du corps doit conserver la chaleur ani- 
male. Chez les anthropoïdes et chez quelques peuples sau- 
vages, que habitent des pays chauds, comme les Australiens, 
il se trouve aussi une grande proéminence du bord supé- 
rieur des orbites ou des arcades sourcilières, mais elle est 
principalement produite par une grande épaisseur de l'os 
frontal dans cette région; les sinus frontaux sont peu déve- 
loppés. Je crois, que cette différence dépend du climat. Les 
parois des sinus frontaux du crâne de Néandenhal sont 
minces et les os de la voûte du crâne ne sont pas aussi 
épais qu'on les trouve dans la plupart des crânes des indi- 
vidus appartenant aux tribus les plus sauvages. C'est une 
singularité du crâne des Esquimaux que d'être ordinairement 
très léger à cause de la ténuité des os qui le forment. Ce fai- 
cft. i3 



,ï Google 



■44 



1 



ble développement du tissu osseux doit être attribué à la 
froideur excessive du climat 

Le crâne de Néanderthal reste le plus bestial que nous 
connaissions, il n'est pas le produit d'une conformation ar- 
tificielle, il n'est pas le crâne d'un idiot, sa grandeur seule 
réfute cette opinion, et il n'est pas l'effet d'une affection mor- 
bide. Nous ne connaissons aucune maladie qui pût produire 
une telle altération de la forme ordinaire du crâne humain. 
Ce crâne est typique et il s'approche dans quelques carac- 
tères du crâne du singe anthropoïde, maïs il est humain. 
Qu'on examine la photographie du crâne et la photographie 
du moule de l'intérieur du crâne: la forme du cerveau res- 
semble à celle d'un homme sauvage, par exemple d'un Aus- 
tralien. 

On dit souvent, que l'on n'auraitpas trouvé jusqu'à pré- 
sent une conformation de l'homme fossile plus inférieure 
que celle des sauvages vivants. Ce n'est pas vrai. Un crâne 
comme celui de Néanderthal, et une mandibule pareille à 
celle de La Naulette ne se trouvent chez aucune race vi- 
vante. 

On a dit aussi: un seul crâne ne prouve rien. Mais un 
naturaliste, qui trouve dans un pays étranger une nouvelle 
plante, ta place dans la série des plantes connues. U serait 
ridicule, s'il disait: je ne peux rien dire là-dessus, jusqu'à ce 
que j'en aie trouvé plusieurs exemplaires. L'individu a son 
droit d'Être reconnu dans la nature, comme dans le monde 
social. 

Une observation Importante et concernant notre sujet 
je l'ai faite dans la vallée de la Moselle, près de Coblentz. 
Dans une profondeur de vingt-deux pieds on a trouvé un 
crâne de Bos moschatus^ le plus complet qui existe. Il gi- 
sait dans une terre ar^leuse diluvienne, qui est couverte 



,ï Google 



_I45_ 
dans cette contrée par une lave d'un ancien volcan du Rhin. 
Ce crâne niontre à sa surface plusieurs incisions anciennes, 
faites par la main de l'homme avec un instrument tranchant 
de pierre. Beaucoup de naturalistes ont reconnu l'authenti- 
cité de ces impressions. J'avais présenté ce crâne au Con- 
grès des anthropologis tes allemands à Strasbourg. Donc, 
l'homme a vécu dans la vallée de la Moselle pendant la pé- 
riode glaciaire, faisant usage déjà des instruments de pierre, 
et il a vu les dernières éruptions des volcans de cette contrée. 

Encore une autre observation. Dans le printemps de 
cette atinée on a trouvé dans le diluvium du Neckar, près 
de Manheim, à une profondeur de vingt pieds, un crâne hu- 
main à côté de plusieurs dents molaires de mammouth. Ces 
restes se ressemblent dans l'apparence extérieure aussi bien 
que dans la constitution chimique, il n'y a pas à douter 
qu'ils ne soient contemporains. Un deuxième crâne humain 
était si mou, qu'xin n'a pas pu le conserver. Il avait les ar- 
cades sourcilières énormes. Le crâne conservé appartient à 
un individu féminin; il montre beaucoup de traits d'une 
conformation inférieure, mais tous ces caractères se trou- 
vent aussi chez les sauvages vivants. Le front de ce petit 
crûne n'est pas mal développé, mais il a la forme de celui 
d'un enfant. Ce crâne prouve que l'homme, qui coexista 
avec le mammouth dans cette contrée dans les temps qua- 
ternaires, n'était pas très différent de la race humaine vi- 
vante. En voici les photographies. 

Voyons encore le dessin du fameux crâne de Calaveras pu- 
blié par M. Whimey l'année dernière '. Il a été trouvé sous 
quatre couches volcaniques. Je ne peux le regarder comme 

' J. D. Whitney : The auriferous gravels of ihe Sierra Nevada of Ca- 
lifornia, Memoirs of the Mus. of comp. Zool. M Harvard Collège, Cam- 
bridge, iSTg, vol. vi, n.° i, p. ï58. 

i3» 



-^^; 



.gic 



tertiaire, parce que sa forme ne diffère pas beaucoup du sau- 
vage vivant en Californie; une coquille, qui est attachée au 
crâne, est d'une espèce vivante. Dans les trtêmes couches 
d''un sable aurifère on a trouvé beaucoup de mortiers en 
pierre, que nous ne pouvons attribuer à ITiomme tertiaire, 
et à côté des espèces disparues, les restes d'un tapir et d'un 
cheval qui ne diffèrent pas des espèces vivantes. J'ai parlé 
de cette fouille au Congrès de Bruxelles. 

M. Ramsay a démontré cette année devant l'Associa- 
tion Britannique, que les événements géologiques sur la ter- 
re sont restés les tnèmes depuis les temps les plus reculés 
jusqu'à la période pliocène, et même post-pliocène; qu'il y 
eut toujours depuis la période silurienne des éruptions vol- 
caniques, des glaciers, des formations d'eau douce, des élé- 
vations et des submersions, des plaines et des montagnes. 
Donc, les forces qui ont altéré la surface de la terre, sont 
restées les mêmes depuis les périodes les plus anciennes, 
dont la science ait connaissance, jusqu'à ce jour. 

L'aspect de la nature ne paraît plus si uniforme et si 
invariable si nous regardons l'évolution de la vie oi^anique. 
Les organismes sont diiîérents dans les périodes miocène, 
pliocène et diluvienne. 

On peut conclure, que les mammifères ne pouvaient 
pas exister avant que Pair ne fût purifié et que le sol ne 
donnât la nourriture pour les herbivores, qui devaient entre- 
tenir la vie des carnivores. 

Les besoins de l'homme, les conditions pour son exis- 
tence étaient les mêmes que pour les autres mammifères 
et spécialement pour ceux qui ont le plus d'afBnité avec lui. 
Les vertébrés les plus parfaits, les singes anthropoïdes, 
ne vivent aujourd'hui, que dans les climats chauds, et sup- 
portent difficilement l'air de l'Europe centrale et septentrio- 



,ï Google 



'47 
nale; mais ils vécurent dans Pancien monde même pendant le 
temps tertiaire. Le Dryopithecus vivait en France, et un 
Hylobates dans la vallée du Rhin. Il paraît que l'homme seul 
a survécu par son intelligence, tandis que la froideur du 
temps glaciaire a détruit les anthropoïdes en Europe, com- 
me elle a expulsé d'autres mammifères. 

La division du temps tertiaire en eocène, miocène et 
pliocène a été faite par Charles Lyell en raison des différen- 
tes espèces de coquilles marines dans les diverses couches. Il 
n'y a pas de coquille qui puisse nous aider à distinguer l'ai- 
luvium du diluvium, et le quaternaire d'une formation pliocè- 
ne. Faisons usage des restes humains pour déterminer, quelle 
couche est tertiaire ou quaternaire ! Ces débris nous doivent 
indiquer par le degré de leur organisation l'âge des couches, 
dans lesquelles ils ont été ensevelis par la nature même ! 

J^arrive aux conclusions suivantes: 

1° L'homme tertiaire n'est pas encore trouvé mais aon 
existence pendant le temps pliocène est très vraisemblable. 

2" L'homme qui a vécu en Europe et en Amérique avec 
le mammouth n'était pas plus rude, que te sauvage vivant. 

3" Malgré cela, nous connaissons déjà quelques traits 
dans la conformation de l'homme préhistorique, qui prouvent 
une organisation inférieure à celle d'une race vivante quel- 
conque. Nous devons regarder ces traits comme des indica- 
tions, des reliques de la conformation de Thomme tertiaire. 

4" L'homme a vécu en Europe et en Amérique pen- 
dant la période glaciaire, pendant la fonnation des grandes 
coudies diluviennes, pendant les éruptions volcaniques, qui 
n'ont plus lieu dans ces mêmes contrées, quoique elles sem- 
blent avoir duré pendant l'époque quaternaire. 

5° L'homme doit être apparu sur la terre entrela pé- 
riode miocène et post-pliocène. 



hy^WK'^lc 



148 



Dlaonsalon 

M, DE QvATREFAGEs: J'oi tTop souvciit exprîmé mon 
opinion sur la question actuelle pour avoir besoin d'insister 
longtemps sur ce sujet. On sait qu'il m'est impossible d'ad- 
mettre dans le passé l'existence d'un être imtermédiaire en- 
tre l'homme et les singes anthropomorphes, fils de ces der- 
niers et notre ancêtre direct. Le crâne de Néanderthal, que 
l'on cite toujours chaque fois que l'on aborde cet ordre 
d'idées, n'a en réalité que bien peu de ces caractères excep- 
tionnels qu'on lui anrîbue et que l'on exagère outre mesu- 
re. Il n'est autre chose que le type le plus accusé d'une for- 
me céphalique dont nous avons montré, M. Hamy et moi, 
qu'il existe des degrés très divers. M. Vogt avait déjà fait 
voir que ce type s'est produit de nos jours encore et qu'il 
est très compatible avec un développement intellectuel des 
plus accusés. 

Au reste, les origines humaines ne sont qu'un cas de 
la grande question des origines des espèces animales et vé- 
gétales. On comprend que je ne voudrais pas la soulever 
ici; elle m'entraînerait trop loin et soulèverait vite de trop 
longues discussions. Je me borne à rappeler que les con- 
sidérations morphologiques ne suffisent pas pour aborder 
et résoudre ce problème et qu'il faut tenir compte des lois 
physiologiques communes aux animaux comme aux végé- 
taux. 

M. DE Mortillet: Ce n'est pas toutefois l'anthropolo- 
gie seule qui prouve le transformisme, mais toute l'histoire 
naturelle. 



,ï Google 



'49 
M, DE QuATREFAGES: Jc n'aî pas voulu dire que le trans- 
formisme ait pour seule base Panthropologie, mais bien qu'il 
se base seulement sur la morphologie. Or cela ne suffit pas, 
et il faut, à côté des faits morphologiques faire intervenir 
les faits physiologiques. L'erreur de Darwin et de ses disci- 
ples est d'avoir oublié ces derniers, ce qui tient à ce qu'ils 
ne se sont jamais demandé ce que c'est qu'une espèce et 
ont par suite confondu l'espèce avec la race. 

M. ScHAAFFHAUSEN ; En répondant aux paroles de M. de 
Quatrefages, je ne veux pas entrer dans une ample discus- 
sion sur une question grave, qui a etïrayé le monde, et que 
l'on a débattu à l'excès. Une langue étrangère m'impose déjà 
une certaine restreinte. Je me borne à une seule remarque. 
M. de Quatrefages m'accordera bien, qu'il y a une grande 
différence d'intelligence et de degré de conformation du cr3- 
ne entre les sauvages et les peuples civilisés. Les traits de 
la conformation plus inférieure sont évidemment les traits 
bestiaux ou ptthécoïdes: il y a eu donc une évolution telle, 
qu'elle a développé les formes primitives et changé Torganisa- 
tion et l'extérieur du corps. Le volume du cerveau s'est agran- 
di et les circonvolutions sont devenues plus compliquées. 
Le nez et la bouche, le pied et la main ont changé de forme. 
Il est impossible, que M. Vogt ait jugé sur le crâne de 
Néanderthal ainsi que le suppose M. de Quatrefages. Il s'est 
demandé au contraire, si ce crâne ne serait pas celui d'un 
idiot. 

II n'est pas douteux que les peuples civilisés de l'Eu- 
rope ne fussent autrefois des sauvages; nos fouilles le dé- 
montrent. Qui est ce qui veut restreindre la nature, qui dé- 
veloppe ainsi les formes organisées, entre des limites insur- 
montables ? 



,G*«»|le 



i5o 

Quels changements peuvent s^être accomplis dans fé- 
coulement des siècles? 

Quel autre moyen avons-nous pour déclarer la pre- 
mière apparition de l'homme sur la terre, que cette évolu- 
tion générale des êtres organisés, dont Phomme seul, com- 
me je l'ait dit tout à l'heure, ne pouvait pas être exclu ! 



,ï Google 



ÉPOQUE QUATERNAIRE 



LES ANCIENS OLAGIEHS DU BASSIN DU RHONE 



M. Ernest Chantre 

J'ai l'honneur de présenter au Congrès l'ouvrage que 
je viens de publier en collaboration avec M. Faisan : Mo- 
nographie géologique du terrain erratique et des anciens 
glaciers du bassin du Rhône '. Sans vouloir entrer dans les 
détails relatifs à l'historique de la question, je désire seule- 
ment attirer votre attention sur l'intérêt qui s'attache à 
l'étude des anciens glaciers quaternaires, pour les recher- 
ches relatives à l'antiquité de l'homme. Mais avant je vou- 
drais vous donner quelques explications sur la distribution 
des dépôts erratiques dans les régions que nous avons étu- 
diées, et sur la marche qu'ont suivie ces grandes masses 
glacées qui se sont étendues depuis les Alpes jusqu'à Lyon. 
Tous ces renseignements sont consignés sur la carte que 
vous avez sous les yeux. 

' Deux volumes in S" avec cartes, coupes et nombreuses figures 
intercalées et un atlas de 6 feuilles de l'état major français à l'échelle 
de 1/80000. Lyon, 1880. Masson éditeur a Paris et Georf; éditeur a Bâle, 
Genève et Lyon. 



..^BV^Ic 



i5a 

Pour faire comprendre le sens de la progression des 
anciens courants de glace, pendant leur plus grande exten- 
sion, ainsi que leur entre-croîsement, les teintes plates em- 
ployées dans les cartes géologiques ordinaires ne devaient 
pas suffire; nous avons dû adopter les procédés usités dans 
certaines cartes hydrographiques pour indiquer les courants 
marins. 

C'est la représentation exacte de ce qui est sur le ter- 
rain, car on sait que les glaciers usent, polissent et rayent 
les rochers sur lesquels ils cheminent, entraînant avec eux 
des roches plus ou moins dures capables d'inciser les ro- 
chers sous-jacents. 

La marche des glaciers est donc ainsi indiquée par des 
lignes de diverses couleurs, suivant la provenance des ro- 
ches constituant les moraines, et les directions sont rigou- 
reusement exactes, puisque nous les avons tracées d'après 
relevés nombreux des stries sur les rochers. 

Des lignes transversales, coupant les lignes qui se pro- 
longent de Test à l'ouest en éventail, depuis les pieds des 
Alpes jusqu'à Bourg, Lyon et Valence, indiquent les mo- 
raines frontales. 

Les dernières moraines frontales couronnent les hau- 
teurs qui dominent la Saône, en Bresse, en face de la Bour- 
gogne, et couvrent les collines lyonnaises et viennoises plus 
au sud sur le bord du Rhône. 

Plusieurs coupes montrent les détails relatifs à la su- 
perposition des dépôts quaternaires aux terrains tertiaires, 
qu'ils recouvrent presque partout dans cette région. 

Au point de vue anthropologique, l'étude de la distri- 
bution des moraines a une très grande importance. 

L'homme, arrivé dans le bassin du Rhône pendant l'ex- 
tension des glaciers, ne pouvait vivre d'abord que sur les 



,ï Google 



i53 

points privilégiés par la température, comme tes pentes 
abritées de la vallée de la Saône, par exempte ; puis, à me- 
sure que ta nappe de glace se retirait vers son point de dé- 
part, il suivit à peu près la même marche vers t'est, s'avan- 
çant peu à peu à mesure que la vie reparaissait sur ce sol 
nouvellement déposé. 

Cest ainsi que successivement les grottes du Ûauphiné 
et de la Savoie ont donné asile à des populations de moins 
en moins anciennes, à mesure que l'on s'approche vers les 
Alpes. En effet, tandis que l'on trouve à Germolles et à 
Solutré, en Bourgogne, ainsi que dans les grottes de l'Ar- 
dèche les vestiges les plus anciens de l'homme quaternaire, 
on ne rencontre plus dans les grottes du Dauphiné et de 
la Savoie, que tes restes des populations de l'époque de la 
Madeleine, c'est-à-dire de la fin de l'époque quaternaire. 
Ces faits démontrent bien tes corrélations qui existent entre 
le développement des populations préhistoriques du bassin 
du Rhône et la répartition des éléments glaciaires qui ont 
recouvert si longtemps la plus grande partie de cette belle 
contrée. 

Ce fait anthropologique est confirmé par l'étude de la 
distribution géographique de la faune quaternaire. C'est 
également dans la région que les glaciers ont atteinte, au 
moment de leur plus grand développement que se trouvent 
les plus anciens vestiges de la faune quaternaire; dans les 
parties voisines des Alpes, on ne rencontre plus, au con- 
traire, que des restes d'animaux indiquant la fin de cette 
grande période géologique qui a immédiatement précédé 
la nôtre. 

Les collections du muséum de Lyon dont les séries pa- 
léontotogiques sont fort riches démontrent, par leur classe- 
ment même, la réalité de ces faits scientifiquement observés. 



"f^ 



ogie 



J'espère que de semblables études pourront être faites 
en Portugal, où la faune quaternaire paraît offrir un très 
grand intérêt. Il serait bien utile de rechercher les rappons 
qui peuvent exister entre elle et les dépôts quaternaires du 
pays et de tes comparer à ceux des autres contrées. 

Diaonasion 

M. Evans: Je reconnais Pimportance des études que 
M. Chantre a faites sur ce sujet. Je dois, cependant, décla- 
rer qu'en Angleterre on ne rencontre aucun vestige de l'exis- 
tence de l'homme pendant la période glaciaire; donc, cette 
période y doit être antérieure à celle de Solutré. 

M. DE Mortillet: J'ai rencontré des instruments de la 
forme de Saint-Acheul dans le bassin de la Tamise; ils n'y 
étaient pas, cependant, accompagnés de la faune caracté- 
ristique. Les glaciers des Alpes sont différents de ceux de 
l'Angleterre, car ces derniers étaient flottants. Ailleurs ils 
sont tombés des montagnes et ils sont postérieurs. Dans le 
bassin du Rhône il y a un grand nombre de stations qui sont 
demeurées hors de la portée des glaciers. Toutes les sta- 
tions rencontrées dans cette région sont magdaléniennes. 



,ï Google 



RÉSUMÉ D'UNE ÉTUDE 
SUR QUELQUES DÉPÔTS SUPERFICIELS 

DO 

BASSIN DU DOURO 

PRÉSENCE DE L'Honni:. VESTIGES D'ACTION GLACIAIRE 
M. Fbed. de Vasconcellos Peheira Cabral 



M. Vilanova: Je me trouve dans le plus grand em- 
barras motivé par l'excessive modestie de mon ami, M. Fre- 
derico de Vasconcellos, lequel, ayant fait de très intéres- 
santes observations sur les dépôts superficiels du bassin du 
Douro, n'ose pas communiquer directement à la docte as- 
semblée le résumé de ses propres observations. J'ai eu 
l'avantage d'examiner les objets que M. Vasconcellos a 
recueillis, et qui sont réellement d'un grand intérêt. L'ayant 
poussé à les faire connaître, il a bien voulu me charger 
de donner une idée du travail qu'il a très habilement ré- 
digé. Je n'ai pas eu le temps d'étudier ce sujet; fose donc 
l'inviter à laisser de côté la méfiance qu'il a de ses pro- 
pres forces, et à lire lui-même son intéressant mémoire. 



"rs. 



i56 

M. Fred. de Vasconcellos: L'exploration de quelques 
dépôts superficiels d'une partie très restreinte du bassin 
du Douro, quoique fort incomplète, a permis cependant de 
constater quelques faits, qui peuvent concourir à élucider 
la question de l'existence de l'homme à l'époque paléolithi- 
que dans la partie nord du pays, où l'on a déjà trouvé des 
preuves si décisives de sa présence dans une période, qui, 
quoique plus récente, n'en est pas moins comprise dans les 
temps préhistoriques, et n'offre pas moins d'intérêt pour 
l'étude des modifications progressives, qu'a subies la société 
humaine. 

Les recherches faites dans la panie du bassin du Douro, 
qui comprend son embouchure, se sont limitées a une sur- 
face de 8 kilomètres de longueur, en comptant de la côte 
de la mer vers l'est, avec une laideur de près de 6 kilomè- 
tres. Elle est sillonnée par le lit du fleuve, qui la coupe 
à peu près par son milieu dans la direction moyenne de 
l'ouest. 

Le fleuve, dans cette partie de son bassin, coule entre 
des collines granitiques et gneissiques coupées par de pe- 
tits vallons, et des ravins, qui lui amènent leurs eaux. 

Ces collines atteignent les altitudes de 70 mètres, tant 
au nord qu'au sud du fleuve, dans deux endroits, où elles 
sont constituées par des massifs granitiques, qui présentent 
du côté du fleuve des escarpements abrupts, et réduisent 
son lit à des largeurs de 120 à 200 mètres. 

A l'est et à l'ouest des deux goi^es, là où les collines 
en baissant de niveau sont aussi coupées par les vallons 
et les ravins, le lit du fleuve s'élargit un peu plus, atteignant 
400 et 45o mètres et enfin près de 700 avant son embou- 
chure, en dedans d'un cordon littoral, formé par des sables, 
qui va se souder aux dernières collines de la rive du sud. 



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PII 



'h lies al lu ' '""*'' ''" tramway à Erfilfta 



nord. 






;rh#U« an hauleurt t : 5O0. 

hlBoa. "l. ^'ti ilnlifirrmr ir galtlt. 

lartsiinoïKi. ^ Onriu. 

aroi étune rcofine^ au sud du Castello do Queijo 
Altiludei 





Érhrilf dfê hautruis 1 : 600 



I. SoWci tfgUmtrit ftr If ftr 



I. Attuvwns rimttt 



arénacéo-argileuses au sud du Castello do Queijo 




If ^^i-«i il çaliii arei ct^uillrt. 



I, 3, t «1 i. Sine rfci »iu*« 



Ulh. C<l(ldl et h]Dl« 3(1 



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PholMypie de J. LoÎFolJ — LiEbonne 

DKizpdby Google 



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Frederico de Vasconcellos. 



Fragment de gneiss poli et strié in siiu par l'action glaciaire, au sud dt 
Castello do Queijo sur la côte de la mer, près de Porto. 



Pli.it5. n Pkl:i. deK D. 3aiil:s. 



1 



„Google 



■57 
et vers te nord rétrécit Pembouchure du fleuve en la rédui- 
sant à moins de 120 mètres à l'étiage. 

Entre ces deux gorges s'étendent, dès le bord du fleuve, 
sur la rive droite, la ville de Porto et sur la rive gauche 
Villa Nova de Gaia. Les collines, qui bordent le fleuve au 
nord et au sud^ s'élèvent très doucement, et à courte dis- 
tance vont se confondre dans des plateaux, où disparais- 
sent par conséquent les vallons et les ravins qui les sé- 
paraient. 

Ces plateaux constituent le caractère le plus remarqua- 
ble et prédominant du relief du terrain. Ils s'élèvent, dans la 
partie est des deux zones de nord et de sud à des altitudes 
de 80 à 100 mètres, en se raccordant avec les terrains plus 
élevés de l'est; tandis que vers l'ouest ils baissent très len- 
tement, de façon à se maintenir à des altitudes de 60 mè- 
tres à moins de i.5oo mètres de la côte. Ils descendent après 
plus rapidement vers le niveau de la mer, en présentant 
des accidents, qui attirent l'attention, mais dont, au moins 
pour le moment, il n'est pas essentiel de parler. 

Les deux plateaux offrent cependant d'autres condi- 
tions, qu'il convient de faire connaître tout de suite. 

Cette pente vers l'ouest, qui est assez prononcée dans 
les deux plateaux, n'est pas leur plus grande pente. Ils bais- 
sent aussi un peu vers le lit du fleuve, c'est-à-dire, celui du 
nord vers le sud, et celui du sud vers le nord, et ceci avec 
une certaine conformité, de façon qu'à des distances éga- 
les du fleuve ils atteignent sensiblement les mêmes alti- 
tudes. 

Es peuvent donc être représentés par deux plans syn- 
cliniques, qui se couperaient par une ligne droite un peu in- 
clinée à l'horizon vers l'ouest, et sensiblement équidistantç 
des deux rives du fleuve. 



,Gooa 



'ife 



158 

La symétrie et la convergence des deux plateaux, par 
rapport au Ht actuel du fleuve, doivent concourir à jeter 
quelque lumière sur les causes, qui ont donné au sol son 
relief actuel. 

Les surfaces des plateaux montrent quelques inégalités, 
mais si peu prononcées, qu'elles n'altèrent pas sensiblement 
le faciès caractéristique des deux zones de nord, et de sud. 

On ne connaît pas dans cette partie du bassin du Douro, 
ni même à plusieurs kilomètres vers l'est, des formations sé- 
dimentaîres, ou de transport, plus modernes que le terrain 
houiller, autres, que les dépôts, dits superficiels, qui sont 
compris dans les dernières périodes géologiques, et dont nous 
allons donner une esquisse. 

Les plateaux au nord et au sud du fleuve sont couron- 
nés, dans de très grandes étendues, par des dépôts de trans- 
port, composés de cailloux roulés de grosseurs variables, de 
quanzite, de grès fins siliceux, de schistes durs de couleurs 
foncées, ainsi que de roches ignées plus ou moins décom- 
posées, le tout mélangé avec des sables, et d'autres détri- 
tus à l'état terreux. 

Nous nommerons ces dépôts alluvions anciennes, 
non seulement parce qu'ils sont antérieurs à ceux de nature 
semblable, que les fleuves actuels ont formés, mais aussi 
pour les distinguer d'autres dépôts analogues, dont nous au- 
rons à parler, et que nous tenons comme d'époque plus 
moderne. 

Nous ne voulons pas, cependant, par cette dénomination 
les identifier avec des dépôts semblables, et semblablement 
distribués, auxquels on a donne le même nom dans d'autres 
pays, en leur attribuant une position définie dans l'échelle 
géologique. 

L'épaisseur de ces dépôts ne dépasse pas 5 mètres, 



,ï Google 



_i59 

et se réduit même parfois à quelques décimètres dans les 
endroits, où l'on a pu la vérifier. 

Leur plus grande épaisseur ne coïncide pas toujours 
avec leur plus grande altitude. Ils se montrent quelquefois 
accolés à de légères protubérances du sol sous-jaceot, très 
peu apparentes, et à surfaces planes ou légèrement bom- 
bées, qu'ils couronnent encore d'une mince couche. 

La couleur prédominante dans ces alluvions est le jau- 
ne-rougeâtre présentant des nuances variées, et s'évanouis- 
sant même au point de laisser prévaloir la couleur blanchâ- 
tre des cailloux de quartzite, qui sont ceux qui abondent 
le plus dans ces dépôts. 

La distribution des matériaux qui les constituent est 
très capricieuse. Dans quelques endroits on remarque des 
vestiges de stratification, dénoncée par un classement plus 
ou moins prononcé de leurs éléments, ainsi que par la dis- 
position des couleurs en bandes, dans la plupart des cas 
sensiblement horizontales. 

Ces indices sont loin, cependant, de se montrer partout. 
Quelquefois à une petite distance de l'endroit, où ils se ma- 
nifestent, les alluvions prennent le caractère d'un dépôt tu- 
multueux, où l'on voit les matériaux qui les composent, 
confondus pêle-mêle, les gros cailloux étant distribués sans 
ordre entre le menu gravier et les sables plus ou moins 
terreux. D'autres fois ces sables mélangés de menu gra- 
vier et d'un peu de terre jaune-rougeâtre, qui paraît repré- 
senter les détritus les plus fins de ces dépôts fragmentai- 
res, constituent presque exclusivement la masse alluviale 
dans des étendues considérables, sans que, cependant, les in- 
dices de stratification soient apparents. Ici se montre un 
amas très aplati de gros cailloux roulés de 1 5 et 20 cen- 
timètres de diamètre moyen, sans mélange de détritus plus 



'«SL 



i6o 

fins, et couronnant une légère protubérance du plateau. Plus 
loin les alluvions prennent l'apparence de dépôts stratifiés 
de très menu gravier, ou de couches assez régulières de 
cailloux roulés. 

Dans tous les lieux, où l'on a pu yoir le contact de 
ces alluvions avec le terrain sous-jacent, on a vérifié, qu'el- 
les reposent immédiatement sur les roches cristallines, gra- 
nités et gneiss, qui, dans certains endroits, ont la dureté et 
Papparcnce des roches saines, ou à peine décomposées, tan- 
dis que dans d'autres places elles se montrent à l'état ter- 
reux, déterminé par une décomposition très avancée, qui a 
pénétré à une profondeur considérable. 

Au contact des alluvions avec les roches cristallines 
on voit quelquefois un dépôt très limité, composé de sables 
grossiers non roulés, de quelques petits fragments anguleux 
de quartz, de grains de feldspath, et de lames de mica, c'est- 
à-dire, de détritus, qui doivent provenir des mêmes roches, 
auxquelles sont venus se mélanger parfois quelques rares 
cailloux roulés. 

La différence d'état des roches cristallines, à laquelle 
nous avons fait allusion, ne s'annonce pas à leur surface 
par des inégalités qu'on puisse attribuer à la moindre ré- 
sistance aux actions extérieures, qu'offraient les roches, qui 
sont plus décomposées. Ainsi, quelquefois la roche cristalline 
presque saine se montre côté à côté de la roche très décom- 
posée, formant toutes les deux une surface continue plane, 
ou légèrement arrondie, ce qui paraît prouver, que les cau- 
ses, qui ont agi sur les roches cristallines de façon à leur don- 
ner leur relief actuel, ont entamé uniformément les roches 
dures et celles qui étaient moins résistantes à cause du de- 
gré avancé de leur décomposition. On voit un exemple frap- 
paiit de ce phénomène dans l'extrémité ouest du plateau du 



,ï Google 



i6i 

sud, près du hameau de Lavadôres, où le massif de gra- 
nité, que supporte des lambeaux des alluvions anciennes, 
présente une surface sensiblement plane, et presque hori- 
zontale, quoiqu'une partie de la masse ne montre pas de 
signes apréciables de décomposition, tandis qu'une autre 
partie laisse voir des plaques concentriques, superposées, 
dues à la décomposition sphéroïdale, qui caractérise cette 
roche. 

On a essayé de donner une idée de cet état de choses 
dans la coupe fig. 4 de la planche I. Ces cas particuliers 
paraissent être le reflet de la forme, en plateaux, des deux 
zones. 

Quoique les roches cristallines montrent presque par- 
tout une surface plate, ou légèrement bombée, elles ont ce- 
pendant subi dans quelques endroits des érosions, qui ont 
produit à leur surface des dépressions, des cavités, et des 
sillons assez profonds et nettement définis. Dans le profil 
fig. 3 de ta planche I on a reproduit deux de ces cas d'éro- 
sion, antérieure, ou contemporaine de la formation des al- 
luvions anciennes, et qu'on peut observer dans une tran- 
chée de la route de Almeara à Lavadôres dans la zone du 
sud. La roche cristalline est un gneiss dans un état de décom- 
position très avancée. Le trou de gauche a été rempli, à ce 
qu'il paraît, d'un seul jet, et d'une façon tumultueuse, par ces 
alluvions, sans qu'elles montrent le moindre indice de clas- 
sement par l'action de l'eau. Dans la cavité de droite, qui 
paraît plutôt un sillon profond et assez large, ouvert dans 
le gneiss, les alluvions, qui le remplissent, ont été déposées 
par couches successives assez bien accusées, et montrant 
des vestiges de classement par des eaux courantes. Ce pro- 
fil a une direction est-ouest, et par conséquent le sillon court 
du nord au sud, c'est-à-dire, dans une direction sensible- 



Al 



ment perpendiculaire à la moyenne du bassin du Douro, 
circonstance, qui n'est pas à dédaigner. 

Il résulte de tout cela, que, si quelquefois ces allu- 
vions concourent à exagérer les petites différences de niveau, 
qu'on remarque dans les deux plateaux, d'un autre côté el- 
les ont rempli quelques dépressions de la surface des roches 
cristallines, de façon que la forme actuelle des plateaux est 
très semblable à celle de cette surface, qui ne se trouve, que 
partiellement couverte par ces alluvions. 

On observe encore sur ces plateaux un dépôt d'appa- 
rence argileuse, présentant une grande conformité de carac- 
tères, et s'étendant sur d'assez grandes surfaces. 

On le voit dans deux conditions diverses, ou couvrant 
des alluvions anciennes, comme au sud du hameau de 
Furada dans le plateau du sud, à une altitude de près de 70 
mètres; ou reposant immédiatement sur les roches cristal- 
lines à une altitude moyenne de 65 mètres, comme dans la 
rue de Boa Vista, l'une des routes de la ville de Porto au 
village de Foz, situé à l'embouchure du fleuve sur sa rive 
droite. 

Ce dépôt consiste essentiellement en une terre plus ou 
moins sableuse, de couleur jaune-rougcâtre, ou plutôt miel- 
lée, qui est la prédominante, sans exclure des nuances jau- 
nes plus claires, qui se montrent rarement. 

Par concision nous nommerons ce dépôt argiles miel- 
lées, leur couleur étant un caractère peu variable, et qui les 
dénonce même à distance. 

Dans les endroits où l'on a pu vérifier leur épaisseur, 
elle varie entre o",3o et 2 mètres. 

Ces terres contiennent presque toujours du sable plus 
ou moins grossier, quelques petits cailloux sous-angulaires 
de quartz, dont le volume ne dépasse pas généralement 



,ï Google 



i63 

celui d'une noix; ainsi que des cailloux roulés de diamètres 
moyens de o'',03 à o",o8; et enfin de très rares fragments 
angulaires, et sous- angulaires de granité, dont les plus gran- 
des dimensions varient entre o",o4 et o",i2. Les cailloux 
roulés, ainsi que les fragments angulaires de roche se mon- 
trent irrégulièrement éparpillés dans la masse d'argile, pres- 
que toujours isolés et dans des positions comme instables, 
qui paraissent incompatibles avec leur transport par l'eau. 
On voit cependant, quoique très rarement, une petite traî- 
née de quelques décimètres de longueur, de cailloux roulés 
de o^ioa à o",o5 de diamètres moyens, formant comme 
une couche sensiblement parallèle à l'horizon, et d'une épais- 
seur, qui généralement ne dépasse pas le diamètre des plus 
gros cailloux: 

Dans les endroits, où l'on a pu voir le contact des ar- 
giles miellées avec les roches cristallines, comme à rue da 
Boa Vista, on vérifie, que parfois il s'interpose entre elles et 
le dépôt argileux une mince couche, plus ou moins conti- 
nue, composée ou seulement de petits cailloux roulés, ou 
de fragments angulaires de quartz, et même de granité, mé- 
langés de sable grossier non roulé, avec quelques grains de 
feldspath et des lamelles de mica, ou enfin d'un mélange des 
cailloux roulés avec les fragments angulaires des autres ro- 
ches et avec les sables micacés. 

Cette couche, plus ou moins définie, selon l'abondance 
des fragments de roches, angulaires, ou roulés, qui parfois 
se sont accumulés jusqu'à l'épaisseur de o'",20, paraîtrait pas- 
ser dans quelques endroits aux argiles miellées, qui dans 
ce cas sont surchargées de sable grossier dans leur partie 
inférieure, si toutefois ces argles n'ont pas pénétré par per- 
colation dans le dépôt inférieur. 

D'autres fois les argiles miellées reposent immédia* 



"Ct'^S'V 



_i64 

tement sur la surface lisse des roches cristallines, sans qu'il 
sinterpose aucun vestige de cette couche de sables et de 
cailloux. 

Ces argiles ne se montrent pas stratifiées en couches 
distinctes. Dans quelques endroits, cependant, un morceau 
détaché des argiles, et desséché par la seule action de l'air, 
manifeste de la tendance à se diviser en feuillets de i à 2 
millimètres d'épaisseur. 

Quoique les argiles miellées se trouvent à des altitu- 
des, qui permettent de les considérer, comme un dépôt des 
plateaux, il faut cependant mettre en relief des circonstances, 
qui peuvent concourir à élucider la question de leur ori^ne 
et mode de formation. 

Dans la zone de sud, on voit, sans doute, ces argiles su- 
perposées à un manteau des alluvions anciennes, à une 
altitude de près de 70 mètres. Mais celles-ci atteignent une 
plus grande altitude vers le sud, sans qu'elles soient cou- 
vertes par les argiles, qui se montrent là où s'éteint dans 
le plateau un ravin profond. 

Dans le plateau du nord la superposition franche des 
argiles miellées aux manteaux d'alluvions ancien- 
ne s n'a pu être observée nulle part, à moins qu'on n'admette 
quelque liaison de contemporanéité entre ces alluvions et la 
couche de cailloux, qui se montre parfois sous-jacente aux 
argiles. Mais on n'a pu voir nulle part, ni au nord ni au 
sud du fleuve, les argilesmiellées couvrant les surfaces 
culminantes des alluvions anciennes. On n'a pas non 
plus trouvé d'autres dépôts couvrant ces argiles, qui passent 
graduellement, vers leur partie supérieure, à la terre végétale 
par le mélange de matières organiques provenant de raci- 
nes. 

Malgré des recherches suivies, on n'a pas pu découvrir 



,ï Google 



i65 

jusqu'à présent des restes organiques, enfouis lors de la for- 
mation de ces dépôts. 

Après avoir donné une idée générale des deux dépôts, 
qui se font remarquer à la surface des plateaux, il faut faire 
connaître plusieurs faits observés dans les alluvions an- 
ci e n n e s, et qui peuvent jeter quelque lumière sur leur mode 
de formation, ainsi que sur leurs rapports avec l'existence de 
l'homme dans la partie nord de la péninsule. 

Dans le plateau du nord, à l'ouest de la ville de Porto, 
dans l'endroit nommé Agromonte, où passe la rue de Boa 
Vista, et où l'on a ménagé une place, nommée Rotunda, 
se trouve à l'altitude moyenne de 85 mètres un manteau 
très étendu des slluvions anciennes, qui a été entamé 
en plusieurs points, et qui offre presque toutes les variétés 
de constitution, que nous avons attribuées à ces dépôts. Il a ' 
été coupé par la rue de Boa Vista, et par la Rotunda, de 
manière à présenter deux tranchées, perpendiculaires entre 
elles, qui sont réprésentées dans les profils _/î^, / et 2 de la 
planche I, ayant le point commun D. 

Dans cet endroit on peut voir le contact dps alluvions 
avec le granité très décomposé, sur lequel elles reposent, 
en s'adossant à une légère protubérance de cette roche, 
qu'elles recouvrent encore d'un mince manteau. Leur plus 
grande épaisseur ne dépassait pas dans ce lieu 4",5o, et se 
réduit à quelques décimètres vers l'ouest. 

Les indices de stratification n'y sont pas très pro- 
noncés, et on y voit par places ce mélange sans ordre, 
comme tumulmeux, des matériaux qui composent les allu- 
vions. 

On remarque tout de suite dans les deux tranchées de 
gros blocs, ensevelis dans la masse alluviale, et entourés- 
de toutes parts par celle-ci, de façon, qu'on ne peut pas 



•f*L 



i66 

mettre en doute, qu'ils ont été enfouis, quand ces alluvions 
se déposaient. 

Outre les trois blocs coupés dans les tranchées, et qui 
sont figurés par des traits pleins, les alluvions contiennent 
encore, au moins, quatre autres gros blocs de granité, qu'on 
voit enfoncés à leur surface, et qui ont été réprésentés dans 
le profil ^g". /, par des traits pointillés. 

Le dépôt est assez cohérent, pour avoir permis de cou- 
per presque verticalement les tranchées, ainsi que les blocs 
granitiques qu'elles ont mis à jour. 

Les deux blocs de la tranchée fig. i sont dans un tel 
état de décomposition, qu'ils ne doivent pas avoir exigé 
remploi de très grandes Ibrces pour être coupés. Celui de 
la tranchée fig, 2, étant bien moins décomposé, demandait 
des efforts plus énergiques pour être coupé ras avec la tran- 
chée, et il présente une seule large surface de cassure, qui 
probablement a été produite par des coups répétés sur un 
seul point, quoiqu'il soit couvert par une bien moindre épais- 
seur des alluvions, ce qui prouve, qu'il est très fortement 
retenu par celles-ci. 

Le granité d'un des blocs ensevelis dans ce dépôt, et 
duquel on a pu détacher des échantillons, est assez sem- 
blable au granité sous-jacent. Deux autres de ces blocs sont, 
il est vrai, de granité à deux micas, comme celui ci; mais 
ils ont un grain plus fin, et, à ce qui paraît, ils sont plus 
riches en quartz. Leur apparence est du reste très différente 
de celle du premier bloc, mentionné plus haut. On n'a pas 
pu trouver du granité comparable à celui de ces deux blocs, 
qu'aux distances de 5oo et 800 mètres, et à un niveau plus 
bas. 

Dans les alentours on ne voit pas de saillancc graniti- 
que, de laquelle ces blocs eussent pu glisser ou rouler vers 



.ïGoogle 



j67 

le milieu de ces alluvions, qui ont laissé des témoins dans 
presque toute la surface de cette partie du plateau; de ma- 
nière, qu^il paraît hors de doute, que quand ces dépôts com- 
mencèrent à s'accumuler, le sol avait un relief bien peu dif- 
férent de celui qu'il a aujourd'hui. 

Tous ces faits et toutes ces considérations paraissent 
concourir à prouver, que ces blocs ont été ou traînés, ou 
transportés d'une plus ou moins grande distance jusqu'au 
dépôt alluvial, quand il était en voie de formation. 

Le volume de ces blocs contraste d'une manière frap- 
pante avec celui des cailloux qui les entourent. L'un d'eux 
a 2° ,60 de longueur, i mètre de largeur moyenne, et plus 
de i",io d'épaisseur, et par conséquent un volume de pres- 
que 3 mètres cubes, et un- poids supérieur à 7 tonnes. Un 
autre, de forme arrondie, est sensiblement égal à une sphère 
de o'°,36 de rayon, avait un volume de o'",i95, et le poids 
probable de plus de 5oo kilogrammes. 

Les autres sont, ou un peu plus petits, ou un peu plus 
grands, que celui-ci. 

Ils ont les arêtes plus ou moins arrondies, quelques- 
unes des faces convexes, d'autres presque plates, d'autres 
enfin légèrement concaves. 

La plupart, au moins, de ces surfaces sont lisses, de 
façon qu'on ne peut s'empêcher d'admettre qu'elles ont été 
usées par frottement. Les trois minéraux, qui constituent 
la roche, ont été entamés également, malgré la grande diffé- 
rence de leur dureté, de manière qu'ils se montrent nette- 
ment coupés à la surface des blocs. Quand celle-ci a été 
par hasard exposée pendant quelque temps à l'action atmos- 
phérique, elle est comme tachetée de petites cavités, lais- 
sées sans doute, ou par la complète desaggrégation du feld- 
spath, ou par l'enlèvement du mica ou de grains de quartz. 



,ïGoO' 






Mais dans ce cas même les minéraux, qui sont restés à la 
surface des blocs, se montrent usés de façon, qu'ils ne ré- 
vèlent la moindre aspérité au toucher. 

On ne peut pas dire, que ces blocs sont polis. Les 
grains de quartz, quoique coupés net, malgré leur dureté, 
n'ont pas leur surface parfaitement lisse, ce qu'on vérifie au 
moyen de la loupe. On voit, cependant, à la surface des blocs 
des vestiges très rares et très circonscrits de polissage avec 
miroitement. Dirons-nous, qu'on y voit aussi des vestiges 
de stries? 

Nous n'csons pas l'affirmer, quoique nous soyons bien 
disposés à le croire. 

On voit encore adhérentes à la surface des blocs quel- 
ques petites masses d'un jaune-rougeâtre d'aspect terreux, 
contenant des grains de sable, et tout-à-fait semblables au 
ciment ferrugineux, qui agglomère quelquefois les alluvions. 
En enlevant ces masses, on vérifie, que la surface des blocs, 
cachée par elles, est lisse, comme celle qui était à décou- 
vert. Du reste, ces blocs ont sur de très grandes étendues 
de leur surface cette couleur jaune-rougeâtre, qu'on voit si 
fréquemment dans ces alluvions. 

Il paraît hors de doute, que les frottements, qui ont usé 
les surfaces de ces blocs, ont eu lieu avant que ceux-ci fus- 
sent restés immobilisés au sein des alluvionsanciennes. 

On peut prévoir, que tous les faits que l'on a pu vé- 
rifier par l'exploration de ces dépôts, auront concouru à faire 
soupçonner, que l'action glaciaire a eu une influence plus ou 
moins immédiate sur leur formation. 

D faut nous transporter à une distance de plus de 3 ki- 
lomètres vers l'ouest pour trouver des alluvions ancien- 
nes, qui aient permis de constater d'autres faits dignes de 
mention spéciale. 



,ï Google 



1% 

En suivant le tramway, qui conduit de Porto au village 
de Foz, après avoir passé le petit vallon, baigné par le ruis- 
seau de Lordelio, on voit que le terrain s'élève graduelle- 
ment jusqu'à une plaine de l'altitude moyenne de 60 mè- 
tres, et qui est très bien définie à l'ouest du hameau de 
Fonte da Moura, et se trouve couronnée par un manteau 
des alluvions anciennes bien caractérisées par presque 
tous les accidents de constitution et de couleur, que nous 
avons déjà fait connaître, quoiqu'on n'y ait pas encore vu en 
place des représentants de ces gros blocs, qui sont contenus 
dans les alluvions anciennes de Boa Vista. 

On a trouvé, cependant, à ia surface de cette plaine 
quelques blocs assez rares, de granité et de gneiss, à formes 
plus ou moins arrondies, de dismètres moyens de o°,3o à 
o",4o, reposant sur du gravier, ou dans le voisinage de ce- 
lui-ci, et qui probablement ont fait partie de ces alluvions. 
Cette plaine, dont le centre est à peine à i.5oo mètres 
de distance de la côte, représente la partie ouest du plateau 
du nord, qui, comme celui de sud, s'abaisse graduellement 
vers l'ouest; et elle est coupée par une légère dépression qui 
s'ouvre vers ce côté, et où prend sa source le petit ruisseau 
d'Ervilha. Pour faciliter la désignation des localités, nous 
nommerons cette plaine — plateau dePaços — ,qui est le nom 
d'un hameau situé à sa surface, et nous nommerons — val- 
lon d'Ervilha — la dépression qui coupe cette plaine, et qui 
est en partie remplie par une série de dépôts, dont nous 
parlerons plus loin. 

Les alluvions anciennes se voient dans ce plateau au 
nord du vallon, près du hameau de Paços dans une sabliè- 
re, et au sud dans les fossés de la redoute Saldanha, forti- 
fication passagère, élevée en i832 lors du mémorable siège de 
Porto. En parcourant ces fossés, qui ont été coupés dans 



j'h.CiOOgle 



T 



'70 
les alluvions jusqu'à une profondeur de plus de 3 mètres, 
nous avons recueilli parmi des cailloux roulés, éparpillés 
dans leur fond et sur leurs talus, six fragments de quartzite 
et d'autres roches, qui avaient des formes angulaires, et 
sous-angulaires, contrastant ainsi beaucoup avec les cailloux 
roulés, qui abondent dans ces alluvions. 

Outre ces six exemplwres nous avons pu trouver une 
autre quartzîte, aussi à formes angulaires, enclavée dans 
ces alluvions et si fortement retenue par elles, qu'il a fallu 
employer le ciseau et le marteau pour les désagréger. En 
la comparant avec les autres exemplaires, trouvés à la sur- 
face des alluvions, on remarque tout de suite une telle res- 
semblance de formes entre celle-ci et deux autres quartzi- 
tes, que l'idée d'intention dans la production de ces for- 
mes vient tout naturellement à l'esprit; et une comparaison 
plus minucieuse des trois quartzites tend à confirmer cette 
idée. 

Deux de ces quartzites sont représentées à peu près de 
grandeur naturelle dans la planche II; \es^g. / et / a étant 
la quartzite arrachée de la masse des alluvions, et les _pg. 
2 et 2 a étant l'une des quartzites trouvées à leur surface. 
Quoique les figures permettent de reconnaître quelques-unes, 
de ces ressemblances, il y en a d'autres qui ne sont pas 
si apparentes, et qu'on ne peut vérifier, que sur les exem- 
plaires. 

Nous ne parlerons, cependant, que d'une similitude de 
forme, qui paraît avoir une certaine valeur. 

On voit, sur les deux surfaces représentées des deux 
quartzites, une arête saillante, qui se tient à peu près au mi- 
lieu de la face, et qui s'efface graduellement vers la pointe. 
Sur la face opposée, s'il y a une arête saillante, elle n'occupe 
pas le milieu de cette face, qui paraît avoir été produite dans 



,ï Google 



'7' 
le but principal d'amincir la pierre. On pourrait donc attri- 
buer les arêtes médianes produites sur les faces réprésen- 
tées dans les deux figures à l'intention de renforcer les poin- 
tes des deux quanzites. 

La quartzite^^. 2, n'ayant pas été trouvée en place dans 
les alluvions, perdrait par le fait beaucoup de sa valeur, 
comme preuve, si, outre sa similitude de forme avec la 
quartzite ^g*. /, elle ne présentait d'autres caractères, qui 
paraissent indiquer, qu'elle a été aussi contenue dans ces 
alluvions. Ces deux quartzites, non seulement montrent par 
places cette couleur jaune-rougeâtre de la pâte, qui parfois 
soude les alluvions, mais outre cela conservent à leur sur- 
face quelques restes de cette pâte argilo-sableuse avec sa 
couleur caractéristique, et s) adhérents, qu'ils résistent au 
frottement d'une brosse mouillée. La troisième quartzite, 
ressemblant à ces deux-ci par sa forme et son volume, quoî- 
qu'ayant été trouvée détachée des alluvions, tout comme la 
quartzite fig. 2, conserve encore, non seulement à sa sur- 
face la couleur jaune-rougeâtre, mais aussi dans une petite 
cavité un reste de la pâte alluviale. 

Ces quartzites ont-elles des formes intentionnelles? 
Sont-elles semblables à des types connus d'outils de pierre 
de l'âge paléolithique? 

Quand même on ne voudrait pas admettre, comme 
preuve du travail de l'homme la succession des fractures, 
qu'une pierre aurait éprouvées, parce qu'elles pouvaient avoir 
été déterminées par des chocs dus à des causes naturelles; 
il y a d'autres caractères, qui mettent en évidence cette in- 
tention, comme par exemple la formation d'une pointe de 
forme à satisfaire à la condition de résistance, essentielle 
dans un instrument percuteur. On ne peut en effet conce- 
voir, comment la partie la plus fragile d'une pierre, son ex- 



'rv 



izL 

tremité la plus amincie, qui par des fractures successives de- 
venait de plus en plus saillante et "pointue, et par conséquent 
plus exposée, eut échappé à une série de chocs accidentels, 
les derniers ayant eu lieu justement près de la pointe. 

Or les deux quarlzites, Jig. i et s, pi. Il, ont une ex- 
trémité très saillante, en forme de pointe, mais satisfaisant 
à certaines conditions de résistance, et produite par une 
série de chocs, dont les derniers ont eu lieu tout près de 
cette pointe, qui n'aurait pas pu y résister, si les coups 
n'avaient pas été appliqués avec de grandes précautions. 
On ne peut pas donc s'empêcher de reconnaître dans la 
forme de ces quartzites le résultat d'un travail réfiéchi, 
qui avait un but manifeste, et exigeait même beaucoup d'a- 
dresse. 

Du reste, mon digne Chef, M. Carlos Ribeiro, qui a 
examiné ces quartzites, ainsi que d'autres, que nous avons 
recueillies, est très incliné à les considérer comme intention- 
nellement taillées. 

Une autre des quartzites, trouvées détachées â la sur- 
face des alluvions de la redoute Saldanha, est représentée 
de grandeur naturelle par \t%fig. i et J a de la planche II, 
ce qui dispense de la décrire minucieusement. Quelques-unes 
de ses arêtes se trouvent très-arrondies par frottement, tan- 
dis que d'autres, quoique légèrement émoussées, contrastent 
beaucoup avec les premières, étant bien plus vives. Celles- 
ci limitent des surfaces produites par des cassures, qui pa- 
raissent intentionnelles, et qui auraient donné à la quartzite 
la forme d'un coin, ou d'une hache avec un petit tranchant 
très obtus. Non seulement elle montre par places la couleur 
jaune-rougeâtre des autres quartzites, plus foncée à cause de 
la couleur propre de la roche, mais elle conserve dans des 
dépressions considérables de sa surface une quantité nota- 



,ï Google 



2Jl 

ble de la pâte argilo-sableuse des alluvions, avec sa cou- 
leur caractéristique. 

On voit sur cette quartzite des vestiges de frottements 
énergiques, qui ont produit sur quelques points des sillons 
et des stries parallèles, accompagnées, au moins dans 
un cas, du poli miroitant, que l'on attribue à l'action gla- 
cimre. Ces vestiges se voient avec plus ou moins de net- 
teté, non seulement sur les faces, qu'on peut dire primor- 
diales, mais aussi sur celtes qui paraîtraient produites avec 
intention. 

Si celles-ci sont effectivement le résultat d'un travail 
réfléchi, et si elles étaient striées par l'action glaciaire, il 
faudrait admettre, que la quartzite, après avoir été taillée 
par l'homme, avait été abandonnée, ou perdue par lui, et 
ensuite transportée par les glaces dans des conditions, qui 
auraient donné lieu aux frottements énergiques, qu'elle a 
subis; etqu'enfin elle est restée enfouie dans les alluvions 
anciennes, qui pourraient être, elles-mêmes, un produit de 
transport glaciaire. 

La partie du plateau de Paços, qui est au nord du val- 
lon d'Ervilha, et qui, comme nous l'avons déjà dit, s'y mon- 
tre couronnée par les alluvions anciennes, se prolonge 
vers l'ouest, en baissant très lentement de niveau, et en 
montrant par ci par là des dépôts peu épais de gravier plus 
ou moins gros, mélangé de sables, avec l'apparence des al- 
luvions anciennes, et qu'on doit considérer, ou comme 
les représentants, ou comme des dérivations immédiates de 
celles-ci. 

En sortant du hameau de Nevogilde, contigu à celui de 
Paços, on rencontre à l'ouest, encore sur le plateau, dans un 
chemin, qui conduit à la mer, une strate de cailloux roulés . 
de volumes variables, ayant des diamètres moyens de 2 à lo 



pgle 



'74 
cenlimÈtres, et mélangés avec des sables. Ce dépôt a été 
évidemment lavé par les eaux de pluie, qui affluent à ce 
chemin. 

Entre les cailloux nous en avons trouvé un de roche ou 
de minéral siliceux, très dur, à texture compacte, de cou- 
leur jaune-orange, passant au jaune-brunâtre, et d'une ap- 
parence particulière, paraissant plutôt un silex, qu'un jaspe. 
Il a toutes les arêtes très arrondies par frottement. Ses dia- 
mètres sont compris entre 38 et 5 1 millimètres. Toutes ses 
faces, une seule exceptée, sont plus ou moins convexes. Celle 
qui fait exception, est légèrement concave. Mais toutes se 
raccordent graduellement avec les surfaces arrondies, qui 
ont remplacé les arêtes. 

Toute la surface du caillou est luisante, et en même 
temps couverte de petits sillons et de stries, qui constituent 
divers systèmes, caractérisiis par le parallélisme des traits. 
Ces groupes distincts se superposent dans quelques cas, en 
se croisant, de façon qu'on peut parfois reconnaître ceux 
qui ont été produits les derniers, parce que dans ceux-ci les 
stries sont plus nombreuses et plus fines. 

Ce caillou paraît donc présenter tous les caractères, qui 
se trouvent sur ceux, qui ont été polis et striés par les frot- 
tements produits par des masses de glace en mouvement, 
dans des conditions spéciales. 

Si cependant ces vestiges sont dus à des frottements 
glaciaires, il faudrait reconnaître que la forme actuelle du 
caillou de Nevogilde a été produite par ces mêmes frotte- 
ments, qui ont couvert de sillons et de stries toute sa sur- 
face, ayant enlevé une partie considérable de sa masse. Et 
pour que le caillou ait été si profondément entamé malgré 
sa dureté, H a fallu que ces frottements se fiissent produits 
sur toute sa surface sous de telles pressions, qu'ils n'au- 



,ï Google 



raient pas épai^né les angles, ni les arêtes de la pierre sou- 
mise à leur action, si elle les conservait encore. 

Les vestiges d'action glaciaire, que les alluvions an- 
ci e n n e s des plateaux paraissent présenter, et les conditions 
de gisement de ce caillou nous mènent à présumer, qu'il pro- 
vient de ces dépôts, très probablement entamés par les 
actions sous -aériennes, depuis qu'ils y sont restés exposés. 

Il faut maintenant passer à d'autres faits, qui se lient 
intimement à ceux, qu'on vient de décrire. 

Nous avons déjà dit, que le plateau de Paços était sil- 
loné de Test à l'ouest par une dépression, que, pour fa- 
ciliter la description des lieux, nous avons nommée vallon 
d'Ervilha, quoique par sa petitesse en tous sens elle ne justi- 
fie pas complètement cette désignation, car elle est plutôt 
un ravin peu profond, qui prend naissance à la surface du 
plateau, et doit avoir été produit par l'érosion de celui- 
ci, postérieurement à l'accumulation des alluvions an- 
ciennes, comme les faits, que nous allons exposer, parais- 
sent le prouver. 

Le tramway qui conduit de Porto à Foz par la rue de 
Boa Vista, après avoir franchi le viaduc de Fonte da Moura 
se dirige vers le vallon d'Ervilha en coupant un tout petit 
col, qui sépare les eaux du ruisseau de Queijo de celles qui 
affluent à ce vallon. C'est dans ce col, que l'on commence à 
voir les dépôts, qui se développent vers l'ouest dans le 
vallon, à un niveau de 5 à i5 mètres inférieur à l'alti- 
tude de 60 mètres, qu'atteignent les alluvions ancien- 
nes au nord ei au sud du tramway, et dont nous avons déjà 
parlé. 

La coupe transversale du vallon d'Ervilha,^^^'. 6, pi. I, 
et le profil de la tranchée nord du tramway, _fig. 5, peuvent 
donner une idée, non seulement de la position des dépôts 
c- R. i5 



,ï Google 



d'Ervilha par rapport aux al lu v ion s anciennes, mais 
aussi de leur distribution. L'échelle des hauteurs dans \a^g. S 
a été exagérée par rapport à celle des distances, pour permet- 
tre de figurer dans un petit espace tous les dépôts, quelques- 
uns très minces, mis à découvert dans une très grande éten- 
due de la tranchée. 

Ils commencent par une mince couche de cailloux an- 
gulaires et routés, de petit volume, mélangés de quelque sa- 
ble grossier micacé, reposant immédiatement sur la roche 
cristalline, et prenant sa naissance sur le versant ouest du 
col, que le tramway franchit. Dans ce dépôt prépondèrent 
au commencement les cailloux angulaires quartzeux, mélan- 
gés avec les sables micacés, et ils paraissent provenir, com- 
me ceux-ci, des roches cristallines sous-jacentes. 

Lorsque cette couche atteint une épaisseur de près de 
o'",3o, on remarque, non seulement que les galets prédomi- 
nent déjà de beaucoup sur les cailloux angulaires quart- 
zeux, mais aussi que sur cette couche commence à se défi- 
nir un dépôt d'argile sableuse, jaunâtre, un peu micacée, 
contenant de rares et petits fragments sous-angulaires de 
quartz, ainsi que quelques menus cailloux roulés. 

Dans le profil de la tranchée du nord (^g. S, pi. 1} est 
représentée une partie de ces deux couches, déjà à presque 
200 mètres de leur origine. La couche de galets, que do- 
rénavant nous nommerons — de l'est — , est désignée par le 
numéro 2, et la couche d'argîlle sableuse, que nous nom- 
merons tout de même — de l'est — , pour la distinguer de 
dépôts semblables qui se trouvent- à l'ouest, y est désignée 
par le numéro 3. 

Dans la tranchée du nord cette couche de galets atteint 
une épaisseur moyenne de o'",3o à o"y4o, et la couche d'ar- 
gile sableuse celle de o^jSo à o°,6o, sans compter la terre 



,ï Google 



'77 
végétale, à laquelle cette couche passe graduellement, vers ■ 
sa partie supérieure, par l'introduction de matière organi- 
que. 

Ces deux dépôts se voient aussi dans la tranchée de 
sud, et même avec plus d'épaisseur. 

Jusqu'au point a de la tranchée du nord ils inclinent très 
peu vers le sud-ouest, de même que la surface des roches 
cristallines, et conservent une puissance assez uniforme. 
Au de là du point u, vers l'ouest, leur pente, ainsi que celle 
de la surface des roches sous-jacentes, augmente rapidement^ 
les deux couches commencent de même à augmenter d'épais- 
seur, et les roches cristallines, aussi bien que ces deux 
dépôts, cessent d'être vues, ce qui coïncide avec une inter- 
ruption dans la tranchée. Tous ces accidents paraissent être 
dus à l'existence d'une dépression à la surface des roches 
cristallines, avant que la couche de galets ne se fût ré- 
pandue sur cette surface. 

Ces deux couches paraissent se lier à une série de dé- 
pôts, qui s'étendent à l'ouest du point d du profil, _fig. S, 
mais dont nous ne parlerons pas pour le moment, à fin de 
faire connaître tout de suite les faits intéressants, que la 
couche de galets de l'est met en évidence. 

Les deux couches (2 et 3 du profil), que nous venons 
de décrire, sont bien définies, quoique sur quelques points 
il y ait une apparence de transition graduelle entre elles, ce 
qui paraît dû à la pénétration postérieure de l'argile sableu- 
se dans la couche de gravier. Celle-ci, lorsqu'elle atteint une 
certaine épaisseur, est presque exclusivement composée de 
cailloux roulés de quartzite de volumes variables entre ceux 
de 12 et i5 centimètres de diamètres moyens, qui sont relati- 
vement rares, et ceux du menu gravier; les cailloux de gros- 
seur moyenne entre ces deux extrêmes étant de beaucoup 



.c.pv. 



■78 

les prépondérants. Le gravier a une couleur blanchâtre, qui 
lui donne l'apparence de gravier lavé. 

Il a une certaine cohésion, qui paraît due autant à l'ar- 
rangement des cailloux, qu'à une pâte argilo-sablcuse assez 
lâche, de couleur jaunâtre, contenant quelques paillettes de 
mica, qu'on voit très inégalement réparties dans le gravier; 
et qui est très semblable à l'argile. 

On doit encore remarquer, que ni les cailloux roulés, 
ni la pâte, qui est très semblable à l'argile sableuse de ta 
couche superposée, et qui paraît s'être introduite postérieu- 
rement entr'eux, ne montrent cette couleur jaune-rougeâtre, 
qui se voit dans les alluvions anciennes, et que le con- 
traste entre celles-ci et la couche de gravier est très frappant. 

Comme nous avons déjà vu, la couche de galets, lors- 
qu'elle atteint une certaine épaisseur, est presque exclusive- 
ment composée de cailloux roulés de quartzite; maïs on y 
trouve aussi, par ci par là, quelques rares cailloux, qui se font 
remarquer par leurs formes angulaires. 

En les examinant de plus prés, on s'aperçoit, qu'ils ont 
des formes qui ne paraissent pas purement casueîles; et dès 
que cette idée se présente à l'esprit, elle paraît recevoir une 
confirmation éclatante. 

Les deux quartzites {fig. / et 2 de la pi. III) ont clé 
trouvées le même jour dans la tranchée du nord, la première 
3 mètres a l'est du point a du profil, et la seconde ô^iSo à 
l'est du même point. Toutes les deux ont été anachées du 
milieu du gravier, qui les retenait assez fortement, ainsi que 
tous les autres cailloux et quartzites, dont nous aurons à 
parler, comme recueillis dans les dépôts du vallon d'Er- 
vilha. 

Ces deux quartzites ont été taillées de deux cailloux 
roulés, dont elles gardent encore une bonne partie des sur- 



,ï Google 



'79 
faces primitives. Il paraît, que le but qu'on s'est proposé 
était celui de produire une pointe aplatie, un peu émoussée, 
et assez épaisse pour résister au choc, en cherchant tout au 
au plus à rendre la pierre plus maniable. La quartzite,^^^. /, 
paraîtrait avoir sa pointe cassée par accident. Du reste, on 
n'aurait rien sacrifié à ta beauté des deux outils. 

Leurs arêtes à ta vue paraissent vives, mais te toucher 
"révèle, qu'elles sont très légèrement émoussées. La quar- 
tzite, jig. /, montre cependant des indices d'au moins une 
cassure, qui paraîtrait produite intentionellement, mais dont 
les arêtes sont très -émoussées. 

Ce soupçon pourrait avoir sa confirmation dans d'au- 
tres faits, que nous allons exposer. 

Entre les quartzites recueillies dans la couche de gra- 
vier, et ayant des formes anguleuses qui font penser à un 
travail réfléchi, on remarque au moins deux de quartzite 
rose, dont l'une avec toutes ses arêtes émoussées par frot- 
tement, et l'autre ayant la plupart des arêtes tout de même 
émoussées, mais d'autres presque vives, limitant des surfa- 
ces de cassure plus fraîche, mais produites en tout cas 
avant que la quartzite fut restée immobilisée dans la cou- 
che de gravier. Celle-ci a été représentée dans X'ts.fig. 4 et 
^ j de ta pi. II. 

Elles se distinguent à première vue de la plupart des 
autres quartzites taillées, trouvées dans la même couche, 
par cette grande usure des arêtes; ce qui nous mène natu- 
rellement à penser aux quartzites qui paraissent taillées, 
trouvées dans les alluvions anciennes. De là à soupçon- 
ner, que les quartzites à arêtes émoussées, trouvées dans cette 
couche, sont dérivées, déjà avec leurs formes actuelles, des 
alluvions anciennes qui couronnent le plateau à une sî 
petite distance, il n'y a qu'un pas. Ce soupçon paraît être 



i8o 

complètement confirmé par ce fait, que l\uie, au moins, des 
deux quartzites, étant lavée en partie, de façon à conserver 
adhérents quelques vestiges de la pâte terreuse, légèrement 
jaunâtre, et très lâche, qui les acompagne dans la couche de 
gravier, garde encore dans les petites dépressions de sa sur- 
face des restes de la pâte argilo- sableuse jaune-rougeâtre, 
si caractéristique des alluvions anciennes, et qui résiste 
au lavage à la brosse. 

Les formes des deux quartzites sont des plus grossiè- 
res, et si elles sont intentionnelles, on n'a pas eu d'autre 
but, que celui de produire une pointe renforcée. 

Ces deux quartzites conservent-elles encore, même dans 
les faces qui paraissent produites avec intention, des ves- 
tiges d'action glaciaire? Nous le soupçonnons,. sans nous ha- 
sarder à l'affirmer, parce que nous craignons de nous être 
fait illusion là-dessus. 

L«s trouvailles faites dans cette couche de galets ne se 
limitent pas à celles-ci. 

On y a recueilli de gros cailloux angulaires de quar- 
tzite rose, qui paraissent avoir servi de noyaux, dont on au- 
rait détaché par percussion des éclats de roche dans le but 
probable d'en faire des outils de pierre. Un de ces cailloux, 
le plus remarquable par son volume, et par la circonstance de 
se trouver entouré d'un grand nombre de fragments de quar- 
tatede même nature, a3ocentim. de longueur, i6 de largeur, 
et ig d'épaisseur moyenne. II se trouvait un peu enfoncé à 
la surface de la couche d'argile sableuse, et enclavé de façon, 
qu'il a fallu employer le ciseau pour l'enlever, ainsi que les 17 
éclats de quartate et un gros fragment angulaire de quartz 
cristallin, qui l'entouraient. Les éclats de quartzite ont, com- 
me le gros caillou de la même roche, les arêtes vives, et quel- 
ques-uns pourraient, au besoin, avoir servi d'outils. 



,ï Google 



i8i 

Le caillou angulaire de quartz cristallin aurait eu pri- 
mitivement au moins une arête de 1 1 centïm. de longueur, 
et d'un angle très obtus. Il paraîtrait qu'elle a été enlevée 
intentionnellement, étant remplacée par une face d'une lar- 
geur moyenne de o",oi5. Si l'on s'imagine la forme de l'éclat 
enlevé, on pense naturellement à de petits couteaux de 
quartz de l'âge paléolithique, bien plus difficiles à obtenir, 
que ceux de silex, en vue de la cassure rébelle du quartz. 
Il vient à point de dire, que nous avons recueilli dans cette 
couche de gravier un petit éclat de quartz cristallin, qui a 
une très grande ressemblance avec un couteau cassé. 

Un autre gros caillou angulaire dequartzite rose, trouvé 
dans la couche de gravier, a 25 centim. de longueur, i6 de 
largeur, et b d'épaisseur moyenne. Il parait avoir servi tout 
de même de noyau pour la fabrication d'outils de pierre, 
parce qu'il est couvert de plusieurs faces de fracture, pro- 
duites successivement. 

Ce caillou, avant d'être cassé, avait été roulé, et de- 
vait avoir dans cet état un volume bien plus grand, parce 
qu'il ne garde plus de sa surface roulée, qu'une petite par- 
tie, de tout au plus 60 centim. carrés, un peu convexe, et 
conservant encore des vestiges de groupes de sillons et mê- 
me de stries, semblables à ceux, qu'on attribue à l'action 
glaciaire. 

On a trouvé encore dans cette couche un autre petit 
bloc de quartzite rose, de forme sous-angulaire, de 1 5 centi- 
mètres de longueur, 12 de largeur, et 9 d'épaisseur, qui a 
toutes les arêtes émoussées, mais quelques-unes bien plus 
entamées, que les autres. Il montre aussi sur quelques-unes 
de ses faces, et même sur quelques arêtes, des vestiges de 
frottement, qui paraîtrait glaciaire. 

On a ramassé aussi dans le même gisement un petit 



,Got^|^^ 



éclat de quartzite, jaune-rougeâtre, à forme angulaire, ayant 
l'apparence de ces petits outils de pierre, qu'on nomme poin- 
tes de flèches ou de dards. Cette quartzite provient d'un 
caillou roulé, dont une partie de la surface à forme arron- 
die est encore conservée, et paraît sillonée et striée com- 
me d'autres exemplaires trouvés dans cette couche. 

Les deux quartzites, jig. i et 2, pi. Ul, paraîtraient 
garder encore sur les surfaces primitives des cailloux routés 
dont elles proviennent, les vestiges un peu effacés, de frot- 
tements énergiques, qui auraient eu heu dans des directions 
diverses; mais on ne voit pas ces vestiges sur tes faces 
produites par cassure. 

Nous tâcherons de résumer, autant que possible, ce 
qu'il convient de faire connaître des dépôts, qui se suivent 
à l'ouest de cette couche de galets. 

On commence à les voir assez bien définis dans le 
point d du profil Jig. 5, pi. I, et ils constituent une petite 
séné essentiellement composée de couches assez distinctes 
d'argile sableuse, de gravier, et de sables fins. 

Les argiles sableuses, qui parfois mériterairent plutôt 
le nom de sables argileux, contiennent à deux niveaux 
différents des restes de véi;étaux avec l'aspect charbonneux, 
qui paraît indiquer un degré assez avancé le la décomposi- 
tion de la matière organique. Quelquefois ces restes ont 
l'apparence de petits fragments dont la plus grande dimen- 
sion est de quelques millimètres, et ils se trouvent mélangés 
avec du sable grossier et quelque terre, que nous nomme- 
rons simplement argile, sans pouvoir entrer dans l'analyse 
de sa vraie constitution. D'autres fois la matière organi- 
que est dans un état de très grande division, se dénonce 
par sa couleur noire et est mélangée, ou de sable extrê- 
mement (in, et alors elle est distribuée par toute sa masse 



,ï Google 



i83 

en lui donnant une couleur noirâtre, ou d'un peu d'argile, 
et dans ce cas elle se montre sous la forme de petits traits 
noirs. 

Comme le caractère le plus remarquable des deux cou- 
ches argilo-sableuses, qui contiennent des restes végétaux, 
est la présence de ceux-ci, nous les nommerons par con- 
cision argiles charbonneuses, quoique ta matière or- 
ganique ne dépasse pas probablement 2 centièmes de l:i 
masse. 

On n'a pas pu découvrir jusqu'à présent des restes or- 
ganiques à formes déHnies et caractéristiques dans ces cou- 
ches. Les débris végétaux qu'on y trouve, paraissent pro- 
venir d'une végétation terrestre, chétive, et plutôt herbacée 
que ligneuse. 

Dans la couche de gravier, 6, du profil, et plus loin en- 
tre les points H, et A on a trouvé quelques cailloux de moyen- 
ne grandeur, de quartzite, à formes angulaires et sous-angulai- 
res, et qui peuvent avoir été.façonnés par la main âe l'hom- 
me. Une de ces quanzites est représentée dans \zsjig. 3 et 
3a de la pi. III. 

On n'a pas pu vérifier la continuité des deux couches 
de galets et d'argile sableuse de l'est avec des couches de 
la série qui se développe à l'ouest du point d. 

On voit, cependaiit, près du point u, dans l'argile sa- 
bleuse, quelques vestiges de ces débris à couleur charbon- 
neuse, qui donnent à cette couche un caractère commun avec 
deux des couches de l'ouest, et dans le point ti, inférieure- 
ment à l'argile charbonneuse et reposant sur les roches 
cristallines, se montre un dépôt, composé de sable très 
grossier, micacé, mélangé de quelques cailloux roulés. 

Il est donc possible, que ce dépôt soit le représentant 
de la couche de galets de l'est, et que ta couche charbon- 



.,Ct 



ûeuse inférieure soîl le prolongement vers l'ouest de la cou- 
che d'argile sableuse de l'est. 

La couche de galets de l'est a l'apparence d'une plage 
formée sous l'action, probablement interminente, de la mer. 
Celle-ci aurait entamé les alluvions anciennes à un ni- 
veau plus bas que leur plus grande altitude, aurait lavé le 
gravier, et l'aurait mélangé avec quelques débris des roches 
cristallines sous jacentes. Cette plage aurait été fréquentée 
par l'homme, qui y aurait taillé des outils de pierre, y aurait 
trouvé quelques-uns dérivés des alluvions anciennes et 
finalement y aurait perdu d'autres. 

Pour que cette plage ait été couverte par la couche 
d'argile sableuse, il faut admettre, qu'il s'est donné un af- 
faissement qui a immerçé la couche de galets. 

L'altitude du point d du profil est de bo^jio. On peut 
prendre cette altitude, comme donnant avec assez d'apror 
ximation le niveau moyen de la mer, lors de la formation 
de la couche de gravier de l'est, et il s'ensuivrait, que de- 
puis que le gravier a été stratifié la côte s'est élevée d'au 
moins 5o mètres. 

Nous ne pouvons pas nous passer de donner notice 
d'une autre plage soulevée, qui se trouve à une altitude de 
lo^jSo au dessus du niveau moyen sur la côte, à l'est et à 
sud-est de Castello do Queijo. On voit dans cet endroit un 
groupe de couches d'argiles sableuses et de sable argileux, 
s'élevant jusqu'à l'altitude désignée, et ayant une épaisseur 
visible de 8 mètres à peu près. Il se trouve représenté dans 
la coupe, _fig. g pi. I. Ces couches contiennent des restes 
plus ou moins roulés de coquilles, que paraissent récen- 
tes, ainsi que, par endroits, des vestiges de restes végé- 
taux, dans un état analogue à celui de ceux que l'on voit 
dans les couches d'Ervilha. 



,ï Google 



i85 

Les couches de Castello do Queijo ont été profondé- 
ment érodées par les actions marines et sous- aériennes, et 
ce qui en reste, se conserve encore grâce à sa position un 
peu abritée de l'action directe de la mer, ce qui a ralenti 
Pœuvre de destruction. Elles contenaient un assez grand 
nombre de quartzites à formes sous-angulaires, en général 
de petites dimensions, et qui paraissent avoir été taillées. 
Le plus grand nombre de ces quartzites ont été laissées â la 
surface des dépôts par les eaux, lesquelles continuent leur 
travail de démolition, en enlevant l'argile et les sables. 

On a pu cependant trouver ensevelies dans les couches 
quelques quartzites sous-angulaires tout-à-fait semblables à 
celles, que les eaux n'ont pas pu emporter, ainsi que quel- 
ques cailloux plus ou moins roulés de gneiss et de granitite, 
semblables à ceux des environs. 

La plupart des quartzites gui paraissent taillées, ont 
la dimension maximum de 4 à 7 centimètres. La plus grande 
qu'on a trouvée, a 10 '/> centimètres de longueur, 6 '/j de 
largeur, et trois d'épaisseur. Le plus grand nombre a les 
arêtes très légèrement émoussées par frottement, ce que l'on 
cotmaît plutôt par le toucher, que par la vue. D'autres ce- 
pendant ont les arêtes bien plus usées. On a représenté dans 
les fig. 4 et 5, pi. in, deux de ces quartzites de grandeur 
naturelle. 

Elles paraissent avoir été apportées aux couches par 
des eaux, qui n'avaient pas assez de force pour transporter 
de plus gros cailloux, ce qui expliquerait les petites dimen- 
sions des quartzites qui paraissent taillées. 

Nous avons encore trouvé à la surface d'un manteau de 
gros gravier, au sud et tout près de Castello do Queijo, une 
autre quartzite, qui nous a parue aussi intentionnellement tail- 
lée, parce qu'elle montre des fractures successives, ainsi que 



,ïGo^^ 



des indices très, clairs de percussion, qu^on ne peut pas at< 
tribuer à des chocs dus au hasard, et qui eussent détermi- 
né la formation de sa pointe. Elle a les arêtes légèrement 
émoussées, et sa forme est très grossière, ne montrant ta 
moindre symétrie. On la voit réproduite dans la_;f^. tf, pi. 
III, comme l'un des types les plus rudimentaires que nous 
ayons trouvés. Il ne nous a pas été possible de vérifier clai- 
rement le rapport d'âge -entre ce manteau de gravier et les 
couches argilo-sableuses de Gastello do Queijo. Sa position, 
cependant, nous porte à croire, qu'il a été déposé posté- 
rieurement à la formation de ces couches. 

Dans quelques endroits du littoral on observe, que la 
surface des roches cristallines ne montre pas de saillances 
remarquables, paraissant plutôt dans son ensemble sensi- 
blement parallèle à un plan légèrement incliné vers l'ouest, 
ou vers la mer. Vue en détail, elle présente des formes lé- 
gèrement mamillaires et paraît avoir été usée, quoiqu'elle se 
trouve encore recouverte d'un dépôt de transport, composé 
de sable grossier, quelquefois mélangé d'un peu de terre, 
et contenant quelques cailloux roulés de quartzite de prove- 
nance lointaine, ainsi que des blocs de i5 a 5o centimètres 
de diamètres moyens, quelques-uns arrondis, d'autres an- 
gulaires, surtout de gneiss, et aussi de granitite, semblables 
aux roches in situ des environs. 

Ce dépôt grossier passe parfois, vers la partie supé- 
rieure, à des couches de sable plus ou moins argileux, sem- 
blables à celles de l'est et du sud-est de Castello do Queijo. 

Dans \3Ljig. 8^ pi, I, on voit encore représenté un pe- 
tit escarpement, qui se trouve sur la plage à la distance de 
320 mètres vers le sud de Castello do Queijo. Dans ce pro- 
fil on voit une série de couches de sable plus ou moins gros- 
sier et argileux contenant quelques cailloux, qui s'accumu- 



,ï Google 



■87 
lent surtout vers le plan de contact des couches. La plus 
inférieure, composée de sable très grossier, contient des ga- 
lets quaitzeux, ainsi que des fragments angulaires de gneiss 
de même nature, que celui des proximités, tes uns et les au- 
tres distribués sans ordre dans les sables. Il est probable que 
ces couches soient contemporaines de celles de Castello do 
Queijo. La plus inférieure, dont la base est cachée par les sa- 
bles mobiles de la plage, se rapproche beaucoup, par la dis- 
position de ses matériaux, du dépôt grossier de transport 
que nous venons de mentionner, et qui paraît le plus ancien 
de tous. 

La surface des roches cristallines est coupée dans quel- 
ques endroits par des ravines plus ou moins larges et pro- 
fondes, dont les parois se montrent usées. 

Une de ces ravines, située près de 3oo mètres au sud 
de Castello do Queijo, et se dirigeant vers la plage ou vers 
Fouest, est longue de près de 36 mètres, et sa largeur va- 
rie entre 2'',5o et o^iSo. L'une de ses parois, celle du sud, 
est représentée dans le profil, y/g-. 7, pi. 1. 

Cette ravine coupe du gneiss très dur, et vers sa par- 
tie supérieure elle est encore remplie par ce dépôt d'ailu- 
vion, que nous avons déjà mentionné comme recouvrant 
immédiatement les roches cristallines. 11 contient là, comme 
dans d'autres endroits, de gros cailloux roulés, quelques- 
uns de plus de 25 centimètres de diamètre moyen. Cette al- 
luvion est, pour ainsi dire, préservée et maintenue par un 
rétrécissement de la ravine. A son embouchui-e celle-ci for- 
me une espèce de gorge de 60 à 80 centim. de largeur. Les 
parois de cette coupure sont lisses et même luisantes dans 
quelques endroits. A son entrée, là où le gneiss rétrécit le 
canal en formant une bosse un peu saillante, celle-ci est 
non seulement polie et luisante, mais aussi couverte de sil- 



"V*^! 



Ions et de stries, dans une direction un peu inclinée à l'ho- 
rizon vers Pouest, et coupant les feuillets de la roche. 

On voit encore, comme collée à la paroi du sud, une 
croûte, de quelques décimètres carrés de surface, constituée 
par le ciment sableux jaune-rougeStre, si fréquent dans les 
alluvions anciennes, qui y est restée adhérente, quand 
l'alluvion, qui doit avoir rempli la ravine, a été enlevée, 

La Jg. 7, pi, I, met en évidence non seulement ces 
faits, mais aussi la liaison qu'il y a entr'eux et qui, à ce qu'il 
paraît, ne permet pas de douter, que ces effets soient dus à 
des frottements glaciaires. 

Nous avons recueilli une douzaine d'éclats du gneiss 
strié, qui ont été tous déposés à la Section Géologique. L'un 
d'eux a été reproduit par la photoiypie dans la pi. IV, ou 
l'on peut reconnaître des sillons et des stries, quelques-unes 
même croisées, coupant les feuillets de la roche, qui sont 
nettement visibles. 

Si les faits décrits dans ce résumé, ont l'explication 
qui nous a parue la plus probable, les conclusions auxquel- 
les on arriverait, seraient celles-ci. 

1° Action glaciaire, ayant modifié considérablement la 
surface des roches cristallines jusqu'au bord de la mer, et 
probablement au dessous de ce niveau, et déposant sur elles 
des alluvions contenant de ^os blocs erratiques, et des 
cailloux striés. 

2" Existence probable de l'homme, avant que ces al- 
luvions fussent restées immobilisées, soupçonnée vu la ren- 
contre au milieu d'elles de quartzites, qui paraissent taillées 
et striées, 

3° Plage soulevée à une altitude de plus de 5o", avec 
conservation partielle de dépôts marins, formés à une épo- 
(fue postérieure à celle de l'immobilisation des alluvions 



,ï Google 



anciennes. Quartzîtes taillées, probablement de deux pro- 
venances, les unes dérivées des alluvions anciennes ou 
glaciaires les autres fabriquées sur place, ou dans d^au- 
tres lieux. 

4.* Plage soulevée à une altitude de plus de lo^iSo, 
avec conservation de dépôts marins, contenant des restes 
de coquilles, qui paraissent récentes ainsi que des quar- 
tates taillées, de formes assez petites. Ces dépôts paraissent 
passer inférieurement à des alluvions, probablement contem- 
poraines de celles des plateaux. 



,(^51^ 



L'ANCIENNETÉ DE L'HOMME 



DANS LE BASSIN HOTEN DU RHONE 



VAI.LÉE INFÉRIEURE DE LA SAÔNE 



M. Adrien Arceun 

11 est peu de régions où les formations tertiaires et qua- 
ternaires aient été plus complètement étudiées que dans le 
bassin moyen du Rhône et dans la vallée inférieure de la 
Saône. 11 en est peu par conséquent, où le problème de 
l'âge géologique de Phomme puisse être posé dans de meil- 
leures conditions. 

Je vais chercher à préciser les résultats acquis à la ques- 
tion, d'après les travaux les plus récents. 

Aux environs de Lyon, les terrains tertiaires supé- 
rieurs et quaternaires se divisent naturellement en trois éta- 
ges; l'un pré-glaciaire, correspond au pliocène moyen et 
supérieur; l'autre glaciaire, représente le quaternaire infé- 
rieur, l'autre post-glaciaire, comprend le quaternaire supé- 
rieur et les formations modernes. 

Les alluvions pré-glaciaires du plateau bressan, du Bas- 
Dauphiné, et du Lyonnais {conglomérat bressan; alluvions 



,ï Google 



_i9i_ 
anciennes de la Bresse) sont considérées par MM. Faisan 
et Chantre' comme dépendant d'un vaste cône de remblai 
formé en majeure partie de galets et de graviers alpins, 
roulés par les fleuves torrentiels qui s'écoulaient en avant 
des glaciers des Alpes pendant leur période de progression. 
Ces alluvions ont atteint aux environs de Lyon la cote de 
320 mètres et formé un barrage transversal en aval de la val- 
lée de la Saône. Ils ne contiennent qu'une faune malacologi- 
que, composée en majeure partie de fossiles miocènes et 
pliocènes remaniés. On y a signalé cependant, à la base, 
une petite faune en place caractérisée par la Paludina Dre- 
seli (Toumouër) et la Valvala Vanctana (Tournouër), qui 
sont pliocènes. 

Le long de la vallée de la Saône, en dehors des limites 
du cône de remblai formé par les alluvions alpines, il existe 
des alluvions pliocènes dont les niveaux correspondent aux 
précédentes. Cependant elles ne paraissent pas avoir atteint, 
comme celles du plateau bressan, la cote élevée de 32o 
mètres. Leur niveau supérieur le plus remarquable, le long 
des coteaux du Beaujolais et du Maçonnais, forme terrasse 
à environ 270 mètres d'altitude. 

Une grotte (Poleymieux), des fentes de rocher, (Mont 
de Narcel Chaintré; Chagny) et quelques dépôts interca- 
lés dans les alluvions anciennes (Villevert; Port-Maçon), 
ont fait connaître la faune mammalogique du pliocène su- 
périeur dans le bassin moyen du Rhône et la vallée infé- 
rieure de la Saône*. 

■ Faisan et Chantre : Monographie géologique des anciens glaciers 
et du terrain erratique de la partie moyenne du bassin du Rhône, x vol. 
in 8.°, avec atlas, Lyon 1880. 

' Lanei et Chantre: Arclùves du Muséum de Lyon, 1. 1, p. 102 



16 



r\ 



On y trouve: 



Elephas meridionalis 

Elephas antiquus 

Hippopotamus major 

Rhinocéros megarhinus . 

Tapirùs 

Sus 

Antilope 

Bos hngifrons 



Machaerodus 

Feîis 

Hyaena antiqua 

Ursus arvernensis 

Equus 

Lepus 

Testudo 



Par dessus les alluvions pré-glaciaires s'étale le terrain 
glaciaire proprement dit, à blocs erratiques et à cailloux 
striés, correspondant au maximum de développement des 
glaciers du Rhône et de l'Isère, qui vinrent, comme l'ont 
démontré MM. Faisan et Chantre, former leurs moraines 
terminales jusque sur les collines de Lyon, 

Ce terrain erratique ne renferme guère que des fossi- 
les remaniés empruntés aux formations antérieures. On nY 
a signalé en fait de vertébrés que deux fragments de dents 
appartenant, d'après M. Gaudry, au genre Chamois ou Saïga. 

Les collines du Maçonnais et du Beaujolais paraissent 
avoir eu aussi leurs petits glaciers. On observe dans les 
principales vallées aboutissant à la Saône des lambeaux de 
terrain erratique, dont l'origine glaciaire semble très proba- 
ble. Ce terrain erratique ne descend pas au-dessous de la 
cote 270 mètres, où commencent les alluvions anciennes. 

On n'a jamais encore signalé aucune trace de l'hom- 
me ou de l'industrie humaine dans les terrains que je viens 
d'énumérer. 

Le lehm est la formation qui, dans l'ordre stratigra- 
phique, succède au terrain erratique des environs de Lyon, 



,ï Google 



: j9i 

Le lehm, tel que l'entendent MM. Faisan et Chantre, est 
dû, soit aux eaux de fusion des glaciers, soit à la lévigation 
des moraines par les eaux pluviales. C'est un limon argi- 
leux, renfermant une très petite proportion de calcaire, et 
qui se développe principalement en avant des moraines 
frontales des anciens glaciers du Rhône et de l'Isère. 

Toute la vallée de la Saône, jusqu'au niveau supérieur 
des alluvions anciennes (270 mètres environ) est tapissée 
d'un limon jaune fort analogue au lehm des géologues lyon- 
nais. 

La faune du lehm est assez riche. La voici telle qu'elle 
a été publiée par MM. Lartet et Chantre'. 



Homo 
Canis lupus 
Urstis spelaeus 
Ursus arclos 
Elephas primigenius 
Elephas antiquus 
Elephas intermedius 
Rhinocéros tickorhinus 
Rhinocéros Jourdanî 
Eqiius caballus 



Sus scrqfa, var. 
Bos primigenius 
Bison prisais 
Megaceros hibernicus 
Cervus elaphus 
Cervus tarandus 
Ceri'iis capreolus 
Arctomfs primigenia 
Sorex 



Je ferai deux réserves à propos de ce catalogue. 

L'homme n'a été rencontré qu'une fois dans le lehm 
et dans des conditions douteuses. En 1868 M. Chantre a 
recueilli a Toussieux (Isère) un crâne entier et quelques os- 
sements appartenant à plusieurs individus. Le crâne était 
dolichocéphale Aucune trace d'industrie n'accompagnait ces 



' Archives du Mu! 



n de Lyon, t. i, p. 76. 



'«'^•^', 



oogle 



■94 
restes. On sait combien les remaniements sont difficiles à 
constater dans un terrain aussi homogène que le lehm et 
non stratifié. Il est possible que ces débris se rapportent à 
une inhumation postérieure. Aussi MM. Faisan et Chan- 
tre ont-ils eux-mêmes déclaré tqu'il peut rester quelque 
doute sur l'âge de ces fossiles'» La trouvaille de Toussieux 
est donc un fait exceptionnel qui mérite confirmation; d'au- 
tant plus, je le répète, que le lehm ne renferme aucune trace 
d^industrie humaine. 

Ma seconde observation est celle-ci: VElepkas anti- 
qutis a été rencontré à la limite du lehm et des alluvions an- 
ciennes préglaciaires, dans une position mal déternninée. 
J'incline à penser qu'il appartient plutôt à la faune des al- 
luvions anciennes qu'à celle du lehm. C'est une question à 
étudier. 

L'éléphant réellement caractéristique du lehm est I'£ïe- 
phas intermedms (Jourdan)*, très-abondant aux environs de 
Lyon; il faut y joindre comme caractéristique aussi le ^Ai- 
noceros Jotirdani (Lartet et Chantre) trouvé dans le lehm 
de Saint-Germain, au Mont-d'Or. 

L'histoire géologique de la région, aux époques que je 
viens d'examiner peut se résumer airfsi: 

Lorsque les alluvions pré-glaciaires formèrent barrage 
à Lyon, à l'issue de la vallée de la Saône, les eaux de cette 
rivière refluèrent en amont et donnèrent naissance à un lac 
temporaire, désigné par les géologues sous le nom de lac 
Bressan. 

Les eaux du lac Bressan atteignirent peut-être un ins- 

' Monographie des anciens glaciers, etc. t. ii, p, 430. 
' D'après quelques auteurs \'E. intermedms ne serait autre que 
t'^. antiqmis, ce qui ne changerait rien d'ailleurs â mes concluàons. 



,ï Google 



tant les hauts niveaux du barrage (3io-320 mètres), mais 
elles paraissent s'être maintenues assez longtemps à la cote 
270 mètres qui correspond à une terrasse très constante au 
pied des coteaux du Beaujolais et du Maçonnais et dont j'ai 
eu déjà l'occasion de parler. 

Peu à peu la Saône rouvrit son ancien canal au milieu 
des alluvions. La digue de Lyon fut rompue et le lit de la 
rivière descendit à une cote {190 mètres) peu supérieure à 
celle qu'il occupe aujourd'hui à Lyon {265 mètres). 

Mais la vallée fiit barrée une second fois par l'arrivée 
du grand glacier Rbodano-Savoisien, et les eaux de la Saône 
durent s'écouler plus k l'ouest par le seuil de la demi-lune 
qui est à la cote 217 mètres. 

La rivière ne reprit son cours naturel par Lyon qu'a- 
près le retrait du glacier, c'est-à-dire lorsqu'il eut rétro- 
gradé des collines de Fourvières et de Saint-Just sur le pla- 
teau de Sathonay. 

Voilà ce qui résulte des beaux travaux de MM. Fai- 
san et Chantre sur les anciens glaciers. Cela posé, voyons 
ce que nous apprend l'étude des plus anciennes stations 
humaines connues de la région, la grotte de Soyons, celles 
de Germolles, de Rully et de Vergisson, les zones inférieu- 
res de Téboulis de Solutré: le gisement de la Truchère. 

Soyons. (V. Lepic et de Lubac : «Stations préhistoriques 
du Vivarais, Chateaubourg et Soyonsn. Chambéry 1872). 

Faune: 

Homo Hyaena spelaca 

Caiiis lupus Ursiis spelaeus 

Canis familiaris Mêles taxus 



Eiephas primigenius 
Rhinocéros iickorhinus 
Eqinis cabalhis 
Sus scro/a 
Cervus daphus 
Cervus canadensis 



Cervus tarandus 
Cervus capreolus 
Capra ibex 
Bos primigenius 
Bos prisais 



Industrie: type du Moustier, sans mélange de Saint- 
Acheul, éclats et couteaux abondants; pas d'os travaillés. 

Germolles. {Ch. Meray, dans "Mémoires de la Société 
d'Iiistoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône», t. vi; 2" 
part» p. 25t). 

Faune: 



Canis lupus 
Canis pulpes 
Hyaena spelaea 
Felis leo 
Ursus spelaeus 
Mêles taxiis 
Eiephas primigenius 



Rhinocéros tichorhinus 

Equus 

Sus 

Bos primigenius 

Cervus tarandus 

Cervus 



Industrie: Type de Saint -Acheul, mêlé au type du 
Moustier dans la proportion de 19 sur 9; nombreux éclats; 
couteaux; grattoirs, des types connus à l'âge du renne et 
de la pierre polie; os travaillés abondants; poinçons; lis- 
soirs; marques de chasse, etc. 

Rtilly. (Grotte explorée par M. Perrault, décrite par 



,ï Google 



M M. Lartct et Ctiantre, dans «Archives du Muséum de 
Lyon», I. I, p. gi). 



Faune; 

Cam's lupus 
Canis pulpes 
Hyaena spelaea 
Felis spelaea 
Ursus spelaeus 
Elephas primigenius 



Sus scrofa 

Eqiius 

Cerpus tarandus 

Cert'us elaphus 

Bos primigenius 

Arctomys primigenia 



Industrie: Lances et pointes du type du Moustier. 

Vergisson. (De Ferry: «Maçonnais Préhistorique» 
1870, p. 33). 



Homo 


Elephas 


Ursus spelaeus 


Equus 


Canis lupus 


Cervus tarandus 


Canis vulpes 


Bos primigenius 


Hyaena spelaea 


Tetrao 


Felis spelaea 


Testudo 



Industrie: Types de Moustier. Pas d'os travaillés. 
Solutré inférieur (L'abbé Ducrost et Arcelin). 
Faune: 



Canis lupus 
Canis vulpes 



Hyaena spelaea 
Felis lynx 



,ï Google 



Felis spelaea 
Ur^us spelacus 
Ursus arctos 
Elcphas pvimigenius 
Equus cabalhts 
Cervus canadeusis 



Cervus tarandiis 
Cervus alces 
Antilope saïga 
Bos primigenius 
Arctomjs primigenia 



Industrie: types du Moustîer et de Saint-Acheul ; cou- 
teaux; grattoirs de formes variées: radoirs courbes; os tra- 
vaillés abondants; marques de chasse ; poinçons, lissoirs, etc. 

La TruoliôreCM. de Mercey, dans «Archives du Mu- 
séum de Lyon» t. i. p. 65.) 

Cette localité a fourni un crâne humain enfoui dans les 
marnes grises de la vallée de la Saône qui représentent le 
quaternaire le plus supérieur, immédiatement recouvert par 
les alluvions modernes de la rivière. 

La faune de ces marnes comprend: 



Homo 

Elephas primigenius 

Sus 

Equus caballus 



Cervus elaphus 
Cervus tarandus 
Bos longifrons 



En résumé, la faune de toutes ces stations paléolithi- 
ques est analogue à celle du lehm. Elle en est la continua- 
tion; mais on n'y trouve ni VElephas antiquus ni VE. inter- 
medius, ni le Rhinocéros Jourdani. N'est-on pas en droit de 
penser que Phomme, dans la vallée de la Saône et le bas- 
sin du Rhône, n'est venu qu'après l'extinction de ces trois 
espèces et qu'il y est par conséquent postérieur à la forma- 
tion du lehm et à l'époque glaciaire? 



,ï Google 



'99 

Des considérations géologiques et slratlgraphiques con- 
duisent au même résultat, La station de Germolles n'est 
qu'à cinq mètres au-dessus de POrbize, qui coule au pied de 
la grotte et à vingt mètres au-dessus de la Saône, où se jette 
rOrbize. Aucun dépôt d'alluvion n'a recouvert le gisement 
préhistorique. Le séjour de l'homme sur ce point date donc 
d'une époque où le creusement des vallées était à peu près 
ce qu'il est aujourd'hui. 

Il existe aux environs de Mâcon, à Charbonnières, un 
très curieux gisement découvert par M. de Ferry, où les 
silex taillés abondent, mais où il n'y a pas de faune asso- 
ciée. Le style des silex permet d'assimiler ce gisement à ce- 
lui de Germolles. La station de Charbonnières occupe la 
même position que Germolles, par rapport au cours d'eau' 
voisin (la Mouge) et par rapport à la Saône. 

Elle appartient donc aussi à ta dernière phase du creu- 
sement des vallées. Le gisement des silex taillés est donc 
un petit pli de terrain, recouvert à peine par quelques cen- 
timètres de limon jaune, produit probable de la lévigation 
des coteaux voisins par les eaux atmosphériques. Rienn'indi- 
que que des alluvions fluviales se soient déposées par-dessus. 

En résumé, l'époque géologique des alluvions pré-gla- 
ciaires et du terrain erratiqUe glaciaire correspond à une 
période de remplissage. Nos stations archéologiques les plus 
anciennes sont au contraire postérieures à la dernière phase 
de creusement des vallées. Un intervalle considérable a donc 
pu s'écouler entre la première période et la seconde. 

On a suggéré, il est vrai, que l'homme avait pu habi- 
ter les stations de Charbonnières et de Germolles*, lors du 

' Faisan et Chantre : Monographie géologique des anciens glaciers 
etc., t. II, p. 333 et S64. 



lyGo^Çe 



premier creusement de la vallée de la Saône, antérieure- 
ment à l'arrivée des grands glaciers. L'homme aurait donc 
été contemporain dans nos régions de la grande perturba- 
tion glaciaire; mais alors nos stations auraient dû se trouver 
immergées et enfouies sous des sédiments, alors que les 
glaciers vinrent, pour la seconde fois, former un barrage 
contre les collines lyonnaises. Or, nous avons vu que ni à 
Germolles, ni à Charbonnières, les gisements archéologi- 
ques n'ont été recouverts par aucun dépôt alluvial posté- 
rieur. 

Malgré l'autorité qui s'attache à l'opinion des savants 
géologues pour que l'homme daterait de l'époque glaciaire 
dans le bassin du Rhône, je ne puis me rallier à cette con- 
clusion, qui me serait inconciliable avec les faits. Je crois 
même l'homme beaucoup moins ancien. II n'a dû arriver 
dans notre région qu'après un assez long intervalle qui se 
mesure: i" par une érosion de près de cent mètres dans la 
vallée de la Saône; 2" par Pextinciion des espèces caractéris- 
tiques des formations glaciaires ou immédiatement post- 
glaciaires, VElepkas antiquus, \''Elephas intermedius et le Rhù 
noceros Joiirdani. 

Quand l'homme quaternaire vint pour la première fois 
s'établir sur les rivages du Rhône et de la Saône, les plai- 
nes occupées jadis par le lac Bressan étaient à sec depuis 
longtemps, et les glaciers en retraite avaient probablement 
disparu eux-mêmes derrière les sommets du Jura. 



vn 



„Google 



JS LE BASSIN INFÉRIEUR DE LA SAÔNE 



CLASSinCATIOH PALÉONTOLOCIQUE 



du Renne 



"moyennes de 
- otutré. 



Age 
du Cheval 



Age 
du grand Ours 



Charbonniè- 
molles. 



du Rhinocéros 
tickorhimis 



Grande abondance du Renne, 
sans l'Ursus ^latus ni VHyama 



Prédominance du Cheval. 



Avec VUrats spelaaa et VHyae- 
na ^elaea sans le Rhinocéros ticho- 



L'Homme' avec le Rhinocéros ti- 
chorhima sans VElephas antiquus ni 
le Rhinocéros Jourdani. 



L'Elephas intermedius ei le Rhinocéros Jourdani sans 
l'Homme. 



Fossiles remaniés. 



Me l'industrie 



L'Elephas antiquus sans l'Homme. 



,ï Google 



^1^ 



„Google 



LE QUATERNAIRE EN POLOGNE 



LA CAVERNE DU MAMMOUTH 



M. Zawisza 

Je demande l'avis de l'assemblée sur les pièces curieu- 
ses en dent de mammouth qui ont été exposées à Paris 
en 1878. La huitième pièce trouvée dans la caverne du 
Mammouth, et que je présente au Congrès, a prouvé par 
sa forme qu'elle n'a pu servir comme pointe de lance, ainsi 
que celles trouvées précédemment. Sa longueur est de 41 
centimètres, épaisseur 5 millimètres, largeur 24 centimè- 
tres. Je crois que ces pièces étaient probablement des signes 
de commandement ou des insignes de sorcellerie ou de culte 
religieux. Le bout du côté de la tête porte des entailles au 
milieu desquelles on aperçoit un petit œil. 

Je présente, aussi des ossements de mammouth tra- 
vaillés, lesquels à mon avis et à celui de M. Schaaffhausen, 
sont une des meilleures preuves de la contemporanéité de 
l'homme avec cet animal, vu que l'os étant poreux et'fra- 
gile par sa nature, doit avoir été travaille à Pétat frais, non 
comme la dent de mammouth fossile qu'on emploie très 
bien de nos jours. 



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Abordant une autre question, j'exposerai que selon 
mon opinion la présence du bulbe de percussion n'est pas 
une preuve suffisante pour démontrer qu'un silex ait été in- 
tentionellement travaillé par Thomme. Il faut qu'il y ait l'ad- 
jonction d'une fatette plate au dessus du point de percus- 
sion. 

Slacasalon 

M. Evans: Je déclare, sur le sujet de la proposition 
qui vient d'être faite, que je ne considère pas comme suffi- 
sant pour attester le travail de l'homme un seul bulbe de 
percussion. Il faut aussi constater des facettes au côté 
opposé au bulbe de percussion. Des éclats peuvent se pro- 
duire dans les grandes commotions géologiques résultant 
des tremblements de terre. Il n'est pas nécessaire d'avoir 
recours à un coup porté contre le silex pour obtenir un 
bulbe de percussion; la pression seule suffit. Il faut en ou- 
tre que les objets semblables soient en nombre, pour au- 
toriser à les attribuer au travail humain. 

M. DE MoBTiLLET, après avoir rappelé les signes indi- 
cateurs d'un silex travaillé par l'homme, ajoute : 

Outre ces indications, on doit regarder comme signe 
caractéristique le cône produit par l'écrasement sous le 
coup qui a frappé le silex. En ce qui concerne l'emploi des 
ossements travaillés présentés par M. Zawisza, je dirai que 
je les considère comme des pointes de lance, des lames or- 
nées. 



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NOTE 

SUR LES DERNIÈRES DÉCOUVERTES 
EFFBCTtTËES par AI. Prunieres DANS LA LOZÈRE 

M. DE QUATREFAGES 

Quelques jours avant mon départ de Paris, je reçus de 
M. le Dr. Prunières une nots relative aux découvertes re- 
marquables qu'il venait de faire dans la contrée qu'il ex- 
plore avec tant d'habilité. Cette note, destinée au Congrès 
de Reims, a été présentée, par M. Magitot, à la section 
d'anthropologie de l'Association française; mais les faits an- 
noncés par M. Prunières me semblent avoir trop d'intérêt 
pour que je n'en dise pas quelques mots au Congrès. 

On sait que cet infatigable chercheur avait déjà fait 
connaître la caverne dé l'Homme-Mort, puis celles de Bau- 
mes-Chaudes. Le beau travail de notre regretté collègue 
Broca a montré la première habitée par les hommes doli- 
chocéphales de Cro-Magnon, croisés avec les brachycépha- 
les constructeurs de dolmens. La seconde a évidemment servi 
de refuge à des Cro-Magnons en lutte avec les constructeurs 
de dolmens. Ce fmt est attesté par l'existence d'os dans les- 
quels sont enfoncées encore les pointes de flèches néolithi- 
ques qui ont tué les individus. 






204 

Maintenant M. Prunières annonce avoir découvert: 

1° Une immense caverne avec ossements (TUrsus spe- 
laeits et des haches de Saint -Acheul- La présence de l'hom- 
me paléotithique est attestée là par ses œuvres, mais non 
par des restes de Touvrier. 

2° Plusieurs cavernes sépulcrales d'où notre collègue a 
retiré une immense quantité d'ossements et des crânes très 
nombreux. Plusieurs de ces ossements sont percés par les 
flèches néolithiques des hommes des dolmens. Tous les crâ- 
nes sont des dolichocéphales purs. 

3" Plusieurs dolmens, lesquels ont donné des crânes 
brachycéphales purs, mêlés à un certain nombre de doli- 
chocéphales purs et à des crânes de métis. Le bronze com- 
mence à se montrer dans ces dolmens. 

4° Les crânes extraits d'un vieux cimetière situé au cen- 
tre du Causse se sont montrés brachycéphales en grande 
majorité; mais un certain nombre étaient encore dolichocé- 
phales et d'autres accusaient le mélange des deux races. 

Si nous embrassons par la pensée l'ensemble de ces 
découvertes, toutes dues à M. Prunières, nous voyons qu'el- 
les racontent d'une manière complète l'histoire primitive de 
ces régions. 

i" Au début, dès les temps paléolithiques de Tours, les 
dolichocéphales sont seuls, et à en juger par ce que nous 
montrent les localités où l'on a trouvé des restes humains, 
ces premiers habitants appartenaient à la race de Cro-Ma- 
gnon. On peut toutefois se demander, jusqu'à plus ample 
informé, si les hommes de Canstadt n'entraient pas pour 
quelque chose dans cette population. 

2° Les brachycéphales constructeurs de dolmens sont 
arrivés à un moment donné, et la guerre a été d'abord la 
suite de ce contact. C'est ce qu'attestent ces nombreux sque- 



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205 

lettes de dolichocéphales purs, portant encore les pointes de 
flèche. Le même fait met hors de doute la coexistence des 
deux races, la survivance de celle de Cro-Magnon. 

3" La guerre n'a pas amené l'extermination des doli- 
chocéphales; les deux races se sont unies, mais la race bra- 
chycéphale paraît avoir prévalu. 

La fusion des races primitives qui ont habité le sol 
français se montre, de la manière la plus frappante, dans la 
magnifique collection ostéologique formée par notre collègue, 
M. le baron de Baye. J'ai eu déjà l^occasion de dire à la 
Société d'Anthropologie que j'y avais trouvé tous les types 
fossiles, moins celui de Canstadt, et peut-être un des deux 
types de Furfooz associés à un type spécial. A Baye, tou- 
tes ces races apparaissent comme vivant dans les meilleurs 
termes. Le temps des guerres est passé. 

Dans la Lozère les phénomènes sont bien plus simples. 
Nous ne voyons que deux races en présence, mais nous 
suivons, pour ainsi dire, d'étape en étape l'histoire de cha- 
cune d'elles et de leurs rapports jusqu'à l'époque actuelle. 
Là est le très grand intérêt des faits mis au jour par M. 
Prunières. 



Dlsonsslon 

M. Henri Martin: La dolichocéphalie cause souvent 
de grandes confusions historiques. En France nous avons 
eu des dolichocéphales primitifs, vaincus et assujétis par 
des brachycéphales, puis ceux-ci ont été, à leur tour, domi- 
nés par de nouveaux dolichocéphales. 

Je crois qu'on peut assigner à ces trots races des 
noms historiques: les premiers étaient les Berbères, qui 



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2o6 

étaient encore à la pierre éclatée; les deuxièmes étaient les 
Ligiires, qui arrivaient avec la pierre polie, et un peu plus 
tard, le bronze; les troisièmes étaient les Celtes avec la 
pierre polie, puis le bronze, mais mieux organisés, mieux 
armés, construisant des monuments mégalithiques bien plus 
considérables, imposant aux Ligures leur religion, leur lan- 
gue, leurs mœurs et se mêlant aux Ligures comme les Ligu- 
res s'étaient mêlés aux Berbères, 

M. DE QuATREFAGES. Je crois que les hommes dont parle 
M. Prunières sont de beaucoup antérieurs aux Aryans. 



IV. 



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LA oaOTTE DE FURNINBÀ A PENIOHE ' 



M, JoAQULM F. N. Delgauo 

La presqu'île de Péniche, située à quinze lieues au nord 
de Lisbonne et se détachant nettement de la côte maritime, 
présente du côté sud une falaise abrupte formée par les cal- 
caires sableux très grossiers du lias supérieur. Sur cette fa- 
laise se trouve une grotte connue dans la localité sous le 
nom de Furninha da Desctda do Mar, ou tout simplement 
Ftirninha (petite grotte), creusée dans les roches sur les- 
quelles est bâti le village de Péniche de Baixo. Ces calcai- 
res s'étendent dans toute la longueur de la presqu'île, ils 
embrassent à peu près la moitié de sa superficie jusqu'à 
Senkora dos Remédias. 

La falaise formée par ces calcaires est verticale dans 
•toute son extension, et parfaitement inaccessible, sauf par 
quelques découpures perpendiculaires à la direction des cou- 
ches. Ce sont des criques profondes et étroites que l'on 



' Pour ne pas scinder la description de cette grotte, nous l'avons 
mise en entier dans cette section; la partie se rapportant ùl'àge néoli- 
thique y est donc comprise. 



iïGooqIc 



208 

nomme carreiros, où l'action érosive de la mer s'est exer- 
cée plus fortement, profitant de la structure spéciale de la 
roche et probablement aussi de fentes qui la traversaient. 

Une profonde érosion dans l'intérieur des couches, due 
sans doute à des sources hydrothermales ou minérales, et 
vraisemblablement antérieure à la formation des plus an- 
ciens dépôts quaternaires, a corrodé aussi la surface de ces 
couches, laquelle se montre hérissée de pointes et criblée de 
trous et de puisards, que les sables entraînés par les cou- 
rants diluviens vinrent combler depuis lors. 

La grotte de Furninha est une de ces cavités mise à 
^iccouvert par l'action destructive des vagues, modifiée et 
agrandie ensuite dans ses formes par cette même cause, 
avant la dernière élévation du sol qui donna à notre côte 
maritime son relief actuel. 

En effet, la forme arrondie des différentes chambres qui 
la composent, lasurface lisse de ses parois et les nombreuses 
coupoles coniques, qui en forment le toit, s'élevant à une 
grande hauteur au-dessus du sol primitif de la grotte, don- 
nent la preuve évidente que la mer y a pénétré autrefois, mais 
certainement h une époque très reculée, bien avant que la grot- 
te fût habitée. La preuve directe de cette assertion c'est que 
la mer continue encore actuellement la même œuvre de des- 
truction, minant la falaise inférieurement au sol de la grotte 
qui court grand risque de s'effondrer, la communication en- 
tre l'excavation inférieure et la grotte supérieure étant déjà 
établie en deux points, ce qui nous a été révélé par les tra- 
vaux d'exploration. 

L'ouverture de la grotte regarde le sud-ouest; elle est 
très pittoresquement située à mi-hauteur de la falaise, en- 
viron 1 5 métrés au-dessus du niveau de la mer, et 85o mè- 
tres au sud-est du cap Carvoeiro, l'un des points de notre côte 



DigitizsdbvGOO'^le 



le plus avancé dans l'Océan, et par conséquent un des points 
les plus occidentaux de l'Europe. 

Le sentier qui y mène est extrêmement difficile et pé- 
rilleux; avant que nous le fissions réparer il ne pourrait 
être pratiqué que par les pêcheurs et les personnes très 
hardies. Nous devons cependant supposer que lorsque la 
grotte fut habitée pour la première fois, les conditions étaient 
bien différentes, la falaise s'avançant alors beaucoup plus 
dans l'Océan. 

Une plateforme qui a aujourd'hui environ 6 mètres de 
laideur, mais qui, sans doute, au commencement de l'époque 
quaternaire s'avançait beaucoup plus vers le sud, formant 
peut-être même la plage, rend cependant facile l'entrée de 
la grotte. Cette plateforme étant abritée par les rochers de 
la partie supérieure de la falaise offre un abri sûr une fois 
que l'on y est arrivé, sauf lors des grandes tempêtes, quand 
les vagues viennent se briser avec violence contre les rochers, 
et s'élèvent à une telle hauteur, qu'elles empêchent tempo- 
rairement l'entrée de la grotte en y pénétrant elles-mêmes. 

Poursuivant le même ordre d'idées, nous pouvons sup- 
poser que la grotte actuelle n'est peut-être qu'une ramifica- 
tion d'une caverne de plus grandes dimensions, qui, à l'épo- 
que quaternaire, avait issue à la surface du sol et était plus 
accessible qu'elle ne l'est aujourd'hui. 

Il est encore assez probable qu'à la même époque la 
grotte se trouvait peu au-dessus du niveau de la plage, puis- 
que la mer a pu y pénétrer dans des circonstances spécia- 
les, et qu'ensuite elle a été fréquentée et habitée alternati- 
vement par les hommes et par les animaux. 

La grotte forme une sorte de corridor tournant deux fois 
en coude ou ayant la forme de fer à cheval, plus large à sa 
courbe, où se trouve la salle principale, et plus étroit aux 



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deux branches, avec une petite chambre contiguë à Pun des 
angles, et auprès de l'autre angle un trou profond, espèce 
de puisard, que le travail d'exploration a mis à découvert. 

La grotte ne reçoit d'autre lumière que celle venant de 
son ouverture; aussi, tout en étant bien éclairée dans la pre- 
mière branche, ne l'est-elle que très faiblement vers le mi- 
lieu, ou dans ce que nous appellerons salle p'tttcipale, tan- 
dis que l'obscurité est complète dans la dernière partie et 
dans la petite chambre attenante. 

Quant il pleut l'eau suinte et coule abondamment de 
la voûte et des parois de la grotte; cependant, on n'y a pas 
découvert de couche stalagmitique, sauf une petite masse 
de 2 décimètres d'épaisseur, empâtant des ossements hu- 
mains, laquelle adhérait à la paroi de l'est, à i'",3o du sol 
de la grotte, laissant ainsi voir clairement que dans des 
temps peu reculés ce sol était arrivé au moins à cette hau- 
teur. 

Comme on n'a découvert dans aucun autre point de 
vestiges de la couche stalagmitique, il est évident qu'elle a 
été enlevée; mais il est aussi clair qu'elle ne couvrait pas 
tout le sol de la grotte, comme c'était le cas dans les grot- 
tes de Cesareda, par exemple, puisque l'on n'en découvre 
plus la moindre trace sur la paroi opposée de la grotte. Cet- 
te circonstance est d'autant plus remarquable que, comme 
nous Pavons dit, il y tombe beaucoup d'eau à l'occasion des 
grandes pluies. 

On n'y a pas non plus découvert de blocs de calcaire 
tombés de la voûte ou des parois, comme il arrive ordinai- 
rement, et comme nous l'avons observé généralement dans 
les grottes de Cesareda. Le dépôt qui la remplissait par- 
tiellement était sableux, plus ou moins grossier et incohé- 
rent, ne renfermant .dans toute son épaisseur, que quelques 



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cailloux roulés ou galets quartzeux, et les objets que l'hom- 
me y a introduits. 

L'ouverture de la ^otte forme un arc peu régulier, de 
4 mètres de hauteur à la clef et 3 mètres de largeur à la 
base. Environ à 4 mètres de l'ouverture, le corridor d'en- 
trée se rétrécit un peu, et sa hauteur diminue aussi, par suite 
de la saillie de la roche formant le sol, laquelle se montrait 
à découvert jusqu'à ce point, où l'action de la mer se fait 
sentir. Au delà de cette barrière naturelle, qui heureusement 
empêchait le passage de l'eau de la mer en limitant son 
action destructive (car sans cet obstacle elle aurait proba- 
blement entraîné la plus grande partie des dépôts de la grot- 
te) commençait le dépôt sablonneux qui en recouvrait le sol. 
Après avoir exploré ce dépôt sur place, nous le ffmes ex- 
traire afin de le passer au crible, et de recueillir tous les 
petits objets qui pourraient avoir échappé aux premières re- 
cherches. 

Il est intéressant de remarquer qu'un certain effort étant 
nécessaire pour franchir ce gradin, qui peut avoir un mètre 
de hauteur, les pointes saillantes du rocher sur la paroi droite 
du corridor, le long de laquelle le passage devait se faire, se 
présentent très lisses et usées, comme si en effet pour sur- 
monter cet obstacle elles eussent servi d'appui aux hommes 
qui avaient fréquenté la grotte. 

Le corridor d'entrée se prolonge d'environ 5 mètres de 
plus, ce qui fait 9 mètres de longueur jusqu'à la salle prin- 
cipale. La voûte de cette salle présente les formes les plus 
gracieuses^ elle s'élève, en nombreuses coupoles de plus en 
plus hautes, vers le centre de la grotte, où elle forme un 
large dôme qui atteint presque la surface du sol à l'exté- 
rieur. Cette salle se prolonge vers le sud, puis tourne vers 
le couchant en s'approchant de la falaise. La grotte entière 



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mesure environ 3o mètres d'extension totale comptes sur 
l'axe, dont 1 1 mètres appartiennent à la salle principale. A 
rextrémité nord de cette salle se trouve le passage vers la 
petite chambre (nord-est) par un corridor étroit, difficilement 
praticable avant l'extraction du dépôt de 5o centimètres 
d'épaisseur qui couvrait le sol. 

On a reconnu dans cette grotte deux dépôts différents, 
parfaitement distincts, tant par leurs caractères physiques, 
que par les débris qu'ils renfermaient. 

Le dépôt supérieur, appartenant sans doute à la dernière 
phase de l'époque néoUihique, a fourni les preuves que cette 
grotte fut pendant longtemps habitée par l'homme, qui y 
fabriquait ses armes et les principaux instruments et usten- 
siles dont il se servait, d'après ce que l'on peut juger par 
l'énorme quantité de cailloux roulés, noyaux et éclats de si- 
lex, de quartzite et de quartz que nous avons recueillis, 
ainsi que par nombre d'instruments fabriqués de ces mê- 
mes substances. 

Ce dépôt consiste en une terre argilo- sablonneuse, 
meuble, avec de Thumus, de couleur noirâtre, formant une 
couche d'épaisseur très inégale, et en partie positivement 
chargée d'ossements "humains et de produits de l'art, mêlés 
de quelques ossements d'atùmaux. Il commence, comme 
nous l'avons dit, à 4 mètres de l'ouverture dans le corridor 
d'entrée, et sur les premiers 3 mètres suivant l'axe de la 
grotte, il n'a q\:e quelques décimètres d'épaisseur; mais 
bientôt il atteint 2"',5o de hauteur à l'extrémité intérieure 
de ce corridor, c'est-à-dire, au point oîi il aboutit à la salle 
principale. 

Poursuivant notre examen, selon l'axe de cette salle, 
nous voyons l'épaisseur du dépôt diminuer d'abord, puis 
s'accroître graduellement et atteindre un maximum de 7 



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mètres, correspondant précisément au milieu de la grotte, 
c'est-à-dire au-dessous du dôme le plus élevé que forme le 
toit. Jusqu'à ce point, |e dépôt supérieur de la grotte repose 
immédiatement sur le calcaire jurassique, mais en s'avançant 
on voit des sables quaternaires s'interposer entre ce dépôt 
et le calcaire, l'épaisseur du dépôt s'abaissant tout-à-coup à 
un mètre et continuant ainsi, à peu de différence près, jusqu'à 
l'extrémité sud-ouest de la grotte. Dans la petite chambre 
nord-est l'épaisseur du dépôt supérieur était très variable, 
mais généralement faible; au milieu de cette chambre, où 
il avait la plus grande épaisseur, il se trouvait mêlé avec les 
sables inférieurs, par l'effet de l'effondrement qui s'y pro- 
duisit à deux reprises pendant le travail d'exploration vers 
un trou d'une profondeur inconnue, très probablement s'ou- 
vrant sur la mer. 

Lors du commencement des travaux le sol n'était pas 
horizontal; il offrait au contraire, depuis la petite chambre 
nord-est, une incUnaison douce vers l'ouverture de l'entrée 
et le milieu de la salle principale, et en même temps de l'ex- 
trémité opposée de la grotte vers ce dernier point. Mainte- 
nant il faut se rappeler que c'était là que, sur la paroi du 
côté de l'est et à ï"',So de hauteur, se trouvait îe lambeau 
stalagmitique, et que c'était précisément sur la verticale de 
ce point que le dépôt offrait la plus grande épaisseur, le dé- 
pôt supérieur descendant jusqu'au fond de la grotte, tandis 
que les sables quaternaires formaient un talus très abrupt, 
presque vertical, tourné vers le nord, contre lequel ce dé- 
pôt s'adossait. Il faut aussi considérer que, sur la paroi for- 
mée par le calcaire jurassique, i! existait encore, près du fond 
de la grotte, quelques restes de sables quaternaires, formant 
comme une mince couverture, et quelques pierres détachées 
du calcaire, avec des stalagmites brisées, et finalement qu'au 



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point le plus bas il y avait un trou par où la main pouvait 
à peine passer, mais duquel on a retiré quelques os humains. 
De tous ces faits il est fadle de conclure que les sables qua- 
ternaires recouvraient auparavant tout le fond de la salle 
principale et de la petite chambre attenante, et qu'ils se sont 
écoulés peu à peu par cet orifice à la manière d'un sablier, 
peut-être à l'occasion des vibrations produites par le choc 
des vagues, qui font trembler le rocher lorsqu'elles s'y bri- 
sent avec fracas. 

Ainsi donc, contrairement à ce qui se montrait à nos 
yeux lors des fouilles, nous devons supposer que, lorsque 
nos troglodytes abandonnèrent la grotte, c'était vers sa par- 
tie centrale que le sol devait être le plus élevé. La preuve 
en est non seulement dans la position du petit lambeau de 
stalagmites, mais encore dans l'accumulation des os humains 
et des produits de l'industrie humaine dans cet endroit, où 
ils se trouvaient en plus grande abondance qu'en tout autre 
point de la grotte. 

En effet, d'après la disposition de la grotte et la distribu- 
tion de la lumière qui y pénètre, c'est en ce point que les 
hommes ont dû siéger de préférence, surtout pendant que 
les vents du sud, soufflant avec" violence vers l'intérieur, 
rendaient incommode le séjour vis-à-vis du corridor d'en- 
trée. Au contraire, quant il faisait beau ou lorsque les vents 
soufflaient du côté du nord, les troglodytes venaient tout 
naturellement occuper ce dernier point, où, en effet, nous 
avons rencontré une autre accumulation d'ossements humains, 
moins importante pourtant que la première, et séparée de 
celle-ci par un petit intervalle où nul objet n'a été trouvé. 
Comme la précédente, cette accumulation était presque en- 
tièrement formée de débris humains, mêlés à quelques instru- 
ments en pierre et en os et à quelques ossements d'animaux. 



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Quant à l'origine de ce dépôt supérieur, il est évident 
qu'il provient des sabies quaternaires sous-jacents, ou qu'il 
n'est autre que la couche supérieure de ces sables, qui pri- 
rent un aspect différent par l'adjonction d'une grande quan- 
tité de matière organique. 

Le fait le plus remarquable qui ressort de l'examen des 
objets trouvés dans le dépôt supérieur de cette grotte, c'est 
la cassure intentionnelle qu'ont subie la plupart des ossements 
humains qu'on y a trouvés, tandis que ceux des animaux, 
d'ailleurs assez rares, ne montrent nullement ce genre de cas- 
sure. Ce fait paraît générai pour toutes les grottes de notre 
pays hantées par l'homme à l'époque néolithique, et montre 
que nos troglodytes non seulement mangeaient la chair hu- 
maine, mais qu'ils la préféraient dans leurs festins, l'idée des 
sacrifices humains ou toute autre semblable ne pouvant suf- 
fire, à notre avis, pour rallier les faits observés. 

Tout extraordinaire que puisse paraître cette conclu- 
sion où nous sommes conduits, elle est pourtant la consé- 
quence logique, rigoureuse, des observations faites non seu- 
lement à Fuminha, mais aussi dans les grottes de Casa da 
Moura, Lapa Furada, et autres de Cesareda, que nous avons 
étudiées pour la première fois en 1866, et dans beaucoup 
d'autres dont nous avons eu connaissance plus tard. 

Les preuves sont si irrécusables qu'il me semble que 
celui qui les reçoit sans prévention, ne se refusera pas à se 
rendre à l'évidence des faits. Des preuves de ce genre sont 
plutôt avoir, toute description étant insuffisante; cependant 
il est indispensable d'appeler l'attention des savants sur ce 
point, et à cet effet nous présenterons succintement les faits 
sur lesquels nous établissons notre opinion. 

En nous rapportant d'abord au nombre des os hu- 
mains recueillis, nous trouvons une disproportion extraor- 



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dinaire dans les différentes pièces composant le squelene, 
laquelle ne peut s'expliquer simplement par l'inhumation suc- 
cessive de cadavres dans le même endroit, ni par les ra- 
vages qu'auraient pu exercer sur eux les carnivores pénétrant 
dans la grotte, ni par la destruction due à des causes natu- 
relles, comme l'humidité et autres. 

D faut avant tout savoir que le dépôt sapérieur de cette 
grotte fut entièrement extrait, et la grotte elle-même presque 
complètement vidée; tous les os qu'elle contenait ayant donc 
pu être pris en considération, j'ai pu dresser un tableau don- 
nant le nombre d'exemplaires de chacun des différents os 
recueillis. Dans ce tableau on peut voir la prédominance de 
certaines pièces relativement à d'autres, et en même temps- 
apprécier leur distribution horizontale dans les différents 
points de ta grotte. Comme les explorations faites antérieu- 
rement entamèrent à peine la surface du dépôt, il est clair 
que nous pouvons nous former une idée parfaite de tout ce 
qu'il recelait. 

Bien que les résultats fournis par ce tableau ne puis- 
sent être considérés rigoureusement exacts, vu les pertes 
inévitables de quelques os, principalement de ceux de peti- - 
tes dimensions et des os spongieux plus facilement destruc- 
tibles que la diaphyse des os longs; cependant comme la 
terre a été soigneusement fouillée, et puisque la grotte ne 
paraît pas avoir été explorée antérieurement en grand (il 
n'est pas même probable qu'elle l'ait été vu la difficulté 
d'accès) nous pouvons regarder comme suffisamment au- 
thentiques les données que nous avons obtenues. D'un au- 
tre côté, en supposant même que la grotte ait été autrefois 
explorée, nous ne saurions admettre que les recherches aient 
été dirigées à de certains os exclusivement ou à des por- 
tions de ces os, en négligeant le reste; nous devons croire 



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au contraire que, dans l'état de confusion et de fracture où 
tous les os se trouvaient, même dans les plus grandes pro- 
fondeurs où nous les avons recueillis, à 2, 3 et même 4 mè- 
tres au milieu de la salle principale, si quelqu'un en avait 
fait disparaître une partie, il en devrait manquer de tous à 
peu près dans la même proportion où nous les avons ren- 
contrés. 

Du reste, nous ne nous sommes pas aperçus que le dé- 
pôt, ait été fouillé profondément depuis son accumulation, 
nous n'avons non plus découvert aucun vestige qui nous 
fît soupçonner Penterrement d'un corps entier en quelque 
point de la grotte: les os, ou mieux les fragments d'os s'y 
rencontraient dispersés avec la même irrégularité, dans le 
sens horizontal aussi bien que dans le sens vertical ou de 
l'épaisseur du dépôt. 

En acceptant donc le tableau comme l'expression ap- 
proximative de la vérité, voyons à quelles conclusions il 
nous conduit. 

D'abord on reconnaît que les os humains n'étaient pas 
distribués uniformément dans toute la grotte; c'était dans le 
milieu de la salle principale, très mal éclairée, comme nous 
l'avons dit, et où le dépôt avait sa plus grande épaisseur, 
que les os humains et les restes de l'industrie se trouvaient 
surtout accumulés. 

Quant à ces derniers, on doit cependant remarquer 
qu'il y avait un peu plus d'uniformité dans leur distribution 
et qu'on en a trouvés même en abondance dans la partie la 
plus éclairée de la grotte (le corridor d'entrée et la partie 
contiguë de la salle principale) où les instruments auraient 
été surtout fabriqués, comme l'on peut inférer de la grande 
quantité d'éclats, de nuctéus, et de cailloux recueillis dans la 
grotte, et encore de la rencontre de quelques instruments, 



,ï Google 



2l8 

éclats et nucléus, se ressemblant si intimement entre eux par 
ia nature et la couleur de la substance, que nous n'hésitons 
pas à dire qu'ils provenaient du même rognon de silex. 

Ce fut donc la partie la plus spacieuse de la grotte et 
en même temps ia plus abritée, quoique assez obscure, que 
les troglodytes de Fuminha choisirent pour établir le foyer 
et pour faire leurs repas. Cependant, il ne paraît guère pos- 
sible qu'on y pût respirer lorsqu'il soufflait des vents de 
mer et dès qu'on y allumait le feu, à moins que la fumée 
n'eût une issue immédiate vers la voûte de la grotte par 
quelque fente ou orifice actuellement Invisible ou même obs- 
trué, ce qui n'est pas inadmissible vu la grande élévation 
qu'atteint la voûte. 

On peut facilement supposer aussi que, quoique ce point 
ait été le préféré, les troglodytes l'abandonnaient dans des 
jours sereins ou lorsque la direction du vent le leur permet- 
tait, pour venir occuper le fond du corridor d'entrée, lieu 
où il y avait effectivement, comme nous avons dit, une 
grande accumulation d'ossements humains entièrement sé- 
parés de l'amas principal que nous avons indiqué, par un 
intervalle de i à 2 mètres, où l'on n'a rien trouvé. 

Un fait bien intéressant et qu'il ne faut pas oublier, 
c'est que dans la chambre nord-est, compartiment de la 
grotte à peu près obscur, Ton a aussi rencontré quantité 
d'os humains brûlés, avec divers instruments et éclats de si- 
lex et quelque céramique, ce qui indique que parfois et ac- 
cidentellement on y allumait le feu, ce qui est démontré 
par l'abondance des petits morceaux de charbon qu'on a ren- 
contrés disséminés dans le dépôt supérieur, presque indis- 
tinctement dans tous les points de la grotte. 

II faut encore se rappeler que le passage pour cette pièce 
était très difficile, un homme s'y traînant avec peine d'un 



,ï Google 



g'9 
côté à l'autre avant le déblaiement du dépôt qui couvrait le 
sol, ce qui doit écarter l'hypothèse d'enterrements, du moins 
dans cette partie de la grotte. 

Les crânes humains entiers, comme on peut voir par 
le tableau, font absolument défaut; les crânes étaient inva- 
riablement réduits en de petits fragments, de quelques centi- 
mètres de longueur à peine, ce qui rend impossible l'étude 
de leurs formes. Ces fragments, quoique assez nombreux, 
sont très loin de représenter le nombre d'individus révélé 
par les mâchoires inférieures. 

Parmi les nombreux fragments de crâne recueillis celui 
représenté dans la fig. 68, est surtout remarquable par 
une fossette circulaire de 20 millimètres de diamètre et 5 milli- 
mètres de profondeur qu'il offre à la surface externe. A notre 
avis cette fossette a été produite sur l'individu de son vivant, 
et a dû être suivie de la mort peu de temps après. Il serait 
hasardé de spécifier le but de cette opération ; peut-être se 
raitache-t-elle à quelque idée superstitieuse, ou ne repré- 
sente-t-elle que le commencement d'une opération chirurgi- 
cale analogue à la trépanation, comme il a été déjà observé 
dans d'autres stations de l'époque néolithique. En tout cas, 
la forme arrondie de cette dépression indique très proba- 
blement l'action d'un instrument tournant*. 

Les os longs entiers sont très rares; à peine a-t-on 

' Dans une groue peu éloignée, celle de Casa da Moura à Cesa- 
reda, la même opération se montre sous une forme différente. Il s'agis- 
sait ici, non pas d'obtenir un trou rond, en faisant pivoter rmstrument, 
mais bien d'enlever un assez grand morceau ellipsoïdal du crâne, en le 
découpant au moyen d'un silex. De chaque côté des deux rainures 
courbes qui forment l'ellipse, se trouvent plusieurs stries montrant que 
le silex qui a servi à l'opération a souvent glissé sur le crânCiS'écar-^ 
tant de la direction que l'opérateur voulait lui donner (pi. xv). 



,ï Google 



trouvé 4 os dans cet état (2 fémurs d'enfants et 2 humérus 
auxquels il manque cependant l'une des extrémités qui s'est 
brisée lors de l'extraction), tandis que les éclats longitudi- 
naux et les petits fragments de ces os cassés irrégulière- 
ment sont en si grande quantité, que leur volume dépasse de 
beaucoup la moitié du volume total des os humains obte- 
nus. Sur quelques-ims de ces fragments on remarque que 
la fracture a été intentionnelle, _;î^. t4\ beaucoup sont ra- . 
clés à l'intérieur, vraisemblablement pour en extraire la 
moelle, Jî^. 7^, et quelques-uns le sont aussi à l'extérieur; 
d'autres fragments ou éclats ont l'air d'avoir été rongés au 
milieu, ou aux extrémités, fig. 70, 7/, 72; plusieurs ont 
subi l'action du feu; enfin, d'autres montrent à la surface 
la marque des petits éclats qui en ont été enlevés. La fra- 
cture des os pour l'extraction de la moelle a dû se faire sur 
les extrémités au moyen d'un instrument contondant; l'ab- 
sence de stries sur la surface de ces os ne prouve donc 
rien contre l'hypothèse de l'anthropophagie présumée. Un 
cubitus montre la callosité d'une fracture ancienne, qui se 
souda pendant la vie de l'individu. Plusieurs os longs, fé- 
murs et tibias, portent à ce qu'il parait le signe des cica- 
trices de blessures, fig. 52, 107, 108, peut-être produites 
par des flèches en silex qui auraient pénétré jusqu'à l'os, en 
l'entamant plus ou moins profondément, et qui auront été 
suivies le plus souvent de la mort des victimes. 

A ces ai^uments qui nous paraissent assez concluants 
pour prouver que la présence des os humains dans cette 
grotte ne représente pas un lieu de sépulture, nous pouvons 
en ajouter d'autres non moins valables, qui dérivent de l'exa- 
men du tableau que nous présentons. 

Ce tableau nous montre que la quantité de mâchoires 
inférieures est loin de toute relation avec les mâchoires su- 



,ï Google 



périeures, qui ne représentent pas le sixième des individus 
dont les autres nous révèlent l'existence dans le dépôt. Ef- 
fectivement, on reconnaît par les mâchoires inférieures 
Pexistence indubitable de 140 individus dans le dépôt, tan- 
dis que les maxillaires supérieurs dénoteraient tout au plus z2 
individus. Il est aussi fort intéressant à observer que les ex- 
trémités inférieures des humérus sont en bien plus grand 
nombre (plus du quadruple) que les extrémités supérieures. 
Les cubitus et les radius, au contraire, se montrent dans 
une proportion inverse, les extrémités supérieures étant 
beaucoup plus nombreuses que les inférieures. Les os des 
membres inférieurs offrent des différences analogues. En 
considérant les tibias et les péronés, qui sont presque en 
nombre égal, on voit que les extrémités inférieures excè- 
dent les supérieures du double. Dans les fémurs la diffé- 
rence n'est pas très sensible, cependant les extrémités su- 
périeures dépassent le nombre des inférieures. En compa- 
rant les os des extrémités supérieures avec ceux des extré- 
mités inférieures, on reconnaît aussi de grandes différences, 
les os du tarse et ceux du métatarse étant respectivement 
en bien plus grand nombre que les os du carpe et du mé- 
tacarpe, tandis que les phalanges de la main sont au con- 
traire bien plus nombreuses que celles du pied. Il faut en- 
fin remarquer que la totalité des pièces obtenues est très 
loin de représenter autant de squelettes que l'indiquent les 
mâchoires inférieures, les astragales, malgré leur structure 
spongieuse, étant par une singulière anomalie les pièces re- 
lativement les plus nombreuses après les mâchoires infé- 
rieures et les cubitus \ tandis que les os les plus résistants, 
comme les corps des fémurs et des tibias, sont ceux qui se 
présentent en moindre quantité, bien que les petits frag- 
ments et les éclats de ces os soient très abondants. 



,ï Google 



Comment expliquer toutes ces anomalies? Est-il a 
sible que la destruction des os par des causes nati 
puisse amener de tels résultats? La perte casucUe de 
ques os peut-elle justifier de semblables différences? 
ma part, je ne suis pas disposé à l'admettre, d'autan 
que, selon ce que le même tableau nous révèle, les os 
gieux qui seraient les plus facilement détruits, tels q 
Ds iliaques, les vertèbres et d'autres encore, sont rep 
tés par un bon nombre de pièces, et que les petits os 
me les rotules, les caicanéums, les astragales, et surtout 
les métatarsiens, appartenaient à de nombreux individus, 
tandis que les dents détachées, les pièces qui résistent le 
plus à ta destruction, et qui sont généralement très abon- 
dantes dans nos grottes', se trouvent au contraire en fort 
petit nombre et hors de toute proportion avec les mâchoi- 
res qu'on y a rencontrées. 

Tout cela porte à croire, que les corps ne sont pas entrés 
mtiers dans cette grotte, mais qu'ils étaient dépecés avant 
i'y être introduits. En effet un corps humain serait très 
ourd pour être transporté par un sentier aussi âpre et aussi 
iifficile que celui qui donnait accès à la grotte, cette difficulté 
le l'accès étant même un fort argument contre l'idée des 
interremenls dans la grotte. 

Eu égard aux dimensions extraordinaires de quelques 
)s, surtout d'une extrémité inférieure et d'une tête d'hu- 
nérus, nous serions portés à croire à l'existence, pendant 
'époque néolithique, dans notre pays d'une race de taille 
gigantesque, ou du moins peu commune i en effet, ces pièces, 
jui ne sont pas uniques, sont beaucoup plus grosses que les 



' Dans ]a seule grotte de Casa da Mûura (Cesareda) nous avons 
vé pendant nos dernières fouilles environy|<iB^iits détachées! 



jny|«i»rients détact 



,Ccxi( 



223 

pièces correspondantes d'un squelette récent d'un homme 
de grande taille, qui m'a servi de comparaison. 

Avant de passer en revue les produits de l'industrie 
humaine, je ferai l'examen rapide des animaux qui étaient 
contemporains de nos troglodytes et dont les restes ont été 
trouvés mélangés aux leurs. Ds sont comparativement en très 
petit nombre et ne présentent que fort rarement la fracture ■ 
intentionnelle observée dans les os humains. Ils appartien- 
nent aux genres Vespertilio, Ursus, Mêles, Mus, Lepus, 
Sus, Cervus, Capra, Ovis, Bos et Phoca, les restes les plus 
abondants étant ceux des petits ruminants. On a trouvé en 
outre quelques rares vertèbres de poissons, divers os d'oi- 
seaux et des coquilles de mollusques marins des genres 
Haliotis, Patella, Pectunculus, MyiUus, Pecten et Oslrea^ 
mais représentant une partie très insignifiante de l'alimenta- 
tion de nos troglodytes, si leur introduction dans la grotte 
n'a pas plutôt une autre signification ethnographique. 

Parmi les restes de mammifères, on remarque particuliè- 
rement deux fragments de mâchoires d'une espèce de pho- 
que {pi. xiv), qui n'habite pas actuellement nos côtes mariti- 
mes, et qui n'existe même pas, à ce qu'il paraît, dans l'Océan 
Atlantique. Ce sont les seuls restes de mammifères marins 
découverts jusqu'à ce jour dans nos grottes, et encore appar- 
tenaient-ils au même individu. 

Selon l'estimable avis de mon ancien maître et hono- 
- rable ami M. le Dr. Barbosa du Bocage, qui a eu la com- 
plaisance d'examiner ces restes, les deux fragments de mâ- 
choires (l'un le maxillaire supérieur droit avec l'os interma- 
xillaJre correspondant, _/îg-. /20, et l'autre la branche gau- 
che incomplète de la mâchoire inférieure,_;î^. 121) appar- 
tiennent à l'espèce de la Méditerranée et de l'Adriatique 
{Pk. monachus, Hermann) où elle se rencontre fréquemment. 




224 

surtout sur les côtes orientales d'Espagne, aux Des Baléa- 
res et en Corse, étant beaucoup plus rare sur le littoral fran- 
çais*. M. le Dr. Barbosa du Bocage a cependant remarqué 
quelques différences dans notre spécimen, en le comparant 
avec les descriptions et les figures qui ont été données de 
cette espèce par divers naturalistes, mais ces différences 
sont trop peu importantes pourqu^il paraisse devoir être 
exclu de l'espèce. 

he maxillaire supérieur, qui est le plus complet, diflëre 
en effet, comme le Ph. monachus (représentant le sous-genre 
Pelagius de F, Cuvier) des autres espèces connues de pho- 
ques, par le nombre des dents incisives {deux paires) et par 
la forme des dents molaires, qui sont biradiculées, à couronne 
sub-triangulaire, et sans dentelures semblables à celles des 
Calocéphales (dont le Ph. vituUna ou Phoque commun de 
rOcéan Atlantique est le type). Dans notre spécimen, bien 
que les dents soient plus grandes, l'extension occupée par la 
série dentaire est moindre que dans l'individu de l'Adriatique 
figuré par Cuvier, car elles sont placées plus obliquement 
par rapport au bord alvéolaire, et plus fortement imbriquées 
ne laissant entre elles aucun intervalle, la racine de chaque 
molaire, au contraire, envahissant de beaucoup l'espace oc- 
cupé par la dent contiguë, de sorte que vue de profil la 
première molaire est entièrement cachée par la canine. Peut- 
être cette disposition des dents dépendrait-elle en partie de 
l'âge de l'individu, lequel quoique présentant la dentition 
complète et bien développée (montrant par cela qu'il était 
un individu adulte) n'était pas cependant très âgé, car l'émail 
des dents montre tous les détails de structure, qui auraient 

< Voir Gervais : Zoologie et paléontologie françaises, i, p. iSp, et 
Cuvier : Ossements fossiles, vol. vi, page îo8, pi. i7. 



,ï Google 



225 

certainement disparu par le travail de la mastication chez 
les individus âgés. Voict du reste les principales dimen- 
sions que nous avons pu prendre sur cette mâchoire : 

Longueur occupée par les molaires o'',o57 

Longueur prise depuis le bord antérieur de 
l'os incisif jusqu'à ta racine de la dernière 

molaire o°',o8i 

Largeur de l'os prémaxillaire ou espace oc- 
cupé par les deux incisives o'°,oi6 

Hauteur de la couronne de la canine o",o26 

Hauteur de la troiâème molaire (b),Jig. 120. o^oix 

Les restes d'ours offrent également un grand intérêt. 
Peut-être appartiennent-ils à plus d'un individu et très pro- 
bablement à l'espèce des Asturies (U. arctos, L.^U. Pyre- 
naicus, F. Cuvier). Le genre Ursus n'existe plus en Portu- 
gal. Ces restes sont une dent canine, une dent principale de 
la mâchoire supérieure, un atlas, un fragment d'axis, un hu- 
mérus complet avec les epîphyses non encore soudées, 7 mé- 
tacarpes et métatarses, et 9 phalanges. Par rapport à ces 
restes on doit pourtant observer qu'ils ont été aussi décou- 
verts dans le dépôt néolithique d'autres grottes, notamment 
dans la grotte de Lapa Furada, à Cesareda*. 

Presque tous les restes d'ours, de même que les deux 
fragments de maxillaires de phoque, ont été trouvés sur le 
passage du corridor d'entrée vers le petit compartiment ou 
chambre nord-est; et comme ce fut aussi dans ce m€me 
corridor et à l'extrémité nord de la salle principale de la 

' Voir Dçlgado: Notice sur les grottes de Cesareda, p. 119, pL m. 



,„^c 



226 

grotte, que s'est trouvée la plus grande quantité d'os des 
autres animaux, il est permis de conjecturer qu'il y eut une 
modification dans les habitudes des troglodytes de Fumi- 
nha, la tribu qui occupa la salle principale étant peut-être 
différente de celle qui stationnait de préférence dans le cor- 
ridor d'entrée de la grotte et qui, à une époque différente, 
allait s'abriter temporairement dans la chambre contiguë. 
Nous n'avons pourtant pas d'autres preuves à ajouter pour 
appuyer une semblable hypothèse. 

On doit cependant remarquer, qu'on n'a pas rencontré 
de restes de poissons dans cette grotte, sauf dans le corri- 
dor d'entrée où ils se trouvaient d'ailleurs en très petite 
quantité, à peine 3 vertèbres et un fragment de maxillaire, 
peut-être appartenant tous à une seule espèce, et même à 
un seul individu. Cette tribu troglodyte ne connaissatt-elle 
pas l'industrie de la pêche? Cela ne paraît pas \Taisembla- 
ble, puisqu'elle vivait au bord de la mer, où l'on voit au- 
jourd'hui pulluler les poissons. Le cannibalisme était-il si 
invétéré chez ces sauvages qu'ils préféraient la chair hu- 
maine à tout autre genre de nourriture à leur portée, ou bien 
la réunion accidentelle de la tribu dans la grotte a-t-elle dé- 
terminé ce choix exclusif! Nous ne saurions le décider. 

Les données ethnographiques au sujet de cette race 
de troglodytes de Fuminha, à l'époque néolithique, et qui 
nous sont fournies par les produits de l'industrie qui y ont 
été rencontrés, sont en vérité très intéressantes, quoique la 
quantité des objets recueillis ne soit point comparable à 
celle des objets qui ont été obtenus dans d'autres grottes, 
celle de Casa da Moura, par exemple. Pour mieux apprécier 
leur valeur et connaître en même temps la distribution des 
différents objets trouvés dans la grotte, nous avons dressé 
le tableau suivant, où tous ces objets sont énumérés. 



A i 



„Google 



DÉSIGNATION DES OBJETS 



'H= 



épingles 



Styleis e 

Perçoirs en os 

Plaquesd 'os polies des deux côiéi 

(spatules, etc.) 

Perles de grandes dimensions, 

en os 

Cylindres en os (poignées d 

stmmems?) 

Pointes de lances et de flèches 

nsilex 

Couteaux en silex 

Grattoirs en silex et en quartz 
Nucléus de silex, de quartz et d 

quartzite 

Éclats de silex, de quartz et d 

quartzite 

Rognons de silex 

Cailloux de quartz et de quan^îi 
Cailloux roulés (marteaux e 

quartzite et en granité) 

Vases en terre grossiûre presque 

complets 
Tessons de poterie grossière, soit 

lisse soit ornée 

Haches en pierre polie, 
Plaques trapézoïdales de schiste 

avec trou de suspension. 
Dents de carnivores avec trou 

de suspension. 
Petites perles en cailaïs et en 

serpentine 

Échantillons d'hématite et de !i- 

monite 

Divers ustensiles et insirumcnt; 
non spécifiés 



,ï Google 



y 



228 

Beaucoup de ces objets méritent une mention parti- 
culière et nous allons les faire connaître. 

En ce qui concerne la céramique, outre deux petites 
écuelles ou tasses de forme hémisphérique et à surface lisse, 
fig. 117^ et d'un autre vase incomplet, de forme à peu près 
ovoïde, avec des dessins très simples sur la surface et un 
cordon saillant à mi-hauteur, dVù naissent deux petites ao- 
%t%^Jig. p7; nous fûmes assez heureux pour obtenir un vase 
de grandes dimensions, de forme ovoïde, en parfait état de 
conservation {pi. xi). Près du bord il y a deux petites anses 
perforées verticalement, sans doute pour suspendre le vase 
au-dessus de Pâtre, sa forme ne lui permettant pas de se 
maintenir debout. Ce vase a 25 centimètres de hauteur et 
17 centimètres dans son plus grand diamètre; son ouverture 
est à peu près circulaire de 1 1 à 12 centimètres de diamètre. 
La partie inférieure jusqu'à mi-hauteur de ce vase est lisse; la 
partie supérieure est ornée de bandes parallèles, composées 
de deux lignes continues et d'une ligne médiane formée de 
traits interrompus et irrégulièrement espacés, soit obliques 
soit parallèles aux deux premières lignes. Ainsi que tous les 
autres restes de céramique, que nous avons trouvés dans 
cette grotte, ce vase a été modelé à la main; la pâte en est 
mal cuite et très grossière, elle renferme beaucoup de grains 
de sable, et montre la couleur noire, caractéristique de la 
poterie de cette époque. 

Ce vase fut rencontré presqu'au fond du corridor d'en- 
trée, appuyé contre la paroi nord: c'est à cette heureuse cir- 
constance que l'on doit sa conservation presque parfaite, 
car il y manque à peine un petit morceau du bord. 

Outre ces vases dont les formes peuvent être appré- 
ciées, il a été rencontré un très grand nombre de fragments 
d'autres vases, toujours à pâte plus ou moins grossière, de 



) 



„Google 



229 

couleur noire et ayant la surface soit lisse, soit couverte 
de dessins simples, au trait ou à points en creux (pi. xn 
et xm). Aucun vestige de travail au tour n'a été découvert 
sur ces fragments; cependant les vases étaient de formes 
diverses et appropriés à différents usages, faisant voir que 
la tribu qui habita cette grotte, à l'époque néolithique, avait 
quelques notions de bien-être. 

La couleur rougeâtre, jaunâtre ou noirâtre sur la sur- 
face extérieure ou intérieure de quelques-uns de ces vases 
et traversant plus ou moins l'épaisseur de la pâte, leur a été 
donnée sans doute par une espèce d'aquarelle ou de badi- 
geon, appliqué sur cette pâte encore fraîche. La rencontre 
de plusieurs morceaux de minerais de fer (limonite et héma- 
tite) et de l'outillage nécessaire pour les réduire en poudre 
fine (plaques de grès, de quartzite et de schiste siliceux, sur 
lesquelles on voit la poussière encore adhérente) pourrait fai- 
re croire, qu'il y a eu ici un atelier de fabrication de ces po- 
teries, ou du moins que nos troglodytes y fabriquaient celles 
dont ils avaient besoin; de même que la rencontre des éclats 
et des nudéus de silex et autres roches quartzeuses nous ré- 
vèle que c'était là qu'on fabriquait, du moins en parde, les in- 
struments de ce genre. On peut, cependant, penser aussi que 
nos troglodytes, comme les sauvages actuels, avaient l'habi- 
tude de se couvrir la peau du corps et le visage de dessins, 
en se servant à cet effet de la poudre rouge, ou jaune des oxy- 
des de fer, mêlée à une graisse quelconque. Ce qui paraît ap- 
puyer fortement cette supposition, c'est que l'on a rencon- 
tré, sur divers points de la grotte, beaucoup de fragments et 
d'éclats d'os, surtout humains, dispersés dans le dépôt, dont 
quelques-uns sont brûlés, et tous très usés à la surface et 
parfaitement lisses, comme s'ils avaient été soumis à un 
frottement prolongé, que l'on ne peut comparer qu'à l'usure 



.,Ct 



r 



23o 

que présentent les coquilles roulées des plages, ^g-. 41. 43, 
44, 46, 4j^ 65, 66, ^7, 6p. On sait, en effet, que l'un des 
procédés employés, il y a peu de temps encore, pour obte- 
nir Taquarelle noire dont on coloriait un objet quelconque, 
consistait à mettre dans de l'eau du noir de fumée et une 
boule de pain pétrie, en agitant le tout avec une spatule, aâo 
d'obtenir une plus grande surface et de mieux distribuer la 
poudre dans le liquide. Il est donc vraisemblable, ou du 
moins très possible, que nos troglodytes de Furninha, pour 
faciliter de même le mélange de la poudre ferru^neuse avec 
la graisse ou l'eau, pour l'un des usages que nous avons ci- 
tés, prissent au hasard quelques fragments d'os, qu'ils je- 
taient dans le mélange, et que ce soit leur frottement pro- 
longé contre les parois du vase où se faisait l'opération, qui 
en ait ainsi arrondi les angles. 

Pour donner encore plus de poids à cette hypothèse, nous 
devons dire, que dans le milieu de la salle principale, à une 
faible profondeur, on a découvert dans le dépôt la partie 
inférieure d'un humérus humain auquel il manquait l'extré- 
mité articulaire, et qui était cassé obliquement à l'autre ex- 
trémité, pouvant servir de cuillère ou de spatule. Cet objet 
usé à la surface, surtout à l'extrémité supérieure, contenait 
dans le canal médullaire un petit fragment d'os,^g-. 70, de 
forme amygdalaire ou ellipsoïdale aplatie, ayant la surface 
très lisse, paraissant même indiquer que l'usure produite 
sur l'un et l'autre fragment était due à la même cause, le 
petit éclat étant resté par hasard dans l'os, après avoir aidé 
à détremper le mélange dans le vase, qui aurait servi à cet 
effet. 

Parmi les divers produits de l'industrie humaine trouvés 
dans le dépôt supérieur de cette grotte et qui fournissent 
des données ethnographiques intéressantes sur la tribu qui 



vn 



„Google 



g3i 

Va habitée à l'époque néolithique, l'attention doit se porter 
sur la belle série de haches polies, toutes à bord tranchant et 
dont quelques-unes présentent un état de conservation aussi 
parfait que si elles venaient d'être fabriquées (pi. a et x) . Ces 
haches, au nombre de 28, ont été faites de différentes sub- 
stances, calcaire métamorphique, schiste amphibolique, ba- 
salte et granité. Comme le montre le tableau, on les a trou- 
vées en plus grand nombre dans le milieu de la salle prin- 
cipale; une portion considérable cependant, pas moins de 
sept, se trouvaient dans la chambre nord-est. Il est impor- 
tant de remarquer que ces haches ont été fabriquées de dif- 
férentes roches qui n'existent pas dans la localité, ce qui 
montre que les troglodytes de Furninha avaient des rela- 
tions commerciales avec des régions plus ou moins éloignées, 
ou qu'ils étaient en contact avec d'autres tribus qui entre- 
tenaient ces relations ou qui venaient de loin commercer 
avec eux. 

La quantité de couteaux, de pointes de lances et de flè- 
ches en silex est très considérable. Nous avons obtenu 60 
couteaux plus ou moins parfaits et de grands fragments de 
17 autres de toutes les grandeurs, depuis 23 millimètres jus- 
qu'à \6 centimètres de longueur. 

Ils sont de différents types, la plupart ayant un tranchant 
de chaque côté, et ordinairement la section transversale tra- 
pézoïdale (pi. m). Quelques-uns des plus épais sont dentelés 
d'un côté, ou des deux côtés, pour servir de scie, paraissant 
avoir reçu cette destination seulement après avoir été em- 
ployés à couper et lorsqu'ils se sont ébréchés par ce pre- 
mier usage. 

Le plus grand couteau et en même temps le plus beau 
par la nature de la substance dont il est fabriqué, ^^. 10, 
a été trouvé au milieu de la salle principale, à 4 mètres de 



1 



a32 

profondeur; il s'est cassé en deux lors de l'extraction, mais 
heureusement les deux fragments ont pu être rajustés. Il 
est en silex translucide, légèrement rosé, à section trapé- 
zoïdale aplatie, ayant 23 millimètres dans sa plus grande 
largeur, avec bords tranchants, mais ébréchés par l'usage et 
formant une dentelure irréguliére. 

Un autre couteau très parfait,jî^. //, trouvé près du 
précédent, à une bien moindre profondeur cependant (i*,io)i 
est en silex blanc, à section trapézoïdale, mesurant i J2 mil- 
limètres de longueur et 21 millimètres dans sa plus grande 
largeur. Un autre, jî^. /a, également très beau, trouvé dans 
le corridor d'entrée près de la saillie du rocher où commen- 
çait le dépôt sablonneux, mesure 8omilimètres de longueur: 
il est en silex rougeâtre, à section triangulaire, ayant l'un des 
bords dentelé en forme de scie, et it montre un grand usage 
à l'une de ses extrémités. 

Les pointes de flèches, ^^. 23 à 2p, J/, S2, 34 à 3"], 
ont toutes les bords dentelés avec une perfection remarqua- 
ble et quelques-unes ont cette dentelure très fine. Quoiqu'en 
petite quantité il y en a des types les plus variés, soit de 
forme amygdalaire, rhomboïdale ou quadrangulaire, soit de 
forme triangulaire avec les angles latéraux prolongés en poin- 
te plus ou moins saillante; quelquefois c'est la base qui s'al- 
longe en queue, établissant ainsi les transitions les plus gra- 
duelles entre ces formes fondamentales. 

On a trouvé ici, comme c'est le cas dans les kioekken- 
moeddings de Cabeço da Arruda et dans le dépôt néolithique 
d'autres grottes (Casa da Moura, par exemple), quelques si- 
lex a forme trapézoïdale, à tranchant transversal,^^. i5 et 
s/, lesquels, très vraisemblablement fixés à une hampe par 
leur moindre base, étaient employés comme des armes de 
jet. Nos troglodytes utilisèrent, sans aucun doute, des frag- 



,ï Google 



233 

ments des couteaux brisés pour ta fabrication de ces ar- 
mes. Sur les côtés du trapèze on voit les retouches que l'on 
y a faites intentionnellement pour arriver à une fonne déter- 
minée, et qu'on ne saurait obtenir que par hasard d'un seul 
coup. 

Dans la petite collection ethnographique de PAfrique 
occidentale appartenant à la Section Géologique il se trou- 
ve, parmi les objets venus de Benguella, une flèche en fer, 
de forme semi-lunaire, que l'on emploie à la chasse pour 
couper le jarret de l'animal. Cette flèche rappelle quelque 
peu ta forme des silex dont nous venons de parler, et son 
emploi pourrait être semblable. Quoiqu'il en soit on recon- 
naît aisément par leur forme, que ces armes étaient destinées 
à couper et non pas à percer, leur légèreté et leurs petites 
dimensions nous montrant d'ailleurs qu'elles étaient très 
propres à être lancées. 

Les deux pointes de javelot, trouvées dans la salle prin- 
cipale auprès de la paroi ouest, sont de formes différentes, 
l'une et l'autre mesurant lo centimètres de longueur. L'une 
de ces pointes, fig. 3o, trouvée entière mais étant moins 
parfaite que l'autre, est en silex gris-noirStre, de forme sub- 
triangulaire et mesure 26 millimètres de largeur à la base. 
L'autre,jî^. 3J, de forme pentagonale, plus élégante mais 
cassée à la pointe, est en silex brunâtre et mesure 41 mil- 
limètres de largeur entre les deux angles latéraux. 

Nous devons encore citer parmi les plus notables in- 
struments de pierre, un grand éclat de calcédoine qui s'est 
malheureusement cassé lors de l'extraction; il est de forme 
presque demi-circulaire, de 80 millimètres de diamètre, et 
présente un tranchant de chaque côté; il a été lustré et usé 
par les eaux. C'était sans doute un radoir de l'époque pa- 
léolithique, dont nos troglodytes de Furninha avaient pro- 



,ï Google 



234 

fité postérieurement, ou qu'ils avaient conservé uniquement 
à cause de la beauté de la matière dont il est fait. Il faut 
citer également un beau couteau ou grattoir de Ja même 
substance, de forme allongée et de section triangulaire, ayant 
l'un des bords curviligne et mesurant 88 millimètres de lon- 
gueur et 42 millimètres de largeur. Cette pièce a aussi été très 
roulé; elle appartient donc à l'époque paléolithique, ayant été 
taillée du même fragment de calcédoine que le spécimen pré- 
cédent. 

Nous avons trouvé de plus, dans la salle principale, deux 
plaques trapézoïdales de schiste l'une au bout du corridor 
d'entrée, et l'autre au milieu de la salle. La première, 
fig. 3g^ est d'ardoise ordinaire; elle a une face ornée de 
bandes en chevrons alternativement unies et couvertes de 
traits croisés. L'autre plaque est de schiste très micacé, 
luisant, et par cette raison peut-être n'aurait pas nécessité 
de dessins sur la surface. Toutes les deux ont les angles 
arrondis et un trou circulaire de suspension du côté de la 
moindre base, pour être portées comme enseigne ou comme 
amulette. 

Parmi les objets d'ornement il est surtout à remarquer 
une épingle en os, incomplète, _;î^. 40^ dont la tête est un 
petit cylindre orné de stries parallèles à la base, dans le- 
quel on a introduit par pression un stylet également en os, 
et qui en formait la pointe. Deux grosses perles en os, Jig: 4S 
et 4ff, d'autres plus petites en callaïs ou en serpentine, 
fig. 61 à 64, une défense de sanglier façonnée, très usée à la 
surface et percée d'un trou du côté de la racine,^^. 5p, 
et une dent canine de chien, trouée aussi à la racine pour être 
enfilée en colUer,7î^. 54, complètent l'inventaire des arti- 
cles de parure rencontrés dans le dépôt supérieur de Fur- 
ninha, et qui à la vérité, n'indiquent pas un goût aussi raf- 



,ï Google 



235 

fine, chez cette tribu troglodjte, que celui qui a été observé 
dans d'autres tribus habitant aussi nos grottes pendant 
l'époque néolithique. 



Sous la couche de terre noire composant le dépôt su- 
périeur, se trouvait te dépôt des sables quaternaires généra- 
lement tins et en majeure partie meubles, de couleur jau- 
nâtre, contenant des cailloux roulés, de petits galets quart- 
zeux, plusieurs instruments et éclats de silex, et quantité d'os 
d'animaux distribués en divers niveaux. 

Dans le corridor qui donne accès à la salle principale et 
dans le petit corridor qui communique avec la chambre nord- 
est, ce dépôt n'existait pas; on passait immédiatement de 
la terre noire supérieure au calcaire jurassique du fond de 
la grotte. 

Dans la salle principale, sous la grande coupole, le dé- 
pôt, comme nous l'avons dît, avait très peu de profondeur; 
la terre supérieure en formait presque toute l'épaisseur. 
L'excavation du terrain supérieur fit cependant découvrir 
dans la branche méridionale de la grotte, où les sables sous- 
jacents avaient au contraire une très grande épaisseur,un trou 
vertical ou puits naturel de 3 à 4 mètres de diamètre à l'ou- 
verture, lequel allait en se rétrécissant vers le fond et était 
entièrement rempli par les sables quaternaires. Ce fut dans 
ce puits et près de son ouverture au fond de la grotte, 
que l'on a rencontré les dépouilles de la faune quaternaire, 
représentées par des pièces provenant de squelettes de dif- 
férents animaux et aussi par d'abondants coprolithes, les os 
se montrant accumulés en diverses strates séparées par 



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236 

d'autres beaucoup plus épaisses, qui en étaient totalement 
dépourvus. 

L'état fragmentaire dans lequel se trouve une grande 
partie des ossements, nous montre que les animaux auxquels 
ils appartenaient ont servi de nourriture à l'homme. D'un 
autre côté les nombreux coprolithes d'hyène, ainsi qu'un 
crâne d'ours et d'autres ossements portant la trace de leurs 
dents, nous font voir que la grotte a aussi servi de repaire 
à ces animaux. En outre, les conditions où se sont trouvés 
ces os, dont beaucoup existaient dans le dépôt, non seule- 
ment brisés mais roulés, fait voir qu'ils avaient subi l'action 
des courants diluviens, qui ont pénétré dans la grotte à di- 
verses reprises, celle-ci ayant été alternativement occupée 
par l'homme et par les hyènes, à différents intervalles: mais 
on ne peut pas connaître par ces pièces détachées, si quel- 
ques animaux auraient été surpris dans la grotte lorsque 
les courants quaternaires y pénétrèrent, car il ne s'y est 
rencontré aucun squelette entier; au contraire le nombre 
des individus dont l'existence est révélée par certaines piè- 
ces, comme les mâchoires, par exemple, est de beaucoup 
supérieur à celui que les autres os révèlent. Cependant 
l'abondance des coprolithes et la quantité d'os longs d'hyène 
qui ont été rencontrés entiers, surtout dans la partie supé- 
rieure du 3''" niveau, à la profondeiu- de 6 mètres, fait ac- 
cepter l'hypothèse, car une grande quantité de ces os au- 
raient pu être entraînés hors de la grotte par ces mêmes 
courants. 

Comme il arrive, cependant, que le manque d'ossements 
a lieu principalement pour les animaux de plus grande taille, 
comme le cheval, le bœuf et l'ours, il est assez naturel de 
supposer que ces animaux aient été dépecés dans le lieu même 
Pti ils oi)t été tués, nos troglodytes y ayant fait le choix 



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237 

des parties qu'ils préféraient et abandonnant le reste. C'est 
l'hypothèse à laquelle nous avons eu déjà recours pour ex- 
pliquer la disproportion des pièces du squelette humain dans 
le dépôt supérieur, en nous basant sur des faits analogues. 

Une observation intéressante et qui, selon nous, vient 
corroborer l'hypothèse que nous venons de présenter — que 
les os d'animaux rencontrés sont en grande partie les res- 
tes de la nourriture de nos troglodytes, c'est que le nombre 
des éclats d'os est vraiment remarquable, et que dans le 
puits, la plus grande quantité de ces os se trouvait appuyée 
contre la paroi intérieure ou du côté de la galerie, c'est-à- 
dire du côté d'où les sables seraient tombées dans le puits, 
comme du reste il était naturel d'arriver, les eaux se pré- 
cipitant sur la paroi opposée. 

L'existence de l'homme à l'époque quaternaire dans cette 
grotte est d'ailleurs prouvée directement par la découverte 
d'un petit fragment de maxillaire inférieur, de très petites 
dimensions, paraissant avoir appartenu à un enfant (pt. i a, 
fig. I »). Cette pièce est trop incomplète pour que l'on en 
déduise quelques caractères anatomiques; elle a cependant 
l'inestimable valeur de prouver indubitablement la coexis- 
tence du genre humain avec les différentes espèces de mam- 
mifères renfermés dans la même couche. 

Parmi les instruments découverts je ferai surtout re- 
marquer une belle hache de silex en forme d'amande du 
type de Saint-Acheul (pi. i), un petit couteau de même ma- 
tière (pi. n,fig. 5) et quelques pointes tant en silex qu'en 
quartz,jîg-. 3, 4, 6, 7. Je' mentionnerai aussi quelques os 
incisés,Jî^. 2. 

La faune quaternaire que nous avons découverte dans 
cette grotte est riche en espèces, et beaucoup d'entre elles 
sont représentées par de nombreux individus; mais outre 



^P^ 



238 

que ces espèces ne sont pas également bien représentées 
dans tous les niveaux, nous ne possédons pas les moyens 
de comparaison indispensables pour les déterminer toutes 
avec sûreté. Cependant, je crois qu^il est de quelque utilité 
de donner dans un tableau, avec les réserves nécessaires 
quant à leur détermination, la distribution de ces restes se- 
Ion les profondeurs où ils ont été trouvés, avant de faire les 
considérations que la distribution de ces os dans les divers 
niveaux nous a suggérées. 

Avant de présenter ce tableau, je tiens à faire remar- 
quer qu'il ne peut y avoir eu mélange -entre les restes de 
l'époque quaternaire et ceux des périodes plus récentes. Le 
puits qui m'a fourni les différentes espèces d^animaux compo- 
sant la faune quaternaire de cette grotte, contenait sept ni- 
veaux fossilifères séparés les uns des autres par d'épais bancs 
de sable absolument dépourvus de fossiles, et indiquant 
diverses irruptions des eaux qui séparent les différentes 
phases d'habitation de la grone. 

On doit encore remarquer l'association dans la même 
strate d'éclats d'os très roulés par les eaux joints à d'autres 
qui ne le sont point du tout, et avec des os entiers qui n'ont 
pas souffert le moindre dégât, ce qui prouve que les pre- 
miers y furent introduits par l'homme et ont été exposés en- 
suite à l'action des courants de l'époque quaternaire, qui au- 
raient amené des sables dans la grotte à diverses reprises. 



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23g 

L'inspection de ce tableau démontre qu'à l'exception des 
coquilles marines, qui occupent uniquement la base du dépôt 
et qui furent introduites les premières dans la grotte, et des 
chéloniens et des poissons, dont les restes, d'ailleurs très 
rares, apparaissent sporadiquement à diverses hauteurs, la 
distribution des différents types génériques est, à peu de dif- 
férence près, la même dans toute l'épaisseur du dépôt. Quel- 
ques espèces même ont été rencontrées k travers toute l'épais- 
seur des sables, quoique l'introduction de ces sables dans 
ta grotte ait été successive, c'est-à-dire que le remplissage 
soit dû à l'action des courants qui y pénétrèrent autant de 
fois du moins qu'il y avait de strates ossifères différentes. 

Parmi toutes les espèces du tableau celle que nous pos- 
sédons du genre Lepus, d'une taille un peu plus grande, mais 
très voisine du lapin sauvage commun (L. cuniculus)^ est 
la plus généralement répandue, et elle est en même temps 
une de celles dont les restes sont les plus abondants; ils oc- 
cupent toute l'épaisseur du dépôt, depuis la base jusqu'au 
niveau culminant, ce qui prouve que durant l'époque qua- 
ternaire dans notre pays cette espèce a toujours fait une 
partie très notable de la nourriture de nos troglodytes, sur- 
tout vers la fin de cette époque, comme le montre le dépôt 
inférieur de Casa da Moura {Cesareda), où par le nombre 
des mâchoires inférieures on reconnaît les restes de bien 
plus de 1000 individus de cette espèce! 

Viennent ensuite par ordre de leur abondance les res- 
tes des carnivores: Hjaena, Ursus, puis diverses espèces 
de Felis et de Cams\ comparées.à ces carnivores et au ron- 
geur ci-dessus désigné, toutes les autres espèces peuvent être 
considérées comme rares. 

Parmi les restes d'hyène, on peut facilement distin- 
guer deux espèces; l'une plus fréquente, mtimement liée avec 
CR. 19 



,ïGo(^|l^ 



H. pulgaris, qui habite actuellement le nord de l'Afrique, 
et l'autre, beaucoup plus rare et de plus grande taille, que 
nous supposons être le H. prisca (Marcel de Serres}. 

La présence de la première espèce dans la grotte de 
Furninha est un fait très intéressant, car dans une autre 
grotte, près de Cercal, récemment explorée par mon illustre 
chef M. Carlos Ribeiro, grotte qui n'est qu'à une faible dis- 
tance de celle de Furninha {environ Sy kilomètres), cette es- 
pèce paraît manquer, et à sa place on y a découvert le 
H. spelaea qui a, comme l'on sait, les plus intimes relations 
d'affinité avec le H. croctita, qui habite actuellement le sud 
de l'Afrique. Nous avons par conséquent la certitude que 
dans l'époque quaternaire, ou de la formation du dépôt in- 
férieur de nos grottes, il a existé dans notre pays et pres- 
que réunies, deux espèces qui actuellement habitent des 
points géographiques si distants, quoique dans la même La- 
titude à peu près, l'une dans l'hémisphère boréal et Tautre 
dans l'hémisphère austral. 

Si, à l'exemple de Schmerlïng, nous nous guidons par 
ta taille des individus, c'est-à-dire par la grandeur des di- 
verses pièces du squelette, nous sommes amenés à recon- 
naître, dans notre grotte, l'existence de 4 ou même de 
5 formes différentes du genre Ursus. Blainville a cepen- 
dant rapporté toutes ces formes à une seule espèce, l'ours 
actuel d'Europe, et il suppose, que les 5 espèces et les 3 
variétés fossiles indiquées par Schmerling représentent à 
peine des différences de sexe et de taille de cette unique es- 
pèce, qui dans l'époque quaternaire a aneint une taille gigan- 
tesque {Ostéogr., t. II, genre Ursus, p. 87). Dans les diver- 
ses variétés trouvées dans notre grotte, nous avons cru re- 
connaître, cependant, les deux espèces généralement admi- 
ses, U. spelaeus et U. priscus. 



,ï Google 



En adoptant, pour plus de clarté, la nomenclature du 
savant paléontologiste belge, nous dirons que la plus grande 
espèce (U. giganteus) est représentée seulement dans un 
des niveaux supérieurs par la moitié supérieure d'un tibia 
et par l'extrémité supérieure d'un cubitus, la première pièce 
surpassant peut-être en dimensions le plus grand tibia re- 
présenté par Schmerling. Les autres espèces occupent les ni- 
veaux plus inférieurs, mais il reste à dénommer un grand 
nombre de fragments, pour la plupart, il est vrai, indé- 
terminables, représentant ce genre de Carnivore jusqu^au 
niveau le plus supérieur, maïs parmi lesquels VU. giganteus 
ne se trouve pas compris. 

La plus grande partie de ces ossements, surtout les os 
longs, se trouvent brisés, témoignant que ce Carnivore en- 
trait aussi en partie notable dans la nourriture de nos tro- 
glodytes quaternaires. 

Dans le genre Felis il est à remarquer, d'un côté, le 
nombre d'espèces distinctes, pas moins de 5, et qui presque 
toutes ont disparu de notre pays, et d'un autre côté, l'ab- 
sence de F. spelaea, dont aucun vestige ne permet de soup- 
çonner l'existence dans nos cavernes, mais qui accompagne si 
fréquemment VU. spelaeus exVHyaena spelaea, dans d'autres 
pays plus septentrionaux. Ne pouvant pas désigner par leurs 
noms spécifiques la plus grande partie des formes de ce 
genre, je me suis servi des lettres de Palphabet grec qui ont 
rapport aux figures déjà données des mêmes espèces dans 
mon mémoire sur les grottes de Cesareda (1867). 

Les restes de Canis appartiennent peut-être à 4 espè- 
ces diflcrentes, 2 desquelles sont évidemment le loup et le 
renard actuels de l'Europe. Une troisième espèce, de taille 
beaucoup plus grande que te loup, est représentée seule- 
ment à mi-hauteur du dépôt, et par une singulière anoma- 



„Gooi^ 



24^ 

lie, nous n'en avons obtenu qu'un certain nombre de radius; 
il manque toutes les autres pièces du squelene ainsi que 
celles du système dentaire. 

Les ruminants qui occupent plusieurs niveaux sucessîfs, 
et qui sont représentés par diverses formes que nous avons 
désignées collectivement sous les noms génériques de Cer- 
PUS et de Bos, n'ayant pas pu en déterminer les espèces, 
sont très loin, surtout les derniers, de se présenter aussi 
abondamment que les restes de carnivores. Le motif de 
cette différence consiste peut-être en ce que ces animaux 
vivaient alors les uns et les autres à l'état sauvage ne pou- 
vant pas subsister dans ces lieux mêmes, faute de pâtura- 
ges abondants. 

Les solipèdes ne sont guère représentés dans notre 
grotte; les restes d'Equus se réduisent à un astragale et 
une seconde phalange rencontrés à des hauteurs très diver- 
ses, et en des points différents de la grotte, le premier dans 
la galerie principale, le second dans le puits. 

Enfin, l'attention doit se porter sur la rencontre d'une 
dent molaire, et de fragments d'autres dents d'un individu 
très jeune, ruminant, différent de tous les autres rencontrés 
dans la grotte, très probablement appartenant au genre 
Rhinocéros et que nous rapportons, avec la plus grande ré- 
serve au Rhinocéros tichorhinus. Si cette détermination se 
confirme, ce sera l'unique vestige découvert jusqu'ici en Por- 
tugal de l'existence de cette espèce, qui est si générale- 
ment répandue dans d'autres régions quaternaires de l'Eu- 
rope. 

Pour compléter l'énumération des espèces indiquées dans 
le tableau il ne manque plus qu'un mot au sujet des oiseaux, 
dont les restes sont très abondants et appartiennent à plu- 
sieurs espèces, dont l'une de très grande taille. Par contre, les 



,ï Google 



243 

batraciens et les poissons, cofhme nous l'avons déjà dit, sont 
à peine représentés, de même que les testacés, dont nous 
n'avons trouvé qu'une petite espèce d'//e//x, le Patella vul- 
gata et un seul exemplaire de Litîorina littorea^ ces deux 
derniers occupant la base du dépôt. 

1"" Niveat^ ossifôre.— La partie la plus profonde des 
dépôts de notre grotte, à g^iSo en contre-bas de la surface 
des sables, ou io"',3o au-dessous de l'ancien sol de la grotte, 
près de l'ouverture du puits, consistait en une couche de gros 
cailloux, ou mieux de petites masses roulées, dont les plus vo- 
lumineuses atteignent la grosseur du poing. Ces cailloux très 
arrondis, la majeure partie de silex, et une moindre partie de 
granité rougeâtre de Berlenga', de quartz blanc et de quar- 
tzite gris, sont empâtés dans du calcaire stalagmitique [kaïk- 
sinter) formant un conglomérat très grossier. Ce dépôt ne 
s'est trouvé qu'au fond du puits, où il formait une couche 
de plus d'un mètre d'épaisseur, les cailloux étant si intime- 
ment liés ensemble, que très souvent il était plus facile de 
les briser que de les séparer les uns des autres, et plus dif- 
ficile encore de les arracher à la roche des parois. Là où 
les gros cailloux font défaut ce dépôt passe en partie à un 
grès poreux et grossier, contenant beaucoup de détritus de 
coquilles et montrant bien l'aspect d'une formation littorale. 
L'origine de ces cailloux révèle un fait géologique im- 
portant, la dénudation contemporaine des couches calcai- 
res du Dogger que l'on voit à Baleal et à Cesareda, où el- 
les se montrent au jour, renfermant une grande quantité de 
concrétions ou de rognons siliceux, qui se détachant des 

' Petite île granitique en face de la péninsule de Péniche, éloignée 
de 1 1 kilomètres vers le nord-ouest de notre grotte. 



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244_ 
couches par la puissante actîofi des courants de d<inudatioii 
à Tépoque quaternaire, avaient naturellement offert plus de 
résistance à leur destraction que les couches calcaires qui 
les contenaient. 

En cassant ces masses concrétionnées ou rognons, on 
voit que dans la partie intérieure elles présentent la couleur 
grise ordinaire du silex pyromaque, mais environné d'une 
épaisse croûte blanche, d'aspect terreux, que je suppose être 
due plutôt à l'altération du silex qu'à la manière même de 
formation de ces rognons qui, ayant une origine chimique 
ou étant formés par attraction moléculaire au sein de la cou- 
che déjà déposée, ont dû se fondre graduellement dans la 
masse du calcaire, ayant pour limite dç grandeur la sphère 
d'action où les forces moléculaires ont pu s'exercer. 

Quelques-uns de ces cailloux présentent des fossettes 
semblables à celles des cailloux impressionnés; mais ces 
impressions ont été peut-être produites lors de la formation 
de ces rognons. D'autres masses montrent une ou plusieurs 
surfaces lisses, ou d'usure par le frottement que les cailloux 
ont souffert dans la grotte les uns contre les autres. Enfin 
quelques-unes présentent des dépressions conchoïdales à sur- 
face lisse, qui ont été vraisemblablement produites par la sé- 
paration d'éclats, due au choc des unes contre les autres; 
je n'oserais pas attribuer à une autre origine un petit nucléus 
de silex de forme polyédrique irrégulière, qu'on voit encore 
encroûté dans le dépôt calcaire. 

II ne peut donc y avoir de doute que les cailloux du 
conglomérat ne proviennent tous des roches de la localité, 
ceux de quartz pouvant provenir des couches de grès gros- 
siers crétacés, ou de filons coupant la roche granitique; et 
nous pouvons ajouter qu'il est aussi très probable que le 
matériel dont les troglodytes de cette grotte et de celles de 



,ï Google 



2É. 

Cesareda se servaient pour la fabrication des instruments 
en silex, du moins dans l'époque paléolithique, avait la mê- 
me provenance, sans qu'il y eut besoin d'aller le chercher 
plus loin. 

Les restes d'animaux que l'on a rencontrés dans cette 
partie la plus profonde des dépôts de la grotte, sont en vé- 
rité peu nombreux et l'on comprend qu'ils n'ont pu être 
conservés que dans des conditions exceptionnelles, ayant 
été sans doute enlevés du sol de la grotte, où ils se trou- 
vaient, et entraînés jusque là par les courants diluviens, qui 
à divers intervalles ont balayé le sol de la grotte. On a re- 
cueilli toutefois assez de coquilles de Palella (environ une 
vingtaine d'exemplaires, presque tous brisés et très roulés) 
de l'espèce P. vulgata, encore vivante dans la localité; un 
exemplaire de Liltorina littorea, qui offre la singularité d'être 
fossilisée et encroûtée dans le grès, la coquille étant rem- 
placée par du spath calcaire et conservant l'intérieur par- 
faitement vide; 4 omoplates et l'extrémité inférieure d'un 
tibia d'oiseau, probablement palmipède; un maxillaire infé- 
rieur, un humérus et un fémur de grand lapin (Leptts aini- 
culus); 2 métatarses d'ours, et finalement des fragments et 
de petits éclats d'os longs de carnivores, dont un très roulé, 
et qui représentent sans doute, aussi bien que les autres 
os, les restes de l'alimentation de nos troglodytes, dans cette 
période très reculée d'habitation de la grotte. 

Immédiatement au-dessus du niveau précédent il y avait 
une strate de quelques décimètres d'épaisseur de calcaire 
stalagmitique, que l'on doit considérer comme formant partie 
de la même couche ossifère. Ce calcaire renferme en forte 
proportion des grains de sable et quelques gros cailloux très 
roulés du granité de Berlenga et de quartz, et encore une 
grande quantité de masses arrondies, et aussi très usées 



,ï Google 



à la surface, de silex concrétionné, montrant dans la croûte 
extérieure et quelquefois dans toute leur épaisseur la cou- 
leur blanche du silex terreux. Un grand nombre des cail- 
loux de silex sont fissurés, et de beaucoup d'entre eux on a 
détaché des éclats sur lesquels le travail humain peut se 
reconnaître. Il est évident que ce calcaire stalagmitique n'est 
pas une formation contemporaine de l'introduction du dépôt 
sableux dans la grotte, mais qu'il est de date postérieure, 
les eaux qui tombaient de la voûte ou qui ruisselaient le long 
des parois, s'étant infiltrées à travers les sables et s'accumu- 
lant dans la partie la plus profonde de la grotte où elles 
laissaient précipiter le calcaire. C'est pourquoi celui-ci man- 
que presque absolument dans les niveaux supérieurs où les 
sables sont meubles, sauf dans quelques points prés des pa- 
rois, où ils se montrent au contraire fonement cimentés. 

Les restes d'animaux rencontrés dans cette partie su- 
périeure du i" niveau sont en petit nombre et peuvent se 
rapporter aux espèces suivantes: 

Hjaena: fragments de mâchoire et dents détaches. 

Lepus cuniculus, maxillaires supérieurs et inférieurs et dif- 
férents os du squelette, appartenant h 4 individus au 
moins. 

Oiseau ind., un cubitus. 

Patella, moule interne empâté dans la roche. 

Coprolithe, très probablement d'hyène. 

Cette dernière trouvaille me paraît importante pour dé- 
montrer que dès les premiers temps où cette grotte fut ha- 
bitée ou plutôt fréquentée par l'homme, l'hyène aussi y 
pénétrait. Nous pouvons conjecturer que ce fut dans la 
grotte même que nos troglodytes en lutte constante avec ces 



^ 



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_ï47_ 
animaux, s'emparèrent parfois de quelques-uns d'entre eux, 
en'se servant peut-être de la ruse employée par les sauvages 
actuels et que M. Edouard Dupont nous indique dans sa 
description magistrale des cavernes de la Belgique*. Cette 
ruse, à laquelle la grotte se prêtait à merveille, consistait 
dans Tobstruction de l'entrée de la grotte avec des fagots 
de broussailles, auxquels on mettait le feu dès que l'on 
s'apercevait que les animaux y étaient renfermés'. 

2*"" Niveau osslfére. — La couche ossifère dont nous 
avons parlé était séparée de la couche immédiatement su- 
périeure par un intervalle de plus d'un mètre de sables 
meubles très fins où l'on ne rencontra aucun vestige d'osse- 
ments. Cette couche dénuée de restes d'animaux représente 
la première irruption des courants diluviens dans la grotte 
depuis qu'elle fût habitée. En effet, l'existence de différents 
niveaux ossiftres séparés par des nappes de sable où les res- 
tes d'animaux manquent absolument, prouve selon nous, que 
l'introduction de ces restes n'a pas été simultanée, c'est-à- 
dire faite tout d'un coup, mais bien par intervalles, chaque 
couche devant alternativement représenter une période dis- 
tincte d'occupation de la grotte et de l'irruption des cou- 
rants quaternaires. 

Nous ne pouvons pas présumer, vu la situation parti- 
culière de la grotte au bord de la mer, que ce furent les 
crues considérables de quelque cours d'eau régulier qui ont 

' L'homme pendant les âges de la pierre dans les environs de Di- 
nant-sur-Meuse. Bruxelles, i872. 

* Les paysans de Cesareda emploient encore aujourd'hui la m£me 
méthode pour la chasse de la genette et du blaireau, i 
moins à craindre pourtant que quelques autres espèces qui e 
pendant l'époque quaternaire dans les environs de Furninha. 



1^ 



848 
produit ce résultat, comme ce fut le cas dans les cavernes 
de la Meuse, par exemple. 

Ce phénomène, tant de fois répété, et à ce qu'U paraît 
avec une si grande irrégularité, ne peut être dû qu'à l'action 
même de la mer, qui à l''occasion des grandes marées rendait 
la grotte inhabitable et y jetait de grands amas de sable 
(ce qui expliquerait l'occupation alternative de la grotte par 
l'homme et par les hyènes); ou, en supposant, comme l'on 
ne peut pas s'empêcher de le faire, qu'à l'époque quater- 
naire l'entrée de la grotte était très différente de ce qu'elle 
est aujourd'hui et qu'il existait alors une barrière de rochers 
que la mer dans des circonstances ordinaires ne pouvait pas 
franchir, mais qu''elle a détruit successivement, dans ce cas 
les sables pourraient avoir été amenés pas des courants ve- 
nant de la surface. En tout cas, on doit remarquer l'asso- 
ciation, dans la même strate, d'éclats d'os très roulés par 
les eaux, joints à d'autres qui ne le sont point du tout et 
avec des os entiers, qui n'ont pas souffert le moindre dé- 
gât; ce fait prouve que les premiers y furent introduits par 
l'homme, et ont été exposés ensuite à l'action des eaux, qui, 
comme nous Pavons vu, auraient amené à diverses reprises 
les sables dans la grotte. 

Dans ce deuxième niveau ossifère la faune mammalogi- 
que est mieux représentée que dans le niveau précédent, 
tant par le nombre d'espèces, que par l'abondance des os- 
sements qu'on y a rencontrés. Nous pouvons constater l'exis- 
tence des espèces suivantes: 

Ërinaceus europaeus^ fragments de mâchoires et i humérus. 

Ursus, 3 ou 4 espèces de différente taille, probablement: 
U. spelaeus mi'nor, U. Leodiensis et U. priscus (de 
Schmerling) et peut-être aussi U. arctos, juv. 



,ï Google 



249 
Ce genre est représenté par des fragments de maxil- 
laires, dents détachées, vertèbres, fragments de côtes, 
plusieurs os longs, la plupart incomplets: humérus, 
cubitus, radius, fémurs, tibias; os du carpe, du tarse, 
du métacarpe, du métatarse et une vingtaine de pha- 
langes, dont 9 onguéales. 

Mêles taxuSf 2 fragments de maxillaire supérieur avec 
quelques dents et un cubitus. 

Canis lupus, crâne incomplet, maxillfùres, dents détachées 
et différents os. 

Canis sp., fémur, tibia et d'autres os. 

Hyaena vulgarts^ crâne incomplet, maxillaires supérieurs, 
dents séparées et différents os d'individus adultes et 
d'autres encore très jeunes, ceux-ci prédominant. 

Felis^ 2 espèces, l'une de grande taille approchant du 
F. lynx, l'autre beaucoup plus petite, peut-être F. ca- 
tus, ou Felis sp, £';Ies deux représentées par beaucoup 
d'os différents, parmi lesquels un tibia rot^é. 

Arvicola ampki'bius, un seul maxillaire inférieur gauche. 

Lepus cuniculus, restes de 16 individus au moins, d'après 
ce que l'on peut juger par les maxillaires inférieurs. 

Eqitus caballus, une seule phalange (la deuxième). 

Cervus?, dent molaire et un os métacarpien. 

Oiseaux ind., 2 ou 3 espèces, représentées par une grande 
quantité d'os. 

Il faut encore ajouter comme vestiges de l'existence 
contemporaine de l'homme, la rencontre de beaucoup d'éclats 
d'os longs, brisés longïtudinalement, dont un grand nombre 
ont été postérieurement roulés ; la rencontre du nucléus d'un 

< V. Notice sur les grottes de Cesareda, pag. 94, pi. 11, fîg. 10. 



..Gexfcî^ 



25o 

rognon de silex blanc et d'un petit éclat de forme allongée 
qui peut-être en avait été détaché et ne paraît pas avoir été 
produit accidentellement; enfin le travail évidemment prati- 
qué sur quelques os, notamment sur un cubitus de Feh's. 

Beaucoup de ces os d'animaux et de ces éclats d'os, 
exception faite de ceux de l'hyÈne, ont été rongés; c'est-là 
une preuve évidente que ce Carnivore hantait la grotte et 
profitait des restes des repas que l'homme y avait laissés. 

Ce qui est surtout remarquable c'est la rencontre dans 
ce niveau ossifère, de la moitié d'un radius d''un grand Ca- 
iiis (très probablement C. lupus spelaetis) qui n'accusait pas 
un long transport et dont l'autre moitié a été rencontrée 
dans le niveau ossifère supérieur, à i'°,'io au-dessus de celle- 
là. Les deux fragments ont pu parfaitement s'ajuster, et par 
la différence de couleur de la surface on reconnaît qu'il ont 
été soumis à des conditions différentes. La fracture trans- 
versale ne dénote pas l'intervention humaine; au contraire, 
il est plus simple de supposer que cet os ait été brisé acci- 
dentellement, et que les courants qui ont balayé le sol de 
la grotte, aient d'abord lancé l'un des fragments dans le puits, 
en même temps que les autres restes d'animaux qui se 
trouvaient à ce niveau, et y aient ensuite lancé les sables 
en laissant l'autre fragment qui y fût introduit plus tard. 
Ce fait n'est pas cependant unique: beaucoup d'os d'un 
même niveau étaient brisés et leurs fragments se trouvaient 
sépares de i°,o voire même de î",© dans le sens horizontal. 

36=. niveau ossifère. — Au-dessus du niveau que nous 
venons de décrire succédait, comme nous l'avons dit, une nap- 
pe de sable meuble, de i°',3o d'épaisseur, où les os étaient 
extrêmement rares, ce qui doit indiquer, à ce qu'il paraît, 
la séparation de deux périodes distinctes d'occupation de 



,ï Google 



a5i 

la grotte. Cette couche ossifère a l'épaisseur de o^i^o com- 
prise entre 6"",o et 6",5o de profondeur; cependant les os 
n'étaient pas distribués au hasard à cette hauteur; ils y 
formaient trois petites couches distinctes séparées par de 
minces lits de sable; nous avons cru, cependant, convena- 
ble de les réunir dans un niveau unique. 

Dans ce 3*"* niveau, le plus riche par l'abondance et 
l'état plus parfait de conservation des exemplaires, de même 
que par le nombre des espèces représentées, les restes des 
squelettes de l'ours et de l'hyène étaient surtout abondants. 
Il faut mentionner spécialement un crâne presque complet, 
que nous croyons appartenir à l'espèce U. pn'scus, Cuv., 
la meilleure pièce de ce genre que nous ayons obtenue et 
qui offre la singularité d'avoir été rongée profondément dans 
la région pariétale droite et aussi sur la crête sagittale. 

Ce fait vient clairement prouver que la grotte servait 
temporairement de retraite aux hyènes, ou au moins qu'el- 
les y pénétraient pour profiter des restes des repas que nos 
troglodytes y laissaient. 

Mais ce qui est encore plus important, c'est la rencon- 
tre dans la partie supérieure de la couche ossifère, à 6 mè- 
tres de profondeur de la surface des sables, d'un fragment 
de maxillaire inférieur humain, de très petites dimensions, 
très probablement d'un enfant, et qui est représenté seule- 
ment par ie condyle et une partie de la branche ascendante 
droite (pi. i a, fig. i •). 

Voici la liste des espèces, que nous avons pu détermi- 
ner avec plus ou moins de certitude, trouvées dans les trois 
strates fossilifères comprises dans cette couche: 

Vesperttlto, 2 espèces de taille différente. 

Erinaceus europaeus, restes appartenant à plusieurs indivî- 



fl 



gi'-' 



252 

dus; maxillaires supérieurs et inférieurs, humérus, cubi- 
tus, radius, fémur et tibia. 
Ursus. Grane incomplet rongé, auquel manquaient tous 
les os de la face; en outre, des maxillaires inférieurs, 
des dents détachées nombreuses et beaucoup de piè- 
ces des différentes parties du squelette, la plupart 
cassées, et une énorme quantité d'éclats d'os, pres- 
que tous roulés et quelques-uns rongés. On doit surtout 
signaler un péroné entier, qui a été brisé et resoudé 
pendant la vie de l'individu, montrant une grande cal- 
losité; ainsi qu'une patte antérieure droite, dont on a 
trouvé presque tous les os réunis et qui a pu être re- 
construite. Les restes de ce genre témoignent de l'exis- 
tence dans le dépôt d'un grand nombre d'individus; 
on ne pourrait cependant pas former avec eux un seul 
squelette, ils ne représentent même pas toutes les diffé- 
rentes parties qui le composent. 

Nous avons cru pouvoir rapporter ces restes aux es- 
pèces suivantes: 

U. spelaeus minor, Blum. 

U, priscus, Cuv, 

U. Leodiensis, Schmerl. 

U. Arctoideus, Blum. (==£/. planus, Olien). 

Mêles taxus, 2 dents détachées et un humérus incomplet. 

Canis lupus, maxillaires inférieurs, dents détachées, hu- 
mérus, radius, fémur, os iliaque, phalanges. 

Canis pulpes, maxillaire inférieur, canine détachée, humé- 
rus incomplet, fémur, tibia. 

Canis sp, de grande taille, plusieurs radius et une omo- 
plate et des fragments du tibia appartenant probable- 
ment à la mime espèce. Il mérite d'attirer l'attention 



,ï Google 



253 

que cette espèce de camivore, peut-être la même dont 
nous avons soupçonné l'existence dans le dépôt infé- 
rieur de Casa da Moura*, ne soit représentée que par 
quelques radius entiers, les autres pièces du squelette 
faisant presque absolument défaut. 

Mustela vulgaris, maxillaire inférieur droit. 

Mustela ou VivetTo, 3 maxillaires inférieurs, incomplets, 
et une dent principale détachée. 

Hyaena, restes abondants appartenant probablement à 3 
espèces distinctes. On a trouvé un crâne entier avec 
la mâchoire inférieure correspondante; en outre 3 crâ- 
nes, 9 maxillaires inférieurs en parfait état de conser- 
vation, et fragments d'autres, en partie d'individus très 
jeunes ou montrant encore la deuxième évolution den- 
taire. On a de même rencontré beaucoup de dents dé- 
tachées, ainsi que des pièces de toutes les parties du 
squelette: vertèbres, côtes, sternum, omoplates, humé- 
rus, cubitus, radius, os iliaques, fémurs, rotule, tibias, 
péroné, os du carpe, du métacarpe, du tarse, du méta- 
tarse et phalanges, dont plusieurs onguéales. 

Les crânes et la plus grande partie de ces os nous 
paraissent appartenir à l'espèce H. vtdgaris qui habite 
actuellement le nord de l'Afrique. Par contre un ma- 
xillaire inférieur et plusieurs os longs pourraient être 
rapportés à VH.prisca figuré par Blainville,(Ostéogr., 
pi. vni), qui a d'ailleurs les plus grands rapports avec l'es- 
pèce précédente par la disposition Carnivore du système 
dentaire. Enfin, un fragment de maxillaire supérieur d'un 
individu très jeune, ressemble à VH. crocuta par la dis- 
position du talon placé au mUieu de la dent principale. 

' V. Nonce sur les grottes de Cesareda, pag, 98, pi. 111, fig. 5, 



ogie 



254 
Bien que nos exemplaires soient d'une espèce de plus 
grandes dimensions que celle découverte dans l'Au- 
vergne {H. Perricri^ Croizct et Jobert) qui, d'après Blain- 
ville, se rapproche aussi beaucoup de Thyène de l'Afri- 
que (H. vulgaris), on arrivera peut-être à établir qu'ils 
appartiennent bien à cette espèce. 

Dans la plus grande mâchoire les dents ne sont pas 
aussi imbriquées que dans les autres, ce caractère pour- 
tant pourra dépendre de l'âge de l'individu. 

Felis, restes appartenant à 4 espèces différentes du moins, 
savoir: Felis catus, Felis sp. a, Felis sp. ô, Felis sp. e, 
qui ont été séparées d'après l'étude des maxillaires in- 
férieurs et des dents .détachées. On a trouvé aussi des 
pièces des différentes parties du squelette: vertèbres, 
sternum (pièces séparées), omoplate (fragment), humé- 
rus, radius, cubitus, os iliaque, fémurs, rotule, tibia 
(extrémité inférieure), péronés, os du métacarpe, du 
tarse, du métatarse, et phalanges. 

Lepus cuniculus, ossements très nombreux, des maxillai- 
res inférieurs surtout. 

La taille de cette espèce fossile paraît dépasser celle 
du lapin sauvage actuel; parmi les fémurs il y en a de 
plus grandes dimensions encore, qui semblent approcher 
de ceux du lièvre (L. timidusj, tandis que la plupart ap- 
partiennent très probablement à l'espèce nommée. 

Insectivores ind., fémurs de 3 espèces différentes. 

Rhinocéros tichorhinus?, une dent molaire avec la racine 
incomplète et qui probablement n'aurait pas encore 
percé l'alvéole, et fragments d'autres dents qui nous 
semblent appartenir aussi au genre Rhinocéros. 

Cerviis^ restes appartenant à plus d'une espèce. Dents in- 
cisives et molaires, vertèbres caudales, humérus (frag- 



,ï Google 



ments), fémurs (id.), tibia, calcanéum, astragale, mé- 
tatarsiens (a extrémités inférieures et a éclats longi- 
tudinaux roulés) et phalanges. 

'Bos, 4 dents molaires appartenant peut-être à deux espèces 
de petite taille, 2 astragales et fragments de métatarsien. 

Oiseaux ind., ossements nombreux appartenant à plu- 
sieurs espèces, dont l'une serait de très grande taille, 
d'après ce que l'on peut juger de la longueur d'un hu- 
mérus incomplet, mesurant o'",277 quoique l'extrémité 
supérieure manque. 

Poissons, 5 vertèbres séparées. 

Ces os étaient enfouis dans un sable fin, meuble, et 
comme il arrive ordinairement dans les autres niveaux, ils 
ont la surface couverte par des dendrites manganésifères. 

Avec ces os il se trouvait quelques éclats de cailloux 
de quartz, des rognons de silex entiers ou cassés, et des 
éclats séparés de ces silex, montrant clairement que nos tro- 
glodytes fabriquaient eux-mêmes dans la grotte les instru- 
ments dont ils se servaient. 

Dans toute l'épaisseur de la couche, surtout à la partie 
inférieure, on a aussi trouvé, en grande quantité, des cailloux 
roulés de quartzite, de quartz et de silex, entiers ou cassés, 
dont on a détaché quelquefois intentionnellement des éclats; 
d'autres fois, au contraire, on ne saurait affirmer que la cas- 
sure n'ait pas été produite par une cause naturelle, comme 
le serait, par exemple, le choc, les uns contre les autres, des 
cailloux entraînés dans la grotte; il se peut aussi qu'ils aient 
éclatés à la surface du sol avant d'être introduits dans la 
grotte. 

Dans la partie supérieure de cette couche il a été trouvé 
un petit couteau de silex avec les bords ébréchés par l'usage; 



,ïGo(|qW 



256 

ce couteau (pi. ii, fig. 5) était de section triangulaire très 
aplatie, il avait bj millimètres de longueur et i8 millimè- 
tres de largeur. On y a trouvé encore 5 éclats de silex et un 
de quartzite se terminant en pointe; ces objets peuvent avoir 
servi de flèches. On y a rencontré également un éclat de 
quartz blanc et un autre de silex, qui probablement ont servi 
de grattoirs. 

Suivant l'ordre des profondeurs, qui n'est pas Tor- 
dre chronologique, que Ton ne saurait déterminer, nous 
devons maintenant indiquer la rencontre d'un grand silex à 
5°',8o au-dessous de la surface des sables, mais dans le mi- 
lieu de la galerie principale et avant d'atteindre l'ouverture 
du puits, c'est-à-dire, en amont de ce puits, eu égard à la di- 
rection unique que les courants pouvaient suivre au dedans 
de la grotte. Ce silex, ainsi que deux autres objets qui 
l'accompagnaient — un petit nucléus ou rognon de silex blanc, 
ébréché sur différentes faces, et un éclat de l'intérieur d'un 
autre rognon, où l'intervention du travail humain est évi- 
dente — ont été trouvés à o",! ou o"',3 au-dessus de la ro- 
che du fond de la grotte, ayant été certainement entraînés 
jusques là par les courants quaternaires, ainsi que les os 
et les silex ont été entraînés vers le fond du puits contigu. 

Le grand silex (pi. i) a la forme amygdalaîre du type 
de Saint-Acheul; il est formé d'un rognon, éclaté des deux 
côtés, et se terminant en pointe obtuse aux deux extrémi- 
tés, avec les angles vifs. Il a i68 millimètres de longueur, 8i 
de largeur et Sa d'épaisseur; on voit encore sur une partie 
de sa surface les restes de la croûte terreuse qui recouvrait 
primitivement le rognon. 

4*m« Niveau ossifére.— A &",5o au-dessous de la 
surface des sables quaternaires, ou O^^bo au-dessous de l'an- 



-\ 



„Google 



257 

cien sol de la grotte, il y avait, dans le trou ou puits, une 
autre accumulation d'ossements, formant une strate mince, 
mais qui par son isolement au milieu des sables, et par la 
présence d'une petite espèce de Hélix, qui s'est seulement 
trouvée dans ce niveau, paraissait marquer une période dis- 
tincte d'occupgtion de la grotte, pendant laquelle celle-ci 
était parfaitement à sec. 

Le sable, qui renfermait ces os était, comme dans les 
autres niveaux, fin, jaunâtre, meuble, et auprès des parois 
de la grotte, en partie cimenté par le tuf calcaire et par 
l'oxyde de manganèse, qui couvrait la surface des os de ta- 
ches noires dendritiques. 

Les restes d'animaux obtenus dans ce niveau sont très 
peu nombreux et la liste des espèces très restreinte; elle 
comprend seulement les espèces suivantes : 

Urstis, fragments de côtes, vertèbre, fémur (la moitié in- 
férieure), 

Felis sp. aff. F. lynx, humérus (moitié inférieure), fémur 
gauche entier. 

Cerviis, fragment de maxillaire inférieur et une dent mo- 
laire supérieure détachée. 

'BoSy espèce de petite taille représentée par une dent mo- 
laire détachée de la mâchoire supérieure, l'extrémité 
inférieure d'un radius, et un os métatarsien. 

Nous ferons encore mention d'un éclat d'un grand os 
long de bœuf ou de quelque animal de plus grande taille, 
et un fragment d'os long, maïs de moindre dimension, écrasé 
ou cassé intentionnellement et conservant encore les éclats 
dans leurs positions relatives. 



.,Ci 



2J8 

5*" Niveau ossifôre. — Au-dessus du niveau precé- 
dcnt, séparé par un banc de sable stérile de 5o centime- I 
très d'épaisseur, il y avait dans le puits une autre strate os- ' 
sifère, où les os étaient plus abondants, et les espèces plus 
nombreuses. Dans cet endroit on a recueilli des débrià des 
espèces suivantes: ' 

Erinaceus etiropaeus, maxillaires inférieur et supérieur, 
vertèbre lombaire, humérus, cubitus, radius, fémur, 
tibias (3). 
Ursus, une dent incisive, humérus (epîphyses des deui 
extrémités), cubitus (fragments), vertèbres, métacar- 
pien, phalange. 

Canis, 2 espèces indéterminées, l'une de taille inférieure 
à celle du loup, réprésentée par une dent principale ei 
la première molaire supérieure droite, et l'autre espèce 
de taille beaucoup plus petite dont on a trouvé seule- 
ment l'extrémité supérieure d'un cubitus. 

Mustela, fragment de maxillaire inférieur droit avec les 
3 prémolaires. 

Hj'aena vtilgaris et une autre espèce, fragments du crâne 
et des maxillaires, dents détachées, vertèbres, côtes, 
humérus (de 2 espèces différentes), radius, cubitus, fé- 
mur, péroné (fragments), 3 calcanéums (de 2 espèces 
différentes), phalanges onguéales. 

Felt's, vertèbre caudale, cubitus, os iliaque, métacarpien, 
phalanges. 

Lepus cunkultts, maxillaires supérieurs et inférieurs, ver- 
tèbres, omoplate, humérus, cubitus, os iliaques, fémurs, 
tibias, calcanéum, métatarsiens. 

CervuSy dents molaires, métatarsien (fragment), astraga- 
les, phalanges. 



,ï Google 



25g 

'Bos^ un os du carpe et fragments d'omoplate et d'une 
phalange. 

Oiseaux, restes de 3 espèces différentes du moins: omo- 
plates, humérus, cubitus, métacarpien, fémur et tibia. 

Poissons, 5 vertèbres, dont deux ont été sciées dans le 
sens transversal. 

Nous avons à ajouter à cette liste l'indication d'une 
quantité extraordinaire de coprolithes, les uns plus grands et 
d'autres plus petits, mais tous de même forme et très pro- 
bablement appartenant à l'hyène; il semble donc qu'à cette 
époque ce Carnivore a tranquillement habité la grotte pen- 
dant une longue période. 

On y a aussi rencontré 2 éclats de silex blanc sur les- 
quels l'action humaine est évidente, et des éclats d'os en 
quantité, quelques-uns roulés ou ayant les arêtes arrondies. 
Un de ces éclats, très épais, d'Ursiis ou de Bos, était fa- 
çonné et avait un trou cylindrique très parfait, peut-être 
pour être suspendu et employé comme ornement (pi. i a, 
fig. 4.). 

Au niveau ossifère précédent succédait un banc épais 
de i'",5o de sable meuble, qui pouvait être creusé à la 
main, où. il n'y. avait point d'ossements; au-dessus de 
cette couche, à 3"',5o de profondeur de la surface des sa- 
bles, tout près de l'ouverture du puits et à l'extérieur, 
se trouvait une remarquable accumulation d'ossements gi- 
sant immédiatement sur le calcaire jurassique du fond de 
la grotte. Ces os étaient en grande partie fortement cimen- 
tés avec les sables, de sorte qu'il n'a pas été possible, sans 
les endommager, de les dégager du calcaire qui les couvrait; 
et leur situation en cet endroit doit s'expliquer de la même 
manière que nous la comprenons dans les niveaux inférieurs 



-'^ 



200 

dans le puits: ces os ont été entraînés par les courants qui 
sont entrés dans la grotte et, par des circonstances parti- 
culières, n'ont pu franchir la protubérance de la roche for- 
mant le bord du puits, pour s'y précipiter. • 

Ainsi, on ne saurait affirmer que ces os représentent un 
niveau distinct, c'est-à-dire une période spéciale d'habitation 
de ta grotte; on devrait plutôt dire qu'ils appartiennent à 
la même époque qu'un des niveaux décrits, ayant échappé 
à un nouveau transport, comme il est arrivé pendant quel- 
que temps à la moitié du radius de loup, que nous avons 
trouvé à la panic inférieure du 3*'"° niveau, et qui en réa- 
lité appartenait à un niveau inférieur à celui-ci. 

Les restes des animaux n'étaient pas rares dans ce point 
de la grotte et la liste que nous en donnons offi-e quelque 
intérêt par rapport aux listes précédentes. 

Ursus, 3 espèces, dont l'une, U. gtganteus, est représen- 
tée par la moitié supérieure d'un tibia et l'extrémité 
supérieure d'un cubitus. En outre on a trouvé des res- 
tes de 2 autres espèces indéterminées: plusieurs ver- 
tèbres, côtes (fragments), humérus et cubitus (-extrémi- 
tés supérieures d'une espèce de petite taille), radius, os 
iliaque, fémur et péroné (fragments), calcanéum, méta- 
carpien, métatarsien et 2 phalanges. 

Canis lupus, maxillaire inférieur droit incomplet d'un in- 
dividu de cette espèce avec la première série dentaire 
et radius (extrémités supérieure et inférieure). , 

Hyaena, 2 dents incisives, une canine et 2 molaires, une 
vertèbre dorsale et un os iliaque. 

Felis, 2 espèces : humérus (2 extrémités supérieures dif- 
férentes), cubitus (fragment), fémur (extrémité infé- 



ly Google 



26l 

Lepiis cuniciilus, maxillaire inférieur incomplet et beau- 
coup d'os différents aussi incomplets. 

Cervtis. Nous réunissons sous ce titre les restes des ru- 
minants s'approchani beaucoup de ce genre, et peut- 
être appartenant à 3 espèces différentes. Ces restes 
consistent en trois dents molaires détachées, omoplate, 
humérus, radius incomplet, fémur id., fragments de mé- 
tacarpien et de métatarsien. 

Eqmis, un astragale seulement. 

Oiseaux, restes de trois espèces indéterminées: omoplate, 
2 humérus, cubitus et 3 métacarpiens. ' 

Chéloniens, 2 fragments de la carapace de deux espèces 
distinctes. 

Hélix, un petit spécimen engagé dans les sables cimen- 
tés par le calcaire stalagmitiquc. 

Pour compléter cette liste il faut considérer aussi divers 
ossements indéterminés, des fragments d'os longs et beau- 
coup d'éclats, dont un grand nombre roulés, et de nombreux 
coprolithes, pour la plus grande partie ou tous se rappor- 
tant très probablement à l'hyène. 

Comme indice de l'existence de l'homme dans cette pé- 
riode, on a encore trouvé, à côte des os d'animaux, un éclat 
de silex blanc, façonné, ayant servi probablement de grat- 
toir; et un caillou roulé, de silex également blanc, de forme 
ellipsoïdale très aplatie, usé d'un côté comme s'il avait servi 
de brunissoir ou de lissoir. 

6*"" Niveau ossifére. — Nous considérons ce niveau 
ossifère constitue principalement par une strate qui fut dé- 
couvene à S^iSO de profondeur de la surface des sables, et 
par conséquent séparée du niveau inférieur par un intervalle 



,ï Google 



262 

de i",8o de sables stériles. On ne saurait cependant sépa- 
rer de cène strate une autre qui se trouvait o'°,20 au-des- 
sus et dans laquelle étaient enfouis plusieurs os et quel- 
ques dents d'animau.\. Dans la liste suivante sont réunis les 
restes d''aniinaux rencontrés dans les deux strates et les 
vestiges qu'on y a trouvés de l'existence simultanée de 
l'homme. 

Ursus, "il dents molaires d'un jeune individu, 2 vertèbres, 
fragment de côte, astragale, 3 métatarsiens, 2 phalan- 
ges. 

Canis lupus, maxillaire inférieur droit incomplet avec les 
2 premières postéro-molaires, 

Hyaena vulgaris. vertèbre, phalange ; coprolithes, très 
probablement de cette espèce. 

Feîis, cubitus (extrémité supérieure) et fragment de tibia. 

Lepus cuniailus, maxillaire supérieur incomplet, radius, 
os iliaques, fémurs, tibia, métatarsien. 

CervHS?, dent molaire, vertèbre cervicale, phalange. 

"Bos, fragment de l'extrémité inférieure d'un métacarpien 
fendu longitudinalement et une phalange. 

Oiseau ind., crâne, humérus, cubitus, métacarpien. 

Ghélonien, fragment du bord de la carapace. 

Éclats d'os longs, quelques-uns roulés, ayant les arêtes 
arrondies. 

Éclat d'un grand os long, avec des incisions sur la 
surface intérieure, produites par un instrument tran- 
chant. 

Fragment d'os long écrasé, ayant encore les éclats dans 
leur position relative. 

Éclat de silex jaunâtre, avec des taches brun-foncé et 
rougeâtre, du type des couteaux. 



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J. Delgado. 



Il de Mombo i* ViDti). 60 



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J. Belgado. 



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J. Delgado. 



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J. Delgado. 



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J. Delgado. 



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J. Delgado. 



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J. Delcado. 



Litli Fini Rui do Hointio dt Ticto. BO. 



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J. Delgado 



fUa^. et PhotC'i. de k D. Sautoi. Aieliei de li Seclios Gidogiquf. 

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i6S 

Un autre éclat de silex, séparé probablement du même 

rognon que l'instrument précédent. 
Éclats de quartzite et de quartz, et cailloux éclatés de ces 

substances. 

7*"" Niveau ossifôre. — Le niveau le plus élevé où se 
trouvaient des restes d'animaux, d'ailleurs en petite quan- 
tité, était à i",5o au-dessous de la surface des sables qua- 
ternaires, c'est-à-dire 2'",5o de l'ancien sol de la grotte. Les 
sables, dans cet endroit, avaient un aspect différent de ce- 
lui qu'ils ont dans les niveaux inférieurs; ces sables étaient 
fins, très micacés, blancs, et plus ou moins cimentés par le 
tuf ou calcaire stalagmitique à l'état terreux. On y a obtenu 
des restes d'animaux et autres objets, dont voici la liste; 

Ursus, apophyse épineuse d'une vertèbre dorsale, dont le 
corps s'est perdu lors de l'extraction. 

Lepus, quelques dents détachées et fémur. 

Coprolithe, très probablement d'hyène. 

Éclats de silex (6) ; deux de ces éclats peuvent avoir servi 
comme instruments ou armes de trait, et un autre com- 
me grattoir. 

Caillou roulé de quartz blanc de forme ellipsoïdale, éclaté 
aux deux extrémités, et des fragments de cailloux plus 
petits. 

Tels sont les premiers indices de la faune quaternaire 
et les preuves simultanées de la présence de l'homme que 
nous avons découvert dans cette grotte; indices qui nous 
ont encouragé à poursuivre les explorations, dont la réus- 
site a couronné nos efforts. 



■M 



264 

L'ensemble des faits présentés prouve indubitablement 
que la grotte fut habitée par l'homme dans tes premières 
phases de l'époque quaternaire, c'est-à-dire, pendant la for- 
mation des plus anciens dépôts de cenc époque dans notre 
pays, lorsque les conditions climatologiques et le relief du 
sol étaient certainement autres qu"'ils ne le sont aujourd'hui. 

D'après ce que nous avons dit il reste aussi sous-en- 
tendu que le dépôt, qui a rempli paniellement la grotte, doit 
être considéré contemporain du dépôt sableux qui couvre 
le plateau de Cesareda, et y remplit les cavités du calcaire 
jurassique, ainsi que dans la péninsule de Péniche; dans ce 
dépôt nous avons rencontré de même quelques silex du type 
paléolithique. 

Les preuves qui ont été fournies par cette grotte, de 
l'existence de l'homme contemporain des espèces d'animaux 
éteintes, ou depuis longtemps disparues de notre pays, 
sont toul-à-fait convaincantes. Ces preuves dérivent de la 
rencontre des silex réunis aux ossements dans la même 
strate, aussi bien que de la fracture et du dommage qu'ils 
ont subis, et finalement de la rencontre du petit fragment de 
maxillaire humain trouvé à peu près à mi-hauteur du dépôt; 
cette pièce, quelque exiguës que soient ses dimensions, n'en 
a pas moins une haute signification ethnographique. 



BisonsslOQ 

M. DE Baye : Le cr3ne qui porte les marques éviden- 
tes d'un commencement de trépanation (pi. xv) est une pièce 
nouvelle, unique en ce moment, qui corrobore puissamment 
les observations faites en France, dans la Marne et dans 
la Lozère. L'opération déjà avancée a été suspendue; elle 



,ï Google 



265 

affirme sous une forme indiscutable, la coutume de la trépa- 
nation pendant la période néolithique. C'est un trait de res- 
semblance de plus entre des stations situées il des distances 
considérables. 

Il existe des exemptes qui démontrent que l'individu a 
survécu à la perforation de la table crânienne. L'examen 
du crâne signalé par M. Delgado, constate que le sujet n'a 
pas survécu. Les cellules diploïques sont restées béantes 
partout où elles ont été incisées. L'action de l'instrument 
en silex se reconnaît aisément Les coups mal assurés qui 
apparaissent en dehors des sillons déjà bien formés, con- 
courent à la même démonstration. Effectivement, les traces 
des déviations de l'instrument sont, les premières que la ré- 
paration cicatricielle fait disparaître, lorsque le sujet survit. 
Oes subsistent au contraire sur les crânes qui ont subi la 
trépanation posthume. 

Le crâne à moitié trépane répond victorieusement aux 
objections qui ont été formulées, car les causes accidentel- 
les alléguées seraient impuissantes, pour produire de tels ef- 
fets. 

L'importance du fait est très grande. J'en produis la 
mention afin qu'un document si précieux ne reste pas ou- 
blié et inutile. D'autres plus autorisés, je l'espère, en feront 
ressortir la valeur. 

M. Cartailhac: Il faut d'abord que je rende hommage 
aux grands services rendus par M. Delgado. Les fouilles 
faites sous sa direction, par leur précision et leur méthode, 
rappellent celles si célèbres de M. Dupont. 

Mais le géologue portugais, comme son savant collègue 
de Belgique, n'a-t-il pas été, à certains égards, entraîné à pro- 
poser des conclusions qu'il n'est pas possible d'accepter? 



fV. 



i66 

La question de l'anthropophagie n'est pas nouvelle. En 

1842 Spring découvrait à Chauvaux, dans une brèche os- 
sifère, des ossements d'homme, de bœuf, cerf, mouton, 
sanglier, tous traités de la même manière, c'est-à-dire bri- 
sés lorsqu'ils étaient longs, lorsqu'ils avaient contenu de la 
moelle. Les uns et les autres en partie calcinés; enfin, il n'y 
avait que des os d'adolescents, femmes ou jeunes enfants. 
L'accusation de cannibalisme raffiné eut un immense succès. 
Mais en 1872 M. Soreil reprit ces fouilles; il trouva 
sous la stalagmite explorée par Spring de nombreux osse- 
ments d'autant plus entiers qu'on se rapprochait des parois 
de l'abri; deux squelettes intacts et complets étaient ados- 
sés au rocher, et il y avait des restes d'hommes — des adul- 
tes, des vieillards — associés à de nombreux silev taillés de 
l'âge de la pierre polie, et bouleversés çii et là par le pas- 
sage des renards et des blaireaux. 

En Danemark, à Borreby, une chambne mégalithique 
était remplie d'ossements humains non brûlés et brûlés; 
ceux-ci étaient plus rares, répandus partout, et générale- 
ment cassés. Malgré les prudentes réserves de l'inventeur, 
on ne mit pas en doute le fait d'anthropophagie. 

Or, l'étude des tombeaux néolithiques de la Scandina- 
vie a prouvé que le feu allumé dans un but de purification, 
les enterrements successifs, etc., suffisaient à expliquer les 
faits du dolmen de Borreby et de bien d'autres, et que l'hy- 
pothèse de cannibalisme ne pouvait plus être admise. 

En France ont eut bien vite renoncé à elle et vojci 
pourquoi : 

Dans les foyers de l'âge du renne on rencontre quel- 
quefois des os humains; il ne faut pas oublier que les foyers 
ne renferçient pas uniquement des débris de repas, mais 
aussi des rejets d'industrie ;t)r, la matière première est l'os, 



,ï Google 



267 

et un os humain apporté là par hasard ne prouve pas plus 
le cannibalisme que les flûtes en tibia humain de Pompci. 
Les os longs trouvés dans ces gisements ne sont pas trai- 
tés comme ceux des animaux, et les entailles qu'ils offrent 
parfois s'expliquent par le fait qu'on a voulu les utiliser. 

Souvent ces os humains peuvent provenir de cadavres 
abandonnés près des foyers par ces populations qui ne pla- 
çaient leur morts ni dans les grottes ni dans la terre, et qui 
devaient fort ressembler, à cet égard comme à d'autres, aux 
habitants actuels les plus sauvages de la Sibérie orientale. 
Quelquefois, enfin, ils constituent des traces de sépultures 
néolithiques ou plus récentes, enfouies dans un sol riche en 
débris de tout genre, mutilés, remanies. 

Celle dernière explication est la plus plausible lorsque 
l'on rencontre des portions de squelettes humains dans les 
gisements néolithiques: à l'âge de la pierre polie, un grand 
nombre de cadavres trouvaient dans les grottes naturelles, 
plus ou moins fréquentées jusques là, leur demeure dernière; 
quelques-uns de ces abris funéraires ont été respectés, mais 
la plupart ont été rouverts et bouleversés, soit par l'homme, 
soit par certains animaux. Il est arrivé plusieurs fois à So- 
lutré, à L'Herm, etc., que des fouilles postérieures, plus 
étendues, ont, comme à Chauvaux, mis au jour la majeure 
partie du cimetière méconnu par les premiers explorateurs. 
Il est incontestable que l'anthropophagie a été pratiquée 
par bon nombre de sauvages modernes, mais pas par tous. 
De même il faut faire exception pour les sauvages de l'Eu- 
rope occidentale préhistorique. Nous n'avons pas, en effet, 
un seul foyer semblable à ceux des peuples cannibales. 

Sans entrer dans l'histoire bien connue aujourd'hui du 
cannibalisme, nous pouvons dire que nos ancêtres de l'âge 
du renne ou de l'âge de la pierre polie ne paraissent pas 



"ff. 



être dans les conditions ordinaires des races anthropopha- 
ges, au point de vue soit de la civilisation, soit des idées re- 
ligieuses, soit des nécessités de la vie. 

Un mot maintenant sur le cas spécial des grottes du 
Ponugal. Ce n'est pas seulement dans celle de Péniche que 
les os humains se présentent dans la situation et dans l'état 
que M. Delgado invoque en faveur de l'anthropophagie. 
Dans tous les autres gîtes, cavernes naturelles, grottes arti- 
ficielles, antas, on trouve des faits identiques ! De sorte que 
l'on aurait creusé des cryptes souterraines, on aurait élevé 
des mégalithes pour abriter les restes des repas d'anthropo- 
phages! C'est inadmissible! 

Pourquoi aurait-on laissé, avec les débris d'individus 
dévorés, les armes, les outils, les parures, les amulettes, les 
poteries entières? 

Ce sont en réalité des mobiliers funéraires, il s'agit uni- 
quement de sépultures dans lesquelles les morts ont été dé- 
posés à l'état de cadavres ou de squelettes, en général non 
incinérés; ces débris se sont trouvés, depuis le décès, sou- 
mis à des influences, à des actions bien diverses! 

Les os se conservent très différemment selon l'humidité 
et la nature chimique du sol, selon qu'ils sont plus ou moins 
soustraits aux agents atmosphériques. 

Les os humains ne se comportent pas.comme ceux des 
animaux; il y a pour eux, comme pour ceux des carnivores 
ou des herbivores, des fractures spéciales et caractéristi- 
ques. 

Enfin, l'action de l'homme aboutit à des résultats diffé- 
rents selon que l'os est frappé ou que l'on frappe avec l'os- 

C'est armé de tous ces renseignements que je nie, sans 
aucune réserve, toutes les soi-disant preuves du canniba- 
lisme préhistorique. 




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269 

Il faut louer, je le répète, le soin avec lequel M. Del- 
gado a fait ses fouilles, et grâce à cela même on peut par- 
ler comme si l'on avait assisté aux recherches, on a sous 
les yeux tous les éléments d'information. Les os qui man- 
quent sont ceux que l'on est habitué à ne pas rencontrer 
toutes les fois qu'on fouille une sépulture multiple; ce sont 
ceux qui dans les tombeaux simples se détruisent les pre- 
miers. Lorsque le squelette est seul, isolé, par exemple, dans 
un cercueil, il n'est pas rare de trouver que la pression des 
terres et l'action des milieux l'ont traité comme ceux des 
grottes du Portugal : même aspect, mêmes cassures, même 
élargissement du canal médullaire. 

Les incisions également invoquées par M. Delgado, sont 
dues aux dents des carnassiers de petite taille et surtout 
des rongeurs. 

Enfin si la grotte de Péniche est d'un accès très diffi- 
cile, on comprend mieux encore pourquoi elle avait été 
choisie pour garder les dépouilles des morts aimés ! 

M. DE Mortillet: Je ne saurais admettre l'hypothèse 
de l'anthropophagie. Nul animal ne dévore l'animal de son 
espèce si ce n'est pressé par la faim. Ces grottes sont des 
sépultures: la place choisie pour des festins ne serait pas as- 
surément d'un accès aussi difficile; tandis qu'il faut admet- 
tre qu'en général on a dû chercher pour des sépultures un 
lieu écarté et caché. J'ajouterai que souvent les os longs 
prétendus cassés par l'homme pour l'extraction de ta moelle 
ne renferment pas de moelle! En particulier la quantité de 
moelle contenue dans tels os humains est proportionnelle- 
ment moindre que dans les os longs des animaux de taille 
analogue. 



M. ViRCHOw: C'est bien le contraire, la moelle que ces 
os renferment est très abondante. 

M. Vasconcellos Abreu: Il me semble qu'une autre 
hypothèse pourrait bien être admise. On faisait des sacrifi- 
ces humons ; on offrait aux dieux la partie des individus tués, 
qui était la meilleure, et on dévorait le reste. L'anthropo- 
phagie à la suite de sacrifices humains se retrouve chez plu- 
sieurs peuples. 

M. HitDEBRAND: Jc trouvc une explication très plausi- 
ble pour le fait qui a frappé M. Delgado, la disproportion 
des os par rapport aux dents. On chercha une nouvelle sé- 
pulture, sans se soucier de ce que cette grotte contenait 
déjà. 



La commission nommée sous la proposition de M. 
ScHAAFFHAUsEN, et composée de MM. Bakbosa du Bocage, 
Capei-uni, Cartailhac, Delgado, Hildebrand, de Mortil- 
LET, Schaaffhalsen, Virchow et Vasconcellos Abreu, pré- 
senta le rapport suivant; 

Rapport de la oommisslon obargée d'étadlfir la question 
de l'anthropopliagle ft Faminba 

La réunion a eu Heu à une heure de l'après-midi, au mu- 
sée d'anthropologie de la Section Géologique. Tous les mem- 
bres étaient présents. On élut M. Virchow président et 
M. Vasconcellos Abreu rapporteur. 

M. Virchow, voyant que tous les membres de la com- 
mission étaient d'accord sur ce que quelques-uns des os longs 



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portaient des vestiges d'un rongeur et plusieurs même ceux 
d'un carnassier, proposa quatre questions: 

/" Sur les os qui nous sont présentés trouve-t-on des 
traces de travail humain avant l'action du feu et avant celle 
» des animaux? 

2" [f après les différentes proportions dans lesquelles on 
trouve les diverses parties des os des squelettes et d'après 
les ossements des adultes et des enfants peut-on conclure à 
r anthropophagie? 

3' I^s os cassés porlent-ils l'empreinte d'une cassure 
intentionnelle? 

4"^ /ja coexistence des silex taillés et d'autres pièces tra- 
vaillées, des hématites et de la poterie, avec des os brisés, est- 
elle la preuve d'un lieu ^habitation, ou d'un lieu de sépulture? 

Ces questions ont été débattues, l'une après l'autre et 
votées par tous les membres de la commission, excepté 
M. Delgado. Les conclusions générales sont les suivantes: 

M. Mortillet: Pour le cas en question il n'accepte pas 
l'anthropophagie. 

M. Capellini: Il l'accepte; elle lui semble évidente. 

M. Cartailhac: Nullement évidente; elle est inaccepia: 
ble. 

M. Barbosa nu Bocage: Elle lui semble très probable. 

M. Schaaffhausen : Pour le cas en question l'anthro- 
pophagie est prouvée. 

M. Hildebrand: 11 n'est pas de l'avis de ceux qui voient 
dans le cas en question les preuves de l'anthropophagie. 



r 



M. Vasconcellos Abreu; L'anthropophage lui semble 
très probable pour le cas en question; pourtant il ne xioavt 
pas de preuve scientifique suffisante pour la démonstration. 

M. ViRCHowiCest un cas douteux, peut-être il y eut de 
l'anthropophagie, mais elle n'est pas prouvée pour ce cas-ci. 

Ainsi il y a eu: 

2 voix, oui. 

2 voix, probable. 
1 voix, douteux. 

3 voix, non. 

Tous les membres de la commission ont fait justice aux 
soins méthodiques et rigoureux dont témoignent les travaux 
de M. Delgado, leur statîstiqiue et la disposition des spéci- 
mens. 

Vasconcellos Abreû, rapporteur. 



M. Delgado: Messieurs les membres du Congrès vien- 
nent d'entendre la lecture des conclusions de ta commission 
nommée pour l'examen des vestiges d'anthropophagie chez 
les habitants de Furninha. L'arrêt qu'elle vient de pronon- 
cer n'est pas décisif; je puis, cependant, assurer au Congrès 
que dans le cas même où cet arrêt eut été défavorable à 
mon hypothèse, je ne serais pas convaincu. 

Tout en respectant profondément l'opinion de mes il- 
lustres contradicteurs, qu'il me soit permis de dire, qu'il y 
a des faits dont on ne saurait trouver l'explication d'après 
l'ordre d'idées qui ont été émises ici à propos de cette 
question. 



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M. ScHAAFFHAUSEN. En visitant le musée de la Section 
des travaux géologiques en Portugal je fus frappé de voir ce 
grand nombre d'ossements humains cassés et brûles, qui ont 
été retirés de plusieurs cavernes du pays et décrits par 
M. Delgado*. Cette trouvaille m'a paru d'une si grande impor- 
tance, que j'ai proposé pour cette raison au Congres, de 
nommer une commission, qui devait soumettre cet objet à 
un examen rigoureux. 

Ces ossements sont cassés et fendus de la même ma- 
lùère que l'homme préhistorique autrefois et certains peu- 
ples du nord encore aujourd'hui cassent les os des animaux, 
pour en tirer ta moelle. 

Tous les crânes sont brisés avec intention. Mais plus 
encore, les ossements sont brûles, mais ils ne sont pas cal- 
cinés entièrement, ils sont calcinés ou carbonisés en partie 
par l'action du feu. Si l'on rôtit la chair d'un animal à un 
foyer ouvert, les os prendront cette apparence. Les carnas- 
siers ne brisent pas ainsi les os et ils ne peuvent pas les 
exposer au feu. Ce ne sont pas quelques os isolés, qui par 
hasard pouvaient avoir été exposés à un foyer allumé par 
l'homme; ce sont des amas, qui apparaissent dispersés sur 
le sol des cavernes, comme les débris d'un repas. Dans une 
seule caverne on a compté les restes de 45 individus et ce 
même fait se retrouve en plusieurs autres cavernes du Por- 
tugal. Si cet état des ossements dépendait d'une circonstance 
naturelle, il se trouverait partout dans les cavernes, qui ont 
une si grande ressemblance d'ailleurs dans tous les pays. 
Mais une telle observation n'a pas été faite dans les caver- 
nes de l'Allemagne, iii de la France, ni de l'Angleterre. Donc 

' Estudos geologîcos. Op. I. Noticia âcerca das grutas dt CesareUa. 
Lbboa, i867. 



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274 
cet aspect étrange doit avoir eu une raison spéciale. Le can- 
nibalisme seul peut l'expliquer ! 

Le rapport de M. Spring sur la caverne de Chauvaux 
reste très douteux. Pour l'Italie M. Capellini' cite la Grotte 
dei Colombi dans l'île de Palmaria comme un lieu de l'an- 
thropophagie préhistorique. M. Mac-Pherson est convaincu 
aussi, que les habitants des grottes de La Mujer, près de 
Cadix, étaient des anthropophages. Si les epiphyses de beau- 
coup d'os longs manquent, c'est parce que les chiens les ont 
rongées. L'homme ne mange pas les parties cartilagineuses 
d'un os, c'est le chien qui le fait, et on a trouvé dans les 
mêmes cavernes les restes d'un Canis. M. Steenstrup a pré- 
sumé, d'après l'aspect des os rongés dans les kioekkenmoed- 
dings du Danemark, l'existence du chien, et après on y a 
trouvé réellement ses débris. On a observé dans les caver- 
nes, que les ossements d'enfants sont intacts. Cela prouve, 
que ces cannibales ont mangé leurs ennemis, mais non pas 
les enfants. 

Il y a une dizaine d'années que j'ai montré dans un 
mémoire* sur le cannibalisme et le sacrifice ■ humain, que 
cette coutume horrible se trouve dans l'histoire de tous les 
peuples, de toutes les races. Charles Vogt' a donné un rap- 
port de ce travail au Congrès de Bologne en ajoutant quel- 
ques faits et quelques réflexions.Il est d'accord avec moî lors- 
qu'il regarde l'anthropophagie comme un usage répandu chez 
tous les peuples, et il admet avec moi, qu'elle n'est pas un 
état primitif, mais qu'elle forme une phase générale dans 
le développement de la civilisation humaine. Il voit avec 



' Compte Rendu du Congrès de Bologne, 5*°" Sess. iSTi, 
' Archiv fur Anthropologie, vol, iv, i87o, p. 245. 
^ Compte Rendu du Congrès de Bologne, p. agS. 



,ï Google 



Waitz même dans les symboles de la religion chrétienne les 
anciennes idées de Panthropophagie et du sacrifice humain! 
En mangeant ta chair et en buvant le sang d'un dieu ou 
d'un être innocent, on se rend semblable à lui, et le dieu 
accepte le sacrifice d'une personne innocente, qui est immo- 
lée à la place des coupables, auxquels il pardonne leurs pé- 
chés. Ces deux croyances se trouvent dans le culte des an- 
ciens Mexicains. Il faut ajouter, que l'agneau offert en sacri- 
fice par les Israélites n'est que l'équivalent de l'homme im- 
molé auparavant. 

li y a plusieurs raisons pour le cannibalisme: la féro- 
cité, la gourmandise, le manque de nourriture, le sacrifice. 
Dans ce cas les deux premières suffisent pour expliquer 
cette perversité. 

M, Morliliet est dans l'erreur s'il croit que le can- 
nibalisme soit toujours une fête, que l'on ne peut pas cé- 
lébrer dans une caverne, et d'autres savants se trompent 
en liant étroitement le cannibalisme avec le sacrifice hu- 
main. Je doute, que les habitants des cavernes aient ja- 
mais fait des sacrifices humains, parce que ce culte affreux 
suppose un certain développement des idées religieuses. Il 
est bien connu que tous les peuples de l'antiquité ont pra- 
tiqué ces sacrifices, et il n'est pas moins certain, que plus 
tard les sacrifices d'animaux ont remplacé les sacrifices hu- 
mains. 

Chez les peuples civilisés ce changement du culte re- 
ligieux eut lieu, aussitôt que des sentiments d'humanité se 
sont développés. 

La discussion de la commission s'est fixée sur les ques- 
tions suivantes: 

Y-a-t-il des traces d'un travail de l'homme sur ces os- 
sements? Les incisions sont-elles faites à l'état de fraîcheur 



,C'l 



276 

sur ces ossements? Le différent nombre des parties qui res- 
tent des squelettes est-il une preuve de l'anthropophagie? 
Les os sont-ils brûlés a l'intérieur ou à la surface? Les os 
sont-ils cassés avec intention? Les cavernes étaient-elles 
des lieux de sépulture ou des habitations humaines? En gé-. 
néral, des amas d'os humains cassés, fendus et brûlés sont- 
ils des restes du cannibalisme? 

Moi, je réponds ainsi h ces questions: 

!l y a quelques stries sur ces os, qui paraissent être 
faites par l'homme; d'autres sont faites par les dents de 
carnivores ou de rongeurs, il y a des incisions, qui sont 
faites à l'état frais des os, et ceux-ci ont été cassés indu- 
bitablement il l'état frais. Le différent nombre des parties 
qui restent des squelettes dépend de plusieurs circonstan- 
ces. On observe toujours dans les amas d'ossements, que 
les mandibules sont en abondance, les carnassiers mêmes 
laissent ces parties dures intactes. Les vertèbres, les cô- 
tes, les petites phalanges se détruisent même dans nos 
tombeaux après vingt-cinq ans. Beaucoup d'os paraissent 
être cassés avec intention. M. Dclgado a dessiné une man- 
dibule, dont ta paroi antérieure est détachée par un coup, 
qui a dénudé la moelle. Les cavernes étaient des habita- 
tions, mais en même temps elles peuvent avoir servi com-' 
me lieux de sépulture. Dans les mêmes grottes, où Ton a 
pratiqué le cannibalisme, on a pu enterrer des morts avant 
ou après. Les objets de parure, que l'on a trouvés tout 
près des restes humains, n'indiquent pas d'une manière 
convaincante la sépulture. Ils peuvent provenir des hommes 
tués ou des cannibales eux-mêmes, qui les ont perdus, ou 
des sépultures, que l'on y ait pratiquées. 

Les pièces, que la commission a examinées, avaient 
ctc choisies par moi et par M. Delgado peu de temps avant 



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277_ 
la discussion. La collecrion en contient peut-être d'autres, 
qui sont plus concluantes encore'. 

Il ne manque pas d'autres témoins pour confirmer no- 
tre opinion. Les anciens auteurs font mention de canni- 
bales, qui sont troglodytes, tel que Polyphème cité par Ho- 
mère. Des voyageurs modernes ont trouvé en Afrique chez 
les Basutos des troglodytes anthropophages. Et spéciale- 
ment, le cannibalisme des anciens Ibères est rapporte par 
Strabon {L. iv, 5). Il cite comme cannibales par famine les 
Scythes, les Ibères, les Gaulois et d^autres peuples. Les Ibè- 
res sont décrits coqime très sauvages. Le peuple ancien le 
plus accuse de cannibalisme ce sont les Massagètes, qui ha- 
bitaient l'Est de la mère Caspienne. Horace parle (Odes, ni, 
4,34) de la rudesse des Co;iCiïHienCantabrie,etSilius(L. m, 
36o) dit, que cette rudesse rappelait celle de leurs ancêtres, 
les Massagètes! 

' M. Schaaffhausen, aprC-s la clôture du Congrus, envoya au Secré- 
tariat les observations suivantes: 

«M. Delgado a eu la complaisance de m 'envoyer après le Congrès 
quelques échantillons de ces os humains cassés et brûlés. Les parties 
noires sont vraiment brûlées, l'analyse chimique n'a donne que des 
traces minimes de manganèse, lequel noircit quelquefois les os des 
cavernes d'une manière semblable. L'examen microscopique a démon- 
tré, que dans les parties brûlées, qui sont dans ces échantillons toujours 
les panies eitté'rieures des ossements, te tissu organique est détruit. 
Il y a des ossements, qui sont jaunes clairs à l'extérieur, mais dont 
intérieur est noirci. Dans ce cas il faut conclure, que reitéricur des 
os s'est calciné, pendant que le charbon est resté Jans l'intérieur. Les 
parties calcinées ne sont pas blanches comme il l'ordinaire, parce 
qu'elles sont colorées par des éléments du sol. Je remarque encore, que 
des ossements, qui ne sont pas brûlés par le feu, peuvent provenir pour- 
tant de ces affreux repas. Il y a des cannibales, tels que les Fidjiens, 
qui ne rôtissent pas ks cadavres, mais qui les font cuire.» 



Il me semble, que les trouvailles faites par M. Delgado 
sont la preuve évidente du cannibalisme des anciens habi- 
tants des cavernes du Portugal. M. Delgado a le mérite 
d'avoir fait cette recherche avec la plus grande sagacité et 
circonspection, en rassemblant consciencieusement tous les 
détails qui s'offraient à l'observation. 



,ï Google 



III 

ÉPOQUE NÉOLITHIQUE 



LES KIOEEEENXOEDDINGS DE LA. YALLÈE DU TAGE 



M. Carlos Ribeiro 

Les kioekkenmoeddings bien caractérisés que l'on con- 
naît jusqu'à présent en Portugal, sont ceux du voisinage des 
villages de Salvaterra et de Mugem, à peu de distance de 
la rive gauche du Tage et près du débouché de deux val- 
lées secondaires où coulent les rivières de Magos et de 
Mugem. Ces vallées sont en général spacieuses: près du 
Tage elles présentent des largeurs de looo à i5oo mètres; 
les coteaux qui les limitent sont peu élevés, soit de 4 à 1 5 
mètres de hauteur relative; dans quelques parties ils sont 
coupés verticalement, et dans d'autres ils sont en pente 
douce. 

Ces kioekkenmoeddings se trouvent éloignés de 60 ou 
70 kilomètres des côtes maritimes de l'embouchure du Tage, 
et à une hauteur de 20 à 25 mètres au-dessus du niveau 
de la mer. Les marées d'étîage sont encore sensibles près 
de Mugem, mais l'eau de l'Océan atteint à peine Villa- 
franca, à 3o kilomètres en amont de Lisbonne, et son mé- 
lange avec l'eau de rivière ne fait que rendre celle-ci salée 
pendant quelques heures. 



,ï Google 



28o 

Nous ne"Connais3ons pas précisément le nombre des 
kioekkenmoeddings de toute cette région; nous croyons ce- 
pendant qu'il y en a encore à découvrir, et que d'autres ont 
disparu dans le cours du temps, non seulement par l'action 
des causes naturelles, mais aussi parce que l'agriculture les 
aura détruits. Ce que nous savons et pouvons affirmer c'est 
qu'ils occupaient une zone de terrain, qui n'avait pas moins 
de 20 kilomètres de longueur sur 5 de largeur. 

Le premier de ces monticules que nous avons décou- 
vert, en avril i863, se trouve dans Quinta da Sardinha, 
entre les villages de Salvaterra et de Mugem. Il nous fut 
dénoncé par l'abondance des coquilles marines qui couvraient 
une partie de la surface du sol, y formant comme une bande 
blanchâtre d'environ 3oo mètres de longueur. Cette bande 
nous révéla l'existence d'un dépôt artificiel de coquilles ma- 
rines, parmi lesquelles nous avons reconnu les genres Bucci- 
num, Lutraria, Nticula, Cardium, Tapes, Pecteti, Soîen et 
Ostrea. Avec ces restes il y avait des pinces d'écrevisses, 
des vertèbres de poissons, des fragments d'os de mammi- 
fères, surtout de ruminants; une phalange d'orteil humain, 
et une partie d'os coronal également humain. 

Nous avons tenté à plusieurs reprises de faire l'explo- 
ration de ce monticule, mais les objections présentées par 
le propriétaire nous ont empêché jusqu'à présent d'y faire 
commencer des travaux. 

Les kioekkenmoeddings que nous avons reconnus dans 
la vallée de la rivière de Mugem sont ceux de: Fonte do 
Padre Pedro — Cabeço da Arruda — Cabeço da Amoreira 
— Moita do Sebasdao. 



,ï Google 



Fonte do Padre Pedro 

Presque à l'extrémité occidentale du flanc droit de la 
vallée de Mugem, on voit le sol couvert d'innombrables 
fragments de coquilles, qui forment une bande de 90 k 100 
mètres de longueur dans le sens E.-0., sur 40 à 5o mè- 
tres de largeur N.-S. Ces coquilles appartiennent en géné- 
ral à des bivalves des genres Cardium, Ostrea, Tapes et Lu- 
traria, celles du dernier genre prédominant. Avec ces coquil- 
les nous avons rencontré des os de ruminants, Cervus^ Bos, 
Oris, etc., et un fémur humain; adhérant à tous ces os on 
voit des fragments de Lutraria, ce qui est une preuve de la 
contemporanéité de tous ces restes dans le gisement. 

Les fouilles n'ont été faites qu'à la surface, et par con- 
séquent nous n'avons pu rencontrer que peu de restes hu- 
mains originaires de ce dépôt. Notre but, lorsque nous avons 
fait faire ces recherches, a été de vérifier s'il y a eu, ou non, 
deux époques d'ensevelissement. A la vérité, les faits ré- 
vélés nous ont démontré que, dans la partie pour ainsi dire 
intacte du kioekkenmoedding, les coquilles et autres dépouil- 
les d'animaux étaient mêlées de sable et de limon, et qu'el- 
les entrent dans la composition du monticule sans aucun 
mélange d'humus, tandis qu'en d'autres points le sol est un 
mélange de ces matières avec de la terre végétale. C'est 
dans ce sol, et presque à la surface, que nous avons rencon- 
tré quatre squelettes humains couchés et avec eux des pro- 
duits d'industrie romaine, tels que des fragments de mortier, 
des vases en poterie, etc. Il y eut donc deux époques d'en- 
sevelissement, la dernière étant probablement l'époque ro- 
maine. 



,ïGex^J 



282 

Sur ie même versant droit de la vallée de Mugem et 
environ 3 kilomètres en amont de Fonte do Padre Pedro, 
se trouve le kioekkenmoedding de 



Gabeqo da Arrada 

Il occupe une surface a peu près elliptique, de loo et 
de 60 mètres d'extension sur ses deux axes, et présentant 
une épaisseur maximum d'environ 7 mètres. C'est le monti- 
cule le plus important parmi ceux explorés. Il se compose 
de coquilles dont la plupart brisées ou même réduites en de 
petits fragments, et mêlées avec du limon desséché, du sa- 
ble, et du gravier. 

Le charbon, et le bois en partie carbonisé, disper- 
sés dans toute la masse, constituent aussi par leur abon- 
dance un des matériaux qui composent le kioekkenmoedding. 
La structure est celle d'un dépôt qui serait résulté d'un en- 
tassement de détritus abandonnés; il y a des couches d'ex- 
tensions très irrégulières, discontinues, d'épaisseurs variées; 
dans quelques-unes prédominent les coquilles, avec ou sans 
mélange de limon, de sable, ou de charbon en menus frag- 
ments, et la proportion de toutes ces matières est très va- 
riable. On y trouve aussi des morceaux plats de terre cuite, 
d'épaisseur et de grandeur inégales, associés au charbon, et 
souvent disposés horizontalement à la limite des couches. 
On les rencontre successivement dans toute l'épaisseur du 
dépôt, et ils nous paraissent être les restes des foyers où 
se faisait le feu pour la préparation des aliments. 

Les objets d'industrie humaine rencontrés sont nom- 
breux, et s'ils n'attirent pas Pattention par leur fini, ou par 
la variété des formes ou des matières dont ils sont fabri- 



,ï Google 



283 

qucs, ils portent l'observateur à une étude longue et ré- 
fléchie sur ia signification de leurs formes et le degré d'apti- 
tude de l'ouvrier. 

Nous avons cherché en vain des restes de poterie dans 
ce dépôt et dans d'autres analogues; aucun fragment n'a 
été obtenu ni par l'observation directe pendant les fouilles 
ni par le criblage des terres: Part céramique aurait donc 
été totalement inconnu aux hommes qui élevèrent ces mon- 
ticules. Nous n'y avons pas non plus rencontré des haches 
polies. 

On observe cependant ici que les hommes de nos kioek- 
kenmoeddings faisaient usage d'instruments en pierre gros- 
sière, dont les formes et le travail indiquent un état bien 
au-dessous de celui révélé par quelques instruments en 
pierre de l'âge paléolithique même. Et que l'on ne dise pas 
que les éclats de quartzice de toutes les formes et dimen- 
sions qui font partie de la masse du monticule, soient un 
produit naturel que le hasard y ait jeté; non, assurément: 
le sol tertiaire sur lequel reposent les kioekkenmoeddings, est 
constitué par des grès fins, sans cailloux, et les morceaux 
de quartzite en question ont été apportés par les mêmes 
agents qui transportèrent les coquilles, le combustible, les 
animaux, les éclats et les couteaux en silex que nous y trou- 
vons; c'est-à-dire, l'homme des kioeklcenmoeddings de la val- 
lée du Tage alla chercher loin de cet endroit des cailloux de 
quartzite, qu'il cassa ensuite pour en utiliser les fragments 
et les nucléus. 

Le silex n'était pas abondant chez ces hommes; néan- 
moins on trouve dans le monticule de nombreux couteaux, 
nucléus et éclats de cette substance. On doit remarquer 
que le silex ne se rencontre pas dans cette région, et que 
pour l'obtenir, l'homme a du être obligé de passer le Tage 



,ïGeX^' 



1% 



284 

ou de le recevoir par le trafic avec des tribus d'autres con- 
trées. 

Mais un poiat sur lequel nous croyons devoir insister, 
c'est l'extrême ressemblance que nous trouvons entre les 
éclats de quartzite de ces kîockkenmoeddings et les éclats, 
aussi de quartzite, des premiers temps de la période quater- 
naire et même des couches pliocénes. SI nous nous portons 
vers les couches de grès grossier et de cailloux qui couronnent 
le flanc droit de la vallée du Tage, dans les alentours de Villa 
Nova da Rainha, entre Carregado et Azambuja, ou si nous 
explorons les couches de grès pliocènes (?) entre les villages 
de Barquinha et de Tancos, nous rencontrons la quartzite 
en éclats et fragments analogues aux formes provenant des 
kioekkenmoeddings et tellement, que le travail que ces subs- 
tances révèlent paraît provenir du même ouvrier. 

Un autre fait également remarquable, c'est que l'hom- 
me des kioekkenmoeddings de la vallée du Tage employait 
assez abondamment l'os pour son outillage. 

L'attention de l'archéologue doit donc se porter sur le 
fait du travail humain des pièces de quartzite contenues dans 
la masse de ces kioekkenmoeddings, travail du reste très 
grossier, mais dont l'origine intentionnelle nous paraît hors 
de doute et de controverse sérieuse. Il est vrai que les mar- 
ques de ce travail ne sont pas aussi évidentes que l'auraient 
désiré les esprits théoriques; mais pour celui qui étudie de- 
puis longtemps le travail de l'homme sur les pierres taillées 
rencontrées dans les dépôts et les gisements préhistoriques 
du Portugal, il ne saurait être douteux que la plupart des 
éclats de quartzite renfermés dans les kioekkenmoeddings de 
la vallée du Tage, sont le produit du travail intentionnel de 
l'homme qui a entassé ces monticules. 

Si l'on ne saurait douter du travail intentionnel révélé 



,ï Google 



par les silex qui, dans ce kioekkenmoedding, accompagnent 
les éclats de quartzite, aurait-on le droit de nier l'interven- 
tion humaine dans ceux-ci, seulement parce que le travail 
s'y montre plus imparfait? 

Dans ces stations nous avons aussi rencontré des pla- 
ques de grès fin micacé, assez dur, de 3 à 4 décimètres 
de longueur, ayant des dépressions courbes et uniformes 
sur les deux faces, comme si elles avaient été produites par 
l'effet de la trituration de substances dures. Pour nous prou- 
ver que celui-ci a été en effet l'usage de ces plaques, nous 
avons trouvé tout près un pilon ou pierre de forme prisma- 
tique, usée à l'une de ses extrémités, vraisemblablement 
par le travail d'écraser et de triturer. 

Les hommes qui ont accumulé ces monticules n'aban- 
donnèrent par leur station: ils se firent des sépultures dans la 
masse même des détritus qu'ils avaient entassés, et ainsi il 
nous a été permis de reconnaître les représentants de cette 
civilisation primitive et d'apprécier les caractères morpho- 
logiques de leurs squelettes. 

Dans la première exploration que nous y avons fait faire 
it y a quinze ans, les ossements découverts appartenaient 
' à une quarantaine de squelettes humains. Par les explo* 
rations de cette année, le résultat a indiqué un nombre au- 
dessus de 120, en y réunissant le produit des deux kioekken- 
moeddings d'Arruda et de Moita do Sebastiâo. Ce qui est 
certainement remarquable, c'est la présence d'un si grand 
nombre de squelettes dans la partie explorée de Cabeço da 
Arruda et de Moita do Sebastiâo. A mon avis, c'est là un 
fait unique dans des gisements de ce genre. Mais quelle le- 
çon et quelles inductions pouvons-nous tirer des conditions 
particulières où ces squelettes ont été rencontrés ? Auprès 
d'aucun d'eux nul instrument en pierre ou en os n'a été 



,ï Google 



286 

trouvé, exception faite de plusieurs petits couteaux en silex 
près de quelques squelettes; nous n'avons vu non plus aucun 
indice que dénonçât l'existence d'une cérémonie, d^un hom- 
mage aux morts que Ton y ensevelissait, tels qu'on en voit 
dans les dolmens, les tumuli, et autres lieux de sépulture de 
l'époque de la pierre polie; on n'y trouva non plus nul orne- 
ment, nulle amulette, nul petit objet de ce genre, même en 
passant les terres au crible. 

En voyant des foyers à différents niveaux dans la pa- 
roi de la tranchée que nous avons fait creuser, foyers au- 
tour desquels ces hommes se groupaient pour faire leur re- 
pas quotidiens, il n'y a pas Heu de croire qu'ils fissent les in- 
humations près de ces endroits; probablement ils choisis- 
saient dans le kioekkenmoedding un endroit éloigné de 20 
ou 40 mètres pour y enterrer les morts, et lorsqu'ils croyaient 
que les cadavres étaient consumés, ils allaient occuper de 
nouveau la surface du sol au-dessus des sépultures, en des- 
tinant les endroits abandonnés pour servir à leur tour aux 
irihumations. Le fait de ce que les squelettes se trouvent 
ainsi peu dispersés, celui de l'observation d'une certaine orien- 
tion dans leur disposition, leur aligncmen t approximatif nous 
fait supposer qu'il existait un certain système dans le mode 
d'ensevelir leurs morts. En outre il parait aussi que quelques- 
uns des morts étaient placés accroupis, et d'autres étendus 
de leur long; au moins la disposition des membres relative- 
ment au tronc permet de supposer ces deux modes d'en- 
terrement. En tout cas il ne faut pas oublier que les mou- 
vements du sol après ces ensevelissements et d'autres cau- 
ses encore, ont dû troubler la disposition particulière des 
squelettes et altérer dans un grand nombre de cas la dis- 
position de leurs diverses parties. 

Les coquilles du monticule de Cabeço da Arruda ap- 



,ï Google 



28? 

partiennent en général aux mêmes espèces rencontrées dans 
le kioekkenmoedding de Quinta da Sardinha, dont les genres 
ont été énumérés. En ce qui concerne les mammifères re- 
présentés par les restes d'animaux obtenus de ce monticule, 
nous avons trouvé les genres suivants: Bos, Cerviis, Ouis, 
Eqtius, Sus, Canis, Felis, Mêles, Viverra,, Lepus. Nous avons 
aussi rencontré des os d'oiseaux et des restes de poissons. 

Tels sont, les genres d'animaux, que l'homme de ces 
stations paraît s'être appropriés pour sa nourriture, dont en 
tout cas la base consistait en Liitraria compressa et Cardium 
eduîe. 

Voyons maintenant de quels ustensiles il seservaitpour 
la préparation des aliments, vu l'emploi des âtres et du grand 
usage qu'on faisait du feu. D'après l'état des coquilles ren- 
contrées, les mollusques devaient être mangés crus ou bien 
à peine échauffés, car on a trouvé beaucoup de valves non 
séparées, et la plupart non altérées par te feu. Quant à la 
chair des vertébrés, on la préparait par l'exposition directe 
au feu, comme il paraît être démontré par une grande par- 
tie des os de bœuf, cerf, cheval, etc. que l'on rencontre brû- 
lés. Quoiqu'il en soit, dans le kioekkenmoedding que nous 
avons exploré sur une si large étendue, nous n'avons pas en- 
core rencontré, comme nous venons de le dire, un seul frag- 
ment appartenant à quelque vase en terre. Dans son indus- 
trie encore si arriérée, l'homme de nos kioekkenmoeddings 
ignorait complètement les rudiments les plus grossiers de 
l'art du potier, quoique l'argile plus ou moins cuite de leurs 
foyers eût dû éveiller leur attention sur les propriétés de 
cette substance et suggérer son emploi pour en faire des 
vases. 

Dans une communication faite au Congrès par M. Paula 
e Oliveira, dans la 7*"" séance, touchant les crânes des sta- 



,ï Google 



a88 

lions préhistoriques du Ponugal, l'opinion a été exprimée, 
que les hommes des kiockkenmoeddings de la vallée du Tagc 
étaient des dolichocéphales et des brachycéphales, repré- 
sentant donc, par là, deux races distinctes. 

Celte question est assez importante et assez difficile à ré- 
soudre pourqu'on ne la traite pas avec toute la circonspec- 
tion nécessaire. En effet il faut s'abstenir'de hasarder là-des- 
sus des opinions, sans les réserves faites par M. Pauls e Oli- 
veira. Nous espérons, cependant, qu'après avoir obtenu un 
plus grand nombre d'e.templaires, on pourra arriver à for- 
muler un jugement à l'égard des races auxquelles on doit les 
kioekkcnmoeddings de Mugem et de Salvaterra. 

Mais quelles que soient les races auxquelles on puisse 
rapporter ces hommes, il me semble que leur apparition 
dans nos régions, correspond au commencement de l'épo- 
que néolithique, où, géologiquement parlant, à la fin du 
dernier mouvement ascentionnel de la partie occidentale de 
notre pays. Ce fait, une fois prouvé, suffirait pour détermi- 
ner l'âge de nos kioekkenmoeddings. 

Enfin, n'étant pas possible de donner maintenant une 
notice de tous les kioekkcnmoeddings de la vallée du Tage, 
nous terminerons cette communication par les renseigne- 
ment suivants: 

i" Les couches tertiaires sur lesquelles reposent les 
kioekkenmoeddings, ne contiennent pas de cailloux d'un vo- 
lume supérieur à celui d'une olive, et par conséquent tous 
les cailloux et toutes les pierres taillées, qui se trouvent 
dans ces monticules, ont été transportés d'autres localités et 
façonnés par les hommes des kioekkenmoeddings. 

2° Les éclats de quartzite, qui ont servi à ces hommes 
sont absolument semblables à ceux qui se trouvent dans 
une partie des couches pliocènes et quaternaires du pays. 



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sSg 

3* Les petits couteaux de sUex trouvés dans ces dépôts, 
et les plaques de grès fin micacé ont été très probablement 
transportés du nord du Tage; le silex provient peut-être des 
couches tertiaires miocènes de Santo Antao do Tojal et de 
Runa, qui contiennent une grande quantité de cailloux de 
cette substance, et les grès, des couches des étages supé- 
rieurs du terrain jurassique des environs d'Arruda. 

4" Les couteaux de silex sont petits, d'un travail im- 
parfait et, en général, n'ont aucune ressemblance avec ceux 
qui se trouvent dans les cavernes et dans les dolmens de 
l'époque de la pierre polie, que j'ai explorés. 

5° On n'a encore trouvé dans aucun des kioekkenmoed- 
dings une seule hache ou outre objet analogue en pierre po- 
lie, qui puisse rappeler ceux des dolmens et des stations 
humaines qui appartiennent à l'époque néolithique. 

6° On n^a jamais rencontre dans ces kioekkenmoeddings 
le moindre indice de poterie qui puisse être attribuée à l'épo- 
que de leur formation. 

7° On n'y a pas non plus rencontré un seul objet qui 
puisse être considéré comme ornement. 

8° D'après l'examen fait des squelettes à l'occasion de 
l'exumation on n'a pas rencontré le moindre indice d'an- 
thropophagie. 

g" Enfin, on n'a trouvé aucun os qui puisse dénoncer 
la présence d'animaux domestiques, exception faite de quel- 
ques mandibules de chien. 



M. Cartailhac: J'appelle l'attention du Congrès sur 
un fait bien curieux! En Danemark on a discuté longtemps 
pour établir si les kioekkenmoeddings étaient contemporains 
des dolmens ou plus anciens. La question est singulièrement 



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difficile, puisq 



u Tage, aussi bien que dans les stations néo- 
t la Section Géologique possède le contenu. 



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EXPUGATIOK DES FLANOHEB 



Vue des squelettes mis â découien par les fouilles faites dans le 
kioekkenmoedding de Cabeço da Arruda. 



PLANCHE m 



I. Fragment d'un instrument en pierre polie (dîorite) avec un 
Ion de sciage fait avec une scie de silex. (Cette pièce ne | 
vient pas des kioekkenmoeddîngs, elle a élé trouvé dan 
environs de Sacavem). 

1. Plaque de gris fin micacé très usée par le frottement a; 
servi de meuie sur ses deux faces, et un pilon ou mol 
formée par un caillou roulé de quartzite, de forme st 
ellipsoïdale aplatie ^ tronqué et aussi très usé â l'un des d 
bouts. (Ces deux pièces ont été trouvées séparées dan 
kioekkenmoedding de Moi ta do Sebasiiâo). 

3. Fragment de bois de cerf scié en biseau _el cassé à la poi 
(Cabeço da Arruda). 

4 et 6. Spatules en os. (Même provenance). 

S, Portion de ramure de bois de cerf dont on a scié un andou 
près de la base; elle est perpendiculairement sciée à I' 
de ses extrémités et sciée et usée obliquement à l'an 
(Même provenance). 



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PLANCHE IV 

Fig. 7, Nucléus en siles, dont on a enlevé une succession de lames en 
frappant toujours du côté de la base. 
8. Poinçon en os. 

g. Caillou plat de roche amphiboltque arrondi et usé par l'eau, 
avec trou de suspension; probablement porté comme orne- 
ment. (Il a été trouvé détaché à la surface du dépôt). 

lo. Portion d'un métacarpien d'oiseau façonné à l'une des extré* 
mités. 

1 1 a 14. Petits couteaux en silex. 

i5. Éclat d'os façonné en pointe. 

16 à 26. Pointes de flèches en silex de forme rhomboïdale de diffé- 
rents types, a tranchant transversal. (Tous les objets repré- 
sentés par les fig. 7 a 26 proviennent du kioekkenmoed- 
ding de Cabeço da Arruda). 

a7. Scie en silex retouchée sur tout le pourtour du côté élevé. 
(Cette pièce unique provient de Paul, près de Cabeço da 
Arruda, Elle a été trouvé à la surface du sol). 



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C, BiBEino. 




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Uiï. PiTia.TnT<su do Condt d« Smin 4. 

DigitizsdbyGOOgle 



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NOTES 

SUR LES OSSEMENTS HUMAINS 

QUI SE TROUVENT DANS LE MUSÉE DE L.\ SECTION GÉOLOGIQUE DE LISBONNE 
M. F. DE PaULA E OOVEIRA 

Profitant de l'autorisation que M. Carlos Ribeiro, l'ex- 
cellent directeur de la Section Géologique, m'avait accordée 
il y a environ un mois, de la façon la plus gracieuse, pour 
étudier les ossements humains du musée d'anthropologie 
de la Section Géologique, j'ai pris à tâche de faire ce tra- 
vail, en m'appliquant principalement à l'examen et à la 
mensuration des crânes, le temps m'ayant manqué pour 
mener à bout une étude minutieuse des autres débris qui fi- 
gurent dans notre collection anthropologique. 

En présentant au Congres le résultat de mes observa- 
tions, je m'occuperai principalement de décrire les différen- 
tes races qui se trouvent réprésentées dans les séries du 
■ musée; je ne traiterai en détail que des crânes intéressants 
sous ce point de vue, c'est-à-dire, de ceux qui peuvent servir 
comme des spécimens des dites races. Ceux-ci je les décrirai 
suivant l'ordre de leur ancienneté ; autant du moins qu'on peut 



.ïGooqle 



2g2 

leur assigner un âge probable, d'après les indices fournis 
par la nature du sol où ils ont été trouvés, ou par les ob- 
jets d'industrie qui les accompagnaient. 

Parmi les crânes dont je parle, il en est un qui a été 
trouvé à Valle do Areeiro, près Villa Nova da Rainha, dans 
un terrain alluvial dont la formation, selon M. Carlos Ri- 
beiro, remonte probablement à l'époque quaternaire. D'après 
les indications fournies par les personnes auxquelles la dé- 
couverte de ce crâne est due, il y a toute raison pour croire 
qu'il est contemporain du dépôt qui le recelait. Cette cir- 
constance, qui du reste n'a rien d'improbable, puisqu'on a 
déjà trouvé en Portugal des débris d'industrie de l'homme 
quaternaire, parmis lesquels quelques spécimens parfaite- 
ment marqués des plus anciens types paléolithiques, cette 
circonstance, dis-je, redouble l'intérêt qui s'attache à l'étude 
de cette curieuse pièce, et lui vaut la première place dans 
la description des exemplaires similaires de la collection. 

De ce crâne (PI. i, i (i,è,c.)il reste à peine l'os frontal, les 
pariétaux et l'occipital, et même ces derniers os sont brisés et 
assez incomplets. Les sinus frontaux sont peu développés, les 
bosses sourcilières peu proéminentes, le front est saillant mais 
assez étroit, et son peu de largeur se trouve en dispropor- 
tion avec la dilatation transversale des pariétaux (ind. front. 
66,42). La voûte crânienne a une conformation arrondie, 
avec cette particularité toutefois, que les pariétaux et l'occi- 
pital se trouvent aplatis autour du lambda. On observe une 
légère dépression au-dessus de l'angle externe de l'occipital. 

On peut aussi mentionner, comme des caractères dignes 
de remarque, la simplicité des sutures, la déviation en ar- 
rière des bosses pariétales et la petite saillie de l'inion. 

L'indice céphalique est 80,1 1 ; c'est donc un crâne sous- 
brachycéphale d'après la nomenclature de Broca. A son peu 



,ï Google 



293 

d'épaisseur, à ta proéminence de sa région frontale, aux for- 
mes suaves de son contour, on reconnait qu'il a appartenu 
à un individu du sexe féminin. 

Une mâchoire qui a été trouvée dans le même dépôt, 
auprès du fragment que je viens de décrire, devait appar- 
tenir, selon toutes les probabilités, au même individu. 

Dans cette mâchoire la branche montante gauche man- 
que totalement, ainsi qu'une partie de la droite. L'oblitéra- 
tion de quelques-uns des alvéoles et l'ouverture de l'angle 
mandibulaire présentent des indices de sénilité. Le menton 
est saillant, les apophyses géni bien visibles, la ligne my- 
loïdéenne nettement dessinée. La légère introversion du go- 
nion est, elle aussi, digne de remarque. 

Le crûne dont je viens de traiter ressemble par plu- 
sieurs de ses caractères au crâne n." 2 de Furfooz, décrit 
par MM, de Quatrefages et Hamy {Cratiia Ethnies, p. 108). 
Comme celui-ci, le crâne de Valle do Areeiro est sous-bra- 
chycéphale, et il présente entre autres traits communs une 
dépression caractéristique au dessus de l'angle externe de 
l'occipital, quoique probablement cette dépression y soit 
moins prononcée que celle qui s'observe sur la même région 
dans la pièce de Furfooz. 

En superposant les contours des deux cnlnes vus de 
face, on voit que ces contours s'ajustent très exactement. 
Pour les contours antéro-postérieurs l'ajustement toutefois 
ne se fait plus d'une manière aussi parfaite. Le profil du 
crâne de Valle do Areeiro s'élève un peu plus en avant; sa 
courbe aussi est plus régulière que celle du crâne de Furfooz. 

En comparant les mesures du crâne belge et celles que 
j'ai pu prendre sur le crâne portugais, j'ai trouvé que les 
deux séries numériques ne différaient que de très peu entre 
elles, et en présence de ces analogies, il m'a semblé qu'il 



1,(Mè^ 



n'y aurait de ma part aucune témérité de quatiSer ce der- 
nier crâne comme appartenant à la même race brachycé- 
phale ou sous-brachycéphale, dont le crâne de Furfooz n." 2, 
à ce qu'il semble, passe pour être le spécimen le plus parfait. 

Si ce rapprochement a autant de raison d'être que je 
!e suppose, le sol portugais d'aujourd'hui a été habité dans 
les temps préhistoriques les plus reculés par dts hommes 
de la race de Furfooz, Cette occurrence vient confirmer 
pour moi l'opinion des auteurs des Cranta Ethnka, qui, 
-dans les particularités morphologiques d'un crâne masculin 
brachycéphale provenant du kioekkenmocddings deCabeço 
da Arruda •, près Mugem, voient l'indice de la fusion de deux 
races, et l'une de ces races est précisément celle dont je 
traite. Lekioekkenmocdding de Cabeço da Arruda appartient, 
selon toute vraisemblance, au commencement de l'âge néo- 
lithique; il ne faut donc pas s'étonner qu'on ait découvert 
dans cette station les vestiges d'une race qui aurait vécu à 
l'époque quaternaire sur les bords du Tage, ainsi que cela 
est arrivé plus tard aux hommes de Cabeço da Arruda. 

Après la description de la pièce de Valle do Areeiro, 
celle des crânes des kioekkenmocddings de Mugem s'ensuit 



' Ce crâne, dùposé au musée de l'École Polyiechnique de Lisbon- 
ne, provient d'une premÎÈre exploration exécutée il y a environ quinze 
ans ; il a étii décrit par M. Pereira Ja Costa dans un mémoire intitulé : 
Noticia sobre os esqueletos humanos descobertos no Cabeço da Arruda. 
Lcsfig.5a,b,c, (PI. m), qui Je représentent, ont été obtenues en réduisant 
â Vi '*;5 lithO!^raptiies qui accompa(;ncnt la monographie de M. Costa. !.a 
fig. 5c ne reproduit pas la norma verlicalis du même crâne telle qu'elle 
se trouve dans le mémoire citéi le plan glahello-lambdoïdien s'y trou- 
vant évidemment incliné relativement au plan de projeciion, j'ai recti- 
fié le dessin en traçant au stéréographe le contour du modèle en plâtre 
que le musée possède. 



^ 



„Google 



naturellement dans ce travail. Ces crânes remontent évi- 
demment à une époque bien plus reculée que celle des os- 
sements humains qu'ont livré les fouilles des cavernes et des 
sépultures mégalithiques. Outre cette circonstance, ils mé- 
ritent aussi le plus grand intérêt à cause de la notable va- 
riété de formes qu'ils présentent, parmis lesquelles il y en a 
qui se sont conservées dans notre sol jusqu'à la fin de l'âge 
néolithique, comme je le ferai remarquer. 

J'ai dit que les auteurs des Crania Ethnica ont trouvé 
dans les formes d'un cr3ne de Cabeço da Arruda le vestige 
de deux types, dont l'un serait le sous-brachycéphale de 
Furfooz. L'autre type, d'après les mêmes anthropologistcs, 
est celui de Canstadt, qui se révèle principalement par la 
proéminence des bosses sourcilières. 

Le caractère que je viens de mentionner ne s'observe que 
rarement sur les crânes complets de la série de Mugem; 
cette circonstance, pourtant, ne doit être attribuée qu'au petit 
nombre des crânes masculins. Contrairement à ce qu'il ar- 
rive d'ordinaire, les crânes féminins figurent en grande ma- 
jorité dans cette série. 

La brachycéphalie est rare aussi chez les crânes de Mu- 
gem. Outre le crâne dont je viens de parler, il n'y a qu'un 
autre crâne brachycéphale de la même provenance. Ce crâne 
(PI. IV, 7 d!, b.) a beaucoup d'analogie avec celui qui a été dé- 
crit par M. Costa; toutefois il présente relativement à celui-ci 
quelques diH'érences, dont les plus refnarquables consistent 
dans l'effacement des bosses sourcilières, et dans l'exagéra- 
tion de la brachycéphalie, qui est vraiment extraordinaire 
(ind, cépli. 97,3/), quaique probablement elle ait été un peu 
augmentée par la déformation posthume. La première de 
ces différences est d'ailleurs e\pliquable par l'influence du 
sexe, le sujet étant féminin, L'étroitesse du front, coexistant 



,ï Google 



39^ 

avec réiargissement transversal des pariétaux, et avec un 
vaste aplati^ement dans ta région postérieure de ta voûte, 
sont tes caractères les plus frappants qu'on peut observer suu" 
nos deux crânes brachycéphates : je rappellerai ici, que des ca- 
ractères analogues ont été signalés par Broca sur les crânes 
brachycéphales de la série d'Orrouy, que MM. de Quatrefages 
et Hamy rattachent au groupe de Furfooz. D'après la descrip- 
tion de Broca, il me semble que les crânes brachycépha- 
les de Mugem se rapprochent notablement de ceux d'Or- 
rouy. 

Un autre crâne de Mugem, très remarquable aussi, se 
trouve représenté dans les^g. S a,b^c (PI. i). Ce crâne est 
sous-brachycéphale (Jnd. céph. 82,56); ses arcades sourciliè- 
res sont modérément développées et il présente une légère 
dépression à l'endroit de la glabelle. La partie antérieure de 
son os frontal, au lieu d'être proéminente et arrondie comme 
chez les deux crânes brachycéphates de la même série, est, 
au contraire, aplatie et fuyante, formant inclinaison en ar- 
rière immédiatement après la région soiircilière. Les parié- 
taux sont peu dilatés transversalement dans leur région pos- 
térieure, leur convexité est tout-à-fait régulière, la courbe 
antéro-postérieure est, elle aussi, très-douce le long de la 
suture sagittale, et se prolonge de même dans la partie su- 
périeure de l'occipital. La portion sous-iniaque de ce der- 
nier os est plate, et sa superficie est très peu inclinée par 
rapport au plan alvéolo-condylien. Les apophyses mastoïdes 
sont peu volumineuses. 

La face est solide et épaisse, très prognathe, et elle a 
une largeur considérable (ind. fac. 59,58). Les os malaires 
sont projetés latéralement, inclinés d'arrière en avant, les 
orbites présentent un contour arrondi, les fosses canines 
sont effacées. 



^r\ 



„Google 



297 

Dans la mâchoire inférieure, épaisse et robuste, on re- 
marque, la saillie du menton, la convexité du bord inférieur 
des branches horizontales, la petite excavation de la courbe 
sigmoïde, le volume considérabla des condyles, l'introver- 
sion de l'angle mandibulaire. 

Les caractères que je viens de mentionner ne s'obser- 
vent réunis sur aucun autre des crânes préhistoriques du 
musée. Ces caractères sont en opposition avec ceux du type 
européen; mais ils rappellent en quelque sorte les traits pri- 
vatifs de quelques races asiatiques appartenant au groupe 
mongolique. 

Tous les autres crânes de Mugem qui jusqu'à présent 
ont été déposés au musée, et se trouvent en état d'être me- 
surés, sont franchement dolichocéphales. Ceux qui portent 
les n,"* 2, 3, 4 et 5 sont très peu volumineux, leurs sutures 
sont simples, leurs bosses sourcilières à peu près effacées. 
Ils ont encore de commun les caractères suivants: élévation 
de la voûte, peu d'inclinaison du frontal dans sa partie an- 
térieure, courbure régulière du même os au-dessus des bos- 
ses frontales et dans la direction de la suture coronale, 
courbe antéro-postérieure des pariétaux très peu accentuée 
dans les deux tiers antérieurs de la suture sagittale, cour- 
bure brusque de ces os de haut en bas au commencement du 
tiers postérieur de la même suture, aplatissement de la ré- 
gion postérieure des pariétaux et supérieure de l'occipital, 
bosses pariétales élevées, écaille temporale circulaire, apo- 
physes mastoïdes peu développées. Ces caractères s'obser- 
vent plus nettement sur le crâne n." 3, {Jîg. 3 a, b., c. PI. ii). 

Les faces sont longues, prognathes, les orbites quadran- 
gulaires. Dans la mâchoire il faut noter la saillie du menton, 
qui est triangulaire, et l'extro version du gonion. Les différen- 
ces qu'on observe entre ces crânes sont peu considérables. 



Après l'excursion à Mugem, on a reçu à la Section une 
portion considérable de débris de squelettes, que les fouilles 
récemment pratiquées dans les kioekkenmoeddings avaient 
mis en lumière, et qui y avaient été conservés jusqu'au jour 
de l'excursion, pour que les membres du Congrès pussent 
les examiner en place. Des crânes nouvellement arrivés la 
plupart se trouvent en très mauvais état, et je n'ai pas disposé 
du temps nécessaire pour en faire Pétude complète ; toute- 
fois, sur les pièces les moins détériorées, j'ai reconnu des 
caractères analogues à ceux des quatre crânes dont je viens 
de traiter, quoique chez quelques-uns les arcades sourciliè- 
res soient assez développées. On a reçu une grande portion 
d'os longs, quelques fragments d'os iliaques et de côtes. Le 
rapide examen que j'ai fait de ces débris m'a permis de re- 
connaître que plusieurs des humérus sont perforés, que les 
fémurs affectent souvent la forme dite à colonne, et que les 
tibias sont fréquemment platycnémiques, ces deux derniers 
caractères coexistant parfois avec le premier sur le même 
squelette. 

Tous ces os, par l'exiguïté de leurs dimensions, indi- 
quent que les hommes de Mugem étaient de très petite 
taille. 

Parmi les crânes il y en a un qui, par sa conformation 
singulière, mérite que j'en fasse une mention spéciale. Ce 
crâne (PI. II. 4 a, è, c), le seul complet parmi ceux qui ont 
été reçus dernièrement, ne figure que depuis hier dans la 
série de Mugem, ou il porte maintenant le n." 6. Il est do- 
lichocéphale; sa voûte, cependant, s'élargit considérable- 
ment en arrière, les pariétaux, se courbant brusquement 
au milieu de leur longueur, descendent ensuite verticale- 
ment en formant une surface aplatie, et l'aplatissement se 
prolonge encore sur une assez grande extension de l'écaillé 



,ï Google 



299 
occipitale. On retrouve donc chez ce crâne dolichocéphale 
la même particularité morphologique relevée sur les deux 
crânes brachycéphales de la même provenance. Néanmoins 
malgré ces indices, qui paraissent révéler le type de Fur- 
fooz, les traits qui prL\l' minent chez ce crâne sont analo- 
gues à ceu'i qu'on observe sur les n." 2, 3 et 5 de la même 
série: il se rapproJic de ceux-ci non seulement par sa do- 
licocéphalie, mais surtout par la conformation de sa face. 
Finalement, des caractères privatifs d'une autre race, celle 
de Canstadt, viennent compliquer encore la morphologie de 
cette remarquable pièce; ces caractères sont le développe- 
ment considérable des arcades sourcilières, la forme fuyante 
du front et l'aplatissement de la région supérieure de la 
voûte. 

Les autres crânes que l'on conserve dans la Section 
appartiennent à l'âge néolithique, la plupart probablement à 
la tin de cet âge. 

On retrouve chez ces crânes les deux formes brachycé- 
phale et dolichocéphale, qui sont les prédominantes dans la 
série de Mugem. Ces formes s'y observent encore assez pu- 
res, surtout chez les crânes de Casa da Moura (Cesareda) 
et de Monte-Junto, la principale différence consistant en ce 
que le volume de ceux-ci se trouve être bien plus considé- 
rable. Cette circonstance est très digne de remarque. 

C'est dans un crâne de la station préhistorique de Licêa 
(PI. IV, 9a,é), que l'on observe la forme brachycéphale en 
plus grande pureté. Ce crâne est celui d'un individu du sexe 
féminin. 

Le type masculin peut être étudié sur un crâne prove- 
nant de la caverne de Carvalhal, près de la Serra de Turquel. 
Ce crâne réprésenté par les figures G a, i, c, (PI. m) est 
très semblable par sa conformation générale au crâne bra- 



^(^1^ 



3oo 

chycéphale masculin de Mugem; il est toutefois bien plus 
volumineux. L'étroitesse de la région antérieure de la voûte, 
l'élargissement des pariétaux, le vaste aplatissement posté- 
rieur embrassant une grande extension des pariétaux et 
de l'occipital, tous ces caractères, que j'ai relevés en trai- 
tant des crânes brachycéphales de Mugem, se retrouvent 
chez les crSues de Garvalhal et de Licéa, Seulement la dé- 
pression sus-mastoïdéenne, considérée comme privative du 
type de Furfooz, ne s'observe pas sur le crâne de Garva- 
lhal; quant à celui de Licèa, si ce caractère y existait pri- 
mitivement, Pétat actuel de la pièce ne permet pas de le 
constater. 

La même forme crânienne se retrouve assez pure dans 
le crâne n.° 2 1 de Casa da Moura (PI. iv, 8<a, b), et dans 
le n." 4 de MonteJunto, tous les deux féminins. Des ca- 
ractères semblables, quoique moins accentués, s'observent 
encore sur quelques autres crânes de ces deux séries. 

La forme dolichocéphale est toutefois celle que l'on ob- 
serve plus fréquemment chez les crânes de l'âge néolithique. 
On la retrouve bien accentuée, entre autres, dans le crâne 
n.* 2 de Casa da Moura. (PI. v, loa, i, c.) Il est inutile que 
je fasse une description détaillée de ces crânes; je me borne- 
rai à dire qu'ils présentent une conformation très semblable 
à celle des dolichocéphales de Mugem, tout en étant beau- 
coup plus volumineux. Ce caractère seul suffit pour les faire 
bien distinguer. 

Il est bon de dire à ce propos que les particularités 
anatomiques signalées par MM. de Quatrefages et Hamy 
sur deux ou trois maxillaires de Casa da Moura, dont la 
description et les dessins se trouvent dans le mémoire de 
M. Delgado intitulé Noticia dcerca das grutas de Cesa- 
reda, ne s'observent pas sur les pièces similaires qui ont 



'^ 



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3oi 

été exhumées de la même caverne dans une fouille plus ré- 
cente. Les caractères dont je parle consistent dans l'exagé- 
ration de la proclivité symphysaire et dans l'effacement du 
menton, d'où il résulte que la perpendiculaire abaissée de la 
partie antérieure du bord alvéolaire tombe en dehors du corps 
de la mâchoire. Parmi les nombreux maxillaires de Casa da 
Moura que l'on conserve à la Section, il n'y en a pas un seul 
qui présente cette disposition. 

Les cavernes de Cesareda et de Monte-Junto ont fourni 
une ponion considérable d'os longs. Malheureusement ces 
os ont été trouvés mêlés, et pour la plupart fracturés, en 
sorte qu'il devient impossible d'en déterminer les proportions; 
on reconnaît toutefois qu'ils ont appartenu a des individus 
plus hauts de taille que ceux de Mugem. Les fémurs et 
les tibias présentent fréquemment les détails de conforma- 
tion que j'ai signalés en traitant des squelettes des kioekken- 
moeddings; les humérus perforés sont proportionnellement 
moins nombreux. 

Je dois insister sur une circonstance que je crois im- 
portante, surtout après ce que j'ai entendu dire dans une 
des séances antérieures à quelques membres du Congrès, à 
propos de la ressemblance qu'ils ont remarquée entre nos 
objets archéologiques de l'âge néolithique, et ceux du mê- 
me âge trouvés en Ecosse et en Irlande. 

D'après la description de quelques crânes préhistori- 
ques écossais et irlandais, faite par le professeur Huxley 
dans le remarquable ouvrage Prehistortc remains of Caith- 
ness, il me semble que la plupart de ces crânes, par leurs 
formes et par leurs dimensions, ont des analogies très in- 
times avec plusieurs des crânes de nos cavernes, surtout 
avec ceux de Monte-Junto, chez lesquels s'observe avec 
plus de fréquence l'indice du mélange des dciuc races, bra- 



pogle 



302 

chycéphale et dolichocéphale, dont je me suis plus panicu- 
licrcment occupe. 

Les caractères mixtes des deux types mentionnés se 
manifestent encore chez les crânes de la série de Palmella. 
Chez la plupart de ceux-ci l'indice céphalique se maintient 
assez élevé, sans toutefois dépasser jamais la limite de la 
sous-brachycéphalîe. 

Pour terminer cette rapide description des crânes de 
notre collection il me reste à parler des crânes des cavernes 
de Cascaes. 

* On ne retrouve pas parmi les crânes de Cascaes le 
type brachycéphaie qui figure dans quelques-unes des au- 
tres séries de la Section. Ces crânes sont dolichocéphales, 
rarement sous-dolichocéphales, volumineux; ils ont un front 
spacieux, une voûte régulièrement contournée (PI. v, 1 1 ii, 
i, c). Les faèes sont larges et prognathes, les orbites qua- 
drangulaires. Leur type est très uniforme: les différences 
qu'ils présentent entre eux peuvent être considérées comme 
de simples variations individuelles. 

Dans les maxillaires, il y a à noter principalement la 
saillie du menton, la forme arrondie et l'cxtrovcrsion du 
gonion. 

En essayant d'assigner à ces crânes une place dans 
la classification, je ferai remarquer que les caractères qui 
les distinguent s'observent en grande partie dans la race 
de Cro-Magnon. J'en dirai autant au sujet de quelques au- 
tres crânes dolichocéphales du musée qui, par leur morpho- 
logie, se rapprochent de ceux de Cascaes. 

Les crânes dont je parle ne reproduisent pas, il est 
vrai, d'une manière parfaite tous les caractères qu'on attri- 
bue à cette race. Leur prognathisme sous-nasal est plus 
considérable; les orbites, par l'abaissement de leur angle 



,ï Google 



3o3 

externe inférieur, présentent un contour trapezoïdc; jamais 
aussi on n'observe chez eux l'enfoncement profond de la 
racine du nez. Mais, malgré ces différences, par leur con- 
formation générale ils se rapprochent notablement de la race 
mentionnée, et je crois qu'on doit les y rattacher. 

A ce propos, je dirai que les os longs de la même pro- 
venance présentent des caractères analogues à ceux qui se 
rencontrent chez les squelettes de Cro-Magnon : ainsi on y 
remarque fréquemment la platycnémie du tibia, Pépaississe- 
ment de la ligne âpre du fémur et la torsion de l'humérus, 
ce dernier os n'étant jamais perforé. 

Je rappellerai aussi, comme une circonstance qui donne 
un certain appui à ma supposition, que le type de cette race 
a déjà été signale par quelques anthropotogistes sur des 
crSnes provenant de différentes stations préhistoriques de 
l'Espagne. Selon MM. de Quatrefages et Hamy, la même 
forme crânienne s'observe encore aujourd'hui, quoique non 
pas d'une façon générale, chez les Basques; or si quelque 
part le type des anciens habitants de l'ouest de l'Europe a 
pu se maintenir tant soit peu à l'état de pureté jusqu'à nos 
jours, c'est parmi les Basques qu'il est raisonnable de le 
chercher. 

Rien que par ces témoignages, il y aurait lieu de pré- 
sumer que la race de Cro-Magnon eût eu de ses représen- 
tants aussi, aux temps préhistoriques, dans le sol occidetv 
tal de la Péninsule ibérique. 

Cette considération vient donc confirmer ma manière 
de voir. D'ailleurs, les particularités secondaires qui diffé- 
rencient les deiix formes crâniennes sont, à ce que je pense, 
parfaitement expliquables comme étant des modifications 
produites dans la race primitive par les croisements, ou par 
les influences du milieu. 



.,C' 



3o4 
On voit dans le tableau ci-joint les mesures de quel- 
ques crânes, qui représentent assez purs les différents types 
dont il a été question dans cette étude. 



M. ï)E Qlatrefages: M, Paula e Olivcira est dans le 
vrai lorsqu'il rapproche certaines populations ibériques de 
la race de Cro-Magnon. Nous avons montré depuis long- 
temps, M. Hamy et moi, que cette race était plus ou moins 
représentée dans le pays Basque, en Algérie, aux Canaries, 
oij M. Verncau l'a retrouvée encore vivante. La Péninsule 
ibérique ne peut guère qu'avoir reçu sa part de ce sang sur 
divers points de son territoire. 

Toutefois, on ne saurait attribuer à cette race seule 
tous les éléments dolichocéphales qui ont contribué à former 
les populations actuelles, celles du Portugal en particulier. 
En étudiant les crânes retirés des kioekkenmoeddings, j'y ai 
trouvé un type dolichocéphale, absolument distinct de celui 
de Cro-Magnon. La plupart de ces crânes sont malheureu- 
sement déformés; mais l'un deux, placé dans la vitrine n° i, 
est presque intact et permet d'apprécier facilement certains 
traits que l'on reconnaît ensuite sans trop de peine sur les 
spécimens qui ne sont pas trop altérés. Le caractère géné- 
ral le plus frappant de ce crâne, c'est qu'il est très franche- 
ment harmonique; il est dolichopse autant que dolichocé- 
phale. La tète osseuse de Cro-Magnon, au contraire, est es- 
sentiellement disharmonique; si elle est dolichocéphale, elle 
est brachyopse. Chez elle la face est dilatée transversale- 
ment outre mesure. Dans la tête portugaise dont je parle, 
elle semble, au contraire, presque comprimée tant les pom- 



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PaULA E OuVEIRi PI. L 



I a, b, c. Crâne de Voile do Arietro. 
a a, b, c. Crâne ».' / de Mugem. 

Liih. PiTia Rua do Hsiib itt Vema. SO. 

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Padla e ÛuvBmA. 



3 a, b, c. Crâne n." 3 de Mugem. 

4 a, b, c. Crâne n." 6 de Mugan. 

LiUi. FiTÎi Kui dD loinbo d« 7nlo. DO. 

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PàBU. B OuVEIBi. 



S a. b, c. Crâne brachycéphale masculin de Mugem. 
S a, b, c. Crâne brachycéphale masculin de Carvalhal 

' '"" " Uib Pana Rna da Miiita di îajai, 10. 

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PI. m. 



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Pauu e Oliveira. 



7 d, b. Crâne brach/céphale féminin de Mugem. 
S a, b. Crâne n." 21 de Casa da Motira. 
g a, b. Crâne de Ltcêa. 

l Cnuiio lilh LiUi. dt l Liipold. Liibonnc 

DigitizedbyGOOgle 



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Paula e Ouvbira. 



10 a, b, c. Crâne n." a de Casa da Moura. 

11 a, b, c. Crâne n." i de Cascaes. 

Uù Fit» Rua do Kajil» de Tud, U- 



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D,„i,„db,Goo<^le 



3o5 

mettes sont effacées. De plus, chez cette dernière, l'orbite 
présente des caractères opposés à ceux de Porbite de Cro- 
Magnon. Celui-ci est très allongé horizontalement, le diamè- 
tre transverse étant de be^uconp plus grand que le diamè- 
tre vertical. Dans la tête dont je parle, les diamètres orbi- 
taires sont presque égaux. 

Ces traits différentiels sont trop importants et trop bien 
accusés pour que l'on puisse réunir à la race de Cro-Ma- 
gnon les hommes qui les présentent. Ceux-ci appartiennent 
à une race distincte. 

Ces têtes à crâne et à face également allongés, m'ont 
vivement rappelé l'un des quatre types basques que j'ai eu 
occasion d'observer dans les environs de Cambo et sur les- 
quels j'ai donné, il y a longtemps, quelques détails à la So- 
ciété d'Anthropologie. Il me paraît évident que ces monta- 
gnards du versant pyrénéen français se rattachent à l'an- 
cienne race qui a laissé ses débris de cuisine et ses squelet- 
tes sur les bords du Tage. 

M. Henri Martin: J'ai noté dans laCastille la présence 
d'hommes grands, élancés, forts, musculeux, osseux, au nez 
souvent aquilin, qui ne sont pas sans analogie avec un type 
sémitique exagéré, bien que sans rapport avec les Arabes. 

Peut-être ce sont là des représentants d'une race anti- 
que préhistorique*. 



' V. sur ce même sujet la communication de M. Henri Martin, «Du 
type ethnique et anthropologique des Ibères» et aussi p. ao5 et ao6. 



""^ 



LES TRAITS CARACTÉRISTIQUES 
DE L'ÉPOQUE NÉOLITHIQUE EH FRANCE 

TU^ qu'ils sont KÉUNIS DANS LES STATIONS DE LA CHAMP ACNE 



M. LE u,\RON J. DE Baye 

Le grand nombre de gisements où l'époque de la pierre 
polie a été étudiée et reconnue forme un vaste ensemble dé- 
signé sous ia même dénomination. Les éléments qui com- 
posent la civilisation néolithique, examinés séparément, pré- 
sentent un travail d'analyse attendant une synthèse qui per- 
mette de juger les rapports existant entre les différentes sta- 
tions attribuées à la période de la pierre polie. Nous possé- 
dons dans les groupes de la Vallée du Petil-Morin, une 
source abondante de documents propres à faire connaître 
un des aspects les plus importants de la période néolithique. 
La région a été le théâtre du développement d'un centre 
intéressant de la famille humaine. 

Si on en juge par le nombre des grottes artificielles, par 
la quantité des débris humains, par le travail recherché des 
instruments, par le soin des aménagements, les habitants 
primitifs de la Champagne ont longtemps séjourne dans la 
contrée. Il est très probable qu'ils ne l'abandonnèrent jamais 
dans la suite, d'une manière absolue. 



,ï Google 



3o7 

Le premier trait distinclif de la civilisation néolithique, 
ce sont les grottes artificielles pratiquées dans le banc de 
craie naturel au pays. Ces grottes réunies en grande nom- 
bre, habilement préparées, d'un accès avantageusement mé- 
nagé, impriment un caractère bien tranché à ces intéressan- 
tes stations. La physionomie de la vie troglodytique présente 
en Champagne un aspect franchement dessiné qui ne se re- 
trouve point dans les monuments néolithiques qui offrent le 
plus de ressemblance avec elle. La nuance du troglodytisme 
offre ici une perfection qui ne permet pas de le comparera 
l'ère des cavernes, telle que la période quaternaire nous les 
fait connaître. Les grottes bien retaillées, soigneusement 
disposées, solidement fermées, ne sont plus ici de simples 
abris, mais de véritables demeures, malgré leur simplicité. 
Il n'y a pas lieu de s'étonner du choix de pareilles habita- 
tions même en pensant au progrès considérable accompli à 
l'époque de la pierre polie. Nous voyons en effet que les ca- 
vernes naturelles, primitivement habitées à l'époque paléo- 
lithique, ont été elles-mêmes fréquentées par l'homme de la 
pierre polie, qui a laissé des traces évidentes de son passage 
au-dessus des couches géologiques anciennes. 

Au point de vue anthropologique la population qui ha- 
bitait les grottes artificielles de la Champagne ne représente 
plus déjà une race pure. Il y a un grand mélange et plu- 
sieurs types anciens s'y retrouvent mélangés intimement à 
un élément nouveau. Ces caractères variés ont été recon- 
nus par M. Broca et par M. de Quatrefages. 

Les sépultures sont généralement pratiquées avec une 
méthode régulière qui revêt par sa persistance soutenue la 
dignité d'un rite funéraire; partout les restes de l'homme 
sont traités avec un attentif respect. Le plus ordinairement 
les sépultures ont lieu dans des grottes spéciales dont la des- 



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3o8 

tination était purement funéraire. Dans d'autres cas, une 
vaste caverne qui avait primitivement servi d'habitation re- 
cevait un sujet unique ou deux. Cette exception paraît un 
privilège réservé à des personnalités en honneur. Le mode 
de sépulture était Tinhumation. 

L'habitude de donner la sépulture dans un endroit spé- 
cialement affecté aux inhumations caractérise aussi la pierre 
polie. Le mobilier funéraire régulièrement disposé, composé 
d'objets de choix d'une catégorie spécialement adoptée qui 
se retrouve constamment, caractérise également la période 
néolithique. Cette innovation bien évidente constitue une 
dilTérence notable avec la pratique de Pépoque quaternaire 
qui ensevelissait ses morts dans la grotte habitée. 

Il est à peine nécessaire de mentionner la hache polie, 
puisqu'elle est, par sa nature, l'instrument distinctif de Pépo- 
que néolithique. Nous dirons cependant que nulle part, elle 
ne justifie aussi bien sont rôle caractéristique que datis la 
période qu'elle a servi à désigner. La hache polie, emman- 
chée, disposée pour l'usage ne remplit dans aucune contrée 
un rôle aussi grand, aussi varié, aussi privilégié, que dans 
les stations de la Champagne. Les haches ont même été 
fréquemment sculptées sur les parois des grottes. 

La sculpture est aussi un des traits caractéristique des 
stations de la Vallée du Petit-Morin. Il ne s'agit pas ici de 
ce genre de sculpture si remarquable que l'on trouve dans 
les gisements quaternaires. Ce sont des reliefs exécutés dans 
la craie vive, comme ornements des grottes et représentant 
des sujets variés. Les sculptures sont peu connues à l'épo- 
que néolithique. Celles de nos stations sont encore uniques 
en ce moment. Ces essais de sculpture, bien que d'une nuance 
très primitive et dépourvus d'art, ne révèlent pas moins une 
inspiration et un certain degré de civilisation. 



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3o9 

Les roches étrangères employées dans le confectionne- 
ment des haches, distinguent les stations de la Champagne. 
Les haches en matières exotiques sont en assez grand nom- 
bre, bien qu'il y air tout lieu de croire qu'elles ont été im- 
portées à l'ctat parfait, elles ne sont pas moins une partie 
importante de l'outillage néolithique de la Vallée du Petit- 
Morin. 

Les parures occupent une large place dans le mobilier 
des grottes de la Champagne. La grande quantité de bijoux 
n'est certainement pas exclusive à ces stations, mais néan- 
moins l'abondance et la variété des objets est caractéristi- 
que et dénote un progrès incontestable. Les pendeloques en 
schiste sont multipliées. Les colliers en craie se retrouvent 
dans chaque grotte. 

La flèche à tranchant transversal dont la présence a été 
remarquée depuis un certain temps dans plusieurs localités, 
se rencontre très-fréquemment dans les grottes. La popula- 
tion paraît en avoir fait un usage considérable. C'est peut- 
être à l'emploi de ces silex faciles à préparer, qu'il faut 
attribuer la rareté relative des flèches pointues finement re- 
taillées. L'emploi de ces projectiles s'affirme chaque année 
de plus en plus par de nouvelles observations. Il ne fau- 
drait pas juger ces instruments sur les données qui résul- 
tent des fouilles exécutées dans le Midi par exemple. Elles 
sont en elfet très rares dans le Midi de la France. Aucune 
contrée néolithique n'a donné de ces flèches en aussi grand 
nombre. Quelle que soit la manière dont on les considère, 
elles donnent aux tribus de la Vallée du Pctit-Morin une 
nuance particulière. L'usage de ces projectiles est bien affirmé 
par les exemplaires que Ton trouve disséminés ça et là dans 
les plaines environnantes. 

Un instrument généralement désigné sous le nom de 



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3io 

^attoir du Grand-Pressigny a été rencontré dans les grottes. 
Cet instrument y est rare, mais les conditions dans lesquelles 
il a été trouvé, ne s'étant rencontrées encore dans aucun au- 
tre gisement, nous paraissent dignes d'en faire une mention 
particulière qui pourra devenir un point de ralliement pour 
les autres contrées où il serait remarqué. Le même instru- 
ment n'est pas rare à la surface du sol dans les régions voi- 
sines des stations. 

La céramique grossière, mais en quotité notable, dis- 
tingue les stations néolithiques de la Champagne. Les vases 
y sont de formes, de dimensions, de capacité très variées. 
Mais ils portent tous, à peu d'exception près, les nuances ty- 
piques de la même fabrication. Ces vases, formés d'une 
terre peu homogène mélangée de graviers et peu travaillée, 
sont à peine lissés et toujours dépourvus d'anses. La cuis- 
son fort imparfaite a été opérée à l'air libre. Bien que ces 
vases soient loin d'être des objets d'art, ils sont très pré- 
cieux au point de vue de l'art céramique. Ce sont très vrai- 
semblablement les plus anciens vases authentiquement clas- 
sés. La possession d'un vase en terre à cette époque, pa- 
raît avoir été fort appréciée. Les soins que l'homme de la 
pierre polie apportait à la restauration et à la conservation 
de ces vases, atteste en outre des habitudes d'ordre. 

Ces renseignements d'une origine sûre et bien étudiés 
sont, par leur nature appelés à rendre d'incontestables ser- 
vices. Dans l'ordre des faits, rien ne saurait être négligé. 
Tout a son importance. Je suis heureux de me rencontrer 
sur un terrain commun avec ces infatigables chercheurs Por- 
tugais qui ont en si peu de temps apporté aux études ar- 
chéologiques un contingent tout à la fois riche et varié. J'es- 
père que dans le calme des études on trouvera dans les re- 
marquables observations de M. Delgado des points de rap- 



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prochement entre les gisements néolithiques qu'il vient de 
faire connaître et nos stations déjà connues. 



M. Henri Martin. II n'y a jamais de figures humaines 
sculptées à l'intérieur des dolmens. H y a quelquefois, très 
rarement, des serpents; une seule fois, un cheval, sous la 
table du célèbre dolmen appelé vulgairement la Table des 
Marchands, par une fausse interprétation du nom populaire 
celtique Dot- Varchant, qui veut dire la Table du cheval. 
Sur un seul dolmen, celui du Petit-Mont, à l'entrée, on voit 
deux pieds humains sculptés, signe du voyage, du départ 
pour l'autre monde. Une seule fois, on voit un groupe de 
figures sur des monuments mégalithiques de Bretagne; mais 
ce sont des menhirs et non des dolmens. 

Les trois premiers menhirs de Saint-Kerre en Quibe- 
ron sont façonnés, l'un, en vieillard à grande barbe; l'autre, 
en une forme de cheval; le troisième présente une forme 
humaine creusée dans le bloc; il existe ou il a existé en 
Bretagne plusieurs de ces figures sculptées en creux. 

Dans une des grottes de la Marne découvertes par 
M. le baron de Baye, on voit une figure de femme gros- 
sièrement sculptée. 



,cp^ 



SILEX ET OSSEMENTS HUMAINS 



PEINTS EN ROUGE TROUVÉS DANS UNE SÉPULTURE 



DANS Ij\ province DE ROME 



M- L. PlGORlNI 

Une tombe de l'âge de la pierre, près de la station de 
Sgurgola, dans le territoire d'Anagni, a livré une portion 
faciale de crâne humain et deux pointes de flèche de silex 
colorées en rouge vif par du cinabre. Il faut éliminer tout 
doute quant à l'ancienneté de cette coloration, car elle se 
retrouve au-dessous de la croûte calcaire qui enveloppe aussi 
bien ces deux flèches que la plus grande partie des autres 
trouvées dans la même sépulture. La question est donc de 
savoir si ce dépôt de matière colorante est dû à une infil- 
tation naturelle ou à la 'piété des parents et des amis du 
mort. 

La circonstance qu'il est limité aux trois objets cités, 
qu'il recouvre également les deux faces des flèches et ne 
s'étend pas au sol environnant, ne permet pas d'accueil- 
lir la première hypothèse. La seconde reste donc jusqu'à 
présent la seule qui puisse donner l'explication des faits ob- 
servés. 

Pour élucider la question soulevée par les faits que je 



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3i3_ 

signale, je rappellerai au Congrès divers exemples, assez 
rares d'ailleurs, de coloration d'objets citée dans des tra- 
vaux relatifs à des sépultures préhistoriques, prouvant que 
les hommes de l'âge de la pierre avaient l'habitude de se 
colorer, de leur vivant, généralement en rouge*, et de dé- 
poser dans la tombe une certaine portion de matière co- 
lorante pour permettre sans doute au mort de s'en orner 
dans le monde des esprits. A côté de ces faits, je citerai 
la coutume des Nouveaux-Zélandais de n'enterrer les sque- 
lettes de leurs morts qu'après que les os sont complète- 
ment dépouillés de leurs chairs et après les avoir ornés 
comme de leur vivant, et celles des Papous de peindre les 
crânes de leurs morts de diverses couleurs et plus particu- 
lièrement de rouge. 



■ ' V., p. 229, les observations de M. Dclgado à propos d'un usage 
analogue chez les troglodytes de Furninha et aussi, 'Congrus Internatio- 
nal d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques. Rapport sur la 
Session de Lisbonne', par M, E. Cartailhac. 1880. p, 91, no/e, où on lit: 

fOn sait que divers squelettes des grottes de Menton sont comme 
s'aupoudrés de fer oligistc. Un fait analogue a été note dans la grotte 
d Arène Candide, près Finalmarina. 



.,Ct 



DE L'EMPLOI DE LA CALLAÏS 



L'EOROFï: OCCIOENTALE aux TEUFS PRËHISTORIQItES 



M. CAZAtlS DE FONDOUCE 

Pendant la Session de Budapesth, M. Capellîni entre- 
tînt le Congrès de quelques substances d'origine minérale 
ou animale employées par l'industrie des temps préhistori- 
ques. Je viens ajouter à cette liste une nouvelle substance 
dont l'usage paraît avoir été considérable en Portugal. 

Cette espèce minérale, bleue ou verte, très voisine de 
la turquoise orientale, dont elle se rapproche par certains de 
ses caractères extérieurs et par sa composition chimique, 
qui n'en diffère que par un équivalent d'alumine, a été étu- 
diée et décrite en 1864 par M. Damour', sur les premiers 
spécimens rencontrés à Mané-er-H'roek, en Lockmar laquer, 
dans le Morbihan. Voici en quels termes M. Damour la dé- 
crit: 

«La couleur de cette matière, dit-il, est le vert pom- 
me, se rapprochant du vert de l'émeraude. Quelques échan- 
tillons sont comme marbrés de parties blanches et de par- 
ties bleuâtres; d'autres sont maculés de veines et de taches 



' Comptes-rendus hebdomadaires de l'Académie des Sciences de 
Paris, V. Lix, p. 936—940. 



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3i5 

brunes ou noires, par suite d'un mélange accidentel de ma- 
tières argileuses. 

*La substance minérale est translucide, à peu près au- 
tant que la chrysoprase. Sa cassure est compacte comme 
celle de la cire. Elle raye le calcaire, mais elle est facile- 
ment rayée par une pointe d'acier. Sa poussière est blan- 
che, sa densité égale 2,5o à 2,52. 

fChaulTée dans un tube de verre, à une température 
un peu inférieure à celle du rouge naissant, clic laisse dé- 
gager beaucoup d'eau, qui n'exerce pas de réaction sur le 
papier de tournesol; elle décrépite, perd sa couleur, devient 
opaque et prend une teinte brun-chocolat. A cet état elle 
est devenue très friable. • 

L'analyse chimique a montré que la composition de ce 
minéral est très voisine de celle de la turquoise d'Orient. 
Elle en diffère toutefois légèrement par la proportion des 
éléments qui les composent l'un et l'autre. Tandis que la 
turquoise contient deux équivalents d'alumine pour un d'aci- 
de phosphorique et cinq d'eau, l'autre minéral ne contien- 
drait qu'un seul élément d'alumine pour la même proportion 
d'acide phosphorique et d'eau. Cesdeux substances diffèrent 
en outre par leurs caractères extérieurs. «La turquoise, en 
effet, dit toujours M. Damour, est plutôt opaque que trans- 
lucide, sa couleur habituelle est le bleu céleste plus ou moins 
foncé; sa dureté, sa densité sont supérieures à celles du 
nouveau minéral. J'ajouterai que la turquoise orientale doit 
sa couleur à l'oxyde de cuivre, tandis que la teinte verte de 
la nouvelle matière me parait due à l'oxyde de fer.i 

D'après ces différences bien appréciables, M. Damour 
était d'avis, à l'époque où il publia cette note, de séparer 
CCS deux substances dans la classification des espèces et, 
reprenant le nom de Caldile que plusieurs minéralogistes 



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3i6 

ont donné à la turquoise, il proposa de désigner la ma- 
tière fournie par les tombeaux préhistoriques du Morbihan 
sous le nom de CalLiïs, nom que Pline donne à une ma- 
tière précieuse qu'il décrit en ces termes: 

«La Callaïs est d'un vert pâle: elle se trouve en mor- 
ceaux volumineux, mais souvent perforés de cavités et souil- 
lés de matières étrangères. On taille ces pierres qui, du 
reste, ont peu de dureté. Les plus estimées ont la teinte de 
l'émeraude (Optimus color smaragdi). Plus elles sont belles, 
plus aisément elles perdent leur couleur par l'action de 
l'huile, des onguents ou du vin; les moins belles se conser- 
vent mieux. Il n'est pas de pierre plus facile à contrefaire 
au moyen des matières vitreuses.» 

•Ce peu de caractères, ajoute M. Damour, serait au- 
jourd'hui bien insuffisant pour décrire une espèce en miné- 
ralogie. Us me paraissent toutefois indiquer certains rap- 
ports avec la substance verte dont il est ici question, mieux 
qu'avec la turquoise qui est bleue: On voit que Pline in- 
siste sur la couleur de la Callaïs qu'il range parmi les pier- 
res vertes.» 

Nous donnerons donc, avec M. Damour, le nom de 
Callaïs à la matière précieuse, le plus souvent verte, qui 
fut employée dans la joaillerie primitive des temps préhis- 
toriques et qui paraît l'avoir été encore du temps de Pline, 
mais en faisant observer que c'était plutôt une variété de 
la turquoise qu'une espèce minérale parfaitement distincte. 
En effet, si la matière qui constituait les perles trouvées au 
Mané-er-H'roek présente au plus haut degré la coloration 
verte et oflrc une composition chimique qui parait sensi- 
blement différente de celle de la turquoise orientale par un 
équivalent d'alumine, il faut remarquer qu'entre ces deux 
extrêmçs se retrouvent les variétés intermédiaires les plus 



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lu 

nombreuses. Déjà en 1864, M. Damour faisait remarquer, 
à la fin de son mémoire, que nie musée archéologique fondé 
à Vannes par la Société polymathiquc du Morbihan renfer- 
me, avec les Callaïs, beaucoup d'autres pierres, qui se trou- 
vaient péle-méle avec elles dans le même tombeau celtique et 
dont la teinte bleuâtre, plus ou moins pâle, rappelle exacte- 
ment celle de certaines turquoises de la variété la plus com- 
mune. »Un essai m'a montré, ajoutait il, que ces pierres 
bleues sont, comme la turquoise et la Callaïs, composées 
d'acide phosphorique, d'alumine et d'eau, t. 

Depuis lors, j'ai eu l'occasion d'examiner un grand 
nombre d'objets préhistoriques formés de cette matière et 
partout j'ai pu constater l'existence de ces nombreux inter- 
médiaires entre la variété verte et la bleue, qui rendent im- 
possible d'établir une démarcation entre elles. Quant à la 
composition chimique, celle d'un grain de collier, pris au 
hasard entre un grand nombre d'autres provenant de la 
Provence, qui a été soumis à M. Damour tout récemment, ne 
lui a pas paru s'éloigner de celle de la turquoise. «Je viens 
de m'assurer, écrivait-il à la personne qui le tuî avait en- 
voyé sur ma demande, que la matière minérale qui le cons- 
titue se rapporte bien à la turquoise, essentiellement for- 
mée de phosphate d'alumine hydraté, coloré en bleu pâle 
par du phosphate de cuivre. Cette turquoise, à raison de sa 
très faible teinte bleue, n'a aucune valeur commerciale'. s 

M. Dufrénoy dit d'ailleurs que des analyses de turquoi- 
ses ont donné des résultats fort différents les uns des au- 
tres'. 

C'est aussi l'opinion du professeur américain Dana, 

' Lettre du 3o avril 1880. 

' Traité des Minéralogie, t. 11, p. 55^ et î6o. 



•^■r 



3i8 

qui pense que la Callaïs de Pline est probablement la tur- 
quoise', et de M. le comte de Limur qui dit qu'il y a certai- 
nement dans les analyses de ces deux minéraux des diffé- 
rences dont on doit tenir compte, mais que cependant on 
ne doit pas exagérer: tH ne faut pas oublier, ajoute-t-il, qu'on 
a affaire, dans la turquoise et dans la Callaïs, à des minéraux 
amorphes, et qui, par conséquent, peuvent facilement con- 
tenir quelques corps étrangers, peu importants sans doute, 
mais en assez grande quantité pourtant pour changer les 
résultats des analyses; et l'on sait qu'en minéralogie, tou- 
tes les fois qu'on n'opère pas sur des minéraux cristal- 
lisés, on ne saurait s'attendre à des identités d'analyse*. D 
se pourrait d'ailleurs que la composition des spécimens ren- 
contrés dans les tombeaux préhistoriques ait été sensible- 
ment modifiée par leur séjour dans ce milieu humide et très 
phosphaté '. 

On est donc contraint de reconnaître que l'on n'a pas 
affaire à deux espèces minérales distinctes, mais à une es- 
pèce qui n'est pas bien exactement définie, qui peut varier 
dans une certaine mesure quant à la proportion de ses élé- 
ments constitutifs et à sa couleur. D'un autre côté ta ré- 
union dans les mêmes gisements archéologiques de frag- 
ments présentant toutes les innombrales variations de cou- 
leur et de composition, doit faire admettre que l'on a bien 
affaire à des fragments d'une même roche. 

Ainsi que je l'ai dit en commençant, cette substance a 

' Manual of Mineralogy, p. i3i 

* Note sur les gisements nouvellement reconnus de certaines subs- 
tances minérales rares employées comme ornements ou comme outils par 
les tribus préhistoriques ou les tribus sauvages. Dans Mém. Soc. Émul. des 
Côtes du Nord, tom. xii (1874). 

3 Opinion de M. Dçlesse, citée par M. de Limur, loc. cit. p. (». 



,ï Google 



3ic) 

été trouvée pour la promicre fois dans un tombeau du Lok- 
mariaquer, dans le Morbihan (5o forains). Elle s'y présentait 
«façonnée en forme de pendeloques ovoïdes et en grains de 
collier de diverses grosseurs, depuis celle d'une lentille jus- 
qu'à celle d'un œuf de pigeon. Ces grains arrondis et polis 
sur leurs contours, présentent pour la plupart deux surfa- 
ces planes opposées et perforées plus ou moins symétrique- 
ment vers le centre'.» 

Il est facile de reconnaître dans cette description les 
formes habituelles des pendeloques et des grains de collier 
des temps préhistoriques. 

On a retrouvé encore de la Callaïs, en Breiagnc, dans 
le dolmen de la Trinité-sur- Mer, canton de Quiberon (i 
grain), dans celui de Keriaval {2 grains), dans les dolmens 
sous tumulus du Mont-Saint-Michel (107 grains), de Tumiac 
(147 grains), du Moustier Carnac ii grain), et dans le dol- 
men allée couverte de Kercado, Carnac (7 grains). 

Dans l'intérieur de la France elle est bien plus rare. 
M. le baron de Baye en a recueilli un seul grain dans les 
grottes de la Marne. M. le Dr. Prunières en aurait rencon- 
tré deux perles dans un dolmen de la Lozère et M. Car- 
tailhac une dans un autre dolmen du même département, 
au Recoux, et une seconde dans un dolmen de Caussanus, 
Aveyron, et encore y a-t-il du doute sur la détermination de 
la substance des ces quatre perles. 

Dans les grottes artificielles du Midi de la France elle 
reparait, au contraire, en assez grande abondance. J'ai re- 
cueilli 1 14 perles de celte substance dans l'allée couverte du 
Castellct, près d'Arles, en Provence. Ce grand nombre rend 
celte trouvaille tout-à fait remarquable, bien qu'elle ne ren- 

' Matériaux pour l'histoire de l'homme, ju, p. 229. 



.ïGoOt^l; 



?>^ 



320 

ferme pas de spécimens aussi gros que certains de ceux ren- 
contrés au Mané-er-HYoek'. 

Les antiquités envoyées du Portugal à l'Exposition des 
sciences anthropologiques, en 1878, nous permirent de re- 
connaître que dans cette portion de la Péninsule ibérique, 
les objets de callaïs devaient se rencontrer en quantité en- 
core plus considérable. En venant à Lisbonne nous avons 
retrouvé ces objets dans les vitrines de la Section Géologique. 

Parmi les dolmens, un seul, celui de Monte Abrahao, 
a donné quelques perles de cette substance. Parmi les grot-' 
tes naturelles, celle de Furninha a donné une perle de cal- 
laïs, dans la partie néolithique, d'après un renseignement que 
je dois à M. Delgado. Celle de Casa da Moura en a don- 
ne aussi quelques-unes. Mais les trois grottes artificielles de 
Palmella, fcrtjillées par M. Carlos Ribeiro, n'ont pas fourni 
à elles seules moins de 214 perles de toutes dimensions et 
de formes diverses, dont quelques-unes sont aussi grosses 
que celles du Morbihan. 

Après l'exposé que nous venons de faire des localités 
où l'on a rencontré jusqu'à ce jour des objets de callaïs de 
l'époque préhistorique, trois questions se présentent à nous, 
également intéressantes à résoudre au point de vue de l'ar- 
chéologie: Quels sont les gîtes naturels de cette substance? 
A quelle époque appartiennent les tombeaux qui la recèlent? 
Quels sont les peuples qui s'en sont parés? Nous allons les 
examiner successivement. 

' M. Piettc a trouve d'autre part une poignée de perles en Callaïs 
dans une allce couverte du plateau d'Ossun, près Lourdes, dans les 
Haules-Pyrénées. Il y avait avec elles une perle d'or du type de celle 
trouvée dans l'allée du Castellet. Ce fait a été signalé par M. Cartailhac 
dans la discussion qui a suivi la lecture de mon mémoire devant le 
Congrès. 



,ï Google 



En premier lieu, de quelle contrée a tic apportée la 
callaVs avant d'être enfouie dans les tombeaux antiques de 
l'Europe occidentale? 

M. Damour déclare qu'il ne connaît ni en Bretagne, ni 
dans les autres parties de la France aucune matière sembla- 
ble, et j'ai recueilli la même déclaration de MM. Ribeiro, 
Delgado et Vilanova en ce qui concerne le Portugal et l'Es- 
pagne. C'est donc en dehors des pays où nous la retrou- 
vons travaillée et utilisée, qu'il faut en rechercher l'origine. 
Elle représente, par conséquent, un produit du commerce 
antique. Mais faut-il aller en rechercher l'origine dans des 
régions très éloignées? Voici dans quels termes M. Damour 
répond à cette question: 

ill existe bien en Saxe, en Silésie et dans les Monts Du- 
rais divers minéraux analogues qu'on a décrits sons les noms 
de Péganite, de Variscite et de Fischérite; mais aucun d'eux 
ne se rapporte exactement, ni par les caractères extérieurs 
ni par la composition, à la callaïs que je viens de décrire. 
Pline, qu'il est encore permis de consulter sur ce point, nous 
dit: «La Callaïs se trouve au delà des Indes, chez les Phy- 
cares, qui habitent le mont Caucase, et aussi chez les Saces 
et les Daces. Celle qui vient de la Caramanie est la plus 
pure et la plus agréable à la vue. . . b 

«La provenance indiquée par Pline se rapporte assez 
bien à celle de la turquoise orientale, dont on connaît actuel- 
lement des gîtes dans quelques parties de la Perse, et no- 
tamment près Michabour, dans le Khorassan. Il n'est pa: 
improbable que la callaïs verte et la turquoise, formées des 
mêmes éléments, se soient rencontrées dans un même gîte 

A l'appui de cette opinion, M. Damour fait remarquer 
le mélange, dans les mêmes gisements archéologiques, 
d'échantillons présentant des teintes variant du vert de la 



(^ 



322 

calhiïs au bleu pâle des turquoises communes. Nous sommes 
dune amtincs à admcuri; que les innombrables variétés de 
callaïs et de turquoise sont probablement des fragments 
d'une même ruche, d'origine exotique, apportée par le com- 
merce des U-'mps anciens, de TOrient asiatique dans l'Eu- 
rope occidentale. Il est vrai que depuis l'époque où M- D'a- 
mour écrivait les lignes sur lesquelles nous venons de nous 
appuyer, on a trouvé la turquoise, iwnc quelques autres ra- 
retés minéralogiques, à la mine d'étain de Montcbras (Creu- 
se), où existent des traces d'anciennes fouilles qui parais- 
sent préhistoriques. Cette turquoise de Montebras semble 
bien voisine de la callaïs du musée de Vannes, de sorte 
qu'il ne serait peut-être pas besoin, d'après quelques ar- 
chéologues, que les tribus du Morbihan aient été chercher 
leur callaïs hors de France'. On a ajouté que le Morbihan 
lui-même renferme des filons d'étain qui semblent avoir été 
l'objet d'exploitations préhistoriques et qu'il ne serait pas im- 
possible qu'on y rencontrât un jour te gisement de callaïs 
des peuples des dolmens. 

Nous ferons observer, en réponse à ces considérations 
que, .s'il est possible que l'on trouve un jour la turquoise 
dans le Morbihan, il n'est pas probable qu'on la trouve dans 
la Provence, où il n'y a pas de filons d'étain. Elle a donc 
dû être importée ici, et, d'après le système que nous ve- 
nons d'exposer, probablement de la Creuse ; mais alors com- 
ment se fait-il qu'elle soit si abondante en Provence et si 
rare dans le centre de la France, aux environs même du 
gisement présumé? Nous pen.sons donc que, ju.squ'à nou- 
vel ordre, on doit considérer l'origine de la callaïs préhis- 
torique comme exotique. 



■ ^ 



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323 

Ceci admis, la seconde question qui se pose devant nous 
est celle de savoir à quelle période des temps anciens doit 
être rapportée l'importation et l'emploi de cette substance. 

Outre les objets de callaïs, la sépuliure du Mané-er- 
H'roek renfermait un grand nombre de haches de pierres 
dures polies, ce qui l'a fait classer dans l'époque néolithi- 
que; mais les objets trouvés dans les grottes du Casteliet, 
en Provence, et de Palmella, en Portugal, où la callaïs a 
été rencontrée avec la plus grande abondance, nous obli- 
gent à reporter l'importation de celle-ci à une époque un 
peu plus récente. Nous avons, en eflet, recueilli dans les 
allées couvertes de la Provence des perles d'or, des pote- 
ries avec ornements en dents de loup, des lames de poi- 
gnard de bronze, qui nous les ont l'ait classer dans l'âge du 
bronze; mais il y avait aussi des pointes de silex, et des 
haches en pierres polies, armes ou instruments qui étaient 
encore en usage au début de cette période. En Portugal, 
M. Ribeiro a recueilli dans les grottes de Palmella des poin- 
tes de silex en même temps que des pointes de lance et 
autres objets de bronze. 

La présence des haches en pierre polie, malgré l'absence 
des instruments de bronze, n'est donc pas surtisante pour 
faire reporter absolument la sépulture du Mané-er-H 'roek a 
l'époque néolithique et il est probable que, comme celles de 
la Provence et du Portugal, elle doit être du commence- 
ment de l'âge du bronze. 

Les dolirens de la Lozère, où M\L Cartailhac et Pru- 
nières ont rencontré trois ou quatre perles de callaïs, ne con- 
tredisent pas cette manière de voir, car on sait que Ton trou- 
ve un peu de bronze dans tous les dolmens du Midi de la 
France et qu'on doit les classer dans cette période qui fait 
la transition de l'époque néolithique â celle du bronze. 



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j 



324 

Reste la perle trou\ée par M. de Baye dans une des 
grottes artificielles de la Marne. Ici encore nous nous trou- 
vons en présence de sépultures qui se présentent, au milieu 
de la civilisation néolithique, avec des caractères si particu- 
liers et si avancés, qu'on est naturellement porté à les con- 
sidérer comme appartenant lout-à-fait aux derniers temps 
de cette civilisation. 

Nous nous résumerons donc en disant que la callaïs a 
peut-être fait son apparition dans l'Europe occidentale iila 
fin de l'époque néolithique, mais qu'elle y a surtout été im- 
portée et utilisée dans les premiers temps de l'ûge du bronze. 

Est-il possible de savoir à quel peuple peuvent être at- 
tribués l'importation et l'emploi de la callaïs? C'est ce qu'il 
nous reste maintenant à examiner. 

Nous remarquerons d'abord que cette substance ne se 
montre pas indistinctement dans toutes les sépuhures de ta 
fin de l'époque néolithique ou du commencement de l'âge du 
bronze, mais seulement dans,celles d'une certaine catégorie. 
Nous la trouvons, en effet, dans quelques dolmens, mais 
exceptionnellement et en très petite quantité, et puis, plus 
ou moins abondamment, dans quatre sépultures qui appar- 
tiennent à des périodes postérieures, pendant lesquelles l'ar- 
chitecture dolménique s'est développée et modifiée dans les 
formes et les procédés mais en conservant ses dispositions 
principales. 

De ces quatre groupes de sépultures, celui du Morbihan, 
est celui qui s'écarte le moins du dolmen. Ce n'est pourtant 
déjà plus la forme simple et à dimension restreinte de ce 
tombeau mais un véritable hypogée logé dans un tumulus 
dont te grand axe, au Mané-cr-HVock n'a pas moins de loo 
mètres. La crypte, dans laquelle on arrive par une galerie 
d'accès, a 4 mètres de long sur 3 mètres de large et i"',73 



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325 

de hauteur. Une des dalles porte des signes gravés, comme 
celles d'autres monuments semblables de la même région'. 

Le dolmen de Monte Abrahâo, en Portugal*, présente a 
peu près la même disposition: une galerie d'accès d'environ 
8 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur, et une cham- 
bre polygonale dont le grand diamètre a S^fôo', 

Dans les allées couvertes des environs d^Arles, en Pro- 
vence, qui s'écartent déjà davantage du type primitif, nous 
retrouvons, comme au Mané-er-H'roek, le tumulus à grand 
diamètre (41 mètres), la galerie d'accès, la crypte à grandes 
dimensions {24 mètres de longueur sur S^.So de largeur et 
autant de Hauteur à la grotte des Fées; 1 1 mètres de lon- 
gueur sur 2",20 de largeur et autant de hauteur à la grotte 
du Castellet). Seulement ici cette crypte n'est pas formée 
avec des dalles, elle est creusée dans le rocher, ce qui en 
constitue le caractère particulier et en fait en quelque sorte 
une grotte artificielle. Toutefois on a conservé du dolmen 
l'inclinaison des parois vers l'intérieur et la toiture en gran- 
des dalles*. 

Les grottes artificielles de Palmella, dans le Portugal, se 
relient intimement à celles de la Provence et, par elles, aux 
grands dolmens de la Bretagne et du Portugal lui-même, 



I R. Galles: Le Mané-er-H'roek. Vannes, i8f>3. 

*Carlos Ribeiro: Notieia de algumas csiaçôese monumentos prc- 
historicos, ii. Lisbonne, 1S80. 

3 Ce iîemier type amûne à celui de l'allée couverte du plateau d'Os- 
sun, dans les Hautes -Pyrénées, dans laquelle a été trouvée, outre la cal- 
laïs, une perle d'or, qui la relie aux sépultures du type suivant. 

* Voir la description que j'ai donnée de ces curieuses sépultures 
dans les deux mémoires intitules: Les allées couvertes de la Provence 
i et II, Montpellier,— Paris, i873 et i87S. 



„Coct 



326 

mais elles n'ont plus pour ainsi dire conservé de ceux-ci que 
\a disposition générale. Comme cglics de la Provence, elles 
sont creusées dans le sol ; une galerie à plan incline permet de 
descendre prcsqu'au niveau inférieur de î'evcavation et con- 
duit dans la crjpte, à travers un passage rétréci. II y a jus- 
que là une véritable analogie, une presque identité. La dif- 
férence, se montre dans la forme de la crypte, qui est cir- 
culaire au lieu d'être allongée. La même disposition se re- 
trouve dans d'autre^ sépultures artificielles du Portugal, qui 
appartiennent évidemment à la même famille, telles que 
celles de Mniifi;e et de Follia da.t liarradas dans les envi- 
rons de Cintra'. 

Nous pouvons donc affirmer que les peuples qui se sont 
parés de la callaïs sont peut-être de ceux qui ont construit 
les dolmens, et certainement de ceux qui oit hérité des ha- 
bitudes de ceux-ci ou les ont adoptées, et qu'ils se sont mon- 
trés dans la Bretagne, le long des Pvrénées, dans la Pro- 
vence et dans le Portugal. 

Si maintenant nous jetons un rapide coup d'œil .sur les 
objets qui sont restés dans leurs sépultures comme des té- 
moins de leur industrie ou de leurs usages, nous y trouve- 
rons des indices qui nous confirmeront les rapports de ces 
stations entre elles et nous décèleront des aihnités avec les 
populations d'autres pays de l'Europe occidentale. 

Nous indiquerons, parmi ces objets, les celts en pierre 
polie qui se rencontrent indistinctement dans toutes ces sépul- 
tures; les boutons en os, percés de deux trous convergents 



' Carlos Ribciro: Noiicia dt.' algumas esui^Ôt-s c monumcnias pro- 
hisiori».-os, Lisbonne. iS.So.— .\1. Cartailhac, qui a Oit vi.siterles grouos 
Ji.- l'jlni^;lla, apit-'i ij Ses-iion' du Congrès, m'a contirm.,- leur analogie 
u^KkiUoav^...- cclUs J.- la Piov...ncc. 



,ï Google 



327 

sur une de leurs faces, qui ont été trouvés au Castellet en 
Provence, et au Monte Abrahao en Portugal; les cailloux 
de quart/ite, qui recouvraient comme d'^un manteau les os- 
sements humains dans les sépultures provençales, aussi bien 
que dans le dolmen de Monte Abrahâo et dans la sépulture 
de Monge, en Portugal; les ornements en chevrons et en 
dents de loup, qui se retrouvent sur divers objets des unes 
et des autres; les gros marteaux ou casse-téte en quartzite, 
avec rainure circulaire, trouvés dans les grottes artificielles 
de la Provence et qui sont si abondants dans toute la Pé- 
ninsule ibérique; les lames et pointes de bron;îe, rencontrées 
aussi bien dans les grottes de Paimclia que dans celles des 
environs d'Arles; enfin les pendeloques de diverses formes, 
qui sont identiques ici et là, et les tlèches de silex à bords 
droits et à angles vifs, qui se montrent au Castellet et au 
Monte Abrahiïo, et dont il faut aller chercher les analogues 
en Irlande. 

C'est aussi dans ce dernier pays, que nous devons al- 
ler chercher, ainsi que je l'aï montré ailleurs, des sépultu- 
res sous tumulus, qui semblent présenter une certaine ana- 
logie de forme et de disposition générale avec certaines de 
nos sépultures provençales, notamment avec celles de la Mon- 
tagne de Cordes. C'est encore en Irlande que Ton trouve 
de grands marteaux de quartzite semblables à ceux de l'Es- 
pagne et de la Provence, et des boutons dont la forme rap- 
pelle celle des boutons en os mentionnés ci-dessus, seule- 
ment je ne sache pas que la callaïs ait été encore signalée 
dans cette partie des lies Britanniques. 

Voilà les faits et les rapprochements auxquels ils don- 
nent lieu. Quelles conclusions en tircrr 

Je serai ici très circonspect, car ces faits et ces rap- 
prochements sont il peine sullisants pour permettre de tou- 



.ïGoorl» 



328 

cher d'une main discrète au voile qui recouvre l'histoire de 
ces époques lointaines. Pourtant, je ne puis m'empêcher de 
penser que la terre îbérienne arrivait presque jusqu'au Rhô- 
ne; que les allées couvertes de la Provence sont situées sur 
la rive droite de ce fleuve, là où commençait la terre des 
Ligures, au temps d'Aviénus; que ce poëte géographe place 
la résidence primitive de ces Ligures au sud-ouest de l'Es- 
pagne, d'où ils furent chassés parles Celtes conquérants, en- 
viron 1600 ans av. J. C; que Thucydide, Euphore et Phi- 
liste de Syracuse constatent le même fait dans leurs écrits. 

Ainsi les auteurs anciens nous montrent tes Ligures 
venant de l'Espagne, du sud-ouest de la Péninsule ibérique 
pour occuper ensuite le territoire et la rive gauche du Rhône, 
tandis que, de notre côté, nous constatons des analogies 
frappantes entre des sépultures de la Provence et d'autres 
du Portugal. Faudrait-il en conclure que c'est à l'époque 
des invasions Ligures, et à ces peuples, qu'il faut rappor- 
ter ces tombeaux ? 

Les travaux de M, d'Arbois de Jubainville, de M. E. 
Desjardins et autres semblent établir d'une façon tout-à- 
fait probable l'origine Indo- Européenne des Ligures. Ces 
avant-coureurs de l'invasion celtique ne seraient-ils pas pas- 
sés par la Bretagne et la côte de l'Océan pour arriver dans 
le sud-ouest de l'Hispanie et de là, sur les bords du grand 
golfe méditerranéen qui porte encore leur nom '! N'auraient- 
ils pas enseveli leurs morts dans des dolmens, puis dans 
des grones artificielles dont nous avons montré l'intime liai- 
son avec ceux-ci? M, Henri Martin n'a-t-il pas parlé dans 
ime communication à ce Congrès de relations reculées entre 
le Portugal et l'Irlande, et M. Cartailhac ne pense-t-il pas 

' Le golfe de Lyon :— AijoJ&iv kôXito;. 



,ï Google 



32g 

également que cette forme de flèches, à bords droits, à an- 
gles "vifs, que l'on trouve en Irlande, sur le littoral océanien 
français, en Portugal, en Provence, est extrêmement rare 
dans le centre de ta France? 

Toutes ces questions se posent à mon esprit. Je me 
borne à les poser à mon tour au Congrès, sans avoir la pré- 
tention d'y- répondre. 



Olsonssion 

M. Cartailhac: Je dois ajouter à propos de ce que 
vient de dire M. Cazalis de Fondouce touchant la Callaïs, 
que M. Edouard Piette vient de trouver une poignée de per- 
les de cette substance dans un dolmen sous tumulus des 
Pyrénées. Je noterai en passant la grande ressemblance des 
petites pointes de flèches en silex des tombeaux du Portu- 
gal avec celles du nord Scandinave et de l'Irlande. 

M. Evans; Je ferai ressortir l'analogie surprenante entre 
certaines flèches du type triangulaire et grandes pointes de 
lance portugaises et les armes semblables trouvées en Irlan- 
de. Ce fait pourrait trouver une explication dans cette hy- 
pothèse, que quelques races venues de la Péninsule hispa- 
nique se soient établies en Irlande. Je puis ajouter que le 
type de la hallebarde à trois grands rivetssi bien connu en 
Irlande se rencontre aussi en Espagne. 



=(%.. 



LES INDICES DE LA TRANSITION 



LA PIERRE POLIE A L'ÉPOQUE DU BRONZE 



M. i.E Baron J. de Baï[; 

De remarquables études ont élé publiées sur l'origine 
de l'industrie du bronze, les documents qu'elles renferment 
sont du domaine Je Phistoire. La source se trouve dans les 
annales des temps anciens. La question, dans ces conditions 
revêt un caractère classique. DVminents archéologues, de 
leur côte, ont recherche partout les traces du bronze dans 
les diverses contrées et suivi les routes qu'il a parcourues. 
Le classement des produits de IMge du bronze a été le ré- 
sultat de ces vastes travaux. 

Les enseignements reposent dans la partie classique, 
sur des faits inscrits dans l'histoire, nous l'avons dit. Les 
voies suivies par l'industrie du bronze, ses caractères dif- 
férents, les formes exclusives qu'il affecte, dans diverses ré- 
gions, sont des données qui ressorteni nécessairement de 
l'examen d'une industrie déjà constituée et développée. 

Quelques détails succints sur la phase qui se place il 
la lin de la pierre poîie et au commencement du bron/e dans 
les contrées où les deux industries ont laissé des traces au- 
thentiques sont un appoint utile aux études archéologiques. 



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33 1 

Dans une de nos précédentes séances, M. Pigorini attri- 
buait légitimement une autorité prédominante aux bronzes 
provenant des habitations ou des tombeaux. En eliét, dans 
ces milieux caractérisés ils sont datés et se rattachent à une 
civilisation déterminée. M. de Mortillet de son côté, atfir- 
mait avec autant de raison que les sépultures du bronze 
étaient rares et d'une intermittence irréguliére dans leurs 
fortuites apparitions. Rien n'est donc à négliger dans une 
telle situation. 

Dans la contrée néolithique que j'ai explorée, j'ai été 
frappé de la perfection avec laquelle certaines grottes avaient 
été taillées dans le banc de craie. Ces mêmes grottes ren- 
fermaient des colliers dont les grains en craie ou en os, 
avaient une forme plus nette, des arêtes vives, une perfo- 
ration régulière, en un mot une perfection relative très su- 
périeure à ceux des autres grottes. Le groupe qui donna ces 
produits d'un travail plus parfait était isolé. Quelques grains 
de collier en bronze proviennent d'une grotte de ce groupe, 
la seule qui contint des traces de métal. l,es grains sont 
formés d'une plaque mince ou bien ils sont en spirale. Ces 
rares témoins de l'ùge du bronze, sont les preuves les plus 
infimes de l'industrie naissante. Il en sont comme l'aurore 
dans le pays et se trouvaient ainsi avec le travail le plus 
fini de la pierre polie. I.a première apparition du bronze 
coïncide donc avec un mouvement de progrès dans l'indus- 
trie néolithique. Ce trait est tout-à-fait digne de mention. 

L'invasion du bronze est timide, on le voit; il y a lieu 
de croire que la nouvelle évolution dans l'industrie a eu un 
prélude où le métal était un objet de luxe, une rareté, 
avant d'être la matière première de ces utiles instruments 
que nous connaissons et de ces parures ouvragées qui font 
notre admiration. Dans le fait présent, le bronze ne cons- 



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332 

tituc qu'une exception sans importance, il coudoie un voi- 
sin puissant qui Pécrase, Poutillage en pierre, seul encore 
employé. Le groupe qui a vu poindre le bronze a donné 
une perle en callaïs; c'est encore un caractère de ta transi- 
tion. Je me félicite d'avoir une pensée commune avec M. Ca- 
zalis qui considère la callaïs comme étant un prodrome oU 
même un contemporain de l'industrie du bronze. Ces pre- 
mières traces du métal se trouvaient dans un groupe déta- 
ché à Oyes (Marne). 

A deux myriamëtres de là dans les plaines de la Cham- 
pagne, une sépulture m'a donné des fragments de poteries, 
deux petites flèches en silex, une lance à douille en bronze. 
Le rôle privilégié est pour le bronze, la lance est la pièce 
importante. Nous pouvons encore ajouter qu'en se rappro- 
chant de la rive droite de la Seine, il a été trouve une sé- 
pulture où le bronze seul et exclusivement composait le mo- 
bilier funéraire. Les conséquences qui résultent de ces faits 
apparaissent d'elles-mêmes. J'ai seulement voulu vous four- 
nir la matière de quelques lignes pour l'histoire des époques 
que nous cherchons à reconstruire par de communs efforts. 



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ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE 



PROVINOK SE UINHO 



M. José Caldas 



I— Raisons bistorlqaes 

Les civilisations anciennes ne nous ont transmis, en ce 
qui concerne la présence de l'homme sur le globe terrestre, 
que des souvenirs vagues et confus, basés pour la plupart 
sur l'anthropomorphisme de leurs dieux et les traditions 
ethniques de leurs cultes naturels. 

L'homme, par la perfection de sa structure physiolo- 
gico-anatomique et par la tendance toujours égoïste de son 
activité progressive, nous apparaît dans les souvenirs théo- 
goniques des premiers temps comme la manifestation la plus 
éloquente d'une conception surnaturelle. Subordonnés à cette 
anthropodicée fantastique surgissent avec les âges, comme 
le cortège d'une origine si élevée, les légendes théogoniques 
et mystiques, d'après lesquelles l'homme, seul et désarmé, 
lutte face à face contre les cléments, dompte les esprits en- 
nemis et crée les premiers rudiments de son autonomie mo- 
rale. 

Ainsi dans les théogonies primitives, tant aryennes que 
sémitiques, nous avons vu passer le fantôme humain à tra- 



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334 

vers les évolutions de l'histoire comme une incarnation vi- 
vante de PEsprit divin. Traversant les gigantesques con- 
vulsions de la terre, il suit toujours avec la fatalité de sa 
puissance, comme force initiale, comme impulsion comme 
OpsTTTiî'-T, |-j//,, le souffle vivifiant — le Dieu Eternel. 

Néanmoins, comme toutes les origines, Torigine de 
l'homme nous sera toujours inconnue. Cependant le désir 
indomptable qu'il a toujours manifesté de connaître la vé- 
rité, en la cherchant à travers l'imperfection de son esprit, 
le porte à s'interrosïer sur sa propre essence, sur celle de 
la nature du milieu cosmique oij il apparaît, sur son avenir 
enfin. En cherchant son principe dans l'imposante majesté 
des révolutions météorologiques et dans la loi grandiose qui 
modifie successivement les conditions géologiques de notre 
globe, paraissent les premiers cultes, sorte d'explication que 
la peur ou l'ignorance prétend donner des phénomènes ob- 
servés par l'expérience. 

C'est ainsi que dans les livres hébreux, dans les tradi- 
tions kouwéniennes de la Chine et dan.s les hymnes baby- 
loniennes, dans les cultes prévédiques de l'Inde et dans lc< 
religions des Phéniciens, des Égyptiens et des Persans, Photn- 
me prend toujours une origine divine, parce que, ni sur la 
terre ni dans les lois qui la régissent, il ne peut trouver l'ex- 
plication de son secret, c'est-à-dire de son origine. 

En expliquant, dans la mesure de ces connaissances, ta 
constitution primitive du monde, en nous donnant l'idée d'un 
cahos, dans lequel Pair, la terre et les mers étaient encore 
confondus, ne formant qu'un tout informe', le scepticisme 

' Antij mari.' i;t U-llus et quod tegit omnia coclum 



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335 

romain, c'est-à-dire le paganisme ancien, ne peut trouver, 
par rapport à l'homme, que ces mots: nattis homo est*. 

D'où cst-il donc venu? 

De la nature divine dont on forme les dieux? demande 
l'antiquité. De la terre? 

Mais de la terre, dans le sein de laquelle il y avait en- 
core quelque germe de nature céleste? Aujourd'hui, comme 
alors, rien n'y répond. 

Cependant le panthéisme hellénique salue dans l'homme 
la brillante métamorphose de la matière, la concrétion du 
To itôv', du summa Iota, de la grande Nature enfin dans 
l'extraordinaire phénomène de la vie. 

Sic modo quae fitei'at riidt's et sine imagine telliis 
Induit ignotos hominum conversa figuras^. 

Plus tard, quand la civilisation chrétienne instiguéc par 
iii culture scientifique des Arabes de Cordoue, déjà très éle- 



' Natus homo est. Sive hune divino semine fecït 
nie opifex rcrum, mundi tnelioris origo; 
Sive recens tellus, seductaque nuper ab alto 
Aethere, cognati retînebat scmina coeli, 
Quam satus lapeto, mîxtam Huvialîbus undis, 
Finxit in effigiem moderalum cuncta deorum ; 
Pronaquc quum specient animalia caetera terrant. 
Os homini sublime dédit, coelumque tueri 
lussit, et erectus ad sidéra toUere vultus. 

Ov. Mélam. i, 78-86. 
s formules atomistes de la Nature, selon l'expression d'Rpicure 
ùisiv, Twv 5)mv cpùiJiv, TûW SvT6)V çùffiv) traduites en omm ini- 
nalura renatt, sirnima Ma, siimmai lotius summa par Lucrèce. 
le xiwwv àxivDTOW d'Aristote. 
Ovide, Mélam. i, 87-88. 



.,Goo< 



B6_ 

vée à cette époque, se vit forcée d'imposer à ses écoles l'étu- 
de des langues orientales, il ne manqua pas de savants qui, 
entraînés dans le courant impétueux d'une profonde préoc- 
cupation théologique, cherchèrent à détruire tous les doutes 
sur l'origine et l'antiquité de l'homme. Survinrent alors les 
chronologies bibliques; on trouva que la science de la phi- 
lologie tirait son origine de la langue hébraïque, dont l'étude 
se revêtit des formules d'une initiation religieuse et (ut pré- 
sentée comme la première et la plus ancienne accentuation 
morphologique de la pensée humaine. De son côté, la pa- 
tristique, en confondant avec ses commentaires le texte sé- 
mitique des livres judaïques, trouve dans le sensible déve- 
loppement littéraire de cette langue, comparée avec les idio- 
mes araméens et arabes, une preuve en faveur de ses affir- 
mations linguistiques, qu'elle croit irréfutables. C'est, aidé 
de ces faibles preuves scientifiques, que le moyen-âge affir- 
me par devant l'histoire la raison de sa prédominance in- 
tellectuelle. 

Lorsque plus tard, à l'époque de la Renaissance, les 
nouvelles découvertes, tant scientifiques que géographiques, 
et la meilleure compréhension des lois cosmiques vinrent 
condamner non seulement la Tomyftxfix XpuTiovcoi de l'In- 
dicopleusie, mais aussi la théorie géocentrique de l'Univers 
proclamée par l'Almageste de Ptolémée, la science de l'his- 
toire, délivrée des bornes étroites de la préparation reli- 
gieuse où elle se trouvait*, allongea ses premiers regards 
sur de plus larges horizons. Newton, par l'application aux 

' Au moyen-âge on donnait le nom de relation de préparation et 
consommation (uroiyîîa toû xoaftoù) au principe divin, au moyen du- 
quel la Providence déterminait à travers les siècles les événements hu- 
mains. C'était la partie indispensable de toute histoire ecclésiastique 
Apocj^i-S. Èpiph. Haeres. j, i. S. Aug. CiV. Ifei ivni, c. 5i. 



,ï Google 



corps célestes, des formules abstraites de la mécanique ra- 
tionelle, découvre la loi de l'attraction de la matière et im- 
prime à l'étude météorologique de la terre, par l'analyse 
comparative de toutes les sections coniques, le caractère 
authentique et positivement scientifique qu'elle conserve 
encore aujourd'hui. Après cette découverte on en fait 
bien d'autres, et en peu de temps l'intelligence humaine 
trouve, par l'observation et par le calcul, des espaces im- 
menses, dans lesquels, maintenant, elle peut s'élancer li- 
brement. 

Les recherches géologiques faites dans les couches qua- 
ternaires de notre globe devaient, plus tard, préparer l'es- 
prit humain pour la création de la Paléontologie. Et si l'ex- 
cessive préoccupation anthropologique de Scheuchzer le porta 
à regarder la Salamandre fossile (TOeningen comme un exem- 
plaire préadamitique de l'homme témoin du déluge (Homo 
dilitvii testis) et à retarder, en raison de ce désastre, le pro- 
grès des sciences préhistoriques; la hache de silex, décou- 
verte et dessinée en lyiS par Kemp, força les naturalistes 
à entreprendre de nouvelles investigations avec plus d'ardeur 
et de confiance dans leurs travaux. 

Il serait difficile, sinon impossible, de rapporter les pro- 
grès que la paléontologie a faits partout depuis cette épo- 
que. La haute antiquité de l'homme paraît déjà prouvée par 
les grossiers instruments en pierre de la période paléolithi- 
que trouvés en Italie, en Scandinavie, en Angleterre, en 
France. La science des races éteintes, aidée de l'étude de 
l'influence des lois cosmiques sur la climatologie et la géo- 
lo^e, peut déjà asseoir les bases, d'un caractère positif, de 
ses affirmations, et poursuivre, animée d'une forte convic- 
tion scientifique, la résolution de ses problèmes. 

D'un autre côté, un historien allemand, J. G. Eichhorn, 



^'C 



x^^ 



338 

préoccupe de l'étude des prophètes hébreux S range la lan- 
gue hébraïque dans le groupe des idiomes sémitiques, à côté 
du syriaque, du chaldéen, du phénicien, de l'arabe et de 
l'éthiopien. Et, quoique cette classification n'ait pas eu, plus 
tard, l'agrément des philologues en général et des linguistes 
modernes, en vertu de la meilleure compréhension des prin- 
cipes ethniques qui ont déterminé les migrations orientales 
citées dans le Berëskiih; quoiqu'ils aient préféré la grande 
division des langues arabiques, selon Leibnitz, ou de sjro- 
arabes comme l'entend M. Renan, cette classification a eu 
cependant le grand avantage d'arracher au domaine exclusif 
des sciences théologiques l'étude d'un idiome si nécessaire 
à l'homme pour bien comprendre l'antiquité. Comnw con- 
séquence de ce fait paraissent alors les premiers travaux 
d'investigation sur la chronologie des livres hébreux*, et l'on 
voit accourir plusieurs des illustres ornements du clergé latin '^ 
pour prendre part à cet important mouvement scientifique. 
C'est donc dans ces conditions, que les sciences pré- 
historiques, c'est-à-dire, l'anthropologie et la paléontologie, 
aidées du développement progressif de la géologie, ont pré- 
paré pour les siècles à venir la notion la plus complète et 
la plus authentique que la raison humaine pourra donner de 
la généalogie du globe et de ses habitants les plus anciens. 

' Die Hebrâischen Propheten. Gotttingen 1816-1820, 3 vol. in ».° 
' Ed. Lartet. 'Nouvelles recherches sur la coexistence de l'homme 
cl des grands mammifères fossiles réputés caractéristiques de la der- 
nière période géologique', m Annales des Sciences Naturelles, 4*" sé- 
rie, l. XV, p. 256. 

■ 'Le monde et l'homme primitif selon la Bible', i vol. in S» Paris 
r86g, chez V. Palmé. On y développe la thèse de Marcelle de Serres 
dans son livre 'Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques', 
V. aussi les travaux des Abbés Bourgeois et Delaunay. 



,ï Google 



339 



n.— Honnments mégrallttilques 
dans le bassin h7drograpblqne de l'Anoora 



Le spectacle imposant, et majestueux que présentent 
les monuments mégalithiques devait sans doute inspirer, 
dan« les temps historiques, à ceux qui en furent les pre- 
miers observateurs, un sentiment religieux et grave em- 
preint de superstitions et de crainte. L'aspect colossal et 
fantastique dé ces masses, la disposition de leurs lignes, et 
l'absence de presque tout sentiment architectonique, devaient 
agir nécessairemenr sur ces êtres naturellement enclins au 
merveilleux, comme une affirmation évidente du passage des 
esprits supérieurs sur la terre. 

Ainsi, nous voyons que le cromlech monumental de 
Stonehenge, près Salisbury, avait pris le nom fantastique 
de Côr-gatur «danse des Géants» tandis que les dolmens de 
l'intérieur de la Bretagne y sont encore désignés sous le ti- 
tre merveilleux de Alikorrigan^ c'est-à-dire a la maison des 
Fées». 

Les noms génériques donnés encore aujourd'hui à cette 
sorte de monuments sont dérivés de termes franco-bretons' 
et anglo-celtiques^. Une étude moins approfondie des scien- 
ces de l'antiquité les a fait prendre, pendant longtemps, pour 
des constructions druidiques, contemporaines de la domi- 
nation gauloise. 

Ce qui est naturel, c'est que ces peuples, dont le carac- 
tère superstitieux avait déjà paru remarquable aux Romains 

' Men-hir "pierre longue, pierre dressée» ou peulvœns. 
* Tol-mert ou Dolmen {toi, table et men, pierre). 



.,Co. , 



340 

eux-mêmes, à l'époque de la conquête, les aient pris pour 
des monuments religieux et y aient exercé toutes les cruau- 
tés de leurs sacrifices publics*. 

C'est sur ces dolmens, dit-on, que les anciens prêtres 
druidiques faisaient les rites funéraires de leurs cultes bar- 
bares et sanguinaires. 

C'était au fond des forêts, dit Lucain', que ces minis- 
tres horribles allaient répandre, en l'honneur des dieux Teu- 
tatès, Taranis et Hésus, le sang de leurs victimes. 

On a cru aussi que ces monticules artificiels que l'on ren- 
contrait parfois (les tiimiili) dans les lieux les plus écartés et 
loin du passage commun, et sur plusieurs desquels on a dé- 
couvert plus tard des traces d'industrie humaine, étaient les 
débris des autels graminés (arae gramineae) des anciens 
sacrificateurs, quoique l'on dût savoir que de tels autels 



' Natio est omnium Gallorum admodum dedita reliponibus: atque 
ob eam causam, qui sunt afiectt gravioribus morbîs, qutqtie in proelîis 
periculisque versanrur, aut pro victimis homines immolant, aut se im- 
molaturos vovent, administrisque ad ea sacrificia Dniidibus utuntur; 
' quod, pro vita hominis nisi hominis vita reddatur, non posse aliter deo- 
nim immonaiium numen placari arbîtrantur: publiceque eiusdcm ^- 
neris habent insticuta sacrificia. 

César, De bello Gatt. vi, i6. 
* Et quibus immitis placatur sanguïae dire 
Teutates, horrensque ferts altaribus Hesus; 
Et Taranis scythtcae non mitior ara Dianae. . . 



Et vos barbaricos ritus, moremque sinistrum 
Sacrorum, Druldae, positis repetistis ab armis. 

Luc. Phars. i 
TeutatÈs, Taautès, Theut,Thôys, Thoyt, Theutus ou Tuot étaient 
des surnoms de Mercure, le dieu principal des Gaulois (Deum maxime 
Mercurium colunt.— De bell. Gall. vi, 1 7) auquel ils sacriSaîent leurs pri- 
rs. Son culte était originaire de l'Egypte. 



,ï Google 



passagers et temporaires {arae temporales) n'étaient élevés 
qu'en temps de guerre, au centre des campements avec des 
mottes de terre prises dans les vallées environnantes* par- 
ce que les guerriers avaient besoin de la compagnie de leurs 
divinités pour marcher au combat avec plus de hardiesse. 

Ces monuments ont dû aussi recevoir des Grecs le nom 
de ^itii, mot qui dans leur idiome désignait une proémi- 
nence ou élévation quelconque et auquel a toujours été liée 
dans l'histoire de leurs rites l'idée d'autel*. Apollonius de 
Rhodes semble confirmer ce sentiment^, en écrivant que la 
plupart des autels primitifs étaient des monticules de pierres 
détachées, et le plus souvent une seule pierre. L'autel de 
Zeus,au sommet du mont Lycée, en Arcadie, n'a été, d'après 
Pausanias\ qu'un simple monticule. 

Cependant, à cause du peu de sûreté que présentaient 
de telles opinions, les savants ne pouvaient pas rester long- 
temps d'accord sur la destination de ces monuments, cons- 
truits sous terre ou à découvert, à l'usage des autels primitifs, 
tant des dieux champêtres que des forces naturelles panthéis- 
tes, vénérés dans les 'Apyoi Xiflot, ou pierres brutes des plus an- 
ciens habitants de la Grèce et des peuples qui les suivirent. 
Car, à mesure que ces monticules et la distribution de ces 
pierres permettaient de désigner, par pure fantaisie, tout 

< In medioque focos ei diis communibus aras 

Gramineas 

Aen. MI, 118. 
Ovid. Métnm. vu, 241 ; xv, 573. Trîsl. v, Snj. Fasi. 11, C>a^. Hor. 
Od. I, 19, i3 ; iir, S, 4. Apul. Met. vu, 10. Teriul. Apol aj. Mart. x, yi. 
l Eusi. Ad II. viu, 441. Ed. SagUo in Dkt. des antiq. Gr. et Rom. 
ytrh. Ara (altare, /ocus, poifws, étjyâ^x, korix). 

* 'Afyowoi^TixsÈ, 1, 1 133 ; 11, 695. 

* Paus. viii, 38, 7. 



,ïGex:)Qlc 



cela comme des constructions exclusivement appliquées aux 
rites, tantôt simples et inoflensifs, tantôt barbares cl san- 
glants, des premiers hommes, Pétude des géographes et des 
poètes, les plus anciens, n'autorisait pas toujours un avis 
aussi téméraire. 

On savait, par exemple, que Sémiramis, reine de Ni- 
nive, avait fait élever un monticule sur le tombeau de Ni- 
nus, son mari; que Tlliade parlait des collines élevées par 
Achille en h(-nneur d'Hector et de Patrocle; que les restes 
de Laius, père d'Oedipe furent couverts de pierres brutes 
et grossières: enfin, que ces monticules ne seraient pas seu- 
lement des autels pour le culte, et que, pourtant, il serait 
pour le moins prudent de les considérer aussi comme des 
tombeaux- 

L'aspect des Cippus ou autels, tombeaux ou tables ei 
cercles fantastiques, émerveilla, non seulement les premiers 
poètes, mais il surprît les géographes les plus anciens. Ar- 
rien dans son 'Avâëoffi; 'AXf^âvJp™ ou l'Expédition d'Alexan- 
dre, parle des pierres brutes qu'il a vues dans l'Asie Mi- 
neure; et Strabon, en parcourant l'Egypte, raconte qu'il a 
rencontré sur les chemins quelques temples de Mercure. 
composés de deux pierres grossières surmontées d'une troi- 
sième en forme de table; c'est à peu près ce que l'on doit 
conclure des vers de Calpurne, lorsque dans la troisième de 
ses éclogues' il fait dire à Lycidas: 

Ipse procul siabo, vel acuta carice teclns, 
Vel propiiis latitans vicina est saepe stib ara. 

Chez nous, cependant, ces monuments passèrent long- 

' Calpurn. Ecl. m. Exor. loi. I.vc. v. 94 et gS. 



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H5. 
temps pour l'ouvrage des peuples d'origine asiatique qui, 
avec les éitïments ibériens, formèrent à l'occident de la Pé- 
ninsule, le groupe lusitanien dont nous descendons. 

Lorsque, plus tard, la domination romaine vint étendre 
sa prépondérance guerrière jusque dans cette région, nos 
dominateurs ont dû rencontrer un grand nombre de ces 
monuments, parce que, partout, et plus encore dans les con- 
trées du nord du Portugal, on trouve encore aujourd'hui un 
grand nombre de lieux appelés Attlas'. 

Plus tard, au moyen-âge nous voyons ce même nom 
donné à toute sorte de pierre qui, dressée au bord des che- 
mins ou à l'entrée des villes, attirait l'attention des pas- 
sants. On les a appelées aussi Aras et l'on a affirmé 
que c'est sur ces pierres que «les premiers chrétiens ont 
brûlé leur prémices et les gentils fait leurs horribles sacri- 
fices*». Cette dernière explication semble se rapporter déjà 
aux dolmens à cause de la particularité que présente leur 
pierre horizontale. 

Depuis le neuvième siècle jusqu'au treizième paraît 
aussi le mot Mamoas ou Mamuas, que le latin barbare 
de ces âges grossiers traduit par M amol la s, expression ser- 



I Lès anies étaient emînenliores lapides vel colutnnae ullimae, gui- 
bus /abrka sustitjetur (Servius, ad Gcorg.) Temples ù anies {aedes in 
antis, vas; tv irapatotsïfli) c'est le nom donné par Vitruvc aux tem- 
ples les plus antiques. 

' Viterbo, Elvcid. verb. Anlas. La même chose que Aras. Dans la 
dissertation de Martinho de Mendonça e Pina {Collée, da Academia da 
Hisl. Port. [734, vol. xiv) les mots anta et dolmen sont confonJus. On 
arrive à la même conclusion par rexcelleot travail de M. le dr. F, A. 
Pereira da Costa, Monumentos prehistorîcos em Portugal (Descripçâo 
de algtins dolmins ou antax de Portugal), Lisboa, Academia Real das 
Scicncias, iBfiS, i vol. 



lyGoogle 



344 
\ant a représenter toute proéminence ou petite colline de 
forme arrondie, semblable au sein de la femme*, et dont 
on se servait pour borner les champs, quelques routes et 
certains villages*. Cet usage eut lieu en Espagne aussi bien 
qu'en Portugal. 

Dans ces proéminences et dans celles qui, à cette épo- 
que, sont designées sous le nom de Aras, mot auquel Bul- 
let attribue une origine celtique' — nous devons voir ces mo- 
numents, que les études archéologiques modernes nous ap- 
prennent à reconnaître pour les tumtiîi ou limites des peu- 
ples gallo-romains. 

Telle fut enfin l'idée qui, jusqu'au siècle dernier, s'y 
trouvait invariablement liée, tant chez nous qu'à l'étranger. 
Les Celtes, les Gaulois ou les Celtes de l'occident en étaient 
toujours les constructeurs primitifs. 

Plus tard, quand on commença à s'occuper de l'in\'es- 

' Viierb. Elucid. verb. Mamoa. 

' oQue fossetn na Matnoa de par da carreîra de sobre Aiuega, 
que chamam Mamoa-Negra». Doc. de l'Université, de 1198, ciré par 
Viterbo. «E parte pela Mamoa que esta a par da estrada». Doc. de 
Pendurada de i3i5, tbid. Dans un document de S. Thyrso on lit Ma- 
mua (in eod. loc.) 

' J. B. Bullet, Mémoires sur la langue celtique, Besançon, i7i4 — 1 770. 
3 vol. in fol. Revue Archéologique, vot ivi, a 10. 

Je ne puis me conformer â l'opinion de quelques-um de nos ar- 
chéologues qui disent que chez nous on a appelé antas les dolmens 
placés sur le sol, en affirmant que les mamuas étaient ces mêmes mo- 
numents élevés sur des monticules factices {lumuli ou limites), La 
meilleure interprétation du vocable latin aiua, aniae, n'autorise certai- 
nement pas cette explication. V. les travaux du grammairien Nonnius 
Marcellus -De compendiosa doctrina per Hueras adjîlium. i. De pro- 
prietate sermonts, 124. C. Thierry cite a cet égard et bien ù propos les 
mots d'Hésychius: UctfaoTÔ^ç oî itpij t;Ï;. . . (V. le Dict des Aniig 
Grecques et Romaines, fasc. 2. p. 381. 



,ï Google 



343 
ligation des faits préhistoriques, à Paide de l'examen géolo- 
gique des zones où ils se révélaient, ainsi que des découver- 
tes paléontologiques et des progrès de la géologie et de l'an- 
thropologie, on trouva que ces monuments, datant d'une 
époque beaucoup plus reculée que celle qu'on leur avait 
attribuée jusqu'alors dans les domaines de la science, ap- 
partenaient à la période néolithique ou de la pierre polie et 
étaient, pour la plupart, destinés à servir de chambres fu- 
néraires. 

Martinho de Mendonça e Pina est le premier écrivain 
portugais qui ait parlé de ces monuments, et quoique ses 
travaux soient faits avec un critérium très élevé, il tombe 
parfois dans des erreurs auxquelles le temps où il vivait 
semble l'avoir fatalement condamné. Il fut cependant le pre- 
mier Portugais qui les ait observés, en savant ofhciel. Je 
crois cependant qu'il n'a pas fait mention d'un grand nom- 
bre de ceux que cette province, en raison de sa population, 
aurait dû posséder; c'est sans doute ce qui en a rendu la 
destruction plus complète. 

Plus tard, M. Ignacio de Vilhena Barbosa*, en indi- 
quant ceux dont il a connaissance dans la province de Minho, 
cite à peine celui de Monte da Polvoeira, près Caldas de 
Vizella et celui de Monte da Pedreira à peu de distance de 
Pombeiro, 

■ Il y a ici évidemment ignorance corhplète de l'existence 

■ «Foi a provincia do Minho, em razâo de ser mais populosa, onde 
aquella desiniiçâo (ceik des monuments mégalithiques) Toi maior e 
mais compléta". I. de Vilhena Barbosa, Arch. Pict. xi, 378. F. A. Pe- 
reira da Costa op. cit. Manuel BemarUes Branco, Supp. ao mappa de 
Port, de Joâo Baptista de Castro. Lisboa, i87o, p, i36 et i37. Mart. de 
Mendonça e Pina, Diseriaçâo, in Collée, da Acad. da Hist. Port. 1734, 



„GoQiilc 



3Q2IC 



346 

des dolmens du bassin hydrf^raphique de l'Ancora, dont la 
ruine, certes, est inévitable, vu l'état où se trouve le dol- 
men du hameau de Santo, dans la paroisse de Ville, à peu 
de distance de Gontinhâes, cottcelho de Caminha, qui était 
encore debout il n'y a pas longtemps. 

Dans cette zone on trouve le dolmen de Barrosa, dont 
l'exploration a été faite a diverses époques par des amateurs, 
et dont aujourd'hui il n'y a presque plus rien à explorer, vu 
l'état de véritable dévastation que présente le tumidiis ou 
monticule sur lequel il est assis. 

Il est connu par le nom de 

DOLMEN DE [lAKROSA 

Ce monument {pi. I fig. i, 2) se trouve placé auprès de 
la lisière orientale d'un petit bois de sapins sur une espèce 
de plateau de courtes dimensions, auquel donne accès le che- 
min qui conduit de Gontinhâes à Ville, à 1 5oo mètres à peu 
près de cette paroisse, dans la ligne de sud-est. 11 est d'une 
grande élégance et se trouve assis sur un petit monticule 
de terre ou iumulus, dont la base est entourée de quel- 
ques pierres grossières pour défendre l'enceinte occupée 
par le monument. Au sud et au nord la table ou ara re- 
pose sur trois pierres de chaque côté; outre celles-ci il y 
en a encore deux autres en dehors de l'entrée de la cham- 
bre. La hauteur moyenne de toutes les pierres sur lesquel- 
les la table repose est de i^iSS, la largeur moyenne de cel- 
les du côté sud, à partir du fond du monument, est pour 
la première i ",05, pour la deuxième i"',26 et pour la troi- 
sième i°,5o, formant toutes une courbe dont la branche 
orientale se rétrécit sensiblement vers l'entrée. Les pierres du 
côté nord, disposées en ligne droite, ont de largeur moyen- 



,ï Google 



347 
ne: la première 84 cent., la deuxième et la troisième i"',4i 
chacune. Elles forment rentrée du dolmen, mais après elles 
il y en a encore deux autres, dont la première large de i™,56 
et la seconde de i'",38. La longueur de la pierre formant 
le fond, est de a^iSo; l'épaisseur moyenne de toutes ces 
pierres est de 25 cent. La table affecte sensiblement la for- 
me d'un trapèze, ayant pour bases i"',5o et 3 mètres; la 
hauteur en est de $"',bo. L'entrée qui, comme nous l'avons 
déjà dit, est tournée vers l'est, mesure à son ouverture ho- 
rizontale 2",5o. La chambre a 2",5o, environ, de longueur 
sur 3 mètres de largeur. 

A la texture extérieure du granité on reconnaît aisément 
que ce monument a été, pendant longtemps, couvert de 
terre, presque jusqu'à la table ou à peu près. 

DOLMEN DE VJLLE 

Ce dolmen est situé dans la paroisse de Ville, conce- 
Iho de Caminha, hameau de Santo. Il en reste à peine deux 
pierres qui ont dû en former le fond. Il est à 700 mètres à 
l'est de celui de Barrosa. L'une de ses pierres est rectan- 
gulaire et mesure i"',i5 sur i'",8o, l'autre affecte sensible- 
ment la forme d'un prisme rectangulaire dont la hauteur 
est de 2"',4o et la largeur de o",4o à chaque face. 

Ce dolmen était recouvert par un monticule, au centre 
duquel a été commencée la fouille qui l'a mis découvert. Je 
n'y ai fait aucune fouille. 

L'ouverture aujourd'hui n'est plus qu'un fossé. 






348 

DOLMEN DE FRAIÂO 

Dans le hameau appelé Fraiao, paroisse d'Ancora, et 
au sud de la rivière de ce nom, il y a eu autrefois un dol- 
men. Des fouilles répétées ont contribué à sa ruine com- 
plète. Il en reste à peine le trou qui représente la chambre 
et une légère accidentation dans le terrain qui était le tumii- 
lus. Une hache fabriquée de schiste amphiboliquc, fut trou- 
vée à Pendroit où la chambre de ce monument a dû exis- 



ni. — station da mont Santa Lnzla 

L'étude des grottes et des cavernes, des abris sous ro- 
che, des kioekkenmoeddings et des dolmens fut pour la clas- 
sification, dans les domaines de la science, des diverses gra- 
dations par lesquelles l'homme a passé depuis la période 
paléolithique et mésolithique jusqu'à la période néolithique, 
ce que, plus tard, l'analyse des cités lacustres et palustres 
a été pour catégoriser mieux et avec plus de rigueur, l'in- 
dustrie humaine à l'âge de la découverte des métaux et de 
leur application. Le hasard qui a fait découvrir les palafit- 
tes des lacs de la Suisse, l'analyse à laquelle le dr. Keller, 

' Cette hache a été envoyée à la Section des Travaux Géologi- 
ques où elle se trouve. 

M. Martins Sarmento dans ses études archéologiques cite, dans la 
vallée de l'Ancora, le dolmen de Barrosa et quatre autres encore dont 
il ne reste que des vestiges. Dans ces vestiges sont compris par 111- 
lustre explorateur ceux de deux autres dolmens qui se trouvent en de- 
hors du cercle auquel nous circonscrivons ce mémoire. L'un se trouve 
situé dan l&portella de Venade. 



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349 
de Zurich, a fait soumettre les instruments trouvés dans ces 
stations*, ont déterminé dans l'étude des sciences préhisto- 
riques cette période qui, en phUosophie, est caractérisée par 
révolution psycholof^ique transformant en loi rationnelle et 
positive ce qui en lui-même n'était qu'une loi empyrique. 

Les stations de l'âge du bronze, grâce à leur profusion, 
sont aujourd'hui un champ très vaste pour l'étude des der- 
niers temps préhistoriques. 

En Portugal, surtout dans la province de Minho, (à en 
juger par le grand résultat que l'on a retiré du peu d'in- 
vestigations que l'on y a faites), ces stations sont très nom- 
breuses, sans doute, et elles doivent exciter l'ardeur des in- 
vestigateurs. 

Les travaux dans la Citam'a de Brileiros et à Sabroso 
sont ceux que l'on a faits' d'une manière plus méthodique 
dans cette partie du pays. 

A la station de Santa Luzia, où aucune exploration mé- 
thodique et consciencieuse n'a encore été entreprise, on a 
déjà fait beaucoup de découvertes (PI. 2) et on a l'espoir 
d'en faire encore davantage. 

L'espace occupé par cette station est de 960 mètres au 
nord du mont Santa Luzia, et de 210 mètres de la chapelle 
de même invocation (PI. 2 a). 

La rencontre de pierres avec des dépressions artifi- 
cielles en forme de cuvette y est vulgaire, {PI. 2 B A). Au 
N.-N.-E. se trouve Voppidum^ occupant une étendue de 1400 
mètres carrés, contenant douze maisons à découvert (PI. 2 B) 

' Pfahlbauten. in 8.' Zurich, i854-i856. 
V. les travaux de Mr. F. Martîns Sarmento dans VInstituto de 
Coïmbre. II. 'Cîtania'du prof. Ém. Hîibner, irad. de J. V., Porto 1879. 
II. 'Observaç5es à Citania do dr. Emilio Hîibner', por F. Martîns Sqr^ 
mento, Porto, 1879, in 4.', avec planches, 



-Cattijl. 






35o 

dont les fondements ont une forme elliptique, rectangulaire 
ou circulaire. 

Il y en a encore quelques-unes à déterrer, dont les 
arêtes des fondements se montrent d'une manière très vi- 
sible à la surface du sol. 

Le siège de cette station est une espèce de plateau irré- 
gulier, présentant dans la direction N.-O. une accidentation 
plus distincte. Elle est défendue par une muraille générale 
de deux mètres de laideur, que Ton aperçoit facilement sur 
plusieurs points. Le revêtement extérieur des murs des mai- 
sons (PI. 2 CD) est en pierre peu lourde. Dans quelques- 
uns de ces revêtements la disposition diagonale est forte- 
ment accentuée et dénonce un travail soigneux et des con- 
naissances assez avancés dans l'art du constructeur. La 
disposition verticale des fondements, nous porte à croire 
que la hutte ne devait pas terminer en forme de four, ce 
qui a lieu dans quelques-unes de celles de Citania'. 

M. Joaquim Possidonio Narcîso da Silva, président de 
l'Association des architectes civils et des archéologues por- 
tugais et directeur du Boletîm de Architectura e de Archeo- 
logia, a fait des recherches dans cette station, dont la des- 
cription et les dessins respectifs se trouvent publiés dans 
le n." 4 du dit Boletîm, ii série, tome u, 1877. 

Quelque temps après, il s'est agi de poursuivre ces tra- 
vaux et on a tâché d'établir sur des bases sûres l'histoire 



' "As escavaçôes do sr. Mariins Sarmento pozeram a dcscobcrio 
no plateau umas trinta ou quarenta habitaçôcs, redondas etn gérai, c 
algumas elliplicas; a sua altura c de 2-3 métros. Algumas diminuem 
para cima em forma de cône, em vîmide da disposiçâo reintrante das 
camadas de pedra.- Cîtanîa, por E. Hubrier, trad. de J. V. Porto, 1870. 



,ï Google 



J. Caloas. 




Lilb PiTii Rua in loinhj de Tcdio. G 



DigitizsdbyGOOgle 



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J. Caldas 




^ 



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35 1 

de cette station. C'est un travail qui appanient aux temps 
historiques et qui, par conséquent, est étranger au but de 
ce mémoire. Les stations à Pair libre dans ces contrées, 
quelle qu'ait été leur origine à l'époque de la découverte 
des métaux, furent sans doute occupées plus tard par des 
tribus de Vettoties, Carpetani, Vaccaei et Callaici, qui vin- 
rent établir leurs camps sur la panie occidentale de la Pé- 
ninsule ibérienne. 

C'est de l'étude de ces peuples et de leurs lûtes où de 
leur association avec les Euscaldunac, d'origine asiatique, 
qu'il paraît naturellement résulter quelques vérités sûres 
pour l'histoire ethnique de nos ancêtres les plus anciens. 
Les Vetlones^ Carpetani, Vaccaei, et Callaid étaient, d'après 
Strabon, (c. m) gens insignes, nobiles génies (rà yvwfipa t&m . . .), 
mais dont le géographe grec n'entend pas devoir s'occuper 
spécialement, vu leur petit nombre, reliquiae vero ob par- 
vitiUem non sunt dignae mentione. C'est un sujet très im- 
portant. M. F. Martins Sarmento a consacré à cette ma- 
tière un mémoire intitulé: Les Lusitaniens^. 



' V. plus loin dans ce Compte • rendu : V— Sujets divers. 



'r^^ 



IV 
ÉPOQUE DU BRONZE 



DU OUIVBE ET DU BRONZE EN ESPAGNE 



LA PÉRIODE QUI LES A PRÉCÉDÉS 



M. ViLANOVA 

Je viens soumettre à votre supérieure illustration ics 
rcsLihats de mes études et de mes recherches en Espa- 
<;iic, relativement ù la première époque des métaux. Vous 
savez, Messieurs, beaucoup mieux que moi, combien est 
!>énérale Pldée, indiquée pour la première fois par Niisson 
et Morlot, si je ne me trompe pas, que l'homme après la 
période néolithique, a commence par se servir de Palliage 
du cuivre et de Tétain, dans la fabrication de ses outils et 
de ses armes, et de là aussi la dénomination d'âge du bronze 
que tous les archéologues donnent à cette période. La 
croyance est aussi générale que le bronze, et jusqu'à un cer- 
tain point aussi l'usage de la pierre polie ont été introduits 
en Europe par des races asiatiques conquérantes ou com- 
merçantes. Eh bien! je viens apporter des matériaux qui 
me semblent n'être pas toul-à-fait d'accord avec ces idées 



,ï Google 



353 

généralement reçues; mais pour cela il faudra vous indi- 
quer les résultats des mes investigations dans mon pays. 

D'abord nous avons dans plusieurs localités des re- 
présentants de toutes les périodes préhistoriques, depuis le 
diluvium de San Isidro à Madrid même, d'où vient cette 
belle hache amygdaloïde de silex du type de Saint-Acheul, qui 
est le plus ancien, jusqu'aux dolmens de Valence, Andalou- 
sie, Estramadoure, qui appartiennent à rage de la pierre 
polie, du cuivre, du bronze, etc. Mais parmi ces localités, 
celle qui offre le plus d'intérêt est celle d'Argecilla, province 
de Guadalajara, car j'ai trouve des couteaux magnifiques 
en silex, avec de la céramique grossière, et en même temps 
et dans le même gisement, des flèches, des pointes de lance, 
et un grand nombre de haches polies, avec cette particu- 
larité, que quelques-unes sont bien achevées, tandis que d'au- 
tres ne le sont pas. J'ai trouvé aussi une autre céramique 
plus parfaite; cette station représente donc un vrai atelier, 
dans lequel Thomme séjourna pendant un temps très long, 
représenté par la fin de l'époque archéolithique ou des cou- 
teaux, Cl le commencement de celle caractérisée par la hache 
polie, les flèches et les pointes de lance. On voit par con- 
séquent que le passage de l'une de ces époques à l'autre a 
été insensible, et qu'il n'y a pas besoin d'appeler des races 
asiatiques pour l'introduction de la nouvelle industrie, qui 
est tout-à-fait indigène, car les génécaiions se succédant dans 
le même endroit pendant un temps très long, ont su fabriquer 
le couteau en silex et la hache polie en même temps que la cé- 
ramique correspondante. Il fallait citer ce fait très signilicatif 
pour confirmer ma thèse, car par le même procédé nos an- 
cêtres ont apris l'usage des métaux sans avoir besoin de maî- 
tres, et a l'appui de cette idée je peux vous indiquer la coexis- 
tence dans la même station des haches polies en diorite, en 



^■f* 



»4 
serpentine, fibrolithe, etc. et des haches en cuivre. Voilà ces 
spécimens, que j'ai Thonncur de mettre sous vos yeux, en 
cunlirmation de la thèse. Cette hache en diorite à été trou- 
vée avec cette autre en cuivre dans ut\ dolmen à l'Olleria, 
village de la province de Valence; ces autres pièces provien- 
nent d'Alcoy. dans la province d'Alicante, de l'Estramadoure 
près de Valencia de D. Juan, dans un dolmen appelle Ga- 
rila. Ainsi on voit sans te moindre doute qu'en Espagne, et 
je crois qu'il est arrivé la même chose dans bien d'autres 
pays, l'homme a fabrique dans le même endroit les instru- 
ments en métal et les objets en pierre polie, dont l'industrie 
est vraiment indigène, car on peut faire h l'appui l'obser- 
vation que les haches métalliques ont tout-à-fait la même 
forme que celles qu'il fabriquait avec la pierre. Ainsi ces 
exemptes, et beaucoup d'autres que j'aurais pu citer, viennent 
à l'appui de la fabrication indigène des premiers instruments 
en métal. 

Maintenant ce métal n'est pas le bronze, mais toujours 
le cuivre, et le cuivre dans le commencement martelé, plus 
tard fondu. Cette indication se trouve d'abord confirmée 
par l'aspect et la couleur rougeâtre caractéristique de ce 
métal, et surtout par l'analyse faite dans le laboratoire de 
Saez, Utor et Compagnie à Madrid, rue de Carrelas. Ils 
déclarent dans cette lettre-ci, que la hache analysée ne 
contient pas de vestiges d'étain, ni d'autre métal que du 
cuivre pur.. Et sur ce sujet je me rappelle qu'en visitant 
le Musée archéologique à Madrid avec quelques-uns des 
membres du Congrès, mon ami le très distingué profes- 
seur M. de Quatrefages m'engagea à faire analyser les ha- 
ches que nous voyons, et que je lui disais être de cuivre 
pur, car d'après lui se serait rendre un grand ser\ice à l'ar- 
chéologie préhistorique si on démontrait par la chimie 



,ï Google 



355 

l'existence en Europe d'une époque du cuivre, analogue ou 
égale à celle qu'on observe en Amérique. Eh bien 1 les vctux 
de cet éminent anthropologiste ont commencé à se réaliser, 
et je m'engage à les compléter en analj'sant toutes les ha- 
ches qui se trouvent dans le Musée de Madrid, celles de 
mes collections et bien d'autres que je connais. Au reste 
dans un paj's dans lequel le cuivre natif abonde considéra- 
blement, et on peut citer à l'appui le grand nombre de mi- 
nes en exploitation depuis les temps les plus reculés, je 
trouve bien plus naturel que l'homme ait commencé à se 
ser\'ir d'abord du métal simple, et que seulement après de 
longs et pénibles essais il ait appris à mêler le cuivre avec 
l'étain, dans des proportions convenables pour obtenir le 
bronze. Cela ne veut pas dire. Messieurs, que dans des 
temps bien postérieurs TEurope n'ait pas reçu dans la fa- 
brication du bronze l'influence des races asiatiques; ce que 
je voulais soumettre à votre discrétion c'était seulement que 
le cuivre en Espagne a précédé le bronze, et que cette bran- 
che de l'industrie a été tout-à-faii indigène. 



M, Chantre: Je n'ai pas de raison pour refuser aprioti 
un âge du cuivre en Espagne; je serais, au contraire, tout 
disposé à l'admettre si le fait est démontré scientifiquement. 

J'ai beaucoup étudié cette question en France et dans 
toutes les autres parties de l'Europe, dont j'ai visité pres- 
que toutes les collections, et je me crois en droit de faire 
des réserves lorsque l'on parle d'objets en cuivre alléctant 
les formes de l'âge du bronze. 



-'fl 



356 

La plupart, en effet, des objet! 

comme (iiant en cuivre, sont en bro 
montre les analyses. 

Dans presque tous les pays o 
métallurgie un produit du développ 
trie, une invention indigène. Comme I 
par les hommes di; l'époque néolithiq 
blabîc, on a voulu avoir dans chaq 
vre faisant transition entre l'âge d 
broriiîe. On a été d'autant plus port 
la région était plus riche en mines 
est arrivé en Hongrie: or, dans ce f 
d'objets en cuivre, l'existence d'un 
encore un fait acquis. Telle a été la 
It est naturel de voir surgir cette mi 
et en Portugal; mais ici comme sui 
au nord et au centre de l'Europe, ( 
devront aider surtout à la solution i 

Partout en Europe il paraît déi 
gie a commencé par le bronze, et 
Occident est le fait d'importations o 
dant l'époque néolithique. Partout, 
couvert de ces objets métalliques di 
primitives associés à des objets en^] 
qu'ils sont en bronze. 

Des découvertes du même gen 
pagne et en Portugal, et il n'est p; 
vation viendra prouver, dans un ave 
ninsule ibérique n'est pas restée en 
général de la civilisation dans ces te 

M. Vn.ANOVA: Je soutiens que 



,ï Google 



35? 
tes sur une de ces haches et que les résultats se trouvent 
à la disposition des membres du Congres. 

M. Chantre: En présence d'un fait je n'ai qu'a m'in- 
cliner, mais il faut se rappeler qu'une analyse isolée ne per- 
met pas d'établir Texistence d'un âge du cuivre. 

Au reste, comment a été faite cette analyse? Sou\ent 
c'est sur une petite parcelle de substance arrachée à l'une 
des extrémités de la hache, qui ne peut bien être qu'un peu 
de patine ou de carbonate de cuivre, que sont pris le plus 
souvent les échantillons. Alors il est naturel que l'analyse 
montre du cuivre pur. Pour moi, une anal3-se doit être faite 
sur un fragment de métal pris au centre de la pièce, là où 
il n'y a pas d'oxydation, et où l'on est certain dès lors d'avoir 
du métal pur ou un alliage normal. 

M. RoRRiGUES; J'ai quelques doutes sur la valeur qu'on 
prétend tirer de l'analyse minutieuse des petites pièces, le 
mélange des métaux ne s'y trouvant pas partout égal. L'étain 
en faible proportion ne modifie pas les qualités du cuivre 
et a pu être introduit par hasard. 

M. DE Mortillet: L'âge du bronze dépend exclusive- 
ment des gisements d'étain: on ne peut faire du bronze que 
là où il y a de l'étain. Le bronze doit être venu de l'Asie. 
Les haches plates, qui sont, souvent en cuivre, il faut l'avouer, 
paraissent bien plus récentes que les haches de bronze af- 
fectant d'autres formes. Je ne peux donc accepter Thvpo- 
ihèse de M. Vilanova. 



,ïGoO' 



'^_ 



SDR LUS HACHES EN BRONZE TROUVÉES EN PORTUGAL 



M. J. POSSIDONIO DA SlLVA 



On suppose généralement que la Péninsule ibérique 
n'a pas connu l'âge du bronze, et cette hj-pothèse a sa rai- 
son d'être, puisque, jusqu'à présent, on n'a trouvé ni en 
Espagne ni en Portugal aucun atelier ou station de cette in- 
dustrie. Le très petit nombre d'instruments de métal dé- 
couverts dans ces deux pays fait croire que l'usage en était 
fort restreint; peut-être même qu'il n'y a pas eu dans la 
Péninsule ibérique une époque de transition entre l'âge néo- 
lithique et l'âge du fer, comme cela est arrivé en Norvège, 
où il semble que l'usage du bronze n'a pas existé, puisque 
dans les tumuîus fouillés on n'a trouvé aucune trace d'ins- 
truments de métal. 

Cependant, il est bon de dire, que dans les dolmens 
découverts en Portugal sur le territoire de la province 
d'Alemtejo, on a trouvé quelques haches de bronze du tj'pe le 
plus primitif, fig. S, et en tout semblables à celles qu'on a 
recueillies en France, dans le Jura, ainsi qu'en Grèce, Ces 
instruments auraient peut-être été apportés dans la Pénin- 



ly Google 



359 

suie par quelque tribu que vint y séjourner. Mais on ne 
peut pas faire la même supposition pour les haches de bronze 
à deux anses, découvertes dans les provinces de PExtrema- 
dura, du Minho, et de Beira Alta. Ces instruments sont 
d'un type essentiellement distinct de tous ceux rencontrés 
jusqu'ici dans les autres contrées de l'Europe, et cela don- 
nerait à penser que ces celts seraient le produit d'une in- 
dustrie péninsulaire. Et en effet, s'ils n'étaient qu'une imi- 
tation des instruments en usage chez les autres populations 
préhistoriques, comment se ferait-il que dans les nombreu- 
ses fouilles faites dans tous les pays, on n'en eût pas trouvé 
de semblables? Les haches à deux anses que possèdent les 
musées d'archéologie de l'Europe — et elles sont en très petit 
nombre — ne sont pas de dimensions aussi grandes que les 
nôtres, leurs formes ne sont pas les mêmes, et de plus elles 
n'ont pas le talon plein. 

La hache découverte à Abrigada, dans la province de 
rExtremadura,_;î^. /, a la douille carrée, et deux anneaux sur 
le bord de cette douille; son tranchant est large et sa lon- 
gueur est de i5 centimètres. 

Parmi les haches trouvées à Rodriz, dans le Minho, 
ûg. 3 et 4, il en est une dont la douille est ronde et fort 
lai^e, et l'autre dont le tranchant est très développé, avec le 
talon plein; elles ont deux anneaux et leur longueur est de i8 
et 24 centimètres. 

Celles qui ont été recueillies à Ferreira d'Aves, dans 
la Beira Alta, sont au nombre de 19. Quelques-unes d'entre 
elles étaient déjà brisées, d'autres usées, mais toutes avec 
deux anses de suspension. Ces instruments sont les plus 
grands connus jusqu'à ce jour, car ils mesurent 26 cen- 
timètres de longueur. Fig. 2. 

La forme essentiellement caractéristique de ces instru- 



.,Ct 



C^ 



3Go 

ments de bronze dans ce pays, me fait supposer qu'il y a 
eu une industrie locale de ce genre en Portugal; sa durée 
n'a peut-être pas été très longue, parce que Tusage du 
fer apporté par les Romains a fait abandonner l'usage du 
bronze, mais enfin tout porte à croire qu'elle a existé. 

Ji ne m'appartient pas de rechercher les origines du 
bronze; les maftres de la science ici présents sont plus com- 
pétents que moi pour résoudre cette question difticile; je 
n'ai d'autre but que d'appeler l'attention des membres du 
Congrès sur ce fait remarquable, que les haches préhisto- 
riques trouvées dernièrement en Portugal son uniques dans 
leur genre. Puisqu'on a découvert sur notre sol des instru- 
ments de bronze d'un type spécial, tout à fait difl'érents de 
ceux qu'on rencontre dans les autres régions, comment 
pourrait-on expliquer que l'industrie des haches à deux anses 
ne serait pas née chez nous? Quoiqu'on ait trouvé dans nos 
dolmens des bronzes aux formes primitives, admettons que 
des fondeurs nomades aient importé en Portugal le type 
nouveau, ou qu'il ait été fourni aux populations néolithiques 
de la Péninsule par des voyageurs de cette époque reculée. 
Mais alors, comment se fait-il, que dans les autres contrées 
de l'Europe qui devaient être fréquentées par ces mêmes 
nomades, on ne retrouve pas des haches semblables au type 
dont nous nous occupons? 

Il est donc pius que probable, que ces industriels voya- 
geurs ont amené un développement de l'industrie du bron- 
ze chez nous, et qu'un tjpe spécial est né de ce développe- 
ment. 

Quoique les investigations archéologiques soient faites 
en Portugal cette année avec un peu plus d'activité, que 
par le passé, toutefois, il faut espérer qu'en poursuivant les 
fouilles avec persévérance et en divers endroits du pays, on 



,ï Google 



36i 

trouvera des instruments de l'âge du bronze qui pourront 
nous éclairer plus nettement sur le sujet que je soumets à 
la critique des membres du Congrès. Peut-être arriverons- 
nous alors à la conviction que l'industrie typique des haches 
à deux anses avait été fondée sur notre sol, en imitant, il 
est vrai, la forme générale de ces instruments, mais aussi en 
altérant leurs dimensions, en les garnissant de deux anneaux 
et en leur laissant le talon plein. Et ces modifications, en ou- 
tre d'une forme caractéristique, marquent une provenance 
distincte de notre contrée, un type nouveau adopté sans 
doute parce que son usage avait été reconnu plus commode. 

On n'a retrouvé aucun moule de pierre ou de terre 
cuite qui puisse prouver l'existence d'une fonderie; mais, 
tout le monde sait, que les moules de ce genre ne sont pas 
indispensables pour couler le bronze. 

Si on compare les haches qui ont été découvertes dans 
le nord ou le centre de l'Europe, et même celles qu'on a 
trouvées dans les autres régions, avec celles qui ont été re- 
cueillies en Portugal, on voit tout de suite que les formes 
et les dimensions des premières sont différentes de celles 
des secondes. Ainsi au musée de Dublin on trouve des spé- 
cimens de ces instruments à formes courtes, avec une douille 
ronde et un seul anneau, ayant tout au plus ne if centimètres 
de longueur. Les haches préhistoriques du musée de Stock- 
holm ont a peu près la même forme, à une seule anse, mais 
avec un bourrelet autour de la douille; leur longueur est de 
dix à onze centimètres. 

En Allemagne et dans le Danemark on trouve des for- 
mes analogues à celles qu'on rencontre en France, c'est-à- 
dire avec une douille ronde un peu profonde et un tranchant 
très développé, mais toujours avec un seul anneau, et d'une 
longueur qui varie de i5 à 17 centimètres. 



.,Ct 



362 

Celles du musée de Genève, qui ont été découvertes 
dans le lac de Léman et dans le lac de Neuchâtel, ressem- 
blent aux haches trouvées dans le Jura, avec cette légère 
différence, que la douille ronde arrive presque jusqu'au tran- 
chant; elles n'ont qu'une seule anse et leur longueur ne dé- 
passe pas 19 centimètres. 

Dans les palafittes du lac du Bourget, on a trouvé des 
haches qui ne sont ni complètement circulaires ni exacte- 
ment carrées, mais toujours avec un seul anneau et d'une 
longueur de 1 8 centimètres. Les musées de Saint-Germain- 
en-Laye et de Lyon possèdent, chacun, une très belle colle- 
ction de ce genre découverte en France. Le Musée Britanni- 
que, à Londres, montre aussi quelques haches de ce tj'pe. 

Cependant on a trouvé en Russie une seule petite ha- 
che à douille ronde, avec bourrelet et ayant deux anneaux; 
mais ces anneaux sont forts petits et tout à fait différents 
des nôtres. Ajoutons de plus que ce n'est qu'une rencontre 
fortuite, un fait isolé qui ne peut pas servir de point d'ap- 
pui pour détruire notre hypothèse, et qu'on n'en peut pas 
conclure qu'il y ait eu en Russie une industrie du même genre 
que celle que nous supposons avoir existé en Portugal. 

Ce résumé rapide nous fait apprécier les différences 
qui existent entre les divers spécimens qui sont les types 
locaux de chaque contrée; c'est ce que M. Chantre a fort 
bien expliqué en disant: 

«Que peu ù peu l'industrie du métal s'implante dans 
chaque pays avec l'aide d'ouvriers étrangers, et lorsque les 
indigènes y ont été complètement initiés, les formes primor- 
diales se modifient, des types locaux sont créés, tout se spé- 
cialise de plus en plus dans un périmètre donné, et on ar- 
rive a se trouver en face de ces groupes distincts, que M. 
Hildebrand a proposé d'appeler des provinces.* 



,ï Google 



Le même développement a donc existé dans la Pénin- 
sule ibérique, et les haches qui ont été découvertes dans 
trois provinces du Portugal, sont le produit local d'une in- 
dustrie indigène. La découverte de ces instruments nouveaux 
et d'un caractère tout spécial, apporte une pierre de plus 
à l'édifice de la science archéologique; elle apporte une cer- 
titude à ce fait important, que l'industrie du bronze avait 
subi dans chaque contrée un développement distinct, en 
créant des instruments d'une forme nouvelle, comme cela 
eut lieu en Portugal, et d'un type particulier, c'est-à-dire 
avec deux anses et talon plein. 

Jusqu'à présent on n'a pas trouvé dans nos contrées 
des haches à ailerons et à douilles rappelant (es types an- 
ciens d'origine italienne. 

Comme je l'aï déjà dit, je crois que l'àge du bronze n'a 
pas été de longue durée en Portugal, et mon opinion s'ap- 
pme non seulement sur la quantité excessivement restreinte 
des instruments trouvés dans ce pays, mais aussi sur ce 
fait connu, que dans le commencement de l'usage du bronze 
dans les autres contrées, ce métal servit d'abord de parure. 
Toutefois, jusqu'à ce jour, on n'a pas trouvé dans la Pé- 
ninsule ibérique aucun ornement de bronze à cet usage. 

On peut donc supposer que l'époque de transition de 
l'âge néolithique à l'âge du fer n'a pas été d'une grande du- 
rée, comme cela est arrivé dans le nord et le centre de 
l'Europe, parce que la matière première, le métal, étant rare 
et difficile à obtenir, l'industrie de la fabrication des instru- 
ments de bronze n'eut pas une grande extension pour nos 
populations préhistoriques. 

J'ai pris la parole. Messieurs, pour vous mettre au cou- 
rant de la particularité archéologique qui nous a fait ren- 
contrer, dans ce pays, des haches de bronze d'tine forme 



lyGooWe 



366 

existent entre les types des régions méditerranéennes de 
l''Espagne et du midi de la France. 11 résulte des recherches 
de M. Emile Cartailhac que dans cène dernière contrée, 
où les haches plates abondent, on en a trouvé une dixaine 
d'exemplaires à deux anneaux. M. Evans a signalé cette 
forme en Cornouailles. On sait qu'elle se retrouve dans le 
nord de l'Asie. Je l'ai rencontrée aussi dans le Caucase. 

M. Hildebrand: M. da Silva nous a fait connaître tfois 
types de haches en bronze, trouvés en Portugal. Mais l'ex- 
périence faite dans les autres parties de l'Europe démontre 
qu'il y a un développement des types. Ainsi au commence- 
ment des séries des haches il faut mettre un tj'pe plat et 
simple comme celui de l'Alemtejo. On a donné à ce type des 
rebords qui sont devenus de plus en plus agrandis. Guidés 
par l'expérience les ouvriers ont développé encore d'autres 
parties de la hache, jusqu'à ce que l'on est arrivé au type 
du Minho. Il y a des types intermédiaires qui rattachent 
aux haches de ce type celle qui a un trou d'emmanchure. 

Il est donc intéressant de voir ici trois haches appat- 
tenant à trois différents degrés de développement. Les deux 
dernières supposent de nécessité d'autres types moins dé- 
veloppés, qui nous manquent encore, et que les archéolo- 
gues portugais et espagnols doivent bientôt se trouver en 
état de nous montrer, si les fouilles déjà commencées sont 
continuées. Dans la Péninsule ibérique l'âge du bronze n'a 
pu faire défaut. 

M. DE Mortillet: La hache platte n'est pas la hache 
primitive ; on ne la retrouve jamais à cette époque. Ces ha- 
ches sont généralement en cuivre et elles appartiennent à la 
fin de l'époque du bronze. 



,ï Google 



J. PoSSIUÛiMO UA SiLVA. 



PùoW SI fu:i:l. de H. I 



D,S^f^îlSW»«"'- 



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L'AGE DU BKONZE EN ITALIE 



M, Chantre appelle l'attenrion du Congrès non pas 
sur l'existence de cette première époque des métaux actuel- 
lement indiscutable dans rEurope occidentale, mais sur les 
caractères avec lesquels elle s'y est répandue et développée. 

Après avoir fait un rapide exposé des principales dé- 
couvertes appattenant vraiment à l'âge du bronze et mon- 
tré leur répartition sur une grande carte, l'auteur insiste 
sur la distribution géographique des types caractérisant les 
diverses phases du développement de cette civilisation en 
Italie. 

Appuyant ses démonstrations par un grand nombre de 
dessins, M. Chantre fait remarquer que c'est surtout dans la 
région méditerranéenne que se trouvent le plus fréquemment, 
de même que cela a Heu pour la France, la plus grande par- 
tie des types primitifs, spéciaux aux îles de la Méditerra- 
née, à la Grèce, à l'Asie Mineure, et ai caractéristiques de 
l'époque de transition entre l'âge de la pierre et celui du 
bronze. 

Puis il reprend: 

Les types, au contraire, que l'on observe dans la plu- 
CR. 27 






part des terramares et dans les palafittes du lac de Garde, 
comme dans quelques stations françaises ou suisses, dans 
lesquelles la civilisation du bronze a atteint son maximum 
de développement, appartiennent à l'époque de transition 
entre t'âge du bronze et l'âge du fer. Us deviennent de plus 
en plus fréquents dans les découvertes des régions danu- 
biennes, lesquelles sont incontestablement postérieures, pour 
une partie au moins, à celles des régions méditerranéennes. 

On trouve, au reste, un grand nombre de ces types 
associés à des objets caractéristiques du premier âge du fer, 
comme, par exemple, dans la fonderie de San Francesco à 
Bologne, et à Piediluco près Terni. 

Les types primitifs forment donc le groupe méditerra- 
néen, qui recouvre en Italie toute la partie méridionale de ta 
Péninsule, la Toscane et le revers sud des Apennins, et le 
Piémont. Les types secondaires, constituant le groupe da- 
nubien, s'observent au contraire sur une partie des côtes de 
PAdriatique et jusques auprès de Rome, puis dans toute la 
région des terramares; la liaison se fait au nord par le lac 
de Garde et le Tyrol. 

Les types primitifs, tels que les haches plates à rebords 
droits et les petits poignards à rivet, caractéristiques du 
groupe méditerranéen, se rencontrent assurément en dehors 
des limites que j'indique sur ma carte des provinces de 1 âge 
du bronze en Europe; mais alors ils s'y trouvent en petit 
nombre et mêlés aux types secondaires danubiens dans des 
conditions qui permettent d'entrevoir souvent leur antériorité. 
Mais ces formes danubiennes, représentées surtout par les 
haches à ailerons élevés ou à douille, le rasoir, ta spirale, 
etc., sont beaucoup plus rares. 11 est bon d'insister aussi sur 
ce fait que la plupart de ces types se rencontrent associés 
à des objets caractéristiques du premier âge du fer en Italie 



,ï Google 



369 

et même du Caucase, tels que les fibules arquées, les re- 
présentations animales et les ornements en spirales. 

De la présence de ces dernières représentations pour- 
rait-on conclure que c'est vers le Caucase qu'il faut cher- 
cher la principale voie par où est arrivée chez nous la mé- 
tallurgie primitive? Évidemment non, et ceux même qui, 
bien que combattant l'existence de l'âge du bronze dans l'Eu- 
rope centrale et méridionale, ont soutenu cette théorie, qui 
n'est du reste basée sur aucun fait, seront obligés d'y re- 
noncer. 

Tout récemment, en effet, j'ai eu l'occasion d'étudier 
en Russie les rares objets de bronze découverts au Caucase 
et pouvant se rapporter à la première époque de la métal- 
lurgie, et je puis affirmer qu'aucun ne présente le moindre 
rapport avec nos formes occidentales. 

S'il a existé des relations apparentes entre le Caucase 
et les régions méridionales de l'Europe pendant les temps 
préhistoriques, se n'est donc pas à l'âge du bronze, mais 
bien à l'âge du fer, c'est-à-dire, à l'époque où s'est dévelop- 
pée cette civilisation remarquable qui a laissée les nécropo- 
les de Villanova, d'Esté, etc. 

M. MoRTiLLET se conforme à l'opinion de M. Chantre. 



M. PiGOBiNi: Voici les dessins des objets tirés des tom- 
beaux découverts par M. le professeur G. Peilegrinj à Gam- 
baloni, près de Povegliano Veronese, province de Vérone. • 

Les objets mêmes sont de formes et matières bien dif- 
férentes. Il y a des épées à soie plate, des couteaux, des 
poignards et des épingles à cheveux en bronze; des grains 
en ambre ; une scie et quelques éclats en silex. Les tombeaux 

17» 



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37° 
dans lesquels gisait le mobilier funéraire, consistaient en 
fosses simplement creusées dans le gravier, couvertes par 
c gravier même. 

Ces armes et ces ornements en bronze, sont les mêmes 
qu'on rencontre en Italie dans les terramares de l'Emilie et 
dans les habitations lacustres du lac de Garde, et ils remontent, 
par conséquent, à l'âge du bronze de l'Italie septentrionale, 

La découverte faite par M. le professeur Pellegrini est 
de la plus haute importance: 

i" Elle nous révèle de véritables tombeaux d'un peuple 
qui paraît être celui des terramares et des habitations la- 
custres susdites, tombeaux vainement recherchés jusqu'ici. 

z° L'association des objets en ambre et des silex à ceux 
de bronze, qu'on a constatés dans cette nécropole, con- 
firme les conclusions tirées des études sur les terramares, 
c'est-à-dire que dans l'Italie septentrionale, pendant l'âge du 
bronze, on connaissait déjà l'ambre, et on continuait encore 
à fabriquer quelque peu des instruments en silex. 

Dans les terramares de l'Emilie, ainsi que dans les tom- 
beaux dont je viens de parler, on n'a rencontré ni la fibule 
ni te bracelet en bronze, ni aucune trace ^objets en fer. 

M. ViRCHOw: Je conseillerais un peu de patience. Je 
maintiens la croyance à l'âge pure du bronze, malgré Popi- 
nion contraire de la plupart de mes compatriotes. 

M. Chanire: Je suis convaincu que partout on arrive- 
ra à la conclusion qu'il y a un âge de transition de l'époque 
de la pierre à celle du bronze, et un autre âge de transition 
entre l'époque du bronze et celle du fer. 

M. ViRCHow; J'ajouterai que l'on a déjà trouvé des 



,ï Google 



objets presque en cuivre pur, et que te nombre de ces objets 
grandit tous les jours. 

M. Henri Martin: Les anciens poèmes des bardes ir- 
landais racontent que l'Irlande, longtemps avant l'arrivée 
des Gaëls scottiques, des héros ossianiques, avait été con- 
quise sur de petits hommes bruns, les Firbolgs, par de grands 
hommes blonds, aux yeux bleus, poètes, magiciens et for- 
gerons, des druides primitifs appelés ia race des dieux de 
Danann. Les bardes rapportent que les combattants avaient, 
de part et d'autre, des armes en bronze; mais les épées des 
Firbolgs étaient larges, courtes et mal affilées, tandis que 
celles des Dananniens étaient longues, fines et aiguës. Or 
on retrouve précisément ces deux espèces d'armes dans le 
musée de ['Irish Royal Academy parmi les découvertes fai- 
tes dans les bogs ou marais et ailleurs en Irlande. La tra- 
dition qui s'était perpétuée jusqu'au moyen-âge est donc 
confirmée par l'archéologie. 






V 
SUJETS DIVERS 



LES mSTRUUENTS SN PIERRE A L'iËPOQUE DES UÉTAUX 



M. LE Baron J. de Baïe 

Lorsque les découvertes relatives aux époques préhis- 
toriques furent parfaitement étudiées, les archéologues de 
tous les pays, se prononcèrent avec l'autorité d'une science 
éprouvée, reconnue, et affirmèrent l'existence des âges de la 
pierre. Les gisements les plus authentiques servirent à ca- 
ractériser les diverses époques; les instruments isolés, dis- 
séminés furent naturellement attribués à leurs époques res- 
pectives sans égard pour les milieux dans lesquels ils avaient 
été rencontrés. Ils étaient restitués à l'industrie dont ils res- 
sortissaient, comme on rend à la période romaine les mé- 
dailles des Empereurs trouvées dans la monnaie courante 
des nations modernes. En effet, ces instruments dispersés 
partout ne réunissaient aucune des conditions nécessaires 
pour les rattacher à la civilisation avec laquelle ils se trou- 
vaient en contact. Leur présence s'expliquait aisément par 
le concours de ces milliers de circonstances qui avaient dû 
nécessairement se produire dans le cour des siècles. 



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i2l 

L'industrie de la pierre imposée par la triomphante dé- 
monstration des faits, admise par les savants, chaque Jour 
enrichie par de nouvelles découvertes, planait dans une ré- 
gion calme qui ne connaissait point de discussions sur les 
points essentiels. Les époques de la pierre partageaient le 
temps comme les autres périodes archéologiques plus an- 
ciennement adoptées et reconnaissaient des limites détermi- 
nées généralement admises. Effectivement, l'industrie lithi- 
que termine ces évolutions à Tapparition du bronze et les 
monuments de la transition, nous présentent un mélange où 
la pierre et le bronze sont associés et ne laissent plus à l'élé- 
ment néolithique qu'un rôle amoindri et sans importance. 
Alors, non seulement le travail de la pierre ne fait plus de 
progrès comme dans la période néolithique, mais il dispa- 
raît sensiblement. L'industrie de la pierre est simplement 
alors une réminiscence et dès le premier âge du fer, dans 
les splendeurs de l'industrie gauloise, les centres habités, les 
sépultures si abondantes en produits contemporains ignorent 
la pierre comme matière utilisée par le travail humain. Le 
métal est exclusivement employé. Les instruments en silex 
sont souvent alors comme des témoins muets, inconscients, 
d'autres fois comme des objets de curiosité, le plus ordinai- 
rement ils assistent avec passivité aux développements des 
industries des temps historiques. Ils apparaissent comme le 
résultat fortuit de l'action capricieuse des forces multiples 
qui s'exercent dans leur voisinage. 

Les âges de la pierre étaient séparés des autres épo- 
ques par les faits, par les enseignements de ta science ar- 
chéologique, puissamment fortifiée par le double concours 
de la géologie et de la paléontologie. 

Cependant, dans ces derniers temps, en 1874, un ar- 
chéologue avança qu'à une époque relativement récente. 



jogle 



374 
c'est-à-dire à l'époque mérovingienne, au 5*"" siècle on devait 
connaître et pratiquer encore l'art de laitier le silex *. L'in- 
dustrie de la pierre aurait pénétré parmi les populations 
franques, sans laisser toutefois la moindre trace de ces pas 
sur la route qu'elle avait parcourue, pour arriver jusqu'à 
elles. Voici à quelle occasion M. MiJlescamps insinua d'abord 
devant la Société d'Anthropologie de Paris, que la pratique 
de la taille du silex était encore usitée sur certains points 
de la Gaule à l'époque mérovingienne. 

M. Frédéric Moreau entreprit en 1873 les fouilles si fé- 
condes de Caraoda, et il continua avec un rare succès ses per- 
sévérantes recherches dans la contrée voisine. Les travaux 
qui avaient primitivement pour objet des sépultures gauloi- 
ses, romaines et franques réunies dans un même champ, 
amenèrent au jour une quantité de silex ouvrés, de lames 
et d'éclats qui furent soigneusement recueillis. 

Le zélé explorateur ne préconisa aucune interprétation. 
Il s'abstint de tout jugement personnel. Il se bornait à con- 
server les fruits précieux de ses découvertes pour les étu- 
des, en attendant que la science bien renseignée prononçât 
son verdict. 

Cependant les intéressantes découvertes de Caranda at- 
tiraient l'attention des archéologues. M. Millescamps, dans 
la séance du 18 juin 1874, entretint la Société d'Anthropo- 
logie de Paris de la présence des silex dans les sépultures 
franques de! Caranda. Le nombre des pierres travaillées 
était considérable. La quantité de silex paraît néanmoins 
avoir été exagérée dans la première mention. L'auteur se 
résuma ainsi dans le principe: tLa seule conclusion à tirer 



'Millescamps: Le cimetière de Caranda. Bul. de la Soc. d'Anthropo- 
logie de Paris, 1874, P- Si3. 



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M 

■est que ces silex ont été jetés ou pour parler plus exacte- 
ment, semés inientionellement dans les tombes *.» 

Puis, tout en paraissant reserver pour l'avenir les conclu- 
sions pratiques, l'auteur de la communication concluait que 
l'examen du contenu des tombes de Caranda était de n:,- 
ture à faire descendre jusqu'au mérovingiens, c'est-à-dire 
plus bas qu'on ne l'admet généralement, l'époque de la co- 
existence de l'usage des instruments de pierre avec ceux de 
bronze et de fer. Puis pour préciser, deux points principaux 
furent signalés à l'attention des archéologues: i" Le cara- 
ctère votif des silex intentionellcment répandus dans les tom- 
bes. 2" La pratique de la taille du silex encore usitée sur 
certains points de le Gaule à l'époque mérovingienne. Cette 
seconde proposition n'était avancée que sous la garde de 
nombreuses réserves. 

Dans une séance suivante, tenue le 4 février 1873, M. 
de Mortillet combattit les propositions émises précédem- 
ment. sNotre collègue M. Millescamps, dit il, le premier qui 
vous a signalé ce fait est disposé à en conclure qu'à l'épo- 
que franque, qu'a l'époque mérovingienne on taillait encore 
le silex; je ne suis pas du tout de son avis.* Cette asser- 
tion était motivée par des raisons qui conservent encore au- 
jourd'hui toutes leurs forces démonstratives. 

A peu près vers la même époque, le 10 février 1875, 
M. Quicherat, interprète de M. Frédéric Moreau, présenta 
à la Société des Antiquaires de France des instruments en 
silex provenant de Caranda. J'assistais à la séance et je fis 
mes observations dans le but d'établir que les découvertes 
de Caranda n'autorisaient nullement à nier l'existence de 
l'époque où l'homme se servait exclusivement de pierre.Les 

'Bul. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, 1874, pag. Su. 



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376 

motifs de mon assertion ont été consignés dans le Bulletin 
de la Société des Antiquaires et n'ont point été repoussés. 

Bientôt, le 4 mars 1 875, M. Millescamps revint à la char- 
ge pour atténuer les objections présentées par M. de Mortil- 
let; sa conclusion identique à celle de sa précédente commu- 
nication a été formulée dans les termes suivants: f aujourd'hui 
comme alors, je pense que les silex taillés recueillis dans 
les cimetières mérovingiens autorisent à supposer que l'usa- 
ge et la taille des instruments de pierre ont persisté en 
Gaule tout au moins pendant les premiers siècles qui ont 
suivi l'invasion des Francs.» 

La question s'accentuait de plus en plus, en présence 
des difficultés. Le sujet ne manquait pas d'intérêt. Nous pos- 
sédions de nombreux éléments de solution puisés dans les 
stations néolithiques que nous avions explorées et dans les 
nécropoles franques que nous avions découvertes; il nous 
parut utile de présenter aux réunions des sociétés savantes 
de la Sorbonne un mémoire ayant pour titre: 

Les instruments en silex mélangés aux produits de l'in- 
dustrie franque. 

Le mémoire donna lieu à de sérieux débats et les opi- 
nions restèrent partagées; le partage était toutefois très iné- 
gal. Les archéologues étrangers à l'étude des époques pré- 
historiques, accueillirent surtout avec une faveur particulière 
l'idée de prolonger la durée de l'industrie de la pierre jus- 
qu'à l'invasion des Francs. 

Plus récemment, dans la séance de la Société d'Anthro- 
pologie de Paris, tenue le 1 7 décembre 1 879, M- Millescamps 
ramena ta question au sujet de deux silex trouvés à Hermès 
(Oise) dans une sépulture mérovingienne. Ces deux silex lui 
parurent dignes d'être remarqués comme coopérant à la mê- 
me démonstration que les vingt mille silex préconisés en 



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iZL 

1874. Les conjectures dont ces silex furent le prétexte, se 
résument principalement dans les lignes suivantes; taujour- 
d'hui plus que jamais nous pensons que les instruments en 
silex étaient encore en usage à l'époque mérovingienne et 
que, se servant de la pierre, les Francs savaient la tailler et 
l'approprier à leurs besoins.» Malgré les atténuations qui 
suivaient, c'est là le dernier jugement formulé par M. Mil- 
lescamps. 

Des constatations nombreuses faites dans les hypogées 
de la pierre polie et dans les nécropoles franques ne per- 
mettent pas de partager l'opinion qui reconnaît l'existence 
et la pratique de l'industrie de ia pierre à l'époque fran- 
que. 

Nous avons saisi l'occasion présentée par le Congrès 
pour l'avancement des sciences tenu dernièrement à Reims, 
pour parler de l'existence indépendante et de la durée de 
l'industrie néolithique proprement dite. Nos conclusions li- 
mitaient, selon les plus solides preuves, l'âge de la pierre 
par l'industrie du bronze. Nos propositions ont été applau- 
dies. Néanmoins, il nous a paru nécessaire de porter la ques- 
tion devant notre Congrès International, car jusqu'à ce jour 
elle n'a pas eu de retentissement devant ces grandes assi- 
ses de l'archéologie préhistorique. Nous avons besoin d'une 
décision puissamment autorisée. La marche des études est 
entravée par les assertions insuffisamment établies par les 
partisans de la prolongation de l'industrie néolithique dans 
les temps modernes. Les conséquences logiques de l'existen- 
ce des âges de ia pierre sont atténuées ou suspendues, la vul- 
garisation des connaissances préhistoriques est sérieusement 
empêchée et certainement ajournée. En un mot, le résultat 
scientifique n'est pas atteint parmi les masses. Il s'agit donc 
de conserver par l'influence d'une science solide et loyale, 



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M 

le terrain laborieusement conquis et d'arrêter un mouvement 
rétrograde peu autorisd. 

Les silex travaillés, retaillés, ont été trouvés dans quel- 
ques nécropoles franques du même groupe, à Caranda, à Sa- 
blonnière, à Sainte Restitue etc. ■ . . autant de localités située s 
dans le même rayon. La moyenne des silex, est huit par sé- 
pulture. Leur présence est un fait patent qui n'admet pas 
de discussion. Mais ces silex mélangés à des instruments en 
fer ont-ils une origine franque comme les tombes qui les ren- 
ferment dans leur périmètre? 

Dans le nombre des silex rétaillés de Caranda, il en est 
qui proviennent d'une allée-couverte où ils accompagnaient 
des ossements humains. Les objets funéraires étaient exclu- 
sivement en silex. Il est évident qu'ils appartiennent à l'in- 
dustrie néolithique. Une autre catégorie considérable contient 
un nombre très grand de silex d'un travail grossier. Les al- 
térations du silex, les marques d'oxyde de fer, les cryptoga- 
mes adhérents à leurs surfaces révèlent un long stationne- 
ment sur la terre. Ces objets qui du reste ne sauraient cons- 
tituer une industrie, ressemblent aux instruments des âges 
de la pierre qui ont été longtemps exposés à l'influence du 
temps sur la surface du sol. Il n'y a point de raison pour 
les considérer comme fabriqués à l'époque franque, mais il 
faut admettre qu'ils ont été ramassés alors. Ces lames im- 
parfaites, brisées, ces éclats grossièrement ébauchés sont 
évidemment les restes abandonnés dans un atelier de l'âge 
de la pierre. L'admission d'un atelier devient une nécessité 
lorsqu'on examine la multitude des éclats, des objets impar- 
faits, des nucléus et des percuteurs. Les ateliers reconnus ne 
se caractérisent pas autrement. 

Une troisième catégorie se compose d'objets soigneu- 
sement travaillés. En les comparant avec l'outillage néoli- 



,ï Google 



i79. 
thique, la ressemblance est très frappante. Nous donnon 
ici le dessin d'une flèche du dolmen de Caranda, pi. i-,Jîg- 
P, en parallèle avec une flèche provenant du cimetière franc 
de Sablonnière. On remarque les mêmes formes, l'aspect est 
identique, pi. i^fig. il. Personne n'a songé à contester l'ori- 
gine préhistorique du dolmen de Caranda. Les flèches du 
cimetière franc sont l'œuvre du peuple qui a construit l'allée 
couverte. Comment supposer qu'une industrie pratiquée par 
un peuple complètement étranger aux tribus néolithiques 
aurait pu réussir des formes si ressemblantes et adopter des 
instruments tellement disparates dans son industrie propre? 
Ce n'est pas seulement à Caranda que les flèches trouvées 
dans les sépultures franques affectent une grande ressem- 
blance avec les mêmes instruments remontant à l'époque de 
la pierre polie. Dans une nécropole franque située à Oyes, 
nous avons visité deux mille tombes et nous y avons trouvé 
une seule flèche, pi. i-,fig. /, dont le type est le même que 
celui de l'atelier de Vieille-Andecy, pi. \tjig. 2, situé envi- 
ron a quatre kilomètres. Ce ne sont pas seulement les flè- 
ches provenant des tombes mérovingiennes, qui offrent des 
traits de ressemblance avec les mêmes projectiles rencon ■ 
très dans les stations néolithiques. Nous avons un grattoir 
discoïdal trouvé a Oyes (Marne) dans une tombe franque, 
pi. I, Jig, (f, il présente la plus grande similitude avec un 
pareil instrument de même nom trouvé dans l'atelier de la 
Vieille-Andecy. {PI. i,Jig. 10). Ces instruments pourvus de 
nombreuses retailles dépendent certainement de la même 
industrie. 

Comment expliquer la présence des instruments en pier- 
re dans les tombes franques? Pour les objets grossiers, pour 
les ébauches, et les instruments brisés, il n'y a là qu'un pur 
accident. Dès les premiers moments de la découverte de Ca- 



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38o 

randa, M. Pabbé Bourgeois, dans un entretien particulier, 
me déclara que la présence des silex était accidentelle, et 
il ajoutait avec ce calme éclairé qui le distinguait: tJe connais 
certaines localités dans les environs de Pont-Levoy où il 
serait impossible d'ouvrir une fosse et de la refermer sans 
enfouir un nombre plus considérable de silex.» M. l'abbé 
Bourgeois, avant que la question ait atteint l'importance 
qu'elle revêt aujourd'hui, n'hésitait pas à considérer les si- 
lex dont il est question comme de provenance néolithique. 
Plusieurs d'entre vous ont visité l'atelier de Spiennes, 
lors du Congrès de Bruxelles en 1872. La jonchée de silex 
plus ou moins travaillés qu'ils ont foulé aux pieds, permet- 
tait-elle de pratiquer la moindre excavation sans y précipi- 
ter une quantité énorme de ces silex? La présence de ces 
pierres est donc accidentelle. On ne voit pas du reste pour- 
quoi on aurait déposé des objets ébauchés, informes dans 
une tombe. Souvent les silex portent des traces d'oxyde de 
fer qui proviennent du passage des instruments aratoires. 
Les taches ferrugineuses aitribuables au contact des objets 
en fer des tombes sont faciles à distinguer, elles s'étendent 
et ne laissent pas les marques d'érosion dues à un frotte- 
ment énergique. La disposition des silex dans les tombes 
aurait été plus méthodique si elle avait été intentionnelle. 
Le désordre des objets en silex s'explique mal avec les po- 
sitions régulières, fixes, habituelles aux objets francs. Pour- 
quoi ces dispositions disparates? Peut-on les attribuer à la 
même main? En examinant une tombe franque à Fèrebrian- 
ges (Marne) nous avons remarqué un grattoir sis entre le 
squelette et le niveau du sol mais sans rapport avec le 
corps. Il était là accidentellement, car le sol dans la con- 
trée recèle des instruments néolithiques. Les silex qui avaient 
un emploi à l'époque franque occupaient une place en con- 



,ï Google 



38i 

tact avec le corps : témoin le briquet, provenant de ta né- 
cropole franque d'Oyes. Le briquet n'était cependant pas 
même un écho fidèle de l'industrie de la pierre. 

Au contraire, les silex sont, pour nous servir de l'ex- 
pression même des partisans de l'industrie de la pierre à 
l'époque franque, jetés ou pour parler plus exactement se- 
més intentionnellement dans les tombes'. Ce désordre sera 
difficilement admis comme un résultat prévu et intention- 
nel. Nous l'avons déjà insinué, il n'y avait pas de raisons 
pour déposer des objets incomplets, à peine ébauchés. 

Hâtons-nous maintenant de parler de la catégorie des 
objets soigneusement retaillés qui provoquent l'attention par 
la perfection du travail. Ces instruments en pierre ont été 
probablement déposés volontairement et on peut leur re- 
connaître un caractère votif. Les remarques qui ont été fai- 
tes par tous les archéologues dans les contrées où les âges 
de la pierre ont été retrouvés, établissent que les silex ou- 
vrés ont été l'objet d'une grande attention et de croyances 
superstitieuses.- Les Francs partageaient ces idées et attri- 
buaient ainsi à ces pierres mystérieuses un grand rôle dans 
leurs habitudes et le leur conservaient jusque dans la tombe. 
M. de Mortillet c'est ainsi prononcé sur cène question: «Les 
silex enfouis dans les tombes mérovingiennes de Caranda, 
ne prouvent donc qu'une chose, c'est que les Francs atta- 
chaient une idée superstitieuse aux silex taillés de l'époque 
Robenhausienne' > 

Jetons maintenant un coup d'ceil sur les raisons invo- 
quées pour considérer les silex comme fabriqués à l'époque 
franque. La rareté des monuments mégalithiques n'explique- 

' Bul. Soc. d'Anthrop. de Paris, i874, p. 5i2. 

' Bul. Soc. d'Anthrop. de Paris, séance du 4 février, i875. 






382 

rait pas la grande quantité de silex. Mais combien de mo- 
numents de cette époque ont disparu dans le cours du temps! 
Cette absence, cette preuve négative sont absolument sans 
valeur. La grande quantité de silex provoque l'idée de les 
considérer comme de fabrication contemporaine des tombes. 
On indique en etfet que le nombre est de vingt à trente par 
tombe*. M. Moreau dit: «La moyenne est de huit par sé- 
pulture'.» La raison du nombre est donc singulièrement at- 
ténuée. La difficulté plus apparente que réelle d'expliquer 
l'origine des silex n'autorise pas à les considérer comme des 
produits de l'industrie franque. 

Les motifs les plus sérieux exigent que les instruments 
en silex restent attribués aux âges de la pierre. Après la 
vulgarisation du fer le rôle de l'instrument en silex n'existe 
plus. Dans cet outillage si varié qui se trouvait à Caranda 
il est difficile de donner un emploi utile, avantageux, mé- 
thodique aux silex- Ils n'avaient plus leur place naturelle, 
normale dans l'outillage métallique. Les mains accoutumées 
à manier les lames de formes sî multipliées de l'époque fran- 
que auraient été fon embarassées pour manier utilement ie 
silex. Comment se fait-il de plus que les silex soient si ra- 
res dans d'autres nécropoles mérovingiennes? 

Si l'industrie de la pierre avait encore été en vigueur à 
l'époque franque, nous la retrouverions partout et jusqu'à 
présent on ne cite que le groupe de Caranda, et la nécro- 
pole du mont de Hermès qui a donné un grattoir et une 
lame en silex. II faut reconnaître que deux silex trouvés dans 
une vaste nécropole ne revêtent pas une autorité démons- 
trative imposante. 



' Bull. Soc. d'Anthrop. de Paris, séance du i8 juin 1874. 
' tCoUcction Caranda». Liigende de la PI. 21. 



,ï Google 



383 

Enfin, les rares stations mérovingiennes de la France 
qui contiennent des silex ne nous paraissent pas fournir le 
prétexte de prolonger la durée de l'industrie de la pierre 
jusqu'à l'époque franque. En admettant cette conclusion en 
effet, il résulterait que Page de la pierre aurait duré plus 
longtemps en France qu'en Scandinavie. Cependant, loin d'at- 
teindre cette perfection qu'elle revêt dans les pays Scandi- 
naves, elle aurait conservé tous les caractères de l'industrie 
néolithique telle qu'elle apparaît dans les stations les plus 
authentiques de la pierre polie. Pourquoi ce stationnement? 
L'art de tailler le silex au lieu de progresser aurait perdu 
avec le temps et la pratique. (PI. ii, fig. i à g). Les autres 
contrées de l'Europe où les recherches archéologiques sont 
depuis longtemps en si grand honneur, ont-elles trouvé des 
traces de l'industrie de la pierre dans des temps aussi rap- 
prochés? Les pays qui ont été traversés par les populations 
qui envahissaient la Gaule retrouvent-ils les silex associés 
aux restes de ces peuples en migration, venus du nord? Si 
des observations de cette nature ont été faites, les archéo- 
logues ont-ils considéré ce mélange des silex avec les mé- 
taux comme un motif de prolonger la durée de l'industrie 
de la pierre? La question est digne de l'attention du Con- 
grès, car il n'est pas possible que l'âge de la pierre ait pu 
se prolonger exceptionnellement en France. La dominatiou 
romaine avait opéré dans l'industrie une révolution qui ne 
laissait plus de place au travail si rudimenlaire de la pierre. 
D'un autre côté, il est peu présumable que des populations 
sorties d'un pays où le bronze était en usage et parfaite- 
ment armées de fer aient importé l'industrie de la pierre. 
Dans cette hypothèse au moins leur industrie aurait revêtu 
la nuance de perfection qui la caractérise dans la Scandi- 
navie. Dans la solution de la question qui nous occupe, 



,.^„.. 



l'élément fourni par un groupe de sépultures franques sem- 
ble exclusivement appelé à trancher la discussion. Cepen- 
dant, pour prononcer avec les garanties nécessaires l'iden- 
tité de l'industrie de la pierre à l'époque franque et à l'épo- 
que préhistorique, il est nécessaire de faire intervenir les élé- 
ments qui se trouvent réunis dans les stations les mieux 
étudiées et les plus authentiques. Cette partie du travail a 
été négligée. La confrontation a été omise. 

Il faut reconnaître que l'attention qui a été accordée à 
la supposition que l'industrie de la pierre s'exerçait encore 
à l'époque franque, doit particulièrement son succès à l'idée 
de diminuer l'ancienneté de l'homme. Le moyen est peu 
propre à atteindre le but désiré, car il n'est pas capable 
d'amoindrir la signification et la valeur démonstrative des 
stations, des gisements où l'âge de la pierre s'afiirme dans 
toute sa pureté. 

M. Mortillet: La présence des silex taillés dans les 
tombes mérovingiennes est une affaire de distribution géo- 
graphique. On ne trouve des silex taillés dans ces conditions 
que dans les pays où il y en avait auparavant. Il en est de 
même des marbres romains, qui se retrouvent dans des 
tombes postérieures. C'est toujours l'amour du merveilleux, 
de l'amulette. Dans le livre que M. Cartaîllac a publié il y 
a trois ans, ces faits et bien d'autres se trouvent méthodi- 
quement discutés. 



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EXPLICATION DE LA FLANCHE I 



ig. 1. Flèche en silex provenant du ciroetiâre franc d'Oyes, (Marne). 
3 Flèche en ûlex de l'atelier néolithique de la Vieille- And ecy, 

(Marne). 

3. Flèche en silex du cimetière franc de Joches (Marne). 

4. Flèche en silex de l'atelier néolithique de la Vieille -Andecy, 

(Marne). 

5. Silex travaillé des sépultures franques de Caranda, (Aisne). 

6. Grattoir des sépulrures franques de Caranda, (Aisne). 

7 Silex travaillé des sépultures banques de Caranda, (Aisne). 

8. Grattoir du cimetière franc d'Oyes, (Marne). 
. 9. Flèche en silex du dolmen de Caranda, (Aisne). 
10. Grattoir de l'aielier de la Vieille-Andecy. 
■ t. Flèche en silex des sépultures franques de Sablonnière, (Aisne). 



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EXFUGATION SE lA FLANCHE H 



1. Silex travaillés des sépuliures franques de Caranda, (Atsn«}. 

2. Silex iravaiUés — (même provenance). 

3. Silex travaiUés^(même provenance). 

4. Flèche en silex — (même provenance). 

5. Flèche en silex— (même provenance). 
(y. Flèche en silex— (même provenance). 

7. Lame en silex— (même provenance). 

8. Pointe en silex — (même provenance). 

9. Lame en silex — (même provenance). 



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B" J. DE Baïe. 



^/^.* 





L Couctiic Hth. d'après des dusiiit de Vauteut. 



iùh de I, Leipald. lialonne. 






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B"" J. OK Uaïe. 



l. Cmcsùo lui, d'après dt^ deisios is I iMe 



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SDR DES SILEX TAILLES ET EHUANCHÉS 
DE L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE 



M. Gustave Millescamps 

La présence de silex taillés dans des sépultures de l'épo- 
que mérovingienne avait été depuis longtemps signalée, en 
Bourgogne par M. Henri Baudot; en Normandie, par M. l'ab- 
bé Cochet, Toutefois, le petit nombre de pièces recueillies 
n'avait éveillé qu'une curiosité passagère; le fait était géné- 
ralement resté inaperçu ou ignoré. 11 était réservé aux bel- 
les fouilles de Caranda, commencées en 1873 par M. Fré- 
déric Moreau père, de fixer sur ce point l'attention du monde 
savant: en moins de deux ans, ces fouilles ramenaient k la 
surface du sol 20000 silex exhumés de 2600 tombes, pour 
la plupart mérovingiennes. 

Cette prodigieuse accumulation de pierres taillées dans 
un cimetière franc était-elle simplement l'œuvre du hasard? 
On l'a supposé d'abord, mais cette supposition ne pouvait 
tenir devant un sérieux examen. 

Il a fallu reconnaître que ces silex avaient été inten- 
tionnellement déposés près du mort, qu'ils faisaient partie 
du mobilier funéraire de la tombe. On les retrouve, en effet, 



388 

mêlés aux armes, aux ustensiles, aux bijoux, aux vases, à 
tous ces objets dont le défunt faisait journellement usage 
et dont on l'a fait suivre dans sa dernière demeure. La pierre 
taillée occupait donc, dans les mœurs de ces populations, 
une place encore importante; elle répondait à des besoins, 
elle était employée à des usages qui nous sont inconnus, 
mais dont l'existence est révélée, constatée par la concomi- 
tance de silex taillés avec des instruments de bronze et de fer. 

C'est, du moins, l'opinion que je me suis cru fondé à 
émettre après une étude attentive des fouilles de Caranda, 
opinion que devait bientôt confirmer l'exploration successive 
des nécropoles franques de Sablonnière et d'Arcy-Sainte- 
Restitue (Aisne), dont la richesse en silex taillés, pour être 
moindre qu'à Caranda, ne laisse pas d'être aussi singulière 
que caractéristique. La communication, que j'ai faite à ce 
sujet et reproduite en 1874 au Congrès international d'an- 
thropologie et d'archéologie préhistoriques tenu à Stockholm ' 
a, depuis lors, donné lieu en France à des discussions dont 
le principal résultat a été d'attirer l'attention des explorateurs, 
en provoquant leurs recherches et leurs observations sur un 
point demeuré jusqu'ici aussi obscur que négligé. 

Ainsi, un éminent archéologue, dont je m'estime heu- 
reux de pouvoir invoquer le témoignage, M. Jules Quiche- 
rat, faisait récemment les remarques suivantes à propos 
des fouilles d'Arcy-Sainte-Restitue : 

fM. F. Moreau s'est appliqué à constater qu'au fond 
de presque tous les sarcophages se trouvait soit une pointe 
de flèche, soit un grattoir en silex éclaté, par conséquent 
non poli, quoique d'une forme extrêmement régulière. L'état 

* Voir le Compte-rendu de ccne session, pages 65o à 658, Stock- 
holm 1874. 



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de fraîcheur, dans lequel ces pièces se sont toujours pré- 
sentées, s'oppose à ce qu'on en rapporte le travail aux 
époques préhistoriques. Tout concourt à les faire considé- 
rer comme des objets confectionnés dans le temps où a eu 
lieu la cérémonie funèbre.» 

Le soin extrême avec lequel M. F. Moreau a classé 
les nombreux silex taillés recueillis dans ces fouilles, la place 
d'honneur qu'il a réservée à certaines pièces hors ligne dans 
les vitrines de son riche cabinet de Paris ne manquent pas 
de frapper vivement l'attention des archéologues qui visitent 
cette magnifique collection. C'est à l'impression produite 
par la vue de ces silex sur un des visiteurs, M. l'abbé Ha- 
mard, à Pétude plus patiente encore, à l'examen plus mi- 
nutieux fait par cet archéologue des objets de ce genre jour- 
nellement retirés des sépultures franques qu'il était alors 
occupé à fouiller, que je dois les éléments de la courte no- 
tice — Sur deux silex taillés et emmanchés de r époque méro- 
pingiemte. 

Les fouilles de M. l'abbé Hamard, à Hermès (Oise) 
ont eu, entre autres résultats, celui de révéler, grâce à la 
découverte d'une inscription, l'existence d'un vtcus dont le 
nom ne figure ni sur les itinéraires anciens ni dans les écrits 
des géographes et des historiens de la Gaule, le vicus 
RATVMA.GVS. Le déchiffrement et la restitution de cette 
inscription ont fait l'objet de communications à la Société 
des Antiquaires de France et à l'Académie des InscripQons 
et Belles-Lettres. Quant à la pierre sur laquelle était gravée 
cette inscription, elle avait été retaillée et évîdée, puis uti- 
lisée pour former l'extrémité d'un sarcophage retrouvé au 
milieu d'un grand nombre de sépultures, quelques-unes 
gallo-romaines, mérovingiennes pour la majeure partie. 

Au mois d'avril 1879, M. l'abbé Hamard, poursuivant 



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C'est le i8 août 1879 qu'à été fouillée la sépulture dans 
laquelle ont été trouvés ces deux couteaux en silex; elle était 
occupée par un corps bien conservé. A ta hauteur de la 
ceinture on a recueilli les objets suivants: une grosse bou- 
cle en bronze fortement étamé; un couteau de fer, long de 
i5 centimètres; cinq fragments de bronze ou tiges très min- 
ces dont chaque extrémité était recourbée; leur longueur, 
inégale, variait de 45 à 60 millimètres; on ignore quel en 
pouvait être l'usage. Tout à côté se trouvaient deux orne- 
ments en bronze dits terminaisons de ceinturon, munis à la 
face inférieure d'un bouton analogue à nos boutons doubles; 
enfin, un objet en fer, long de 1 1 centimètres, dans lequel 
je vois un fermoir d'escarcelle. Cette nomenclature suffît à 
caractériser une sépulture incontestablement mérovingienne. 
Ainsi qu'on a pu le remarquer plus haut, j'ai tenu ù 
laisser la parole à M. Tabbé Hamard pour la description 
des silex emmanchés qu'il a eu le bonheur de découvrir et 
le mérite d'apprécier à leur valeur. L'intérêt personnel, que 
j'ai dans la question, me faisait un devoir de reproduire in- 
tégralement un témoignage dont on ne saurait suspecter 
l'exactitude et l'impartialité. 

Je me suis rendu à deux reprises à Hermès pour voir 
ces pièces intéressantes, les examiner à loisir; de cet exa- 
men est résulté pour moi la conviction que les silex en ques- 
tion avaient dû être emmanchés à l'époque de leur enfouis- 
sement dans les sépultures franques. 

Les conclusions que je m'étais permis de formuler dès 
1874, à la suite des fouilles de Caranda, viennent donc de 
recevoir, à ce qu'il me semble, une nouvelle confirmation, 
grâce aux découvertes récentes du cimetière franc de Her- 
mès. Aujourd'hui plus que jamais, je pense que les instru- 
ments en silex étaient encore en usage à l'époque mérovin- 



.,Ci 



392 

gienne et que, se servant de la pierre, les Francs savaient 
la tailler et l'approprier à leurs besoins. Quelle était la des- 
tination de ces instruments? Étaient-ils consacrés par la tra- 
dition à quelque opération chirurgicale analogue à Pouver- 
ture du corps, préalablement à l'enlèvement des viscères, 
comme en Egypte, ou à ta pratique de la circoncision, 
comme chez les Juifs? Quelque idée religieuse, quelque an- 
tique superstition s'attachaient-elles également au silex chez 
les Francs et prescrivaient-elles l'emploi de la pierre pour 
l'accomplissement de certains rites, de certaines cérémonies, 
à l'exclusion du métal écarté comme profane et impur? 

Le silence de l'histoire autorise toutes les conjectures. 
Jusqu'à plus ample informé, j'adopterai la plus simple, je me 
contenterai de l'explication qui me paraît la plus légitime, 
la plus naturelle. M'appuyant donc sur l'immense quantité 
de silex taillés recueillis, durant ces six dernières années, 
' dans des nécropoles mérovingiennes, je maintiens cette opi- 
nion: — que les outils en silex, d'une pratique facile, et peu 
coûteuse, aisément retaillés ou remplacés là oij abonde la 
matière première, avaient dû, chez certaines populations 
firanques, être fréquemment et concurremment employés 
avec les outils de fer, et peut-être utilisés de préférence, par 
économie ou pour tout autre cause, dans certains cas et 
pour certains usages journaliers que, dans l'étal actuel de 
la science, je ne saurais avoir la prétention de connaître et 
moins encore la témérité d'indiquer. 



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LES LUSITANIENS 



M. F. Martins Sarmento 

Dans la Lusitanie, de même que dans une grande par- 
tie de l'Europe, l'archéologie se heurte à la question, diffi- 
cile à résoudre, du celticisme; cette question s'y trouve, 
cependant, simplifiée et caractérisée d'une manière spé- 
ciale. 

Tout ce que nous connaissons des Celtes et de l'inva- 
sion celtique en Espagne, nous montre cette partie de la 
Péninsule tout-à-fait étrangère à l'occupation et à l'influence 
celtiques. Tout ce que les anciens nous raccontent des usa- 
ges et des mœurs des Lusitaniens n'a aucun rapport avec 
les usages et les mœurs des Celtes, et rappelle plutôt ceux 
d'autres peuples bien différents. Diodore nous dit non seu- 
lement que tes Lusitaniens étaient Ibères, mais encore que 
leur caractère était entièrement opposé à celui des Celtibè- 
res*: ce qui veut dire qu'ils n'avaient aucun mélange du 
sang des Celtes. 

< Diodore. Sic. v, 34. 



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394 

Néanmoins leurs noms ethniques et locaux, les noms 
mêmes des individus' des dieux, qui nous ont été transmis 
par les historiens et par les géographes, ainsi que ceux que 
les monuments épigraphiques nous ont conservés, ont pour 
la plupart une physionomie celtique si prononcée, qu'une 
certaine partie de la Lusitanie, la Galice^ a été appelée le 
berceau des Celtes. 

Nous étudierons les termes de cette contradiction; et 
quoique nous ne nous attendions pas à la résoudre complè- 
tement, nous avons du moins l'espoir d'attirer sur cet inté- 
ressant problème Panention des savants. 

Le plus ancien document où les Celtes soient mention- 
nés est un périple phénicien du quatrième siècle', dont 
Aviénus s'est servi pour la composition de son ouvrage 
Ora maritima, et auquel nous aurons souvent recours dans 
cet écrit. 

Dans ce périple, qui comprend le voyage entre l'ile de 
Tartesse, aux embouchures du Bétis, et les Iles Britanni- 
ques, on parle des peuplades qui occupaient alors le sud- 
ouest et l'occident de PEspagne, l'Angleterre et l'Irlande. 

Dans le sud de l'Angleterre notre document cite des 
Ligures, qui avaient primitivement habité les régions glacées 
de l'Ourse, d'où, ils avaient été chassés par les Celtes, après 
une résistance inutile. 

' Le nom même de Viriate est considéré celtique. Rev. Celt. 
vol. ilj, p. 3ii. 

* La Lusitanie ancienne de Strabon s'iftendait depuis le Tage jus- 
qu'à la mer C an ta brique, el comprenait les deux Galices, Bracaria et 
Lucensis. C'est dans ce sens que nous prenons la Lusitanie. 

* Avant notre ère. Toutes les dates citées dans cet écrit doivent 
Être comprises dans ce sens. 



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L'invasion celtique avait été conduite par mer, puisque, 
longtemps après, les Ligures réfugiés en Angleterre vivaient 
dans les montagnes, craignant de descendre jusqu'aux riva- 
ges, iparce que leur ancien désastre les faisait regarder la 
mer avec épouvante.» Ils craignaient donc une seconde in- 
vasion maritime, qui cette fois ne pourrait venir que de la 
Morinie. 

L'ancienne patrie des Ligures, dans les régions glacées 
de l'Ourse et dans une position exposée aux attaques par 
mer, devrait être sur les rivages de la Baltique, vis-à-vis la 
Scandinavie, car c'est bien de la Scandinavie, cette vagina 
nationum de Jomandès, que descendent, selon ce vieux do- 
cument, les émigrants celtes, qui paraissent pour la pre- 
mière fois dans le monde connu des anciens. 

La véracité de cette notice reçoit une confirmation in- 
directe, lorsque nous nous rappelons les anciennes légendes 
des Grecs sur les Ligures du pays de l'ambre, dans le voisi- 
nage de l'Éridan, ces célèbres Ligures gouvernés par Cy- 
cnus, l'ami de Phaéton, qui, sans que l'on sache pourquoi,. 
disparaissent entièrement de ces régions. 

Le périple phénicien nous donne l'explication de ce fait. 
Chassés du nord-ouest de l'Europe par l'invasion celtique, 
lesLJgures s'enfuient vers la Morinie, et faisant la traversée 
du canal, ils vont chercher un refuge dans le sud de l'An- 
gleterre, auprès de leurs frères d'Albion. 

C'est sans doute par la crainte d'être apperçus par 
leurs persécuteurs qu'ils n'osent se montrer sur les rivages 
de leur nouvelle patrie; ils ne descendent des montagnes 
que longtemps après, quand leurs appréhensions et leur ter- 
reur disparaissent devant le calme où ils trouvent le pays 
de l'autre côté du canal. 

Il en résulte que les Celtes dédaignèrent l'ocupation de 



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396 

Toccident des Gaules, et des Iles Britanniques, comme ils 
avaient dédaigné celle de la vieille Ltgurie de la mer Balti- 
que, puisqu'elle demeura lentièrement dépeuplée! '. 

Nous verrons bientôt quelle direction ils prirent. 

Entre l'émi^ation forcée des Ligures et la composition 
du périple il s'écoula un espace de temps indéterminé, qui 
fut rempli par les combats entre les Ligures et les Celtes, et 
en outre tout le temps pendant lequel (diu) les émigrants 
d'Albion attendirent la répétition de leurs premiers désas- 
tres, qui, heureusement pour eux, ne se renouvelèrent point. 

Or, le périple ayant été composé pendant le vi siècle, 
scion l'opinion de M. Karl MUllenhof, la première appa- 
rition des Celtes sur la scène de l'histoire peut être placée 
au VII siècle sans crainte d'une grande erreur. 

Consultons maintenant les renseignements que les écri- 
vains latins et grecs ont recueillis sur les Celtes. Selon Tite- 
Live, l'émigration celtique eut lieu sous Tarquin l'Ancien, 
dans le vu siècle'. En ce qui concerne le point de départ 
de l'émigration, quoique l'historien paraisse désigner d'abord 
la Celtique de César, ce qui est tout-à-fait insoutenable, il 
nous dit ailleurs que les Celtes venaient tab oceano terrar- 
runtque ultimis oris», ce qui semble n'être que l'écho de la 
tradition* Plutarque, de son côté, ne sait rien de certain 

' V. Aviënus, Ora maritima, surtout v. r3o-i4fi. LTmerprétaiion 
que nous donnons à ce passage du poème d'Aviénus, ain» qu'à d'au- 
très, est le sujet d'une autre étude qu'il serait hors de propos de repro- 
duire ici. 

> Dans son ouvrage Dtutscht Alterthmtskuttde, p. 73 et suiv. 

* Tiie-Live, v, 34. 

* Tite-Live, v, 37. Sur les doutes qu'ont soulevés ces affirmatives 
de Tite-Live touchant les Celtes, voy. Alex. Bertrand, Archéologie cet' 
lifue et gmloisey p. 411-433. 



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397 
sur la patrie primitive des Celtes; tous les témoignages, ce- 
pendant, qu'il put obtenir touchant la Celtique, d^où il fait 
sortir les Celtes et les Ombres, indiquent, si nous le com- 
prenons bien, la mer hyperboréennc, les extrémités de la 
terre, les répons où les jours se prolongent six mois'. 

Cette opinion est également exprimée par Hellanicus du 
Pont qui faisait descendre les Celtes du pays des Hyperbo- 
réens'. 

Les traditions druidiques étaient un peu plus positives; 
une partie des peuples de ta Gaule étaient venus tab insu- 
lis extremis et tractibus trattsrhenam's^.' 

On voit que toutes ces informations, malgré leur peu 
de clarté, s'accordent avec l'écrivain du vi siècle, lequel doit 
avoir autant plus d'autorité, qu'il était un témoin presque 
contemporain des faits qu'il racconte, les ayant peut-être 
reçus de la bouche même des victimes des Celtes, de ces 
Ligures qu'il fréquentait. 

Si nous admettons cela, il résultera de la combinaison 
des notices du périple et de celles qui nous sont fournies 
par Tite-Live, une lumière suffisante pour éclaircir ce pro- 
blème historique. Sortant du fond des régions d'au-delà 
de la Baltique, par des motifs que nous ignorons, et après 
avoir défait et chassé les Ligures qui les premiers se trou- 
vent devant elles, les hordes celtiques marchent sur le Rhin 
et paraissent s'arrêter au cceur même de la Gaule. Là, cette 
masse énorme de peuples se sépare. Les uns se fixent dans 
la Celtique, ou dans une partie de la Celtique de César; 

' Plutarquc, Mar. xi. 
' Id. Camill. xxvu, 

» Amm. Marcell. xv, 9. L'opinion de ceux qui voient dans ces îles 
les Iles Britanniques ne saurait être défendue. 



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398 

une grande multitude cependant, sous les ordres de Sigo- 
vèse, prend !a direction de l'est, vers la forêt hercynienne, 
tandis que d'autres hordes descendent le long du Rhône, 
conduites par Bellovèse et d'autres chefs. 

On ne saurait nier que l'invasion des Celtes a tout le 
caractère d'une irruption de barbares étrangers à l'Europe 
des anciens, telle que serait l'invasion des Cimbres, si elle 
était venue quelques siècles auparavant et n'avait rencon- 
tré devant elle la science militaire et la forte organisation 
politique des Romains. A peine arrivé, ce peuple anéantit la 
Ligurie de la Baltique et fait un carnage épouvantable par- 
tout où il passe*. 

Quelques-unes des hordes qui avaient pris le chemin 
de l'est, traversent plus tard la Pannonie, dévastent la 
Macédoine et la Grèce, et passent dans l'Asie Mineure, où 
elles sont la terreur de ces régions pendant une longue pé- 
riode de temps*. 

Une partie de celles qui suivent le cours du Rhône s'em- 
parent de plusieurs contrées de l'Italie, où elles portent le 
coup de grâce à la civihsation étrusque' et mettent les Ro- 
mains a deux doigts de leur perte; d'autres se répandent 
dans le sud de la Gaule et pénètrent en Espagne, où la moi- 
tié de la Péninsule se soulève contre les envahisseurs et fi- 
nit par transiger avec eux*. 

Un peuple qui s'annonce de la sorte ne saurait vivre 
deux siècles dans l'Europe des écrivains anciens sans faire 
parler de lui. On dirait que les Celtes ne sont que l'avant- 



'' D'Arbois de ivbainvUle, Les premiers kabitanis de l'Europe, II. io(5. 
' Diod. Sic. V, 33. 



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399 
garde de cette infinité de peuples barbares que le nord de- 
vait vomir sur le sud, jusqu'à l'anéantissement des civili- 
sations méditerranéennes. Suivons-les en Espagne. Les pre- 
mières hordes qui se montrent dans le sud de l'Europe ren- 
contrent, selon Tite-Live, les Phocéens en lute avec les Li- 
gures salyens, sur le territoire desquels les Grecs voulaient 
s'établir. Voyant que ces étrangers cherchaient comme eux 
des terres pour y vivre, les Celtes en tirent un auspice fa- 
vorable et vieniient au secours des fondateurs de Marseille. 
Puis ils rebroussent chemin vers l'Étrurie, D'autres hordes 
s'ensuivent et se fixent dans cette contrée '. Ce sont là, sans 
doute, de nouveaux flots de barbares qui, suivant toujours 
le cours du Rhône, se dirigent vers l'occident, se répandent 
dans tout le littoral du sud de la Gaule, et pénètrent cn6n 
en Espagne. 

Ainsi, on ne doit point parler de l'invasion des Celtes 
en Espagne comme ayant eu lieu à une époque très reculée; 
elle est postérieure à la fondation de Marseille et se passe, 
pour ainsi dire, sous les yeux des habitants de cette ville, 
et devant les Carthaginois qui faisaient te commerce avec 
la Péninsule. 

Que cette invasion est postérieure au périple du vi siè- 
cle, dont nous avons déjà parlé, ou tout au moins que les 
Celtes n'étaient pas encore arrivés à l'occident de l'Espagne 
du temps de la rédaction de ce document, voilà ce qui nous 
semble hors de doute, puisque le périple n'y connaît point 
de peuplades celtiques. Hérodote les y connaît déjà, à côté 
de Cynàtes, dans l'année 445-443*; de sorte que l'on peut 



' Tiie-Live, v, 34, 3S. 

' Sur cette date voyez D'Arbois de Jubainville, ouvrage citd, 
p.x8i. 

c R. 39 



tv. 



400 

fixer comme certain que l'invasion des Celtes eut lieu entre 
le VI et V siècles*. 

Diodore nous raconte en peu de mots cette invasion, et 
probablement elle ne méritait pas une description plus lon- 
gue. Les Celtes rencontrèrent de la part des Ibères une ré- 
sistance formidable; cependant, après plusieurs combats 
acharnés, les deux peuples belligérants fraternisèrent, et une 
nation mixte se forma sous le nom de Celtibères^ 

Le théâtre de cette lutte et de cette fusion se reserra 
dans une région géographique qui garda longtemps le nom 
de Celtibérie. 

Les envahisseurs s'établirent dans des demeures Hxes 
et se créèrent une vraie patrie dans cette partie de l'Espa- 
gne, que plus tard ils durent défendre contre les Romains 
conjointement avec les autres peuples ibériens. 

Nous ne voyons nulle part qu'ils eussent un plan suivi 
de conquête, dont le sens précis de ce mot. En Espagne, 
du moins, ces étrangers se crurent heureux de vivre dans 
les villes ibériennes de l'orient qui les reçurent dans leurs 
murs, sans se soucier de faire valoir leur individualité, et 
sans révéler par aucun acte la moindre unité polidque '. 

Entre la Celtibérie et la Lusitanie nous trouvons les 
puissantes tribus des Orétains, des Carpétains des Vettons, 
etc. * Les Lusitaniens demeurèrent donc parfaitement étran- 

< M. de Jubainville, dont nous nous écartons en pluueurs points, 
place nnvasion celtique en Espagne au commencement du v siècle. 
Ouvr. cit. p. 38, 379. Comp. Miillenhoff, ouvr, cit. p. 108 et suiv. 

*Diod. Sic. loc. cit. 

* Ea effet, à l'époque de la conquête romaine nous voyons les peu- 
ples de la Celtibérie aussi séparés les uns des autres que partout ail- 
leurs en Espagne. 

• «Qretani yui el Germani cognominanlwt Pline m, 4, Si le mot ger- 



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A 



401 
gers à l'invasion celtique. Leur ignorance de ce qui se pas- 
sait du côté de rÈbre est bien naturelle, protégés qu'ils 
étaient par leurs voisins orientaux, que les Celtes devraient 
assujétir avant de mettre le pied sur leur territoire. 

Il est vrai qu'une horde de Celtes dépassa la lisière de 
la Celtibérie et s'étendit vers l'ouest, poursuivant sa mar- 
che entre le Tage et l'Ana, et qu'elle vint se fixer près des 
rives de ce dernier fleuve dans le sud de la Lusitanie. Hé- 
rodote en parle. Néanmoins, ces Celtes, aussi bien que leurs 
frères orientaux, sY choisirent des demeures fixes, puisque 
Pline les reconnaît dans les endroits mêmes où Hérodote 
les connut '. 

Quelques bandes de ces CelticidA l'Ana, déjà mêlés aux 
Turdules, qui n'étaient pas des Celtes, firent une excursion 
dans le nord. En arrivant à la rivière Lima les deux armées 
en viennent aux mains et se détruisent mutuellement, et les 
Celtes qui survivent vont se fixer dans les proximités du cap 
Nérium*. 

Voici les seuls Celtes dont l'histoire fasse mention dans 
la Lusitanie et qui ont dû être bientôt absorbés par les peu- 
plades qui les avaient devancés. 

Comment donc expliquer la toponymie celtique dans ce 
vaste territoire qui s'étend depuis le Tage jusqu'à la mer 
Cantrabique ? La seule hypothèse possible serait d'admettre 
l'infiltration insensible de tribus celtiques, qui eussent échap- 
pé à l'attention des observateurs ; cette hypothèse, cependant, 
serait fondée sur deux faits également extraordinaires: — une 



mani a dans les langues celtiques la signification de 'Voisins> qu'on lui 
attribue, ce surnom des 'Oréiains*, serait expressif 

> PUne, lu, 3. 

* Strabon, m, m, 5. 

29* 



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402 

monomanie, vraiment singulière, de la part de ces étran- 
gers, celle de changer les noms des rivières, des montagnes 
et des villes, ce qui a rarement lieu, même de la part d'un 
véritable conquérant; et la condescendance surprenante des 
indigènes, d'échanger leur tangue contre celle des étran- 
gers et d'adopter les nouveaux noms qui leur étaient impo- 
sés, après avoir abandonné les dénominations topographi- 
ques traditionnelles, qui sont toujours d'une prodigieuse té- 
nacité. 

Ce fait, étrange même dans la Geltibérie, devient in- 
croyable dans les parties de l'Espagne qui demeurèrent en 
dehors de l'influence des Celtes. Dans la Lusttanie, où nous 
trouvons des noms celtiques, les habitants ne nous sont que 
peu connus : les populations pré-celtiques, cependant, y ont 
une individualité bien caractérisée, des usages, des mœurs, 
une religion en propre, qui méritent à Strabon une page 
séparée-, ces peuplades, au temps de la conquête romaine, 
montrent encore une puissante vitalité, comme on le voit 
dans leur longue lutte pour Pindépendance. 

Un tel fait dépasse, donc, toutes les limites du possible. 
Un peuple dans de pareilles conditions n'abandonne pas sa 
langue, n'oublie point les noms auxquels une longue tradi- 
tion l'a accoutumé. 

C'est l'occasion maintenant d'examiner de plus près 
les fondements sur lesquels s'appuie l'opinion de ceux qui 
supposent celtique la toponymie de la Lusitanie, et de rap- 
peler ce qui s'est passé à l'égard de la celticité des dolmens. 
On sait que ces monuments furent longtemps attribués aux 
Celtes, parce qu'on les trouvait dans des pays que les Celtes 
avaient habités. Cependant, aussitôt que le domaine des 
recherches devint plus vaste, et que les dolmens se firent 



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4o3 

voir dans des régions où les Celtes ne s'étaient jamais mon- 
trés, et qu'on chercha d'ailleurs en vain ces monuments dans 
des lieux où ils avaient dominé, la celticité des dolmens ne 
fut plus un fait que dans l'opinion de quelques personnes 
obstinées •. 

Avec les Celtes de la Lusitanie nous nous trouvons de- 
vant un problème qui est lout-à-fait l'opposé de celui-là. 
L'occupation celtique ne saurait être prouvée directement ^ 
on la déduit de la toponymie, et cette toponymie est celti- 
que, parce qu'il est impossible de ne pas y découvrir une 
étroite parenté avec les langues appelées néo-celtiques, par- 
lées encore aujourd'hui dans l'Armorique et sur quelques 
points des lies Britanniques, lesquelles, selon l'opinion des 
linguistes, sont le vieil idiome celtique transformé par le 
temps. 

La celticité des langues britanniques et hibemiques, 
cependant, est-elle mieux prouvée que la celticité des dol- 
mens? Voilà la question. Si l'on ne regardait pas comme 
prouvé que les Celtes ont habité la Bretagne, l'Angleterre 
et l'Irlande, personne ne s'aviserait certainement d'appeler 
celtiques les vieilles langues qui s'y sont maintenues jus- 
qu'à ce jour; et cette fois on ne saurait douter que des peu- 
ples d'origine celtique n'aient pénétré dans ces pays. 

Toutefois, il est presque certain que cette occupation 
ne date que du v siècle*, et il est étrange que ces envahis- 
seurs, qui respectent les usages et les mœurs des peuples 
pré-celtiques, ce dont témoignent de nombreux monuments, 
n'aient montré leur acharnement que contre les noms eth- 



' V. l'ouvrage ciïé de M. Alex. Bertrand, p. bi et suiv. 
* V. plus loin Belloguet, Éfhogénie Gauloise — Le Génie gaulois, 
p. ï39. 



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404 
niques et locaux qu''ils rencontrèrent, les remplaçant par 
d'autres noms, dont un grand nombre sont parfaitement 
identiques à ceux de la Lusitanie, de ce pays sur lequel, 
comme l'histoire nous l'apprend, ils n'ont pas dominé. 

Et les linguistes que savent-ils, après tout, de la lan- 
gue parlée par les Celtes, que savent-ils de la tangue parlée 
par les peuples pré-celtes de l'occident, pour qu'ils établis- 
sent avec certitude que l'erse, le gaélique, le cambrique et 
le breton sont des langues celtiques et non pas autre chose? 

Tout ce que nous en savons, c'est que quelques noms que 
les écrivains anciens nous donnent comme celtiques ont une 
analogie évidente avec les langues qui ont survécu jusqu'à 
nos jours dans la Bretagne et dans les Iles Britanniques ; 
ceci n'est pas suffisant, toutefois, pour décider une question 
aussi importante. Tout en admettant que dans les temps 
où ces noms nous ont été transmis — des temps où les Cel- 
tes s'étaient déjà confondus intimement avec les peuples 
pré-celtiques— les anciens écrivains fussent en mesare de 
séparer les noms purement celtiques de ceux qui ne l'étaient 
pas; si l'on parvient à démontrer que ces peuples pré-celti- 
ques étaient d'origine indo-européenne, devant parler une 
langue du groupe gréco-italo-celtique de Schleicher; cette 
analogie qui à la vérité résume toute l'argumentation n'est 
pas l'ombre d'un argument : il est donc évident que la lin- 
guistique dans son domaine exclusif se trouve incapable de 
résoudre la question de nom et qu'elle doit avoir recours à 
des recherches historiques, aux découvertes de l'archéologie, 
de l'anthropologie, à tous les renseignements enfin qui puis- 
sent lui fournir les moyens de résoudre cette énigme, que 
par ces propres moyens elle ne parviendra jamais à déchif- 
frer. 

Pour le problème qui nous intéresse spécialement, il 



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faut chercher, comme on vient de voir, les traces des peu- 
ples pré-celtiques qui occupèrent l'occident, afin que nous 
puissions obtenir quelques indices de la langue qu'ils ont dû 
parler. 

Partons de la Lusitanie. Strabon qui nous dit que les 
Lusitaniens, les Galiciens, les Asturiens et les Cantabres 
avaient tous les mêmes usages et les mêmes mœurs', ne 
trouve aucune analogie entre ces usages et ceux des Celtes. 
Toutes les analogies sont au contraire avec des Ligures ou des 
Grecs. C'est ainsi que, pariant des mœurs des femmes de 
cette partie de la Péninsule, le géographe passe sans au- 
cune transition aux mœurs des femmes liguriennes de la 
Méditerranée, et il faut lire deux fois les textes pour que 
Ton sache quelles sont celles dont il veut parier*. Les ana- 
logies les plus frappantes, cependant, celles qu'il fait res- 
sortir lui même, rapellent les Grecs. Les mariages se font 
more graeco, les hécatombes ritu graeco; il y a des usages 
semblables à ceux de Sparte chez quelques Lusitaniens des 
rives du Douro', et pour le géographe il n'y a point de 
doute que des colonies grecques parvinrent dans ces régions, 
ce qui d'ailleurs lui est témoigné par des noms tels que 
Hellènes, Amphiloques, et plusieurs autres. Justin va même 
jusqu'à prétendre que, selon la tradition des Galiciens, la 

» Strab. III, 111,6,7. 

* Idem m, iv, i7. Plusieurs écrivains, et parmi eux Betloguet, (ouv. 
cil. p. 46), ont remarqué que les traits que les anciens prêtent aux Li- 
gures de !a Méditerranée, sont les mêmes qu'ils attribuent â quelques- 
uns des peuples ibériens. C'est ce qui arrive surtout chez les Lusita- 
niens. Même de nos jours on a observé avec surprise l'étroite analogie, 
qu'il y a entre le dialecte de Gênes et les langues portugaise et gali- 
cienne. Diefenbach. Celtica, u, p. 3g. 

a Strab. ni, m, 6, 7. 



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'f~ 



4o6 

parenté entre ce peuple et les Grecs ét^t une chose connue '. 
Pline avance également que les Hellènes et les Graii étaient 
d'origine grecque*. 

Il ne serait pas difficile de réunir d'autres citations. 

L'itinéraire que les anciens prêtaient à ces colonies, 
que les chefs de la guerre de Troie auraient conduit ici par 
la Méditerranée, ne saurait être admis. Ce qui, toutefois, 
nous semble mériter encore aujourd'hui une attention sé- 
rieuse, c'est que le nom d'Hellènes et de Graici que ces 
observateurs rencontrent dans cette extrémité de la terre à 
côté de Grecs barbarisés, appartient aux temps archaïques 
de la Grèce '; et un fait aussi remarquable c'est que les tra- 
ditions sur les Grecs et les moeurs des Grecs se retrouvent 
surtout dans une certaine direction. Dans I^le Ogygie, la- 
quelle doit être l'Irlande, si un tel nom répond à un lieu 
quelconque, nous avons des Grecs barbarisés*. Dans l'île, 
vis-à-vis la Celtique, sans doute l'Angleterre, nous trouvons 
des Grecs qui y étaient venus mêlés à des Hyperboréens, 
lesquels avaient un grand penchant pour les Grecs, pour les 
Athéniens et les Déliens surtout*.» 

Près du Rhin, peut-être dans l'ancienne Ligurie de la 
Baltique, on rencontrait des noms grecs et même des ins- 
criptions grecques *. Nous voici près de l'Éridan des anciens. 

* JuSt. ILIV, 3. 

* Pline, IV, 34. 

3 Aristote, Météorol. 1, 14. Comp. Marntora Parium, 5; d'Artaois 
de Jubainville, ouv. cit. p. 247. Il se peut que CHenî et Hellènes, mal- 
gré la distinction faite par Pline, ne soient qu'un peuple, et que la for- 
me rigoureuse de ce nom soit Selleni. 

* Plut. De Fac, Lunae. 

^ Hecatei Abderitae, frag. 1, éd. Didot. 
" Tacite. De Mor. German. m. 



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4^7 
Hérodote croyait médiocrement à cet Éridan, par une raison 
qu'il convient de citer ici: c'était là un nom grec'. Par des 
motifs semblables te père de l'histoire aurait dû ne pas 
croire à l'existence des Ligures du pays de l'ambre, puisque 
les noms de Cycnus, roi des Ligures, et surtout son père 
Sthénélus sont parfaitement grecs. Timée n'était pas aussi 
incrédule; il ne se refusait point à accepter les traditions et 
les noms grecs dans le nord-ouest de l'Europe, et, comme 
d'autres écrivains, il les attribuait à l'influence des Argonau- 
tes qui avaient découvert un passage du Pont-Euxin à la mer 
du nord*. Selon les traditions de la Gaule une partie de la 
population de ce pays descendait des colonies doriennes et 
de. celles des Troyens'. 

Est-ce là une fantaisie des anciens ? 

Il est impossible de ne pas comparer les traditions de 
ces célèbres Hyperboréens avec ces Grecs égarés sur des pla- 
ges aussi lointaines. MM. Alex, Bertrand et d'Arbois de 
Jubainville n'hésitent point à attribuer une réalité historique 
à ce peuple, qui pour certains auteurs anciens n'était qu'ima- 
ginaire, et que quelques écrivains modernes regardent com- 
me un mythe*. Nous y voyons, de même, une réalité his- 
torique, mais nous ne saurions penser aux Celtes, car cette 
hypothèse nous paraît inadmissible '. 

Les détails qu'Hérodote nous racconte sur les rapports 
religieux des Hyperboréens avec les peuples du centre de ta 

* Hérod. III, Il 5. 

* Timaei frag. 6, éd. Didot. 

* Amm. Marcell. xv, 9. 

*Preller, Griechische Mythologie, h, p. 196. 

* Alex. Bercrand, ouvr. cil. p. 16t. D'Arb. de Jub. ouvr. cit. p. 14?. 
Et, considérant les Hyperboréens comme des peuples pré-celtiques, 

. BeUoguet, ouvr. cit p. 238. 



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Grèce; l'itinéraire qu'ils faisaient suivre à leurs offrandes 
sacrées; les noms de leurs envoyés (des noms qui ont une 
physionomie grecque) sont si peu mythiques et ont un ca- 
ractère tellement historique et positif, que l'incrédulité ne 
saurait y trouver des fondements raisonnables; l'aveu mê- 
me d'Hérodote, qui d'ailleurs se montre déjà un peu scep- 
tique à Pégard de l'existence de ce peuple, nous semble pré- 
cieux, lorsqu'il assure que la croyance aux Hyperboréens 
était encore vivante du temps d'Homère'. 

L'oblitération progressive de ces traditions chez les Grecs 
se produit dans la raison directe des difficultés, plus grandes 
tous les jours, que rencontrent les Hyperboréens à envoyer 
leurs offrandes religieuses, difficultés qui les forcent de met- 
tre un terme à leur dévotion. Tout cela nous rappelle cette 
dégénération des anciens Grecs occidentaux, que les obser- 
vateurs modernes ont remarquée, et qu'on expliquerait mieux 
par la stagnation des mœurs antiques, par opposition à cel- 
les des Grecs proprement dits, dont la civilisation, due à des 
causes complexes, s'approcha de plus en plus de ce raffine- 
ment que nous connaissons. 

La légende des Hyperboréens ne comprend-elle pas le 
souvenir de tribus aryennes de la même origine que les Thra- 
ces, les Selloï, Gnà'ci etc. qui s'écartent lentement de leurs 
frères, et dont les relations deviennent de plus en plus dif- 
ficiles et cessent enfin, tandis que leurs migrations les éloi- 
gnent graduellement d'autres tribus qui n'eurent pas besoin 
de dépasser le sud-est de l'Europe pour trouver une nou- 
velle patrie ? 

Voilà ce qui nous paraît assez probable; et dans ce cas 
le nom d'Hyperboréens nous montre le chemin qu'ils prl- 

' Herod. IV, 3i et suiv. 



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409 
reni — le nord; et entre les positions que leur assigne Héro- 
dote ou Hécatée d'Abdère nous croyons qu'il n'y a pas à hé- 
siter. D'après Hérodote, les Hyperboréens demeuraient dans 
le haut nord, à une grande distance occidentale du méridien 
du golphe Adriatique, puisque pour aneindre ce golphe, leurs 
^offrandes à Apollon délien traversaient la Scythie, se diri- 
geant le plus possible vers le couchant, et prenaient ensuite 
la direction opposée, de l'occident à l'orient, traversant la Do- 
donc, l'Eubée et la Tênos. 

Cette route est assez étrange; mais il est plus étrange 
encore que les Scythes aient ignoré, d'après Hérodote, ce 
que c'étaient ces Hyperboréens qui traversaient leur pays et 
qui avaient obtenu que les Scythes mêmes transportassent 
les offrandes jusqu'aux frontières de leur pays, pour les re- 
mettre aux peuples limitrophes, qui les transmettaient à d'au- 
tres. 

D'après la version d'Hécatée, les Hyperboréens occupe- 
raient la nord-ouest de l'Europe, les Iles Britanniques y com- 
prises. La route de ces émigrants serait doac celle du Rhin, 
et l'itinéraire des adorateurs d'Apollon, depuis le pays des 
Hyperboréens jusqu'au golphe Adriatique et de là jusqu'à 
Délos, traverserait une zone étendue, précisément la zone 
que nous voyons occupée par les vieux peuples indo-euro- 
péens, qui précédèrent les Celtes*. La condescendance et la 
dévotion avec lesquelles toutes ces peuplades, étroitement 
liées para une origine commune, se prêtent à recevoir et à 

'Une tradition, dont nous ne discuterons pas la valeur, admettait 
une étroite parenté entre les Vcnèies de l'Armorique et ceux de l'Adria- 
tique (Sirab. IV, 4). Les raisons qui portèrent les écrivains grecs à don- 
nerau P6 le nom d'Éridan (Rhin), en une certaine époque, auraient peut- 
être un fondement qui nous échappe, et qui modifierait sans doute cette 
absurdifé. 



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410 

transmettre les dons destinés à Apollon, un dieu qu'elles 
adorent, ou qu'elles doivent connaître du moins, perdent 
îiinsi tout ce qu'elles offraient d'étrange par la narration 
d'Hérodote, lorsqu'il attribuait cette piété touchante à des 
peuples barbares, ayant des mœurs et des religions diffé- 
rentes. 

On verra par ce que l'on va lire que l'existence de peu- 
ples d'origine aryenne dans le nord-ouest de l'Europe, au 
temps d'Homère, ne saurait être révoquée en doute. Il est 
impossible, cependant, d'admettre que ces peuples hyperbo- 
réens ou d'autres, aient été des Celtes, puisque Hésiode mê- 
me ne connaît que des Ligures dans ces régions. Ce n'est 
que bien longtemps après que nous voyons les Celtes paraî- 
tre sur la scène de l'histoire. 

Est-ce la civilisation des Hyperboréens que l'archéolo- 
^e surprend dans le nord-ouest et l'occident de l'Europe? 

Quoique cette question ne puisse avoir une solution 
définitive, il est hors de doute que la civilisation dont les 
archéologues nous révèlent l'existence dans ces régions, dé- 
montrée par ses monuments mégalithiques, l'importation de 
l'agriculture et les perfectionnements corrélatifs, civilisation 
qui se succède immédiatement à celle de l'homme des ca- 
vernes, est d'origine aryenne. La connaissance des procédés 
agricoles et le caractère symbolique des gravures de ses 
monuments le prouvent assez. Quand même nous accor- 
dions que l'arrivée dans le nord du peuple célèbre des dol- 
mens soit antérieure à celle des Hyperboréens de la tradition 
grecque, tous les deux n'en appartiendraient pas moins in- , 
dubitablement à la grande masse d'émigrants indo-europé- 
ens, qui, par des causes que nous ignorons, traversèrent l'Asie 
et entrèrent en Europe, et dont les Thraces ne seraient que 



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4" 
l'avanl-garde, selon l'opinion de quelques-uns'; et il n'est 
pas moins vrai qu'il devait exister chez ces deux peuples un 
fond commun de croyances, de mœurs et de langue. 

Par des motifs semblables, tout en supposant que les 
Hyperboréens ne furent point les premiers occupants aryens 
du nord-ouest de l'Europe, et qu^ils suivirent à peine la 
route que d'autres peuples congénères avaient frayée avant 
eux, leur légende indiquerait encore ce vieux chemin du Rhin*, 
et viendrait à l'appui de la distribution géographique des 
dolmenSf qui nous montre de quelle manière les uns et les 
autres se répandirent depuis le nord jusqu'à l'extrémité mé- 
ridionale de rEurope. 

En effet, par des moyens indépendants de tout témoi- 
gnage historique, l'archéolc^ie a démontré que le peuple des 
dolmens vint de l'orient; qu'il paraît sur les rivages de la 
Baltique, descend graduellement la côte occidentale de la Gau- 
le, occupe les îles opposées à cette côte, c'est-à-dire l'Angle- 
terre et l'Irlande, et va toujours en se répandant sur le 
littoral du nord de l'Espagne, sur le littoral de l'occident et 
sur celui du sud, jusqu'aux limites de l'Andalousie actuelle, 
où il s'arrête'; et, chose étrange, c'est précisément sur cette 

' D'Arb. de Jub., ouvr. cit., p. 274 et suiv. 

* Les traditions de l'Irlande, dit M. H. Martin (Revue d'Anthropoh- 
gie, »*■• série, voL n. p. 199), font venir ses habitants de là Thrace, de 
la Grèce et de l'Asie Mineure. D'après les traditions cambriques, Hu 
Gadara et son peuple partirent du pays de Haf,— où Constantinople se 
trouve aujourd'hui, ajoute une glose. 

' Voy. Fergusson, Rude Slone Monuments, carte à la fin du volume; 
Philippe Simôes, Introjucçâo d Archeologia da. Peninsula iberica p. 98 
et suiv. La limite des dolmens dans le littoral du sud se trouve dans le 
territoire des Tartessîens {Aviénus, Ora maritima v. 463-64), peuples 
dont les Massiens ou Mastiens étaient un rameau, d'après d'autres écri- 
vains. 



1^ 



41^ 
zone, que nous retrouvons l'enchaînement de traditions et 
de noms grecs ! ' 

Cest donc un fait hors de toute discussion, qu''à des épo- 
ques reculées, postérieures cependant à Toccupation sud-est 
de l'Europe par les Thraces, une grande masse de peuples 
aryens firent leur apparition dans le nord et se répandirent 
jusqu'au sud de l'Europe, choississant de préférence le lit- 
toral pour s'y établir. On ne saurait, toutefois, décider en 
conscience, si cette marche fut précédée par des tribus an- 

Pour suivre la marche de ce peuple célèbre dei dolmens il faut tra- 
verser la Méditerraoée et parcourir le nord de l'Afrique, jusqu'à Coas- 
tantine. Ces monumeuis appartiennent-ils à quelques-uns des peuples 
qui s'étaient liés contre les Égyptiens (voy. Ci^abis, Études sur P antiquité 
historique, p. 1 73 et suiv.) parmi lesquels nous trouvons les Masbaoushas, 
Maxyesd'Hérodote,peuple agriculteur? C'est l'opinion de M. Heori Mar- 
tin (Études d'archéologie celtique, p. sSS et suiv.), opinion qui nous pa- 
raît aussi juste que l'origine celtique qu'il pr€te à ces peuples nous sem- 
ble âtre inacceptable. Adolphe Piciet, cependant, retrouvait des noms 
celtiques parmi les noms de rivières en Afrique. (Revue celtique, a, p. 
437 et suiv.; voy. toutefois ibid. iti, p. 568 et suiv.) ; et Diefenbach nous 
racconte qu'une dame du pays de Galles rencontra dans un bazar en 
Algérie des gens de l'intérieur de l'Afrique, dont elle put comprendre 
la langue avec le secours du cambrique (Celtica n, s. partie, p. 136). 

Pictet donne pour titre â son travail -Une énigme: C'est aussi 
une énigme que nous étudions dans cet écrit. Nous ne poserons main- 
tenant d'autre question que celle-ci: les Massiens de l'Espagne sont-ils 
étrangers aux ^faxyes d'Hérodote, aux Mashaousbas des inscriptions 
égyptiennes? 

' Nous avons suivi les traditions grecques depuis la Baltique jus- 
qu'à la Lusitanie. Continuant ces recherches jusqu'à la limite des Tar- 
tessiens, pour ne pas citer la fondation dlllysippo par Ulysse, nous les 
retrouvons — dans le port de Ménesthée: Ménesthée serait un roi grec 
(Strab. ni, II, i3) auquel les habitants de Gadès sacrifiaient (Philostr. 
Vita Âpoll.v, iv); à Gadès: les Gaditains étaient d'origine grecque, se- 
lop phîlostrate (ibid); à Menace: par l'aspect de ses rwnes on rg- 



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4i3 

térieures aux Hyperboréens, ou si ces tribus en faisaient 
partie; cela n'a, cependant, aucune influence sur le problème 
ethnique, puisqu'elles ont dû avoir une même origine. En e£fet, 
que sous le nom d'Hyperboréens soient compris des peuples 
de la même famille des Sellot et des Graïct etc, et que ces 
peuples aient suivi la même route, indiquée aujourd'hui par 
les bornes milliaires des dolmens, c'est là une circonstance 
aussi peu surprenante, que la marche d'autres émigrants quel- 
conques, qui firent ce long voyage, partant du même point, 
ce que nous laisseraient entrevoir les vestiges des traditions 
grecques. 

Les documents phéniciens pourraient répandre une gran- 
de clarté sur ce monde mystérieux que les sciences archéo- 
logiques s'efforcent de ressusciter. 

C'est sans doute avec des populations préceltiques, do- 
minantes dans la vaste zone des dolmens, que les Tyriens 
commencent à avoir des rapports dès le xii siècle, dans leur 
commerce avec le pays de l'étain et de i'ambre. 

connaissait une ville grecque (Strab. ici, iv, 2) ; à Abdère, ou l'on voyait 
des monuments du voyage d'Ulysse. (Id. m, iv, 3). 

De la rivière qui baignait les frontières des Tarteisiens, dit Aviénus, 
reproduisant des auteurs d'une grande antiquité : 

Theodona illic (nec slupore sil tibi 
Quod in feroci barbaraque sat loco 
Cognomen hujus Graeciae accipis sono) 
Prorepil amnis. 

Ora marititna, v. 4S7-60. 

II nous semble convenable d'avertir que ces traditions remontent 
à des temps préhistoriques, et sont complètement séparées deltiistoire 
de Marseille et de ses colonies dans l^spagne orientale. 



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414 

Ce peuple, malheureusement, est le moins communica- 
tif du monde et sa réserve semble en outre obéir à un cal- 
cul de marchant, qui gagne à cacher sous le plus profond 
mystère la source des richesses énormes dont il veut faire 
le monopole '. 

Outre le document du vt siècle, qui nous a été conservé 
par un vrai miracle, les renseignements que nous devons 
aux Phéniciens sur l'Occident se trouvent répandus et dé- 
figurés dans les mythographes et d'autres écrivains anciens, 
et le déchiffrement et la collection de ces matériaux attend 
encore le contrôle d'une critique sévère. 

Pour quelques savants, par exemple, Albion et Dercy- 
nus, fils de Neptune, Ligus et Bergion, adversaires d'Her- 
cule, ne sont que les insulaires de la mer du nord et d'au- 
tres peuples du nord-ouest de l'Europe, qui reçurent peu 
hospitalièrement les enfants de Meikart'. 

Cette interprétation paraît être tout-à-fait justifiée par 
le périple du vi siècle, lequel connaît encore cenains Albions 
et Dranganes et plus d'un peuple ligurien, dans les régions 
où le théâtre de ces scènes peut mieux se placer'. 

Ce qui est, toutefois, incontestable c'est que le nom 
collectif des peuples occidentaux dans la géographie ancienne 



' On pourrait citer un grand nombre de preuves. Un seul fait doit 
suffire. Dans des temps relativement récents, un commerçant phénicien 
se voyant suivi par un navire romain qui voulait connaître ce secret, 
sacrifia dans un naufrage prémédité son bâtiment avec l'équipage, sûr 
de ce aue ses persécuteurs auraient le même sort, ce qui arriva, en ef- 
fet. Le propriétaire du navire phénicien fui le seul qui échappa, et il 
fut dédommagé par le trésor public de toutes les pertes qu'il avait fai- 
tes. (Strab. m, v, M.) 

* D'Arb. de Jub. ouvr, cit. p. 3o8, 

* Comp. Aviénus, Ora mar. V. ii3; i3oetsuiv.; igT-g. 



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4'3 

était celui de Ligures, comme on le voit encore dans un frag- 
ment d'Hésiode, où nous voyons le nord occupé par les 
Scythes, le sud par les Éthiopiens et l'occident par les Ligu- 
res '. Or cette géographie ne saurait être que phénicienne, 
car dans le temps d'Hésiode, et même quelques siècles plus 
tard, les Grecs ne pouvaient avoir sur l'occident et les peu- 
ples occidentaux d'autres renseignements, que ceux que les 
Phéniciens voudraient bien leur communiquer. 

C'étaient donc des Ligures les peuples que les Phéniciens 
regardaient comme les représentants de la civilisation de 
l'occident; et les Albions et les Oestrymnides, que le docu- 
ment du VI siècle nous cite en Angleterre, les Hiberniens en 
Irlande, les Cempses, les Cynètes et les Tanessiens à l'ouest 
et au sud-ouest de l'Espagne, ne sont à coup sûr que ditlé- 
rentes branches de cette grande collectivité de peuples, les- 
quels, par l'affinité frappante de leurs mœurs et de leur race, 
avaient droit à une dénomination commune devant la théo- 
rie géographique, mais qui, probablement, recevaient des 
appellations ethniques plus ou moins spéciales dans la no- 
menclature d'un observateur qui les passait particulièrement 
en revue. 

Ceci est d'autant plus vraisemblable que le périple con- 
naît encore deux peuples portant le nom spécial de Ligures, 
l'un dans le sud de l'Angleterre, les célèbres Ligures de la 
Baltique, qui s'étaient enfuis devant les Celtes, l'autre dans 1 e 
nord-ouest de l'Espagne, aux nord des Cempses et qui, se- 
lon nous, est identique au.\ Lusitaniens des écrivains posté- 
rieurs*. 



'Hesiodi frag., i32, éd. Didot. 

'Les personnes compétentes diront si le nom de Ligures, ou plutôt 
Liguses, selon les démonstrations de M. de Jubainville (ouvr. cit. p. 22 i-ï) 



ngic 



416 

Le nom de Ligures et les traditions qui ne peuvent se 
rapporter qu'à ce peuple se répètent, d'ailleurs, dans le sud- 
ouest de l'Espagne d'une manière toute spéciale. Un promon- 
toire des Tartessiens avait le nom de Ligustique*. Le Tar- 
tessus, Bétis, avait sa source dans un lac ligustique%et près 
de celui-ci il y avait une ville Ligystine, dont les habitants 
étaient appelés Ligures '. Dans le vii siècle un roi des Tartes- 
siens pone le nom d'Arganthonius *, nom arj'cn sans dou- 
te, et que M. de JubainvUle croit être ligurique ^. Un roi 
des Cynètes, Habis, introduisit l'agriculture dans le sud-ouest 
de l'Espagne*, et ce grand bienfait ne saurait être attribué 
qu'aux Ligures, selon le sentiment de M. de Jubainville. 

L'invasion ligurienne, d'après ce savant, avait eu Heu 
un peu plus tôt que celle des Celtes, au vi siècle envi- 
ron, et dans la direction de l'orient à l'occident. Ces deux 
affirmatives nous paraissent, toutefois, insoutenables. Les 
traditions relatives à Habis, celui qui introduisit l'agriculture 
dans le sud-ouest de la Péninsule et qui distribua son peu- 
ple dans sept villes ', sont de celles qui appartiennent au pre- 

et le nom dt: Lusiiani ne sonc pas identiques. Le sufHxe -ttani est rela- 
tivement moderne, puisque nul écrivain vraiment ancien ne le connaît, 
etLustVuitipnraitêtreà/j'^^^ceque Turiefani est à Tarlessii. Il fau- 
drait admettre, il est vrai, une forme ligusilani et sa contraction liusi- 
lani, iusitaiti par la chute du g et l'assimilation des voyelles; mais la 
chute du g dans les langues appelées néo-celttques est un fait st com- 
mun, que l'objection qui aurait un tel fondement nous paraît peu im- 
portante. 

< Ëratosthàne, dans Strabon {ii, i, 40; 11. iv, 8.) 

' Aviénus, Ora mar. v. i85. 

' Stéphanus, De urbibus. v. Ligystine. 

*Hérod. I, i63. 

■* D'Arb. de Jub. ouvr. ciL p. 344. 

•-'Justin, ïLiv, 4. 



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4' 7 
mier cycle de la civilisation d'un peuple, et ne peuvent se 
créer des racines que dans un monde encore barbare'. 

On ne saurait en détacher celles qui font allusion à la 
guerre des dieux avec les titans dans le bois des Tartessiens ', 
ainsi que les prëtensions des Tartessiens à une littérature qui 
aurait plus de six mille années d'existence^. Ce serait défen- 
dre, à notre avis, une cause insoutenable que d'admettre 
qu'une civilisation, dont Gardons et Habis seraient les chefs 
historiques ou mythiques, fût devenue célèbre dans le sud- 
ouest de l'Espagne, surtout par l'innovation de l'agricultu- 
re, et cela au vi siècle, c'est-à-dire plusieurs siècles après que 
les Tyriens avaient exploré ces régions et y avaient répan- 
du leur civilisation. 

Selon nous, les affirmatives de Tliucydide viennent ajou- 
ter à ce groupe de faits autant de certitude qu'elles en re- 
çoivent. 

D'après cet écrivain, les Sicanes étaient des Ibères que les 
Ligures chassèrent des bords du fleuve Sicanus, dans l'Ibérie*. 
L'apparition des Ligures dans l'ibérie serait donc antérieure 

■ Justin fait une remarque presque semblable lorsqu'il rapproche 
Habis des fondateurs de Rome. 

» Id. ibid. 

^Strab. m, 1, 5. 

* Thucyd. VI, 3. M. de Jubainville (ouvr. cit. p. ao et suiv.) prétend 
démontrer que le Sicanus de Thucydide n'est point le Xucar de l'Es- 
pagne, mais bien le Sequana des Gaules. Cette opinion, que Disfenbach 
croyait déjà avoir peu de probabilité {Origines Europaeae, p. gS), est 
tout-a-fait conjecturale ; ce qui est certain, c'est que le Sicanus de l'Es- 
pagne était connu d'autres écrivains avant Thucydide, tandis que ce 
n'est que bien plus tard que l'on entend parler du Sequana; et il est 
même douteux si, à l'époque dont il s'agit, !e fleuve avait déjà ce nom, 
ou bien un autre tout-à-fait différent, comme il est arrivé à rArar,par 
exemple, selon quelques écrivains. M. Mîillenhoff (ouvr. cit- p. i6S) veut 

3o« 



,ï Google 



au XV siècle ', de beaucoup antérieure à l'arrivée des Tyriens 
à Gadès, et en réunissant les éléments épars que ces sour- 
ces nous fournissent, nous voyons paraître avant le xv siè- 
cle dans le sud-ouest de l'Espagne un peuple agricole, et 
partant arj'en, ligurien d'après les traditions de la Sicile re- 
cueillies par Thucydide et selon les observations des Phéni- 
cicns,iequel par le plus grand développement de sa civili- 
sation et de son organisation politique, par la supériorité de 
ses armes ou de sa stratégie, sut dompter les Ibères qui ne 
prirent pas la résolution des Sicanes, et établir dans cette 
partie de l'Espagne un domaine, dont il est demeuré un 
souvenir durable. A notre avis, un grand nombre de faits 
de Phistuirc ancienne, considérés dogmatiques, sont bien 
loin de réunir à leur appui autant de présomptions légiti- 
mes. 

En ce qui concerne la marche de ces envahisseurs, on 
dirait, se fondant sur les renseignements que Thucydide nous 
fournit, que la pression exercée par les Ligures sur les Ibè- 
res eut lieu dans une direction opposée à celle admise par 

que la notice du Thucydide soJt fondée sur un passage d'Hécatée de 
Milet, le quel nous a clé conservé (Hec. frag. 14, éd. Didot.); mais cette 
opinion est aussi, elle-même, une conjecture. 

En bit de conjectures, celle qui suppose qu'Aviénus {Ora mariti- 
tna, V. 4S0-1) eût recours à ce passage d'Hécatée nous semble la mieux 
fondée, puisque le poète nous dit clairement que cet ancien auteur fut 
l'un de ses informateurs (v. ^3) : et, vu que la notice de Thucydide con- 
tient une particularité remarquable, dont Avîénus aurait profilé sans 
doute, s^il l'avait lue dans Hécatée, il nous semble probable que Thu- 
cydide ait puisé dans une autre source ses informations. 

' L'occupation de la Sicile par les Sicanes est antérieure â celle des 
Sicules (Ligures), et on place celle-ci en l'année 1400, cette date étant 
regardée comme la première donnée chronologique poative de l'his- 
toire de l'occident. 



ly Google 



4".) 

M. D'Arbois de Jubainville, c'est-à-dire de l'occident à 
l'orient', et avec ces renseignements coïncide cette circons- 
tance, qu'on ne retrouve des souvenirs vivants des Ligures 
et des traditions liguriennes que dans le sud-ouest et l'onest 
de l'Espagne, reliés à ceux des Ligures d'Albion et de ta 
Baltique. 

C'est comme si les Ligures avaient suivi ta marche du peu- 
ple des dolmens. Que ceux qui se piquent d'upe plus grande 
sagacité, s'efforcent de séparer ces deu\ peuples. Quand ù 
la chronologie, le peuple mystérieux des dolmens est le pre- 
mier représentant de la civilisation aryenne dans l'occident 
et il occupe lentement et successivement le littoral de PEu- 
rope, depuis la Baltique jusqu'aux Tanessiens-. 

> Si nous en croyons un des auteurs suivis par Aviénu^ le tieuve 
qui donna son nom aux Ibères no fut poini i'Ébre connu, mais bien un 
autre qui coulait à l'occident du détroit (Ora mar. v. 249-52). Les dou- 
tes soulevés par les textes de Thucydide, Philiste, etc. viennent princi- 
paletneni, selon nous, de la surprise causée par la singulière destinée 
de ces Rigiiifs de l'Espagne, qui ne s'arrêtent que dans la Sicile. Mais 
nous ne connaissons rien des péripéties de cette migration, et la criti- 
que n'a pas plus de droit de rejeter ce fait, seulement parce qu'il est obs- 
cur et peu vraisemblable, qu'elle ne rejette tant d'autres qui ne le sont 
pas moins et qu'elle laisse passer sans objection. 

De notre part, nous sommes forcés par l'évidence à reconnaître la 
présence d'un peuple agricole et constructeur des dolmen^, deux fois 
donc différent des Ibères (dans le sens restreint de ce mot) lequel domina 
depuis l'extrémité occidentale de la Péninsule jusques près du Sicanus; 
et les textes qui nous occupent, s'ils n'existaient pas, devraient être in- 
ventés, qu'on nous permette cette exagération.' La direction qu'ils prê- 
tent à la fuite des Ibères, tout en omettant les aventures de leur marche 
jusqu'à la Sicile, est inévitable, et rend impossible l'hypothèse d'un cou- 
rant d^nvasion par l'orient. 

' Les limites des Tanessiens étaient près du tieuve Sicanus (Avié- 
nus, Ora Mar. v. 46$ et suiv.) 



.yGogflk 



l.es Ligures de la géographie phénicienne, considérés 
par les Phéniciens comme les représentants de la civilisa- 
tion occidentale, et dont nous retrouvons les traces depuis 
la Baltique jusqu'aux Tartessiens, se montrent déjà avant le 
XV siècle dans le sud-ouest de l'Espagne. 

11 est impossible d'admettre la priorité du peuple des dol- 
mçns et une seconde migration, celle des Ligures, qui réduit 
la première ù une position secondaire et subordonnée, parce 
que, d'après les observations de M. Alex. Bertrand, l'exa- 
men des monuments de cette époque démontre évidemment 
une forte organisation communale, une autonomie, enfin*. 
Et la difficulté s'accroît lorsque, après avoir cherché les res- 
tes- de la civilisation de ces fameux Ligures de l'occident, 
dans l'opinion auctorisée des Phéniciens qui les connais- 
saient si bien, nous rencontrons ù peine les restes de la ci- 
vilisation du peuple des dolmens, qui paraît avoir pris la 
précaution de marquer d'autant de cachets les monuments 
et Içs villes qu'il éleva, afin qu'on ne pût les confondre avec 
les travaux d'aucun autre peuple^. 

Quand à nous, il nous est impossible de résister à l'évi- 
dence que nous impose cette série de coïncidences. II nous 
semble tout-à-fait probable que les révélations de l'archéo- 
logie et les renseignements historiques d'origine phénicienne 
sur les anciens Ligures occidentaux se rapportent ensemble 
à un- B«i4 fsit ethnologique, auquel le subside des traditions 
sur les Hyperboréens n'est pas étranger*. 

< Alex. Bertrand, ouvr. cité, préface, xii. 

' Nous voulons parler des cercles, des spirales, etc. qui se trouvent 
graviis sur les dolmens et les mines de nos vilks mortes. 

^ Plusieurs écrivains ont vu dans les temples circulaires des Hyper- 
boréens, cités par Hécatée d 'Abdère, les célèbres monuments de Stone- 
henge et d'Avebury. (Voy. Belloguet, ouvr. cit. p. Si8). 



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4a I 

Personne ne pourra démontrer que tous ces renseigne- 
ments aient trait à un seul peuple. Il est plutôt probable que 
les populations arj^ennes qui occupèrent le nord-ouest et 
puis l'occident de l'Europe, aient appartenu îi des migra- 
tions différentes*, suivant toutes la même route, mais le plus 
souvent respectant le territoire déjà occupé par des peuples 
de leur race, ce qui explique leur rapide propagation le long 
du littoral*. Nous ne pouvons voir dans le peuple des dol- 
mens, ou ligurien suivant les renseignements des Phéni- 
ciens, qu'une foule de tribus, plus ou moins étendues, cha- 
cune jouissant de son autonomie, telles que nous les voyons, 
par exemple, en Espagne, à Pépoque deâ Romains, ou en 
Angleterre du temps d^Agricole; et quoique leur fond eth- 
nique et moral ait dû être identique, on ne saurait leur prê- 
ter une véritable unité, condition que les Grecs, maigre leurs 
rêves de panhellénisme, ni les autres tribus aryennes du 
sud-ouest n'atteignirent jamais. 

Ce qui, cependant, est plus important dans notre ques- 
tion, c'est de consigner que, bien avant l'apparition des Cel- 
tes en occident, toute la région où nous voyons les dolmens 
s'étendre, était occupée et dominée par une chaîne de peu- 
ples d'origine atyenne, des Ligures, des Selloï, des Grdid, 
etc., peu importe le nom, qui y avaient implanté une civili- 
sation à eux, c!evant partout dans cette région des monu- 
ments, et y laissant des traditions, et par conséquent des 
noms ethniques et locaux. 

La solidité de ce fait nous paraît inébranlable. 

' l.cs anciennes traditions des tics Britannique): l'assurent e;;alc- 

' La préférence donnée au littoral n'est point particulière â ec.t 
mystérieux peuples occidentaux, c'est ce qu'on peur voir dans TKucvdi- 



,ï Google 



Si nous voulons maintenant déterminer le langage parlé 
par ces peuples, nous pouvons affirmer à priori qu'il de- 
vait appartenir, nous le répétons, au groupe gréco-italo-cel- 
tique de Schleicher', et si l'élément ligurien y prédominait 
réellement, ce que plusieurs pensent à l'égard de la langue 
des Ligures donne une nouvelle solution à la toponymie cel- 
tique de la Lusitanie, solution qui peut mettre en danger 
la celticité des langues hlberniennes et britanniques. 

Diefenbach admettait déjà que les Ligures étaient l'un 
des plus anciens peuples de l'Europe, nommément de l'Es- 
pagne, et il croyait même possible qu'ils y eussent précédé 
les Ibères, et soupçonnait que leur langue avait des rap- 
ports avec celles des Celtes-. 

Celesia attaqua résolument la question. Pour lui les 
Latins étaient, de langue et d'origine, une branche des Li- 
gures^. 

M. de Jubainville soutient que les Ligures étaient un 
peuple aryen et que leur langue avait des rapports si inti- 
mes avec le celtique, qu'il est impossible de distinguer si 
les noms des villes, par exemple, appartiennent à l'une ou à 
l'autre de ces deux langues*. 

Les noms, malheureusement peu nombreux, que nous 
a conservé le périple phénicien, lequel, comme nous avons 
vu, s'occupe de peuples pré-celtiques, hors de toute influence 
des Celtes, méritent une attention spéciale, et c'est à causé 
de cela que nous allons les reproduire: 

• Compendimn der vergleicfiendea Grammattk, p. 9. M. de Jubain- 
ville admet un groupe antérieur thraco-lllyro-ligure. Nous ne sommes 
pas complètent s pour traiter ces questions délicates. 

* Ceitica, 11, p. 24-41. 

" Em. Celesia, Dell 'antichissimo idioma de' Liguri. 
DArb. de Jub- ouvr. cit^ p. aaS et suiv. Dans l'opinion de ce sa- 



,ï Google 



Albions, - 

Ocstrymnides, 

Hiberniens, 

Dranganes, 

Cempses, 

Cynètes, 

Tartessiens, 

Ile Pélagienne, 

lie Achale, 

lie Agonide, 

Fleuve Ana'. 

Ces noms, dont quelques-uns seraient considérés sans 
hésitation comme celtiques par un celtiste*, ne le sont nul- 
lement, ce qui prouve que la toponymie d'une région, mal- 
gré ses étroites affinités avec te celtique, peut se trouver 
absolument en dehors de l'influence des Celtes, et que pour 
dissiper le doute il faut aller chercher la lumière dans un 



n briga, si commune en Espagne, n'est pas nécessaire- 
ment celtique. G. Humboldt étaii déjà de ce sentiment {Recherches sur les 
habitants primitifs de l'Espagne, p. i ïfi), quoiqu'il ait voulu par là faire 
la distinction entre les populations celtiques et ibériennes de la Pénin- 

' Nous nous bornons à citer ces noms, parce qu'ils appartiennent 
indubitablement ù l'auteur du périple, ce qui peut ne pas être vrai 
pour les noms qui viennent après Ana, dans lesquels il peut déjà se 
trouver un mélange de renseignements empruntés à d'autres sources. 

< Selon M. MiillenhofT (ouvr. cit. p. 96) le nom d'Albions est celti- 
que; mais Albion et Dercynus (Dranganes, Jub. ouv. cit. p. 3o8) sont 
déjà les ennemis de Meikart, c'est-à-dire, ils sont déjà mentionnés quel- 
ques siècles avant l'arrivée des Celles en Angleterre. Albion peut bien 
être ligurique (Jub. ouvr. cit. p. 228). Le nom Hiberni est également 
celtique, selon M. Mullenhoff (ibid.) mais il pourrait être aussi précelti- 



'fs 



4^4 
autre ordre de recherches étrangères au domaine de la lin- 
guistique. 

Maintenant toutes les recherches auxquelles on peut 
avoir recours dans ces matières, nous montrent que la Lu- 
sitanie demeura étrangère à Tinvasion et à l'occupation cel- 
tiques; qu'aucun écrivain ne cite la moindre analo^e entre 
les moeurs et les usages de ses habitants et ceux des Celtes, 
et qu'une telle analogie se rencontre plutôt entre eux et 
d'autres peuples d'un caractère tout-à-fait différent de celui 
des Celtes; que dans ce qui nous reste de la civilisation de 
ses habitants on découvre le caractère de celle du peuple 
des dolmens qui y demtura jusqu'à des époques relative- 
ment modernes *: si tout cela est hors de doute, nous ne sa- 
vons pas où l'opinion de ceux qui soutiennent ta celticité 
des Lusitaniens, pourra trouver une base scientifique. 

Encore une fois, pour nous, les Lusitaniens, de mime 

que. M. W. Stokes (Revue celtique, ii, p. 357) le dérive du sanskrit 
avtira, occidenial. M. Saulcy (Élude topographique sur l'Ora mariti- 
ma, p. 8) voit dans le nom Cyneticum {Uitus) un nom grec Par les 
mSmes raisons le nom de Çynètes et çyneiicum iupan se trouveraient 
dans le même cas; mais ce que l'on est convenu d'appeler néo-celti- 
que a atm, qui expliquerait aussi bien le fait. Ana est un nom celtique- 
(A. Pictet, Revue celtique, ii, p. 443). 

' Les explorations que nous avons faites dans quelques dolmens 
de la vallée d'Ancora, où il y a, outre un dolmen parfait, quelques ves- 
tiges de quatre autres dolmens, prouvent que ces monuments furent 
utilisés même après la conquête romaine. Les lieux entourés de rem- 
parts qtii abritaient la population de cette vallée sont toutefois anté- 
rieurs aux Romains, ce qui est démontré par leur ressemblance avec 
ceux de Sabroso. A Sabroso on trouve les mêmes gravures que nous 
rencontrons dans les dolmens du nord de l'Europe, et vu le caractère 
des nombreuses ruines que nous avons observées dans le Minho, leur 
population a dû avoir sans doute les mêmes usages que celle Je la 
vallée de l'Ave et de l'Ancora. 



,ï Google 



iîi 

que les Albions, les Oestrymnides, les Hiberniens, les Cem- 
pses, les Cynètes et les Tartessiens ', sont autant de rameaux 
de la vieille migration aryenne, dont on ne saurait contes- 
ter Taffinité de moeurs et de langage avec les Ligures, les 
Selloï, les Graîci, etc., devant les affirmatives des anciens 
écrivains et les raisons que d'autres sources nous fournis- 
sent; et nous considérons les subsides archéologiques et lit- 
téraires que nous venons de parcourir comme autant de 
fragments du même livre, qui nous aident, dans les limites 
du possible, à étudier cet ancien monde pré-celtique. 

Les légendes grecques comparées à celles des Iles Bri- 
tanniques nous indiquent la- route qu'ont suivie ces émigrants 
dans leur marche du sud-est vers le nord-ouest de l'Europe; 
l'archéologie nous démontre qu'ils se sont répandus jusqu'au 
sud-ouest de l'Espagne, où l'histoire a recueilli quelques-unes 
de leurs curieuses traditions'. 

Quant t la manière dont cette diffusion eut lieu, peut- 
être l'histoire n'est-elle pas aussi muette qu'on le croit gé- 
néralement. Les antiquaires soupçonnaient par leurs recher- 
ches que la préférence donnée par le peuple des dolmens au 
littoral et l'occupation des terres situées à l'intérieur en re- 
montant le cours des fleuves, suppose une connaissance 
quelconque de la navigation. 

Le périple du vi siècle, que nous avons cité plusieurs 

< Comme on Toii, nous ne nous occupons que des peuples de l'ouest 
et du sud-ouesi du littoral de l'Espagne; nous n'avons pas la préten- 
tion d'affirmer, cependant, que d 'autres tribus «liguriennes» ne se soient 
répandues dans l'intérieur de la péninsule, ou que plusieurs d'entre elles 
n'aient fraternisé avec les populations préexistantes. 

) Les traditions relatives à Habis, etc. Dans un promontoire des Cy- 
nètes quelques monuments mégalithiques paraissent avoir existé fStrab. 
"i,',4)- 



X-'OQ 



426 

fois, appelle notre attention sur l'audace des insulaires d'Al- 
bion, les Oestrymides, qui bravaient la mer dans leur bar- 
ques de cuir*, barques également employées par les Lusita 
niens dans la navigation de leurs rivières^. Et puisque ces 
bateaux sut generis ne devaient rien à l'imitation de ceux 
des Phéniciens, toutes les probabilités sont en faveur de la 
conjecture, que cette invention est antérieure à l'arrivée de 
ces navigateurs célèbres^, et que ce fut par un tel moyen que 
ces peuples, dans des navigations peu lointaines, se frayè- 
rent la route maritime, qui plus tard devint si célèbre et 
si fréquentée grâce aux eiTorts des commerçants phéni- 
ciens. 

A des époques reculées, avant la rédaction du périple, 
quoique déjà comprises dans la période phénicienne, ces 
Oestrymnides passent du nord de l'Espagne dans le sud de 
l'Angleterre*; et si ce fait^ ne prouve pas que ce vieux peu- 
ple s'était familiarisé avec l'Atlantique avant les Tyriens, il 

' Aviénus, Ora mar. v. iOï-8, 

' Strab. m, m, 7. 

' Du temps de César les Vénùtes de l'Armorique avaient une mari- 
ne remarquable et également xui^renerù (César, De BW/. Gall. III, i3, 8.) 

*Aviénus, Ora mar. v. i55-8. 

= Nous ajouterons que si Albion, ennemi de Melkan, représente les 
insulaires de l'Angleierre comme il semble f tre certain, ces peuples 
t déjà, avant les Tyriens, des transports maritinies, bons 
;, puisqu'ils firent la traversée du continent à l'île. Mais il y 
a un fait qui mérite d'âtre cité. La légende confuse d'Hercule à l'égard 
des Hespéridcs, du pays des Hyperboréens, sans doute les Iles Britanni- 
ques, présente un point asse? clair: le dieu à besoin de chercher des 
renseignements sur la position des Hespérides, ce qui veut dire que la 
connaissance des Cassitérides, et par conséquent de la route maritime 
qui devait les y conduire, fut révélée aux Phéniciens par un peuple qui 
la connaissait déjà. C'est presque nommer les Tartessicns. 



,ï Google 



4^7 
est du moins un témoignage de ses dispositions remarqua- 
bles à la vie maritime. 

Il en était de même en ce qui concerne les Tartcssiens 
qui luttaient de témérité avec les Phéniciens, faisant comme 
eux ta traversée de Tartessus aux Iles Britanniques'. 

Il est incontestable, nous ne devons pas Poublier, que 
dès un temps immémorial ces rivages, le long desquels s'éta- 
blit le peuple des dolmens, eurent leurs entrepôts pour le 
commerce, et que ces entrepôts étaient visités par des mar- 
chants tartessiens et phéniciens *i, qui s'entrecroisaient dans 
cette route maritime des vieilles migrations, et favorisaient 
la civilisation en rendant les communications plus faciles', 
et en arrachant les populations voisines de la mer à la vie 
sauvage où l'isolement pourrait les faire retomber. 

Si les considérations qui viennent d'être faites ont quel- 
que fondement, les Lusitaniens, au contraire de ce que Ton 
croit généralement, ont, grâce k leur position géographique 



' Aviénus, Ora mctr. V. 114-115 

* Ces stations étaient, comme nous avons chercha à démontrer dans 
l'étude sur le poëmed'Aviénus,dontnausavans parlé plus haut: la baie 
de Lagos, la baiedu Sado,la bâte du Tage, Aveiro, Lima, la baie d'Arosa 
(Padron), la Corogne, d'où la navigation se faisait directement vers le 
sud de l'Angleterre. 

' Les rapports intimes qu'il y avait, du temps de César entre les 
Bretons insulaires et ceux du continent sont bien connus. La fuite des 
Ligures de la Baltique et leur débarquement sur les rivages méridionaux 
de l'Angleterre, dans le voisinage des Albions, autorise la supposition 
de relations identiques. Les communications entre les Iles Britanniques 
et la Lusilanie se trouvent confirmée» par l'identité des noms ethniques 
et locaux, qu1l serait trop long de comparer ici. Nous dirons, toutefois, 
que Pline (/fùf. iV(iMv,34) nous parle de certains Albions dans le nord- 
ouest de la Péninsule. 



,ï Google 



428 

un arbre généalogique des plus purs parmi les peuples de 
l'antiquité. 

Formé par un groupe de tribus, appartenant à la mi- 
gration aryenne qui pénétra la première dans l'Europe, com- 
plètement libres du contact des Celtes, qui troublèrent si dé- 
plorablement l'ethnographie de l'occident, ce peuple sut se 
maintenir dans le nord-ouest de l'Espagne avec sa vieille 
langue, ses vieilles maurs et sa civilisation antique enfin, 
jusqu^à la conquête romaine '. 

Les différentes révolutions que subit la Lusitanie m'al- 
térèrent point le caractère de ses habitants. 

Voici ce que nous pouvons entrevoir à travers ces ré- 
volutions. 

Au VI siècle les Lusitaniens, qui pour nous sont les Li- 
gures du document phénicien, occupaient le nord-ouest de 



I Nous dirions presque— même longtemps après la conquête romai- 
ne. La comparaison de Citania et de Sabroso nous permet d'espérer 
que la vieille civilisation prÉ-romaine pourra être reconstruite un jour 
dans de certaines limites, quand les études et les explorations archéo- 
logiques s'occuperont sérieusement de ce problème. Tout nous porte 
à croire que Sabroso s'éteignit sans que l'influence romaine s'y fit 
sentir. Citania subit cette itifluence, du moins jusques sous Constantin, 
comme on peut conclure d'une pièce de monnaie qui y a été trouvée 
dernièrement. Malgré cela, hormis quelques objets de l'industrie romaine 
et quelques inscriptions, on dirait que ces deux stations sont contempo- 
raines: la m£me architecture, le même style de décoration, les mêmes 
gravures, les mêmes signes symboliques, etc. Il est presque certain que 
l'exploration de toutes les autres ruines que nous avons visitées don- 
nerait des résultats identiques, d'où l'on peut inférer que la civilisation 
romaine n'a pu, ou n'a pas voulu détruire la routine de la civilisation 
antérieure, et que si la Lusitanie est ethnologiquemem un sol privilégié, 
elle ne l'est pas moins dans le domaine de l'archéolo^e, surtout dans 
le nord. 



,ï Google 



439 

TEspagne, limités au sud par les Cempses qui s'étendaient 
jusqu'à la baie du Sado'. 

Les plus anciens renseignements de Strabon nous les 
présentent occupant une surface bien plus étendue. Les li- 
mites de l'ancienne Lusitanie, déjà ancienne pour Strabon, 
étaient au sud le Tage, à l'ouest et au nord l'Océan, à l'orient 
les Girpétains, les Vettons, les Vaccéens, les Galiciens, et 
d'autres peuples qu'il ne nomme point*. 

Ainsi, à des époques postérieures au vi siècle, les Ligu- 
res du nord-ouest se sont emparés du pays des Cempses, 
qu'ils ont ou absorbés ou chassés vers l'orient. 

Si l'occupation du territoire des Cempses est due à un 
accroissement excessif dans la population lusitanienne, ou 
bien à l'arrivée de nouvelles tribus liguriennes venues d'un 
autre point, c'est là une question qui probablement ne sera 
jamais résolue. Il est très vraisemblable, cependant, que ce 
fait coïncide avec l'invasion des Iles Britanniques par les Cel- 
tes. Ce nom de iBritanniques», inconnu au périple phénicien, 
mais que Pythéas n'ignorait pas et qu'il a rendu vulgaire, 
passe pour être une innovation de provenance celtique*; et 
puisque le périple ignore ce nom, ainsi que l'existence de 
tribus celtiques en Angleterre, en Irlande et même dans l'oc- 
cident des Gaules, l'arrivée d'un tel peuple dans ce pays 
ne saurait être que postérieure, et on doit la placer entre le 
voyage du Phénicien et celui du Marseillais. 

Il est à croire que l'invasion celtique en Angleterre y 
fut annoncée, comme ailleurs, par une suite de guerres et 
de dévastations qui eurent pour résultat te déplacement et 



' Aviénus, Ora mar. v. aoi-i. 

>Strab. uini, 3. 

*p'Arb. de Jub. ouvr. cit. pag. 3i, 



,ï Google 



43o 

Immigration de quelques peuples, et Ton peut supposer que 
quelques-uns de ces ^migrants cherchèrent un reftige en Es- 
pagne en suivant la route maritime, alors si fréquentée. On 
ne doit pas s^tonner si un grand nombre parmi les descen- 
dants de ces Ligures, chassés de la Baltique par les premiers 
Celtes et forcés de chercher un abri dans les Iles Britanni- 
ques, et bien informes d'ailleurs par la tradition de la cruauté 
des Celtes, furent les premiers k abandonner leur seconde 
patrie. Les vieux enfants de Cycnus s'arrêtèrent enfin dans 
la Lusitanie, où plus tard les anendait l'asservissement iné- 
vitable imposé par les Romains. 

Avant la conquête romaine l'ethnographie de la Lusi- 
tanie subit une autre modification. Les Callàïciy que plus haut 
nous avons \u être les voisins des Lusitaniens du côté du 
nord, s'emparent d'une vaste contrée entre le Douro et la 
mer Cantabrique '- 

Il est difficile de savoir si cette occupation fut paisible 
ou violente, et à quelle époque elle eut lieu. On ne saurait 
nier, cependant, qu'elle était un fait avant l'incursion de Bru- 
tus dans les terres d'Entre- Douro-e-Minho, puisqu'on dit 
de ce guerrier qu'il triompha des Lusitaniens et des Galiciens, 
et le Douro était déjà à cette époque la limite des deux peu- 
ples. Un coup d'oeil sur les événements qui eurent lieu en 
Espagne avant ce temps, nous expliquera peut-être ce nou- 
veau déplacement ethnographique. 

Les Romains, arrivés dans la péninsule comme d'hum- 
bles suppliants, aussitôt quHs en eurent chassé les Cartha- 
ginois, 8*en déclarent les maîtres, et ils employent tous leurs 
efforts à étouffer la résistance que les peuples ibériens op- 
posent à leur domination. 

' Gomp. Strab. m, ir, 30. 



r^^. 



jL ,..,cL^j#* 



La conquête s^avance lentement dans le sud et Podent, 
et, comme à l'époque des Arabes, le nord-ouest de l'Espagne 
devient le dernier rempart de ses défenseurs. 

X^ mouvement des Galiciens sur les Lusitaniens du 
nord-ouest peut avoir pour cause la pression exercée par 
les peuples de la zone septentrionale, qui reculaient tou- 
jours devant les inexorables conquérants. 

Quoiqu'il en soit, cependant, la migration ligurienne ve- 
nant des Iles Britanniques et le mélange de Galiciens et de , 
Lusitaniens n'altérèrent point l'ethnologie de la Lusttanie 
ancienne, puisque les Lusitaniens, les Galiciens, les Astu- 
riens, les Cantabres sont des peuples d'une même race, 
ayant les mêmes usages et les mêmes mœurs; Strabon 
l'assure positivement'. 



■ Strab. 111, III, 6, 7. Nous possédons une des célèbres •staEuescallaï- 
ques>, rencontrée près du mont Sanio Ovidio (Fa/e), ou l'on voit encore 
les vestiges d'un ancien bourg, entouré de remparts. L'armure de cette 
statue est précisémeni celte que Strabon assigne aux Lusitaniens : eapide 
utiparva aijus diameler duum pedum, cava/oris... ad haec sica (ibîd.) 
Comp. ce que dit M. H. Martin (Revue d'anthropologie, num. déjà cit. p. 
198) sur l'armure des Firboigs des [les Britanniques, qu'il suppose être 
des Ligures, et sur l'écu allongé et la grande épée des Gaulois. 



.,Cm^\ 



UYTHOLOGIE GAULOISE 



SPÉCIALEMENT QUANT AUX REPRÉSENTATIONS D 
ne, DIVINE ET QUESTION RELATIVE A LA RECHERCHE DES UIÎUES TYPES 
DANS LA PÉNtKSULE IBÉRIQUE 



M. Henri Martin 

J'ai l'honneur de présenter au Congrès, de la part de 
M. Alexandre Bertrand, conservateur du Musée national 
de Saint-Germain, dix-sept photographies représentant la 
Triade ou Trinité druidique sous les diverses formes re- 
trouvées iusou'ici. Je reerette au*une erreur m'ait emnê- 



,ï Google 



auparavant dans les poëmes sacrés, on ne l'a sculpté que 
sotis les Romains. Il n^ a guère d'exception que sur les 
médailles où apparaissent Bélénos et Teutatès-Ogmios, 

La Triade gauloise se montre sous deux formes prin- 
cipales: tantôt trois têtes réunies en une seule; tantôt trois 
figures distinctes et associées, auxquelles se joint quelque- 
fois une quatrième; les personnages divers paraissent tan- 
tôt égaux, tantôt inégaux; ainsi le grand dieu de Reims, 
que M, Bertrand et moi-même croyons être Ésus, est assis," 
avec ses attributs celtiques, entre Apollon et Mercure de- 
bout, qui semblent ses lieutenants: ailleurs, une grande 
déesse, appelée Oerecura, une sorte de Cybèle-Cérès, est 
associée au grand dieu, à ce qu'il semble, sur le pied de 
l'égalité, et une déesse plus petite semble leur fille et jouer 
là le rôle d'Horus dans la Trinité égyptienne. Sur un au- 
tre autel, un dieu à trois têtes siège entre deux autres divi- 
nités: la Triade est ici, pour ainsi dire, redoublée. Nous 
sommes aussi d'accord dans cette opinion: que les trois 
principales divinités gauloises signalées par Lucain, Ésus, 
Taranis et Teutatès, rentrent l'une dans l'autre par leurs 
attributs et se résolvent dans une unité dont Ésus est le 
type essentiel : les Romains, frappés de la supériorité d'Ésus, 
l'identifiaient à Jupiter, comme l'atteste l'autel de Paris. Sur 
l'autel de Paris, Ésus célèbre en personne le grand rite, la 
cueillette du gui; sur l'autel de Reims il apparaît comme père' 
nourricier des êtres; la déesse Oerecura paraît être son pa- 
rèdre féminin, ce qu'est Isis à Osiris. 

Ces représentations fournissent un élément important 
et nouveau à la mythologie comparée et à l'étude des idées 
qu'enveloppaient les mythes; il n'est pas douteux qu'on n'en 
retrouve de nouvelles maintenant que tes recherches se di- 
rigent de ce côté. J'engage les savants de la Péninsule à 



.,Ci 




434 
s'enquérir s'il se rencontrerait quelque chose d'analogue en 
Espagne et en Portugal. 

M. Guimet: Dans les photographies de dieux gaulois 
présentées par M. Henri Martin, on peut remarquer un dieu 
à trois têtes qui figure tantôt seul, tantôt comme faisant 
partie d'une triade. 

Aux Indes, avant que les prêtres aient essayé de fai- 
re l'unité brahmanique sous la formule Brahma, Vishnou, 
Siva, ces deux dernières divinités étaient souvent représen- 
tées comme formant à elles seules une trinité, il y avait 
le triple Vishnou et le triple Siva. On peut citer comme 
exemple la superbe triade sivaïque des grottes d'Éléphanta. 
Puis ces dieux triples figurèrent comme unités dans une 
nouvelle triade. 

Il semble que les représentations gauloises, que nous 
avons sous les yeux, nous révèlent une évolution religieuse 
analogue à celle qui eut lieu aux Indes. 

La statue gauloise trouvée à Amiens nous présente un 
autre rapport avec l'iconographie indienne. On l'a tout de 
suite comparée à un Bouddha, à cause de son attitude. Mais 
les croix et les tozanges qui ornent ses vêtements détermi- 
neraient de préférence un dieu Jaïna, Ce sont donc plutôt 



,ï Google 



on TYPE ETHNIQTJE ET ANTHROPOLOGIQUE DES IBËRE8 



COHHEKT DISTINGUER LES IBÈRES, DONT LA LANGUE SUBSISTE 

CHEZ LES BASQUES, DES AUTRES POPULATIONS ANCIENNES DE L'IBÉRIE, 

(berbères, UGURES, celtes) ? QUI EST LE VÉRITABLE IBÈRE > 



M. Henri Martin 

Chacun sait les difficultés que l'on rencontre lorsqu'on 
touche aux questions ethniques, d'autant plus qu'il ne faut 
pas les confondre avec les questions linguistiques. Les gens 
qui partent la langue ibérique au nord de l'Espagne et au 
sud de la France, sont-ils descendants des anciens Ibères? 
Ce peuple présente au moins quatre types différents, et 
nous ignorons lequel est le type des Ibères. 

Quelle est la plus ancienne population de la Péninsule? 
Quel nom faut-il donner, en Portugal, à cette race que M. de 
Quatrefages y retrouve tout aussi bien qu'ailleurs en Eu- 
rope? En tout cas, et quel qu'ait été le type des Ibères, il 
ne faut pas les identifier avec les Berbères, car la langue 
que parlent ceux-ci et qu'Us paraissent avoir parlé dès les 
plus anciens âges n'a point de rapports avec la langue ibé- 
rique. 



p 



?8l'-' 



436 

Il en est de même des Ligures. Il n'y a aucun indice 
qu'ils aient jamais parlé la langue ibérique. Dans les temps 
historiques ils parlaient le celtique; on croit qu'ils ont parlé 
auparavant un dialecte aryen peu éloigné du celtique. Sur 
les Ligures, cependant, il n'y a pas la même difficulté que 
sur les Ibères, leur type étant parfaitement cormu. 

M. Sarmento a été frappé du contraste entre les asser- 
tions d'historiens et de géographes anciens, nous disant que 
les Lusitaniens étaient Ibères et qu'ils différaient entièrement 
des Celtibères; et d'autre part de ce que les noms ethniques 
individuels où collectifs, tout le vocabulaire historique, pour 
ainsi dire, soit celtique dans cette région. Il cherche à expli- 
quer ce contraste par l'origine aryenne des premières popula- 
tions lusitaniennes, qu'il considère comme en affinité avec les 
LJgures. Dans ce cas, ces premiers Lusitaniens n'auraient pas 
été Ibères. D'autre part il semble impossible de douter qu'il 
y ait eu en Portugal un élément berbère considérable. Mais, 
en tout cas il n'est pas douteux que les Celtes n'aient do- 
miné la Lusitanie, et n'y aient laissé partout des traces pro- 
fondes. Les découvertes mêmes de M. Sarmento nous en 
donnent les preuves les plus remarquables. Dans les collec- 
tions du musée de la Section Géologique on remarque aussi 
des plaques en ardoise, ornées de chevrons et de dents de 
loup, ainsi que des crosses en ardoise, ornées comme les 
plaques. Ces dessins sont tout celtiques, et les crosses sont 
'un symbole essentiellement armoricain, qu'on trouve fré- 
quemment dans nos dolmens bretons et jusque sur des mo- 
naies armoricaines, celles des Namnètes. Même observation 
quant aux perles en turquoise et à l'ornementation des va- 



M, Adolpko Coelho: En ce qui concerne les Ibères il 



|C.OOgle 



^tique que des questions,' nous ne pou- 
certain. Il y a trop peu de temps que l'on 
rtance de la phonétique dans la linguistique 
r profit des anciens travaux. II faut encore 
que l'on peut affirmer se réduit à ceci : tou- 
supposées du basque avec quelque autre 
valeur. 



,ïGex^j^^ 



SUR LES CULTES PËNINSintAIRES 
ANTÉRIEURS A LA DOMINATION ROMAINE 



M. F. Adolpho Coelho 

Les docutnents qu^on doit étudier pour connaître les 
cultes des habitants de la Péninsule ibérique avant la do- 
mination romaine sont de deux espèces: contemporains et 
postérieurs. 

Les monuments sépulcraux, les statues, les signes gra- 
vés sur des roches et encore d'autres produits artistiques ou 
industriels sont les témoignages contemporains. 

H y a quatre espèces de témoignages postérieurs à Pépo- 
que où la domination romaine s'étendit sur notre péninsu- 
le; ce sont: 

1° Les passages des écrivains grecs et latins se rap- 
portant à la religion des peuples ibériens. 

2° Les inscriptions latines, surtout celles qui contien- 
nent des noms de divinités inconnus à l'Olympe grec ou ro- 
main. 

3* Les usages et croyances populaires modernes de la 
Péninsule qui peuvent être regardés comme implantés ici 
avant la domination romaine. 

4" Les noms de lieu se rapportant à Pexistence d'un 



,ï Google 



439 

monument religieux ou funéraire, d'un bois, d'une source sa- 
crée, etc. 

Tout ce que les anciens nous disent des croyances et 
des usages religieux des peuples ibériens se réduit malheu- 
reusement à fort peu de chose, et est d'ailleurs quelquefois 
peu clair et ne peut être employé qu'avec une grande cri- 
tique. 

Un fait paraît se détacher réellement de ce que nous 
dit Sirabon de la religion des peuples ibériens: c'est que 
quelques-uns de ces peuples avaient un cuite polythéis tique 
et d'autres avaient un culte différent du polythéisme, lequel 
les Grecs et les Romains ne comprenaient pas ausssi bien, 
supposant en conséquence qu'ils n'avaient pas de dieux ou 
que leurs dieux n'avaient pas de nom. 

(Les Lusitains, nous dit le grand géographe grec^ font 
de fréquents sacrifices aux dieux, et examinent les entrail- 
les, sans les arracher du corps de la victime; ils observent 
aussi les veines de la poitrine et tirent en outre certaines 
indications du simple toucher. Ils consultent même dans cer- 
tains cas les entrailles humaines, se servant à cet effet de 
leurs prisonniers de guerre, et quand la victime tombe even- 
trée de la main de l'haruspice, ils tirent un premier avertis- 
sement de la chute même du corps. Souvent aussi ils cou- 
pent la main droite à leurs captifs et en font offrande aux 
dieux.» 

«Suivant quelques auteurs, nous dit encore Strabon, 
les Callaïques sont athées; mais les Celtibères et les peu- 
ples qui les limitent au nord ont une divinité sans nom, à 
laquelle ils rendent hommage en formant tous les mois, à 
l'époque de la pleine lune, la nuit, devant la porte de leurs 
maisons, et chaque famille bien au complet, des chœurs de 
danse qui se prolongent jusqu'au matin. » 



^ 



„Co<i 



Ce que Strabon nous dit sur la religion des Lusitaîns 
peut être parfaitement vrai; ce peuple, où il faut reconnaî- 
tre évidemment beaucoup d'éléments aryens, c'est-à-dire 
celtiques, nous ne craignons pas de l'afRriner, avait donc 
une religion qui s'accordait dans ses traits généraux avec 
celles des anciens peuples aryens, toujours polythéistes et 
ayant l'usage de sacrifier des victimes humaines, sunout des 
prisonniers, et d'en consulter les entrailles. L'athéisme des 
Callaïques a été mis en doute avec raison par plusieurs au- 
teurs. Justin nous racconte de ce peuple: «Ils ont une mon- 
tagne sacrée qu'il est défendu de violer par le fer, mats si 
la foudre y tombe, ce qui arrive souvent, l'or qu'elle met au 
jour peut être recueilli comme im présent des dieux.» 

Ce que Strabon nous dit, de la religion des Celribères 
ne doit pas être accepté comme s'étendant à tout ce peuple 
ou mieux au groupe de peuples que comprend ce nom. Au 
reste, il faut se garder d'accepter en toute sa généralité ce que 
les anciens nous raccontent des moeurs des peuples: on at- 
tribuait facilement à un peuple, à une région entière ce qui 
n'appartenait qu'à une partie de ce peuple ou de cène région. 

On connaît bien le passage où Pline nous dit que les 
Celtes de la Bétique étaient venus de la Celtlbérie et de ta 
Lusitanie, comme on voit par la religion, la langue et les 
noms de villes. Ce qu'il y a de plus important dans le pas- 
sage de Strabon est la danse nocturne au clair de lune. Ces 
danses, avec une signification cultuelle, sont, je crois, tout- 
à-fait étrangères aux peuples aryens. Leur existence chez 
un peuple ibcrien (je prends ce nom au sens géographique) 
est pour nous une caractéristique ethnique de la plus haute 
importance. Bien loin de penser, comme quelques auteurs 
l'on fait, que les Celtibères, dont il est parlé dans le passage 
de Strabon, avaient un culte spiritualiste, il nous faut ad- 



,ï Google 



441 
menre qu'ils se trouvaient dans la phase rudimentaire de 
l'adoration fétichiste des corps célestes, particulièrement de 
la lune; ce peuple n'était pas donc aryen. 

La religion aryenne se base surtout sur le culte des di- 
vinités solaires, de la clarté; les divinités de la nuit, des té- 
nèbres y jouent un rôle surtout par leur opposition. Mais 
nous voyons un nombre considérable de peuples rendre à 
la lune un culte exclusif ou beaucoup plus accentué qu'au 
soleil, culte tout fétichiste. C'est en Afrique que ce culte de 
la lune a le plus d'importance et d'étendue. C'est là surtout 
que nous rencontrons les danses mystiques à la nouvelle 
lune et à la pleine lune, dont nous parlent ceux qui ont sé- 
journé chez les Cafres et les Hottentots. Nous savons par- 
faitement que les Cafres ont marché du nord vers le sud. 
Dans leur ancienne demeure, au nord de l'équateur peut- 
être se sont-ils trouvés longtemps en contact avec des peu- 
ples blancs ayant le même culte fétichiste, qu'ils abandon- 
nèrent plus tard pour adopter le musulmanisme. Il est im- 
possible de ne pas admettre l'existence d'éléments africains 
dans les anciennes populations péninsulaires; mais je me 
borne à indiquer le fait sans élever aucune théorie sur une 
si frète base. Il faut avoir toujours bien présent à l'esprit 
que le basque n'a rien de commun avec les langues africai- 
nes. Or un fait curieux a été signalé dans la langue basque, 
qui paraît nous permettre de conclure que ceux qui ont lé- 
gué aux Basques leur langue, eurent un culte de la lune. 

En basque Yaungoikoa signifie sdieui; or d'après ceux 
qui connaissent le mieux cette langue, c'est là un mot com- 
posé qui signifie ou le. seigneur de la lune ou le seigneur- 
lune. La dernière interprétation, celle de M. Vinson, nous 
dispense d'admettre que la forme parfaite du mot soit Yaun- 
goikokoa, comme le veut le prince Bonaparte, sans avoir 



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44? 
un nombre assez considérable de noms de divinités, qui ne 
sont ni grecs ni latins. Il n^est pas difficile de démontrer la 
celticité de quelques-uns de ces noms; par exemple le dieu 
Bormanicus des sources thermales de Galdas de Vizella, 
porte un nom celtique; on y reconnaît le thème bormo ou 
borvo, bouillant, yb";'e«s, le même qu'on retrouve au fond 
du latin /èrfeo, car a un /"latin répond dans certains cas 
un b celtique. Ce thème nous apparaît encore dans le nom 
de lieu et de divinité de la Gaule Bormo ou Borvo, dans 
le nom de divinité du même pays Bormonia. Il y a beau- 
coup de dérivés romans du même thème celtique, par exem- 
ple, français bourbe, bourbier, portugais borbulha, borbu- 
Ihar, borboîar, dialectes de la Suisse allemande barbota. 

Tameobrigus est aussi un nom de divinité péninsulaire 
dont la celticité me semble aussi évidente, qu'en quelques au- 
tres. C'est un mot composé de tameo, tamaïo e brigo. Ce bri- 
go n'est pas le même que br'iga, avec un i bref, des noms 
de lieu, comme Conembriga, Caitobriga, etc.; il a dû avoir 
un ï long, étant le même que l'irlandais brig, qui signifie 
fort, vertueux. Le premier élément du composé est dérivé 
de tama, qui servait à désigner dans l'onomatologie celti- 
que un grand nombre de rivières: en Espagne Tamaca, . 
affluent du Douro, notre Tamega, Tamara dans la Tarra- 
connaise; dans la Grand-Bretagne Tamaris, en Comouailles, 
Tamësis, la Tamise, etc. L'inscription qui nous fournit ce 
nom a été trouvée sur le rivage du Douro non loin du 7a- 
mega. Tameobrigus était donc bien probablement la divi- 
nité du fleuve, c'est-à-dire celui qui est fort, puissant sur 
le fleuve, sur le Tamaca. Tamaios se rapporte à Tamaca 
à peu près comme Munda à Mundècus, d'où le Mondego 
moderne. 

Les inscriptions contiennent aussi des noms de dtvini- 



'pi 



.gle 



444 
tés que ne paraissent pas être celtiques, ou qui du moins 
ne trouvent pas une explication méthodique dans ronoma- 
tologie celtique. Il se peut qu'il n'y ait dans ces noms que 
d'imparfaites leçons, que nous arrivions encore à expliquer 
presque tous assez bien et que l'on prouve à la fin que ce 
sont là des mots aryens. Mon opinion se fonde sur des 
faits. 

Les inscriptions nous fournissent par exempte les noms : 

Bartderaeicus. 
Bandiae — apoh — segus 
Bandiarbariaicus. 
Banduaetobricus. 

et la forme plus simple 

Banduae. 

Dans le nom Bandiae-apolo-segus nous séparons le 
thème sego celtique, qui est bien connu et qui signifiait 
vainqueur; ce thème se rencontre, par exemple en Segove- 
. SOS, Segoma, la ville d'Espagne, dont le nom signifie vic- 
toire^ etc.; apolo qui forme une ligne de l'inscription, tout 
comme Bandiae^ n'est peut-être que le nom classique Apol- 
lon, l'inscription étant probablement mal copiée; il faudrait y 
lire Apoli c'est-à-dire Apoîlini, les noms du dieu se trou- 
vant au datif. Band. bandiae se rencontre comme premier 
élément dans les autres noms que je viens de vous citer et 
isolé dans Banduae. En Banduaetobricus, bricus est évidem- 
ment pour brigus, de même que Ton retrouve aussi plusieurs 
fois brica pour briga, etc.; nous connaissons déjà briga 
par le nom TamaeobriguSy nous avons donc ici des noms 



,ï Google 



445 
celtiques, quoique nous ne puissions pas expliquer l'élément 
band, bandu. M. Fidel Fita à déjà tenté une interprétation 
de Bandiatapolosego par le celtique, mais il n'y a pas plus 
de méthode, que dans les autres recherches linguistiques de 
ce savant. D'après lui bandiae serait le vieux irlandais ban- 
dea^ féminin de dia^ dieu; mais nous savons parfaitemeut 
qu'il y a en bandeo., deux mots: ban et dia\ ban est le mê- 
me que le grec jw>i, femme, l'anglais quean, femme, ou fueen 
reine, etc, et signifie aussi «femmet; c'est un mot employé 
à exprimer le féminin de certains substantifs irlandais à 
peu près dès le septième siècle de notre ère, la chute des 
finales ayant obscurci vers cette époque le suffixe caracté- 
ristique du féminin. 

Nous ne désespérons pas de résoudre d'après la bonne 
méthode une partie des difficultés que ces noms nous offrent. 
Bientôt nons verrons réunis dans le Corpus inscriptionum 
latinarum, de l'Académie des Sciences de Berlin les ins- 
criptions de la Gaule transalpine (cisalpine pour nous) et de 
la Germanie. M. Ascoli publie les glosses irlandaises de Mi- 
lan avec la haute compétence qui le distingue et nous four- 
nit un glossaire très riche et bien commenté du vieux irlan- 
dais; un index complet de la Grammaire celtique de Zeuss, 
ce grand monument de la science allemande va paraître; nos 
ressources augmentent, et petit à petit nous arriverons à 
faire disparaître bien des obscurités dans l'ethnologie de 
l'Espagne ancienne. Il faut aussi pour cela que le côté ar- 
chéologique de notre question s'éclaircisse. Il y a beaucoup 
à faire dans ce domaine. Quand on aura recueilli et repro- 
duit par la photographie, ou quelque autre moyen, le plus 
grand nombre possible des produits anistiques et indus- 
triels qui nous restent des anciens habitants de la Péninsule, 
l'ethnologie y trouvera des ressources de première impor- 



,ï Google 



446 

tance. Je ne vais que confirmer par un exemple ce que vous 
savez là-dessus. 

M. Martins Sarmento a trouvé dans ses fouilles à Sa- 
broso les restes de deux statues de porcs. Des découvertes 
semblables ont été faites sur différents endroits de la Pé- 
ninsule, par exemple à Ségovie; on a découvert aussi des 
statues de sangliers et de truies. L'importance de ces ani- 
maux dans les cultes aryens nous fait admettre, ou du moins 
fortement soupçonner, partout où on les trouve, la présence 
d'un peuple aryen au temps dont elles datent. En Portugal, 
outre la statue du pilori de Bragança, dont a parlé M. Sar- 
mento, il y a encore une grande statue à Murça, dans la 
même province, Trâs-os-Montes, laquelle est connue popu- 
lairement sous le nom de porca de Murça. J'appelle l'atten- 
tion des archéologues sur ce monument où Ton a vu un 
produit du moyen âge, mais que je crois bien plus ancien. 
Le porc était pour les aryens un symbole de la fécon- 
dité. On sacrifiait des porcs; des statues de porcs étaient 
consacrées au divinités et surtout au divinités protectrices 
de la maternité, des animaux et de leur fécondité. Le culte 
du Mars latin, qui, vous le savez, fut le dieu des laboureurs 
avant d'être le dieu de la guerre, nous présente le sacrifice 
du porc, de la brebis et du taureau, connu sous le nom de 
sttovetaurilia. En Espagne le sacrifice d'une vache, d'une 
brebis, et d'une iruie était fait en honneur de Diane, la 
déesse protectrice de la grossesse et de l'enfantement, d'après 
une inscription : 

DIANAE MAXIMAE 

VACCAM OVEM, ALBAM PORCAM 

Hubner. a. 38io 

Une autre inscription d'Espagne nous fait connaître le 



,ï Google 



447 
:r et trente porcs au génie du Munici- 
; nom moderne de Porcuna paraît se 
où le porc avait beaucoup d'importan- 
industrie locale, si l'on ne préfère pas 
de Obolcona, Bolcona, due à une fausse 

nportance cultuelle du porc que l'usage 
i de tuer des porcs à l'occasion de cer- 
ée. Il y a dans cet usage, comme en 
e telle concordance entre quelques peu- 
1 est impossible de ne pas admettre une 
. Le proverbe français «A chaque porc 
:in» et le proverbe portugais «Cada 
[artinhoï, combinés avec les données 
[uer, paraissent démontrer l'existence 
;s celtiques à l'époque de la Saint-Mar- 
que Yepuliim Topis se célébrait à la 
deux jours seulement de différence; 
onfirmalion de mon hypothèse dans le 
ais d'O'Davoien, publié par M. Stokes. 
est le nom du cochon qu'on tue à la 
et je crois que c'est au Seigneur qu'il 

s porcs à la Saint-Thomas, à Not 
jgal un proverbe assez singulier 
jsage. «A la Saint-Thomas qui n 



Ti nao lem porco 
i a mulher. 



,ï Google 



448 

Les personnes qui ont une imagination fertile peuvent 
y voir une allusion à des sacrifices humains Je n'y vois 
qu\in avis à l'adresse des mauvaises ménagères, qui lais- 
sent venir la fête sans avoir élevé un porc. 

L'importance de l'étude des fêtes, des usages et des 
croj'ances populaires modernes est aujourd'hui reconnue par 
tous les savants; mais il n'est pas facile de distinguer les 
diverses couches ethniques superposées les unes aux autres 
dans ces traditions. La difficulté principale pour la Pénin- 
sule consiste en ce que divers peuples aryens sont venus 
se mêler ici à différentes périodes, et quelques-uns de ces 
usages, de ces fêtes et de ces croyances peuvent avoir émi- 
gré vers nous indépendamment de toute invasion étrangère; 
mais quand on trouve un point d'appui dans Pantiquité, 
comme dans te cas du sacrifice du porc, nous pouvons ar- 
river à de solides conclusions. 

Les pierres branlantes, les pierres du Promontoire Sa- 
cré, dont nous parle Strabon d'après Artémidore, nous rap- 
pellent un usage qu'on a constaté il y a quelques années à 
Villa Nova de Foscoa. En temps de sécheresse, neuf jeu- 
nes filles, qui doivent toutes avoir le nom de Marie, vont 
avec quelques jeunes gens à un endroit où l'on trouve une 
grande auge de pierre et la font tourner de bas en haut. 
Cette opération, ils le croient, fait venir la pluie. 

Les noms de lieu d'origine romaine ou romane, que 
nous ne connaissons que sous une forme moderne, nous 
fournissent de précieuses données pour compléter la carte 
de la distribution des monuments mégalithiques dans la Pé- 
ninsule, des anciens sanctuaires, des sources et des bois sa- 
crés. Le nom de A}ita ou Antas nous indique l'ancienne pré- 
sence de dolmens, le nom de Perajita, Pcrajisa, Pa-ahnga 



ly Google 



449 
l'existence de menhirs; Falperra, c'est-à-dire fausse pierre, 
PeroJ'ana^ etc., l'existence d'une pierre branlante; Aguas- 
sanlas (eaux-saintes), Monsanto, Monsao, Monchique, Fon- 
te-santa nous rappellent le culte des eaux, des monts ou des 
bois sacrés. Mais il faut remarquer que ces dénominations 
sont quelquefois arbitraires. 

Vous voyez, Messieurs, ma note n'est qu'un program- 
me, n'est qu'un échantillon. Je crois qu'il est temps de com- 
mencer à étudier sérieusement, méthodiquement, de la ma- 
nière la plus complète possible ces questions si intéressantes 
avant de faire des théories, si flatteuses qu'elles soient 
pour notre amour propre. 



Dlaousslon 

M. Henri Martin: On sait que lés Celtes comptaient 
par lunes, ce qui prouve un cuite nocturne. A propos de la 
découverte faite par M. Martins Sarmento de deux statues 
de porcs à Sabroso, je rappellerai les fameux toros de Gui- 
sando qui sont presque tous des sangliers et non pas des 
taureaux. J'en ait vu trois à Avila et autant au musée ar- 
chéologique à Madrid. Je les considère comme celtiques. 

M. Vasconcellos Abreu: M. Chabas dans ses Études 
sur Pantiquité historique, nous dit que l'art égyptien s'est 
implanté en Sardaigne, et qiie là il s'est modifié par son 
contact avec un art tout différent. D'après cet écrivain la 
preuve est l'abondance des scarabées portant des figures 
de truies ou de porcs, de telle façon qu'on trouve même 
des amulettes de ce genre où le porc remplace le scarabée. 
Et ce qu'il y a encore de bien important c'est que ce porc 



,ï Google 



45o 

ou sanglier a des rapports fort curieux avec le sanglier de 
l'enseigne gauloise. 

En Thessalie et ailleurs on offrait des porcs à Aphro- 
dite, à Athènes on lui sacrlUait des truies. 

M, Adolpho Coelho: M. Henri Martin vient de faire 
tion de cultes nocturnes chez les Celtes. Je sais très bien 
le culte de la lune, ainsi que celui du soleil se trouvent 
ni les cultes fétichistes, ce qui n'empêche pas de les dis- 
iier du culte anthropomorphique de ces astres. 
Ce que j'ai dit par rapport au culte fétichiste ibérique 
Dnde sur l'existence de danses à l'occasion de la pleine 
;, dont parle Strabon. Or je ne crois pas que Ton trouve 
ige de ces danses chez les Indo-Européens, 

M. Henri Martin: U se peut que ces danses aient existé 
ni les Gaulois; cependant je ne saurais me rappeler les 
i qui viennent à l'appui de cette supposition. 

M. Vasconcellos Abreo: Les Indo-Européens comp- 
rit par lunes, mais rien ne prouve qu'ils eussent eu le 
e de la lune, La lune aussi bien que les étoiles ne joue 
in rôle très restreint dans le système général de la my- 
ogie védique. Les richis ne s'en préoccupent pas assez 
r que nous puissions tirer des textes quelque conclusion 

Je crois avec mon maître M. A. Bergaigne que l'iden- 
ation particulière et définitive du Soma à la lune appar-" 
t à une formation mythologique secondaire. Néanmoins 

a quelque chose de remarquable: c'est que le Soma vé- 
ae est le rot des herbes, et Variemist'a ou armoise est 
si la reine des herbes. 



,ï Google 



45i_ 

Messieurs, vous savez quels rapports 
e Artémis, Diane et Lucina. Vous n'ignt 
ue les prêtres égyptiens rendaient hon: 
■is en portant en procession une branch 
s est la déesse de la fertilité comme Li, 
V les accouchements; Isis était ie synr 
é. En outre la tête d'/iw qu'Horos, die 
:st la lune reparaissant en croissant aprè 
, le deus luiius {et remarquez que lune e 
lu genre masculin) des Égyptiens, donn 
été de vache avec ses deux cornes quan 
:nne. 
Messieurs, de vous entretenir d'iconc 
et du Jils de la vierge qui grâce à Indr 
jin dieu après avoir été dévoré par le 
nsectes, c'est-à-dire par des voleurs d 

je ne peux rien vous dire du culte d 
mciens Aryas, je peux, du moins, vou 
tance pour l'histoire des croyances de 



,ï Google 



L'AOE DES STËOBOPOLES PRÉHISTORIQUES DU OAUOASE 



RENFERMANT DES CRANES MACROCÉPKAl.ES 



M. Ernest Chantre 

Les découvertes opérées dans les nécropoles des envi- 
rons de Tiflis et surtout dans celle de Samthavro près de 
Mtskheth, avaient depuis 1872 attiré l'attention des archéc- 
Ic^es et des anthropologistes, mais on ne possédait l'an- 
née dernière encore aucun renseignement sur l'époque de 
:onstruction et par conséquent sur l'ancienneté des crâ- 
nacrocéphales que l'on y avait recueillis. 
Les uns les attribuent aux Grecs, les autres aux Ro- 
s, d'autres enfin aux populations de l'âge du bronze. 
Ayant eu l'occasion de signaler plusieurs crânes ma- 
Sphales découverts dans un tumulus du Jura français, 
î caractères des objets qui les accompagnaient m'ayant 
lis de rapporter ces crânes au premier âge du fer, il 
paru intéressant de rechercher à quelle époque pou- 
il remonter ceux du Caucase et quels rapports il pou- 
exister entre les découvertes de ces deux régions. 
A l'exposition de Moscou se trouvaient plusieurs spé- 
ns des tombeaux de la Géorgie ainsi que les résultats 



.1 L-fc. 



453 

lorations faites en Ossétie dans des né- 
;s à celles de !a Géorgie. 

s ce moment comparer sommairement ces 
rtes, il ne me restait plus qu'à tenter des 
régions et à étudier les collections réunies 



NÉCROPOLE DE SAMTHAVRO 

en 1871, par l'ouverture d'une tranchée 
ruction d'une grande route, la nécropole 
es de Mtskheth, ancienne capitale de la 
Fouillée par M. Bayem de 1872 à 1S76. 
aux de terrassement aient détruit près de 
aux environ, ce savant géologue a pu en 
i de six cents à peu près intacts. Le champ 
; établie cette nécropole est situé sur ht 
'Aragua et les tombeaux s'y rencontrent 

iDoo sur 5oo mètres environ. 
les de 1872 ont été réunies au Musée de 
; 1873 ont été expédiées à l'Ermitage de 

époque, la Société des amateurs d'archéo- 
lyern est le secrétaire, ayant été fondée, 
é et c'est dans ce musée que sont mainte- 
les produits des fouilles archéologiques 
)ays. 

blicalîons ont été faites au sujet des dé- 
iihavro soit par M. Bayem, soit par M 
e comité dj la Société Archéologique 



,ï Google 



454 
Tiflis'. C'est surtout M. Smimow qui a fait connaître cette 
station. En 1873 ce savant naturaliste envoyait à Broca trois 
crânes déformés de Samthavro accompagnés d'un album de 
photographies et de dessins représentant d'autres crânes et 
divers objets archéologiques*, 

A la suite d'une communication que fit Broca à la So- 
ciété d'Anthropologie sur cet envoi à l'époque, on déclara 
que cette nécropole datait de l'âge du bronze. Plus tard, 
en 1877, M. Smimow, dont les recherches avaient été en- 
couragées par Broca, faisait à la Société un' nouvel envoi : 
c'était im excellent travail sur Samthavro. Dans ce mémoi- 
re, M, Smimow résume les explorations de M. Bayem et 
donne les résultats des mensurations qu'il a pu opérer sur 
les crânes de cène nécropole. Quant à son ancienneté tl croit 
pouvoir la faire remonter jusqu'à l'âge du bronze*. 

Les fouilles n'ayant pas été opérées et réunies dans le 
principe avec tous les soins désirables, on n'a que très peu 
de renseignements sur l'association des objets recueillis dans 
ces tombeaux. 

M. Bayem a reconnu dans cette nécropole, dont il n'a 
encore étudié qu'une partie, quatre types de constructions. 
La plupart de ces tombeaux sont faits de dalles brutes, un 
grand nombre affectent une forme presque cubique et ont 
été pris dans le principe pour des dolmens. 

' Zeitschri/tjîir Ethnologie (Bastian et Artmann, Berlin, 1872). Afi(- 
teiluiigen der Ânthropologischen Gesellschaft, in Wien 1874. — Dr. Sce- 
pura: Essai sur ies macrocéphales du cimetière de Samthavro, Tîflis, 
1875. — Annales de la commission archéologique de Saint-Pétersbourg, 
i875. — Mémoire de la société des amateurs d'archéologie du Caucase, 
Tîflis, 1877. 

* Bull. Soc. Autkrop. t. vin, a" série, p. 572, séance du 19 juin i873. 

* Bull. Soc. Anthrop. t. ui, a,™ série, p. S41, séance du 18 octobre 
1877. 



,ï Google 



455 

Vus surtout en coupe dans la tranchée de la route de 
Géorgie, l'erreur était possible. 

A côté de ces tombeaux s'en trouvent quelques-uns 
du même genre, mais de dimensions moindres et plus sim- 
ples; d'autres, enfin, sont faits en- briques on en grandes 
tmles, ces derniers sont incontestablement bien postérieurs 
à ceux qui sont faits en dalles; les mobiliers funéraires que 
l'on y trouve le démontrent au reste. 

Dans la série la plus ancienne, celle qui doit fixer ici 
l'anention, l'inhumation paraît avoir été exclusivement usi- 
tée. 

La plupart des tombeaux de Mtskheth ont donné des 
poteries variées, plats et vases divers, puis de très nombreux 
ornements, spirales, pendeloques, bracelets, colliers, perles, 
fibules en fer et en bronze, enfin de loin en loin, quelques 
flèches et poignards en bronze. Quelques-uns de ces objets, 
principalement les pendeloques à spirales, à représentations 
animales et certames fibules sont identiques à celles de Kaz- 
bek et de Koban. 

Le nombre des individus inhumés dans le même tom- 
beau est de deux ou trois, dans ceux qui n'ont pas été re- 
maniés. 

Peu de squelettes ont pu être retirés complets et les 
crânes sont généralement en très mauvais état, ceux qui pa- 
raissent les plus anciens sont généralement dolichocéphales; 
quant aux macrocéphales ils ont été trouvés au milieu des 
autres dans la proportion de 2070, de même que cela a eu 
lieu dans le tumulus de Corveissiat (Jura). 

Les fouilles méthodiques de M. Bayern et celles que 
j'ai pu opérer pendant quelques jours, grâce aux renseigne- 
ments obligeants de M. Smirnow, montrent que la plupart 
de ces tombeaux ont été violés anciennement. On remarque 



f^ 



456 

. de plus que des mobiliers funéraires présentant des carac- 
tères divers ont été déposés dans le nitême tombeau et à 
plusieurs époques, et que ces différents mobiliers funéraires 
se trouvent actuellement mélangés. Le plus grand désordre 
règne partout, et il est fort difficile de tirer des conclusions 
certaines relativement à Porigine de cette nécropole et aux 
populations qui Pont construite. 

De l'étude cependant de quelques rares sépultures ob- 
servées en place, il paraît résulter ce fait capital, à savoir, 
que c'est dans les couches inférieures que se trouvent les 
crânes macrocéphales et que les mobiliers funéraires qui les 
accompagnent présentent les plus grands rapports avec ceux 
des nécropoles de l'Ossétie, lesquels ne renferment aucuns 
de ces objets d'une époque relativement bien plus mo- 
derne, comme cela a eu lieu dans plusieurs tombeaux de 
Mtskheth. 

Les sépultures renfermant ces objets et offrant des ca- 
ractères artistiques greco-phéniciens ou même romains, doi- 
vent être écartées de l'ensemble de la nécropole, dans l'étu- 
de que nous poursuivons. J'ai rapporté de nombreuses pho- 
thographies montrant des spécimens des mobiliers funérai- 
res et des crânes humains que j'ai pu recueillir ou que j'ai 
étudié dans le musée de Tiflis. 

En étudiant tes divers objets composant les mobiliers 
funéraires de ces nécropoles (il n'est question bien entendu 
que des plus anciennes) il paraît ressortir qu'elles appartien- 
nent dans leur ensemble au premier âge du fer et non à 
l'âge du bronze comme on l'a dit autrefois. 

Les tombeaux de Samthavro ne sont pas les seuls qui 
ont attiré l'attention de M. Bayem. 

On connaît d'autres nécropoles à Dilijane, à Marienfeld 
et à Sartatchalo; elles ont eu pour explorateur comme celle 



,ï Google 



iiz. 

de Mtskheth, M. Bayern. Elles ont été à peine fouillées jus-: 
qu'à ce jour; on sait cependant que les tombeaux que l'on 
y a découverts sont du même genre que ceux de Mtskheth. 
Les mobiliers funéraires que l'on en a retirés présentent les 
plus grandes analogies avec ceux des autres groupes; on y 
trouve également des crânes macrocéphales. 

Ces nécropoles méritent d'autant plus d'attirer l'atten- 
tion que les cas de remaniements et de mélanges n'y sont 
rencontrés qu'exceptionnellement. 

Il ne m'a pas été possible dans ce premier voyage 
d'étudier ces dernières localités, mais je suis fort disposé à 
repartir dans le Caucase et j'espère pouvoir y entreprendre 
de nouvelles fouilles, dont les résultats viendront sans doute 
confirmer ces premières observations ou devront du moins 
jeter un jour nouveau sur cette question si pleine d'intérêt. 

NÉCROPOLES DE l'oSSÉTIE. — KOBAN ET KAZBEC 

La connaissance de ces deux nécropoles est due à M. 
Felimonow, conservateur du Musée archéologique de Mos- 
cou, qui en a donné une description en 1878 dans les an- 
nales de la Société des amis des sciences nanirelles et d'an- 
thropologie de Moscou. 

En 1874, deux fibules, trouvées près de la station de 
Kazbek par un ouvrier de la route de Géorgie, ayant été 
apportées au musée, l'attention de M. Felimonow fut éveil- 
lée et il conçut bientôt le projet d'aller visiter les localités 
où avait été faite cette découverte. 

Dans le premier voyage qu'il fit au Caucase, M. Feli- 
monow vit à Tiflis, dans le musée archéologique, plusieurs 
objets analogues venant de Koban dans les monts Tagaour. 



In 



458 

De retour dans l'intérieur du Caucase cet archéologue se 
mit en devoir de fouiller les tombeaux de Kazbek et de 
Koban. 

NÉCROPOLE DE KOBAN. — Lcs sépulturcs dccouvcrtes dans 
cette nécropole se trouvent sur la berge de la rivière Ko- 
banka, non loin du village de Haut-Koban et prés de la 
route de Vladikavkaz, A peine indiqués par quelques amas 
de pierres, la plupart des tombeaux étaient faits de dalles 
brutes et avaient i mètre environ sur 0,60 de largeur et 0,70 
de profondeur. 

Dans chaque tombe il ne se trouvait qu'un seul indivi- 
du, accompagné souvent de poteries du genre de celles de 
Mtskheth et de nombreux objets en bronze, des fibules à 
arc simple plus ou moins ornées; des perles de verre, de 
cornaline et de bronze; des chaînettes; des bracelets et des 
bagues à tiges plates et à tîges rondes avec des spirales; des 
appliques de divers types; des pendeloques en spirale; puis 
quelques rares armes en bronze; épées et poignards à soie, 
quelquefois avec lame de fer; les rares haches trouvées dans 
ces tombeaux sont courbes et sont à douille ; elles sont or- 
nées de gravures représentant des zig-zag, des cercles con- 
centriques, des quadrupèdes et des poissons. 

Le plus grand désordre régnait dans les tombeaux et 
il a été fort difficile de se rendre compte de la position de' 
chacun des objets auprès des cadavres; les ossements hu- 
mains étaient en si mauvais état qu'il n'a été possible d'en 
rapporter qu'une très petite quantité. 

M. Felimonow n'a donc pas pu donner des détails sur 
les caractères anatomiques de la population inhumée à Ko- 
ban. J'ai appris cependant de M. Antonovitch qui a fait de 
nouvelles fouilles dans ce pays, que parmi les crânes décou- 



,ï Google 



4^9 
cropole, plusieurs présentaient la défer- 
le signalés de l'autre côté du Caucase *. 

[AZBEK. — Les tombeaux découverts dans 
ient un assez grand espace près de l'égii- 
Les fouilles furent entreprises dans la 
des Kazbek et au milieu de cette popu- 
xessante du reste, mais que M. Felimo- 
de qualifier, avec quelque raison, de de- 
:herches furent quelque peu accidentées, 
ouverts et non complètement explorés 
pendant la nuit, il fut très difficile à M. 
endre compte de la position en place de 
s contenus dans chaque sépulture. 
!ts recueillis par le savant conservateur 
ique de Moscou, on doit citer tout d'abord 
jles a arc simple généralement à côtes, 
sont fort grandes et atteignent jusqu'à 
ur deux des fibules se trouvent représen- 
"eau et un svastika ou croix gammée. 
; ceintures, des bracelets ou ornements 
inces de bronze, ornées sur les bords de 
i garnies de points; leurs extrémités sont 
;t de svastika. 

de bracelets en fils de bronze, des pen- 
pendeloques en of garnies de perles de 
ibstances. 
, plus ou moins massives, en forme de 

note a été rédigée j'ai fait un nouveau i 
^ des fouilles considérables dans la Née 
raphie des nécropoles préhistoriques du C 



,ï Google 



460 

cheval ou bien de tête de cet animal et des boutons omés 
de tête de cheval, puis d'autres avec le cavalier. 

Une série de pendeloques avec chaînes, représentant 
grossièrement des hommes et des femmes, rappelant les 
baba en pierre de la Russie méridionale; puis des têtes de 
cerfs et de bœufs et des clochettes ou crotales. Enfin des 
poignées et bouieroUes d'épées et quelques lames de ces mê- 
mes armes en fer. 

De l'ensemble des observations que M, Felimonow a 
pu faire dans les deux nécropoles qu'il a fouillées, il conclut 
que ces sépultures appartiennent à des populations certai- 
nement préhistoriques et que l'on peut les faire remonter au 
commencement de l'âge du fer, conclusions auxquelles j'adhè- 
re pleinement. 

Il pense également que la fabrication des objets qu'il a 
découverts, est toute locale et qu'elle appartient en propre 
à l'Ossétie ou du moins au bassin du Térek, car on a trouvé 
des objets semblables en Kabarda et en Tchetchéna, mais 
on n'en a jamais rencontré plus au sud, suivant lui. 

D'après les renseignements qui viennent d'être donnés 
sur les nécropoles de l'Ossétie et sur celles de Géorgie, il 
ressort quelques faits intéressants que je résumerai dans les 
propositions suivantes: 

i" Les tombeaux de Koban et de Kazbek, de Samtha- 
vro et probablement ceux des autres nécropoles analogues 
découvertes dans les mêmes pays, paraissent appartenir à 
une même population ou du moins à des populations d'ori- 
gine commune et ayant atteint le même degré de civilisation, 
c'est-ù-dirc celle qui a reçu le nom de premier âge du fer. 

2" La civilisation à laquelle semblent appartenir ces né- 
cropoles, paraît pouvoir être assimilée à celle dont on a trou- 
ve des vestiges si remarquables à Bologne, à Este, à Cor- 



,ï Google 



neto, à Bismentova, à Halstatt, Watch, etc., puis en Suisse 
et dans le Jura. Bien que le développement de ces diverses 
nécropoles ne soit pas synchronique, suivant toute probabi- 
lité, la coexistence dans ces diverses localités, de plusieurs 
types d'objets et d'ornementations, tels que les fibules à arc 
simple et à côtes, ainsi que les représentations animales, la 
spirale et le svastika, paraît affirmer entre elle une parenté 
incontestable. 

3" Ce fait démontré d'après les caractères archéologi- 
ques est confirmé encore par les caractères anthropologiques, 
car à Samthavro les macrocéphales se retrouvent comme 
dans le Jura dans les proportions de 20 "/o au milieu d'une 
population dolichocéphale. 

En résumé, s'il n'est pas possible de prouver que les 
populations qui ont laissé des macrocéphales dans le Jura 
sont originaires du Caucase aussi bien que celles qui ont 
déposé des fibules à arc et à côtes dans les nécropoles de 
l'Étrurie, de la Lombardie et des Alpes autrichiens, il est 
indiscutable tout au moins qu'elles ont eu entre elles des 
relations commerciales ou autres de plus ou moins lo 
durée. 

Étant prouvé que les crânes macrocéphales ont et 
cueillis à Samthavro associés à des mobiliers funéraire; 
tant de l'époque du fer, il n'est plus possible de les 
buer aux temps historiques. 



DisousBlon 

M. ViRCHOw: Les divers faits exposés par M, Chi 
sont de la plus grande importance quant à la démonstr 
des relations entre l'Asie et l'Europe. Mais il me paraî 



lyGoogle 



462 

la formule qu'il propose pour la détermination chronologi- 
que de la macrocéphalie est trop exclusive. En Europe, on 
connaît des crânes vraiment macrocéphales des temps his- 
toriques ; je citerai particulièrement le cas décrit n^r M. Thur- 
nam {crâne d'un tombeau anglo-saxon en Angleterre), et 
l'autre dessiné et décrit par M. Ecker (crâne d'un tombeau 
mérovingien de Niederolm, Hesse). En Asie,' nous avons 
les macrocéphales de la Colchide, décrits si bien par Hippo- 
crate, un écrivain qu'on ne placera pas dans la période du 
premier âge de fer. On trouve aussi fréquemment, sur le 
littoral de l'Asie Mineure, des petites figures en terre culte 
qui imitent très fidèlement les têtes macrocéphaliques et qui 
doivent être assimilées aux temps helléniques. On devra 
donc avouer que la mode de déformer les têtes dans le sens 
dit macrocéphalique était très répandue dans le monde an- 
tique. 

M. Chantre: Je n'ai pas prétendu démontrer que tous 
les crânes macrocéphales appartiennent au premier âge du 
fer, comme paraît le croire M. Virchow. J'ai insisté seule- 
ment sur ce fait important à noter, c'est que les macrocé- 
phales du Jura ont été recueillis, ainsi que ceux de Géoi^ie, 
associés à des objets archéologiques reconnus comme ca- 
ractéristiques du premier âge du fer. Je ne crois pas que l'on 
puisse se prononcer sur l'ancienneté des autres crânes macro- 
céphales qui ont été signalés dans les autres pays, car on 
ignore généralement dans quelles conditions ils ont été trou- 
vés. 

Je ne pense donc pas, par conséquent, que cette cou- 
tume de déformer les crânes n'appartient qu'à cette période 
qui a suivi l'âge du bronze; je suis porté, au contraire, à 
considérer que cet usage a pu exister à plusieiu-s époques; 



ly Google 



463 

il existe même actueLement encore dans certains pays, chez 
les Arméniens, par exemple. Je connais même plusieurs ha- 
bitants de Tiflis dont les crânes présentent la déformation 
macrocéphale d'une façon très remarquable'. 

M. Antonovitch: J'ai trouvé des crânes macrocépha- 
les dans les défilés du haut Caucase avec des monnaies by- 
zantines de l'empereur Anastase. Également au pied du 
Caucase j'ai rencontré six crânes macrocéphales dans des 
tumulus du 14*"" siècle. D'un autre côté, je ferai observer 
que l'âge du fer préhistorique dans le Caucase arrive peut- 
être jusqu'au moyen-âge de l'Europe. 

M. Chantre: Ces gisements dont ont vient de parier 
ne peuvent être confondus avec celui de Samthavro. En ou- 
tre, les macrocéphales dont parle aussi M. Antonovitch n'ont 
pas du tout le type de ceux que j'ai signalés. 

M. HiLDEBRAND après avoir relevé l'importance exces- 
sive de la communication de M. Chantre dit: 

Il y a sunout un fait à noter: si M. Chantre avait pu 
nous montrer des objets provenant des cimetières caucasiens 
analogues à ceux de l'Europe méridionale, c'eut été fort im- 
ponant; or il a fait mieux: il présente des types identiques. 
Et cependant quelle grande distance entre le Caucase et 
l'Italie! Le fait est inexplicable dans l'état actuel de la scïen- 

' J'ai constaté depuis le Congrès l'existence de crânes macrocé- 
phales dans des tombeaux Grecs soit à Kertch, soit à Marseille, puis 
dans des sépultures romaines en Alsace et dans de nouvelles nécropo- 
les caucasiennes probablement du vi*"* siècle. J'ai également retrouvé 
l'usage de déformer le crâne chez les Anshariés et les Kurdes actuels. 

c. K. 33 




ce. II est nécessaire d'opérer de nouvelles recherches, des 
fouilles systhématiques. Tous ceux qui s'intéressent au dé- 
veloppement de nos études ne peuvent que désirer que 
M. Chantre soit mis en état de continuer ces investigations 
qui, dés leur début, ont donné de tels résultats. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE 



CHÀNES DéFORMÉS ARTIFiaELLEUENT 

Fig. I et 2. Si-pukures Grecques de Marseille. 
3. Nécropole de Samihavro (Caucase). 
4 et 5. Tumulus de Corveissiat (Jura). 
6. Nécropoles de Samihavro (Caucase). 
7 et 8. Tumulus de Voïteur (Jura). 



r„i,..#fli^^.oogle 



E. Ohantke 




Pholog. et Photcl. k H. D Sanlos. 



er de la Secucn Géologique. 



DigitizsdbyGOOgle 



„Google 



sus QUELQUES JNSCHIFTIOHS EN ËCRirURE OOHAM: 



M. George M. Atkjnson* 

A la troisième session du Congrès Préhistorique, tenue 
k Norwich, un mémoire sur une sorte d^écriture ancienne 
appelée Ogham fut présenté, et cette écriture fut décrite par 
M. Richard Rolt Brash, mort depuis. 

Dans Pceuvre posthume «'Die Ogham Inscribed Monu- 
ments of the Gaedhil in the British Islands etc.,» éditée par 
votre humble correspondant, il prétend que ces caractères 
furent apportés dans les lies Britanniques par une colonie de 
marins dans les temps préhistoriques. Il soutient ses argu- 
ments par un plus grand nombre de monuments trouvés au 
bord de la mer, et il cite les traditions de peuples qui avaient 
des relations avec un établissement espagnol. 

Il y a une ressemblance frappante entre plusieurs des 
noms propres en Espagne, en Portugal, dans le pays des 
Gaëls, et il cite Strabon pour confirmer les traditions ibé- 



■ Lettre adressée au Secrétaire général du Congrès, le i5 scptem- 
bre iS8o. 



,ï Google 



466 

Tiennes dans sa description du plan de l'Andalousie (Baetica) 
et des pays voisins, Turdetania, et TurduH. 

Je prie les savants d'étudier cette question, et je désire 
savoir si nuls monuments écrits en de tels caractères n'ont 
été remarqués dans Tlbérie. 

On constate qu'il y a à peu près deux cents de ces 
monuments mégalithiques. Ils varient en hauteur d'un à 
cinq mètres, et font seulement mention du nom, et du 
nom patronymique du défunt, au génitif. On les trouve sur 
des tumulus et dans des souterrains (rath, lios),, dans des 
cimetières chrétiens où l'on n'enterre plus. On les retrouve 
encore dans les églises primitives et dans des endroits où ils 
sont souvent consacrés et portent la marque d'une croix*. 

Agllsh comté de Kerry, Irlande. Ce monument est 
imparfait. L'inscription est: 

AEA I L O G DO 

La croix a été ajoutée sur la base de la pierre. II y a 
aussi des svastikas. Il se trouve dans le Musée de l'Aca- 
démie Royale d'Irlande, Dublin. 

Saint Olan's Well. 

mn'>/t'"">iin'im/n 

N OMAQ IDEGO {tAA(il=^lius). 

' Voir la planche ci-jointe. 



,ï Google 



467 

llyorovane. Ce grand monolithe est élevé sur un tu- 
ans un lieu désert, auprès de Kenmare dans le sud- 
: l'Irlande. On doit lire l'inscription ^e bas en haut: 



»<"m"i'»""""'-»""'mj'm::.n 

Q I D E C C 



DE C C EDDASAF 



Datoggart. On l'a trouvée couvrant un kistpaen, ou 
in. L'inscription est: 



^^Umljltmjum'"ul 



TEGG ELN ULG 



'rrrf-ff'"" ff/ '"nif^// "•••rmjfi 

lOQOMQER QEF q. e. 

lEQ MOQOl GLUNLEGCET. 



lynesteening. Colonne cylindrique élevée autre- 
nilieu du village. Voici l'inscription: 

1 N (e)n AMAQ I OLACON 



f i 



Ballyn Tagart. N.° î. Une belle pierre à secrion ova- 
le, avec une très longue légende: 

MAQ Q I lAR lEAIHAQ 

"'^m/H '*""'/ W/ %//iii "ll'iiw """tui 

Q I M O C C O E DOF F IN I A S 

Ballyn Tagart. N." 6. 



T R I AMA QAM E OLAG N I 

Cette pierre-ci, ainsi que le N,' 2 et sept autres pierres 
furent trouvées dans un cileen, cimetière où l'on n'enterre 
plus, près de Dingle, comté de Kerry, Irlande. 

Trallong. On la trouve dans un endroit d'une église an- 
cienne à Trallong, Brecknockshire, dans le pays de Galles. 
Inscription bilingue, écriture latine et Ogham : plusieurs des 
monuments dans le pays de Galles ont de ces inscriptions 
bilingues. 

Logie. Cette pierre faisait partie d'un cercle de pier- 
res semblables, sur le marais de Cardcn, dans le Garîoch, 
Aberdeenshire. Elle a une inscription en Ogham et des or- 
nements qui appartiennent à l'Ecosse seule. 



1, Google 




„ Google 



„Google 



469 

Lxumastlng:. Petite pierre portant une inscription en ca- 
ractères Ogham très serrés, dont la transcription est: 

Xtt(oi)chuh(o)tts:ah(o)h, httmnnn:hccf: 
fstff: nehht. onn. 

Elle (ut trouvée dans un marais à Lunnasting, et dépo- 
sée au Musée National des Antiquités d'Edimbourg. 

Ces caractères furent usités .jusqu'au 10* siècle. 

Nous en trouvons des variations différentes expliquées 
dans un manuscrit nommé «The book of Ballymotei, con- 
servé dans la bibliothèque de l'Académie Royale d'Irlande. 



,ï G 00 1^ le 



DU OUL'n: DE LA PŒRRE 



M. J. Bellucci 



Voici une série de cartons contenant une collection 
d'amulettes modernes que j'ai recueillies en diverses par- 
ties de rOmbrie, et principalement dans les habitations ru- 
rales et montagnardes de cette région. Je ferai remarquer 
que les pièces recueillies peuvent être divisées en deux ca- 
tégories: amulettes efficaces contre les maladies de Thomme 
et des animaux ; celles qui ont efficacité par rapport aux 
croyances et superstitions particulières, par exemple, la fou- 
dre, les sorcières, le mauvais œil, la mauvaise fortune. Ce 
carton contenant vingt-six amulettes est surtout important 
au point de vue des études préhistoriques, car ces amulettes 
sont considérées comme des préservatifs contre la foudre; ils 
consistent, comme on peut voir, en des pointes de flèches, 
des couteaux, des grattoirs en silex, des hachettes polies en 
serpentine et en jadéite. Quelques-unes de ces amulettes 
sont enchâssées dans des Agnus-Dei, d'autres sont gar- 
dées dans des sachets de cuir, d'autres encadrées en argent 
ou en laiton. 



,ï Google 



471 
Parmi les amulettes efficaces contre les maladies, je si- 
gnalerai un fragment de crâne humain, une espèce de ron- 
delle crânienne, prise dans un crâne après la mort, et gardée 
comme efficace contre Tépilepsie ou mal caduc, et contre 
les convulsions chez les enfants. J'ajouterai que cette singu- 
lière amulette démontre combien vraie était Pingénieuse hy- 
pothèse du regretté professeur Broca sur ta vertu des amu- 
lettes crâniennes de l'époque préhistorique, et sur la trépa- 
nation usitée alors. Je terminerai en disant que je poursuis 
à présent ces recherches et que sur la question des amulettes 
contemporaines je publierai sous peu le résultat de mes in- 
vestigations. 

M. Magitot: Parmi les pièces que M. Bellucci fait pas- 
ser sous nos yeux, je remarque la présence d'une rondelle 
crânienne de tous points comparable ù celles qui ont été 
observées dans la Lozère par le Dr. Prunières et dans la 
Marne par M. Joseph de Baye. C'est là un fait très inté- 
ressant en raison de sa nouvelle provenance et qui fait pré- 
voir d'autres découvertes du même ordre relativement à la 
pratique de la trépanation préhistorique. 



,ï Google 



HOTE SDR LES PKÊTENDUES KBLATI0N3 



MACROCÉPHALES D'HIPPOCRATE AVEC I,ES CIMBRES 



M. F. ADOtPHO COELHO 

Au congrès de Budapesth {1876) M: Lenhossék pré- 
senta un de sept crânes macrocéphales qui ont été décou- 
verts sur le bord de la Tisza en Hongrie, L'attribution de 
ce crâne à une race particulière pratiquant la déformation ar- 
tificielle qu'on y remarquait, donna lieu à une discussion à 
laquelle prirent part beaucoup de savants et entre eux M. 
Broca. Cet éminent anthropologue, dont la science déplore 
la perte récente, ne voulut pas y voir un crâne tartare da- 
tant, ou de rinvasion des Tartares en Hongrie en 1341 ou de ' 
ta conquête turque en 1326, où les Tartares faisaient partie 
intégrante de l'armée turque. M. Broca allait chercher plus 
haut l'origine de ce crâne, en le mettant en rapport avec cer- 
tains faits de déformation crânienne artificielle, connus soit 
par les notices des anciens auteurs, soit par l'observation 
moderne, c'est-à-dire avec les macrocéphales d'Hippocrate, 
la déformation toulousaine et celle qu'on retrouve dans le 
département de Deux-Sèvres, etc. 

Ma note ne regarde que la théorie ethnique énoncée par 
Broca à propos de ces faits. 



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D'après lui tous ces crânes macrocéphaies proviennent 
d'un seul peuple, le peuple qu'Hippocrate et d'autres anciens 
écrivains nous font connaître sous le nom de Macrocépha- 
ies; c'est à ce peuple qu'on doit l'implantation de l'usage 
de la déformation artificielle du ci^ne, qui s'est maintenu 
jusqu'à nos jours en diverses parties de la France. Ce peu- 
ple, qui habitait près du Palus-Maeotides, devait être un des 
peuples Cimmériens, à tous lesquels cet usage ne serait peut- 
être pas commun. Les Cimmériens auraient parcouru l'Eu- 
rope en toute sa largeur à l'âge du bronze. Une partie de 
ce peuple, qui après l'invasion scythique (63 1 avant notre 
ère) n'avait pas passé en Asie, s'est dirigé probablement 
vers l'ouest et le nord de l'Europe. 

On les retrouve, moins de 5o ans après sous le nom 
de Kimris ou de Ifymris que se donnent encore aujourd'hui 
les Gallois de la Grande-Bretagne, et plus tard sous le nom 
de Cimbri^ adouci par la prononciation latine. C'est à eux 
que le Jutland dût d'être appelé par les Romains \s- pénin- 
sule cimbrique, et c'est de leur nom que les modernes ont 
fait dériver celui de race kpnrigue. Tune des deux grandes ra- 
ces celtiques. Ils pénétrèrent en Gaule à travers le Rhin; ils y 
poussèrent à plusieurs reprises leurs invasions presque dans 
le sud, et après des luttes violentes qui provoquèrent de 
grands mouvements de peuples, ils restèrent définitivement 
maîtres de toute la Gaule bcjgique, comprise entre la Seine, 
la Marne et le Rhin, De là ils passèrent dans la Grande- 
Bretagne dont ils occupèrent la partie méridionale; d'autres 
peuples kymriques traversant l'Helvétie et les Alpes péni- 
nes, allèrent s'établir dans la Haute-Italie; de ce nombre 
étaient les Boïens, dont les nombreuses tribus se répandirent 
en outre dans toute la région comprise entre le Mein et le 
Danube et jusque dans la Bohême (qui a conservé leur nom). 



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475 
pas, que deux celtistcs vraiment sérieux en Allemagne, 
deux en France, deux ou trois en Angleterre, deux encore 
en Italie. 

Je serai heureux si, en n'apportant que trop peu de 
nouveau sur cette question, maïs résumant ce que les maî- 
tres de la science que je viens de nommer et d'autres en- 
core ont écrit sur la question des Gimbres, je contribue pour 
quelque chose à rayer des livres d'anihropologie, d'ethno- 
logie et d'histoire quelques équations ethniques qui sont évi- 
demment fausses et la nomenclature qui est basée sur elles. 
Je vais résumer la question. 

Le plus ancien témoignage au sujet des Cimmériens 
nous est fourni par l'Odyssée, dont la géographie a des ca- 
ractères généralement fantastiques, aujourd'hui bien recon- 
nus, malgré quelques enthousiastes. 

Dans ce poème les Cimmériens sont un peuple auquel 
ne se rattachent que des fables. Nous trouvons chez Héro- 
dote les plus anciennes notices historiques sur ce peuple. Je 
ne vous répéterai ni ce que le vieux historien nous racconte 
de son expulsion de la Crimée par les invasions scythiques, 
ni ce que nous savons de sa destinée dans l'Asie Mineure, 
par les autres historiens grecs, l'élégie jonienne et les inscrip- 
tions cunéiformes. A juger par l'ensemble de ces rensei- 
gnements, on conclurait que les Cimmériens étaient un peu- 
ple tout à fait disparu du théâtre de l'histoire au temps d'Hé- 
rodote, sans avoir laissé un seul représentant. 

Strabon nous fourni trois équations ethniques à propos 
des Cimmériens et des Thraces: 

Les Cimmériens sont aussi appelés des Trêres: 

Les Tréres sont une nation Ctmmérienne: 

Les Trêres sont des Thraces. 



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lOogle 



47^ 

M. d'Arbois de Jubainville n'hésite pas à en conclure 
que les Cimmériens étaient des Thraces; mais les textes 
classiques ne sont nullement pour moi quelque chose de sa- 
cré sur laquelle on puisse jurer. Ce qu'il y a de vrai c'est 
qu'aucun témoignage ne nous permet d'affirmer qu'une par- 
tie des Cimmériens aient émigré vers la Chersonèse cimbri- 
que ou vers quelque autre partie de l'Europe occidentale ou 
centrale. Ce ne fut qu'àla un du deuxième siècle avant notre 
ère, au moment de la grande invasion cimbrique, que l'his- 
torien grec Posidonius émit l'hypothèse, mais au seul titre 
d'hypothèse, que les Cimbres fussent des Cimmériens, ne 
se basant que sur la ressemblance des noms et le caractère 
envahisseur des deux peuples. Ce rapprochement a été ré- 
pété, mais toujours comme une simple hypothèse, par Stra- 
bon, Diodore de Sicile et Plutarque. Moins exigeants que 
les savants de l'antiquité, ceux de notre temps ont regardé 
l'hypothèse comme un fait prouvé. 

Les formes des deux noms sont toujours bien fixées dans 
les anciens auteurs. Le nom des Cimmériens est assez fidè- 
lement transcrit dans les inscriptions assyriennes par Gimi- 
rai, l'adoucissement d'un c en ^ étant très fréquent dans les 
mots étrangers admis dans une langue ou dans les noms 
propres étrangers: en latin, par exemple, Sagunîum pour 
Zakynthos, etc. 

Si nous savons fort peu sur les Cimmériens, de bonne 
heure disparus de l'histoire, nous possédons sur les Qmbres 
assez de données positives pour nous permettre de les clas- 
sifier ethnologiquement. 

Il faut remarquer d'abord que la seule forme de leur 
nom que nous connaissions par les auteurs grecs et latins est 
KifiPpoi, Cimbri. 

Le manque de critique avec lequel beaucoup d'écrivains 



,ï Google 



477 
ont traité dans ces derniers temps la question des Cimbres 
explique seul qu'on ait mis en doute qu'ils fussent des Ger- 
mains. 

Dans les anciens écrivains, abstraction faite de l'hypo- 
thèse de leur origine cimmérienne, nous les voyons être ap- 
pelés tantôt des Galates ou des Celtes, tantôt des Germains. 

11 faut bien distinguer les époques auxquelles appar- 
tiennent ces différents témoignages et les écrivains qui nous 
les offrent. 

Les anciens confondirent longtemps les Germains avec 
les Celtes; ils ne les ont bien distingué qu'après l'époque 
où les Romains furent amenés à avoir un contact plus in- 
time avec les deux groupes. Jules César est le premier écri- 
vain qui emploie ce nom ethnique de Germains; il l'avait 
appris des Celtes de la Gaule transalpine {cisalpine pour 
nous), à la langue desquels ce mot appartient, bien proba- 
blement. 

La confusion des Cimbres et des Galates, se trouve chez 
Diodore de Sicile (v, Sa) et chez Appien (Illyr. 4); par cette 
confusion ces deux historiens font venir les Cimbres jusqu'à 
Rome et à Delphes, contre tout ce que nous savons de leur 
histoire. Une confusion semblable se trouve à l'égard d'une 
autre branche des Germains, les Bastames, également appe- 
lés des Galates. 

Nous ne devons pas nous en étonner lorsque nous voyons 
encore Salluste (Jug. 1 14) nommer les Cimbres Galli, Gau- 
lois. Quelques écrivains postérieurs, comme Flonis, ont con- 
tinué la confusion, car ils se servaient des renseignements 
des vieux auteurs; ceux qui avaient le moins de critique sup- 
posaient que l'ancienneté donnait à ces renseignements une 
valeur particulière. 

Dans l'inscription d'Ancyre, Iç célébra testament d'Aii- 



,^ 






478 

guste, les Cimbres sont considérés comme des Germains, 
de même que dans les meilleurs écrivains latins postérieurs 
à César, tels que Pline, Tacite, et dans les écrivains grecs 
de la même période, qui puisèrent aux sources latines, Stra- 
bon et Plutarque. Mais j'observerai que l'on continua à nom- 
mer populairement les Germains des Gaulois, comme nous 
savons par deux anecdotes dans Pline (35, 4) et Gicéron 
{de Oratore 3, 66), où il est question des images des Cim- 
bres, ayant la langue étendue. 

Le nom des Cimbres est, d'après Grimm et Zeuss, bien 
probablement germanique. Festus nous dit que c'est un 
mot gaulois signifiant larrons {Cimbri Hngua gallica latro 
nés dicuntur)^ mais «gauloisi ici peut signifier «germanique», 
d'après ce que je viens de dire. La même explication se ren- 
contre chez Plutarque: KîftjSpous lirovs^owri Vt^^anni tojî 
XiiuTâç (Mar, cap. 11). Arirni^ signifie spécialement pirate. 
Grimm a montré dans ses Antiquités du droit germanique 
et nous le savons encore d'autres sources, que la piraterie, 
le vol était primitivement bien loin d'être regardés comme 
des professions malhonnêtes. Vous vous rappelez sans doute 
ce passage où Jules César nous dit que les Germains ne 
considéraient pas le vol comme une infamie quand il était 
exercé sur une tribu, une ville voisine. Le nom de voleurs, 
de pirates par excellence n'était donc qu'honorable. Mais la 
question d'un nom de peuple n'a jamais une importance ca- 
pitale en ethnologie, car ce nom peut appartenir à une lan- 
gue étrangère. 

Zeuss a montré que les noms des chefs cimbres chez 
Orosius — Lugius^ Claodicus,, Caesorix sont des noms ger- 
maniques, ce qui est bien plus important que l'origine du 
nom même de ce peuple; il n'y a que le nom de chef fîoiorix 
qui ait une forme celtique: nous trouvons même ce nom 



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479 
comme celtique dans Tite-Live; mais Zeuss remarque que 
ce nom pourrait être altéré par les étrangers et qu'on le 
peut aussi regarder comme germanique, car nous avons les 
noms germaniques Bojo, Bojocalus. Grimm pense à une 
forme Baugareiks. On connaît plusieurs noms propres cel- 
tiques qui ressemblent à des noms propres germaniques, 
tout en ayant une étymologie bien différente, que le Ihr 
guiste arrive à bien démêler. Les traits ethnographiques 
des Cimbres, leurs usages et leurs mœurs, où l'on a vu 
une preuve de leur celticité, n'oiîrent rien qui nous force 
à les faire considérer comme des Celtes. Les plumes et les 
figures d^animaux de leurs heaumes nous rappellent la pas- 
sion que les Germains, décrits par Tacite, avaient pour 
les armures, les caparaçons, les colliers. Ce que nons sa- 
vons de leurs mœurs n'offre rien de particulièrement celti- 
que; mais il y a un détail qui est parfaitement germanique. 

Nous savons par Strabon que Pambassade cimbrique 
envoyée à Auguste fit présent à cet empereur d'un chaudron 
sacré. 

Or le chaudron jouait un rôle important dans le culte 
des anciens Germains C'était dans le chaudron du sacrifice 
qu'on faisait tomber le sang de la victime. On peut lire lâ- 
dessus les textes réunis pat J. Grimm dans sa Mythologie 
allemande^ p. 49. 

Rien ne nous prouve que les Gmbres, qui sont évidem- 
ment, du moins pour nous, un peuple germanique, prati- 
quassent jamais la déformation macrocéphalique; je ne crois 
pas qu'on ait jusqu'à présent trouvé des crânes macrocé- 
phales dans le Jutland; et quand même on y en trouverait, 
rien ne nous permettrait d'y voir les traces de la présence 
des Cimmériens. 

Il n'y pas longtemps il régnait en Portugal, du moins 
CR. 34 



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4^0 
dans quelques-unes de ses provinces, un usage, que je con- 
nais par la description de vieilles sages-femmes et où je 
vois le dernier adoucissement de la déformation macrocé- 
phaliquc. C'était Pusage de Vesiopada, l'étoupage. On en- 
tourait la tète des nouveaux-nés, en la pressant assez dure- 
ment, avec de l'étoupe trempée dans du blanc d'œuf. 

Doit-on y voir aussi une trace de la présence des Gm- 
mériens en ces lieux dans l'antiquité? 

Nous examinerons maintenant l'équation des Cimbres 
et des Kymris; cette équation ne se base que sur la ressem- 
blance des noms. 

Zeuss et Gluck ont démontré en toute évidence que, si 
le mot que nous connaissons sous la forme K^mri avait existé 
h l'époque où les Cimbres apparaissent dans Thistoire, il au- 
rait la forme Combroges: cela est aussi bien prouvé que le 
mouvement de la terre. 

Combroges est un mot composé de corn et broges; corn 
est adverbe et préposition celtique, identique au latin cum, 
corn: broges se retrouve dans Ande-brogius^ Brogi-tarus, 
Brogi-maruSf AUobroges. D'après les lois phonétiques du 
bas-breton et du kymrique, si le singulier brox de broges^ 
brogis au génitif, s'y était conservé, il y aurait pris la forme 
brog, pour perdre ensuite le g final; or dans ces deux dia- 
lectes nous rencontrons bro, ancien brog, dans le sens de 
fterre, régiona. Combroges signifierait donc compatriotes. 
Le nom Allo-broges est composé de allô et broges. Le pre- 
mier élément se retrouve en kymrique sous la forme ail; 
c'est le même que le latin alius. AUobroges signifiait donc 
alienigenac. 

Voilà les points de repère dans l'histoire du mot Com- 
broges, supposant qu'il eut été formé avant l'invasion des 
Saxons dans la Grande-Bretagne: 



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/ 



Kymrique 

Com-brog. 

Cym-brog. 

Cymmro (mb='mm), perte du g. 

Cymro plur. cymry. 



kon-brog. 

ken-brog. 

ken-bro. 

ken-vro appellatîf^con/erriiwewj. 

Toutes ses altérations sont démontrées par d'autres 
exemples; o est changé en^, par exemple en escyb de epis- 
copus (escob); kyrn de corn (cornua). 

Zeuss nous fournit encore les formes anciennes. 

m. kemro kemry. 

f. camraes, camaraes {cambra). 

11 faut effacer pour toujours de Pethnologie, dans le 
sens qu'on lui donne généralement, cette malheureuse déno- 
mination de Kymris, qui ne peut que désigner les habitants 
du pays de Galles; il faut en rayer aussi les théories qui se 
basent sur la ridicule identification de ce nom avec celui des 
Cimbres, ou alors il faut considérer la glottologie, dont la 
méthode semble si rigoureuse, comme un vain rêve de quel- 
ques cerveaux désœuvrés; il faut jeter au feu ces travaux, 
dont s'honore notre siècle, de Bopp, de Grimm, de Zeuss, 
de Diez et de ceux de leurs élèves qui restent fidèles à leur 
méthode, tout en s'efforçant encore de la perfectionner. 

34» 



,ï Google 



482 

D'où viennent donc les crânes macrocéphales, les dé- 
formations crâniennes dont l'existence est constatée en Eu- 
rope? Faut-il y voir les documents du passage, ou de la fi- 
xation sur le sol où l'on les retrouve, d'une seule race prati- 
quant la déformation macrocéphalique? Cette race traver- 
sa-t-elle l'Europe aux temps préhistoriques ou aux temps 
historiques ? 

M. Lagneau pense qu'on devrait peut-être attribuer aux 
Théiphales et aux Alains immigrés du Sud-Ouest et dont on 
a constaté la présence en France, l'importation de la défor- 
mation crânienne artificielle de Deux-Sèvres. 

Il faut attendre de nouvelles découvertes .archéolo^- 
ques, de nouveaux faits ethnographiques avant d^élever une 
théorie sur ce sujet. 

Ce qu'il y a de plus probable c'est que les crânes ma- 
crocéphales qu'on a découverts déjà, que les usages de dé- 
formation plus ou moins adoucie qu'on a constatés en Eu- 
rope, doivent être attribués à divers peuples et appartenir 
à différentes périodes'. 

M. Vilanova: A propos de la communication que vous 
venez d'entendre, je dois vous dire. Messieurs, que la fatale 
pratique de façonner la tête des nouveaux-nés existe aussi 
malheureusement en Espagne, et en confirmation je me rap- 
pelle dans ce moment que mon fils cadet étant assez doli- 
chocéphale, par opposition à l'aîné qui est brachycéphalc, 
des personnes de position sociale très distinguée m'ont ac- 
cusé de ne pas lui avoir fait façonner la tête à sa naissance. 



' Voir l'Appendice 



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LES aiTANOS D'DSFAaNE ET LES GIGAIfOS DE PORTUGAL 



À PROPOS DS LA QUESTION DE L'IMPOKTATIOH DES UÉTAUX 
EN EUROPE PAR LES TSIGANES 



M. Paul Bataillard 



I 



Ceux qui ont assisté, soit à la session de Budapesth 
(1876) du présent Congrès, soit au Congrès des sciences an- 
thrnnnln0ini»>e niiï <i'(>«t tcHU à Paris à l'occaslon de l'Ex- 
ie 1878, ou qui ont lu les comptes- 
nions scientifiques, connaissent mes 
ies Tsiganes en Europe et sur la 
race de métallurges nomades a dû 
à la diffusion des métaux dans cette 
ma longue communication au Con- 
exposé VÉtat de la question de l'an- 
tn Europe, précisément comme in- 
archéologique que j'y rattache'; et 
courte que j'ai faite au Congrès de 

> l'ancienneté des Tsiganes en Europe pour 
stion de l'importation du bronje. . . par les 
«•rendu du Congrès. . . de Budapest. Paris, 
8.%64p. 



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r 



484 
Paris, sous le titre Historique et préliminaires de la ques- 
tion de Vimporlation du bronze dans le nord et roccident de 
r Europe par les Tsiganes', contient un résume de la pré- 
cédente, avec un aperçu de mes travaux antérieurs sur une 
race que j'étudie depuis plus de trente-cinq ans. 

Je ne reviendrai sur tout cela, que dans la mesure stric- 
tement nécessaire pour motiver l'évocation des Tsiganes ou 
Gitanos devant un Congrès voué aux études préhistoriques. 

Lorsque j'ai abordé, en 1844, l'histoire des Tsiganes 
par un premier mémoire sur Papparitiott et la dispersion des 
Bohémiens en Europe', on admettait généralement, avec 
Grellmann, que cette race n'avait fait sa première apparition 
en Europe qu'au commencement du xv* siècle de notre ère, 
el qu'elle était sortie de l'Inde très peu de temps aupara- 
vant, probablement à la suite des guerres de Tamerlan; et 
c'est là encore aujourd'hui une idée ressassée par les auteurs 
qui s'occupent des Tsiganes sans être au courant des tra- 
vaux publiés sur eux depuis cette époque; tel est en parti- 
culier le cas du dernier petit livre sur la matière qui ait paru 
à ma connaissance, dans la Péninsule ibérique: El Gitanis- 
moy etc., par M. Francisco de Sales Mayo (Madrid, 1870). 

Idée complètement erronée, et que j'ai commencé à dé- 
truire dès 1844 et 1849'. Sans marquer ici les étapes suc- 

' Tiré à part, in 8.", 16 p. — Se trouve aussi à la librairie Emest 

' Voir la note suivante, 

• Mon premier mémoire sur L'apparition el la dispersion des Bohé- 
miaa en Europe, publié en 1^44 daasla Bibliothèque de l'École des Char- 
les (et dont le tiré à part forme 60 p. gr. in 8.°), fut suivi en [849, dans 
le même recueil, de Nouvelles recherches sur le même sujet (in 8 '■ de 
48 p.). Le premier de ces deux mémoires est depuislongtemps épuisé; 
mais la bibliothèque de l'Académie des Sciences de Lisbonne les pos- 



,ï Google 



485 

cessives et progressives par lesquelles ma pensée a passé, 
je dirai en quelques mots l'état présent des choses : 

Il reste certain qu'il y a eu, au xv" siècle de notre ère, 
une immigration considérable de Tsiganes de PEurope orien- 
tale dans l'Europe occidentale; cette migration, que j'ai ra- 
contée en 1 844, est la seule dont l'histoire ait conservé des 
traces précises, et c'est d'elle principalement que dérivent 
les Tsiganes qui sont aujourd'hui répandus dans l'Europe 
occidentale. 

Mais, d'abord, les Tsiganes qui émigrèrent alors de l'Eu- 
rope orientale et aussi de l'Asie antérieure vers l'Occident, 
étaient établis dans ces deux régions, sans parler de l'Egyp- 
te et de l'Afrique septentrionale, depuis un temps impos- 
sible a déterminer, car nulle part on n'a pu y constater leur 
apparition. Tout ce qu'on a pu faire a été d'y constater leur 
existence à dés époques qui vont toujours reculant dans le 
passé. Si, comme je n'en doute pas, et comme M. Mikiosich 
le reconnaît avec moi', les Athingans du moyen-Sge byzan- 
tin sont des Tsiganes, on remonte ainsi déjà d'une manière 
certaine jusqu'au vn' siècle de notre ère, car c'est vers cette 
époque que commencent à être signalés les Athingans dans 

sédait tous les deux en i85o, et j'apprends qu'elle les possède encore 
aujourd'hui.— Quant à mes publications plus récentes (dont on trouvera 
la liste, les deux dernières exceptées, sur la couverture des Zlotars), je 
les envoie toutes, toutes celles du moins qui ont été tirées à part, au 
Congrès de Lisbonne. 

' Mikiosich, Ueber die Mundarlen unddie Wanderungén der Zigeu- 
ner Europa's, vi' mémoire, Wien, 1878, in-4 '■ Anhang (Appendice), La 
série des importants mémoires in 4.° de M. Mikiosich, publiés de 1871 
à iSSo, se compose de 12 fascicules formant un total de plus de S3o pa- 
ges. Il faut y joindre trois autres brochures (in 8.*) publiées en 1874, 
1876 et 1878 sous le titre de Beilrâge ^ur Kenniniss der Zigeunermim- 
darten, la i''"> portant les n" i-u. 



„Gqi 



QOjjlc 



486 

l'Asie Mineure, sans qu'on sache rien d'ailleurs de leur arri- 
vée dans cette contrée, ni du passage d'Asie en Europe des 
Tsiganes qu'on trouvera plus tard dans l'Europe orientale, 
passage qui n'aurait pu s'effectuer sous les yeux de Byzance 
à des époques pleinement historiques, sans que l'histoire eût 
gardé quelque trace de cette migration singulière. 

Aussi ne m'arrêié-je point au vn' siècle de notre ère. 
Guidé par des considérations historiques et ethnographiques 
dans le détail desquelles je ne puis entrer ici, je suis amené 
a la conviction que les Tsiganes se rattachent aux Sigynes 
qu'Hérodote signale sur le Danube, aux Sinties qu'Homère 
place dans l'île de Lemnos, et finalement aux peuplades ca- 
biriques que l'antiquité grecque a connues en Asie Mineure, 
dans les îles de la Méditerranée orientale et dans la pénin- 
sule des Balkans. 

Je ne donne point cette opinion pour un fait dès à pré- 
sent établi, il me reste beaucoup à faire pour obtenir l'adhé- 
sion formelle des quelques savants compétents dans une 
question si complexe; mais je crois au succès final de cette 
thèse hardie, et il me semble que c'est déjà beaucoup à 
l'heure actuelle, quand je n'ai fait encore qu'en effleurer la 
démonstration, de pouvoir dire que, des deux maîtres india- 
nistes et tsiganologues qui s'appellent Pott et Ascoli, le pre- 
mier suspend son jugement définitif, tandis que le second 
incline déjà de mon côté et m'encourage à poursuivre. 

Avant d'aller plus loin, je dois mentionner un corollaire 
important de ma thèse principale. J'ai constaté que la mi- 
gration qui a répandu les Tsiganes dans l'Europe occiden- 
tale datait seulement du xv* siècle. Ce fait constant gardera 
toujours sa valeur. Mais, s'il est une fois bien établi que cette 
race existait dans l'Europe orientale (et conséquemment en 
Asie Mineure) dès les temps préhistoriques ou proto-histo- 



,ï Google 



4^7 
riques, personne ne doutera que des bandes de ces noma- 
des n'aient pu et dû faire des excursions industrielles en Occi- 
dent à des époques bien antérieures au xv° siècle, tout comme, 
aujourd'hui, les Tsiganes CnWijrafi (chaudronniers) de Hon- 
grie ou du Banat de Temeswar et les Tsiganes Oursari 
(conducteurs d'Ours) de la Bulgarie font sous nos yeux des 
tournées dans toute l'Europe, qui se terminent par leur re- 
tour dans leurs pays. Il est même très possible que quelques 
groupes de ces nomades aient jadis établi des stations fixes 
sur divers points de l'Occident, et que finalement il y ait eu, 
à différentes époques antérieures au xv* siècle, de petites im- 
migrations tsiganes dans telles ou telles répons du Nord, de 
l'Ouest ou du Sud-Ouest. Une fois reconnu que les Tsiga- 
nes habitaient le sud-est de l'Europe de temps immémo- 
rial, ce sont là des faits subsidiaires, qui ont dû se produire 
sans que l'histoire les ait généralement mentionnés (je crois 
que j'en retrouverai cependant quelques curieuses traces); 
et ces faits, dénués en apparence de toute importance his- 
torique, peuvent avoir cependant une importance archéolo- 
gique qu'il ne faudra pas perdre de vue. 

Je ne m'en suis pas tenu, en effet, à reculer indéfini- 
ment l'existence des Tsiganes dans le sud-est de l'Europe, 
dans l'Asie Mineure et dans les îles de la Méditerranée orien- 
tale. Une fois ma conviction formée à cet égard, je me suis 
dit que ce n'était certainement pas sans cause et par pur 
hasard, que cette race, dont la grande majorité en Orient est 
encore adonnée aujourd'hui au travail des métaux, se trou- 
vait ainsi répandue si anciennement dans le monde, que les 
étranges pérégrinations de cette race de métallurges aux 
procédés primitifs et barbares devaient avoir leur raison 
d'être; et c'est ainsi que je me suis demandé, d'abord, si les 
ancêtres des Tsiganes ne seraient pas précisément les arti- 



V 



..GooqIc 



K 



sans nomades auxquel 
logues avaient été déjà 
bronze en Europe. 

J'ai porté d'abord 
cident et surtout du N 
encore de la Scandina\ 
fait secondaire de Pin 
l'Europe dans ces régit 
Scandinaves où cette in 
y pourrait être plus fa 
tsigane, que dans le ba 
ter S des époques bier 
fluences de civilisation 
reste que montrer la \ 
mant dans mon doma 
du moins la bonne for 
m'ont prêté M. M. Ko| 
ajouter aux Caldarari 
et du Banat, qui avaier 
les Zlotars^ de Galicie 
ganes fondeurs de bro 
apportent une nouvelli 
deux ou trois mille an 
le fer, a cessé d'être ur 

Est-ce à dire que 
et aux métaux contempi 
te qu'au fait secondaii 
du sud-est à l'ouest et 



' Les Zlotars. . . Tsigc 
Galicie orientale et la Bul 
d'Anthr., 1878, in-8% de 79 



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demniem non. Si les Tsiganes qui travaillent le cuivre et 
surtout ceux qui fondent le bronze sont aujourd'hui rela- 
tivement peu nombreux, ce qui n'est pas surprenant, il 
n'en est pas de même des forgerons. Tout le monde sait 
que la grande majorité des Tsiganes d'Orient travaillent le 
fer*. Certaines des peuplades cabiriques le travaillaient aussi; 
et lorsque je tirerai du rapprochement que j'ai indiqué plus 
haut entre ces peuplades et les Tsiganes tout ce qu'il com- 
porte, je crois que l'importance archéologique des Tsiganes 
forgerons sautera aux yeux. Je suis précisément sur la voie 
d'informations nouvelles qui me sont promises de l'Asie 
Mineure, et qui, si elles confirment les premiers renseigne- 
ments venus de cette région, fourniront à ma thèse ainsi 
généralisée de bien forts arguments. 

Je ne mentionne que pour mémoire la dernière petite 
communication que j'ai faite à la Société d'Anthropologie 
de Paris sur les anciens métallurges en Grèce*; car cet 
opuscule de circonstance' n'est qu'une préface à une étude 

' Voir, du reste, dans mes Tsiganes de l'âge du bronze, 1876, l'aper- 
çu que j'ai donné des diverses industries métallurgiques des Tsiganes 
en Orient. 

* Bulletin de la Société d'Anthr., séance du 17 juillet 1879; tiré à 
part de 3o p. Cette petite communication est venue en réponse à quel- 
ques objections qui m'avaient été faites sur certains points d'une lon- 
gue communication qui avait pour titre : La question du bronze et du 
fer aryens. Les Indo-Européens étaient-ils à l'origine des métallurges? 
et dont les Bulletins du i" mai précédent contiennent un court résumé. 
Ce travail lui même, à cause de son étendue, avait été renvoyé auï Mé- 
moires de la Société; mais je préviens qu'on ne l'y trouvera point: 
la lenteur avec laquelle se publient les Mémoires m'a laissé le temps de 
la réflexion, et j'ai reconnu qu'un travail improvisé sur un sujet si vaste 
et qui exigerait une érudition générale que je n'ai point, était v 
trop insuffisant. 



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49° 
un peu plus approfondie qui, comme je viens de l'indiquer, 
aura pour principal objet les peuplades cabirïques et les 
afSnités de la race tsigane avec elles. Ceci est forcément 
de mon domaine; ce qui ne l'est guère, c'est l'archéologie 
proprement dite, dont l'intervention est pourtant si néces- 
saire dans les questions que soulève ma thèse. Heureuse- 
ment je puis dire que cette partie essentielle de la tâche est 
aujourd'hui en bonnes mains. Un archéologue éminent, M. 
Charles de Linas, est entré pleinement dans mes vues; et 
le 3* volume de son grand ouvrage intitulé au début Les 
origines de l'orfèvrerie cloisonnée., volume dont l'impression 
se poursuit depuis quatorze mois et dont les feuilles me 
sont amicalement communiquées au cours du tirage, éta- 
blira, je n'en doute guère, la grande valeur archéologique 
de la thèse qui nous est maintenant commune'. 



Il 



Les explications qui précèdent, et qui ne sont peut-être 
pas dénuées de tout intérêt, étaient, dans tous les cas, né- 
cessaires pour m'autoriser à vous parler des Gganos ou 
Gitanos des contrées où siège le Congrès. Car c'est à eux 
que j'en veux venir, non pour vous apporter sur eux des 



' M. J. G. Bulliot, entre autres travaux importants sur l'ancienne 
Bibracte (Auiun), a publié dans les Mémoires de la Société Éduenne, 
t. va d'une nouvelle série, 1878, une bien curieuse dtude sur les loges 
des fondeurs nomades à la foire de Bibracte. Il y avait là la matière 
d'un des principaux paragraphes de ma communication supprimée 
(voir la note précédente); mais M. de Linas, quand il arrivera à la 
Gaule, tirera certainement de ce travail de M. Bulliot meilleur pani 
que je n'aurais su le faire. 



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49' 
notions nouvelles, mais au contraire pour en demander aux 
membres portugais et espagnols de cette savante réunion. 

Ils me permetront de constater d'abord que cette race, 
nombreuse pourtant sur le sol ibérique', y a été bien peu 
étudiée. 

Parmi les vieux auteurs espagnols, Fernandez de Gôr- 
dova {Didascalia multiplex, Lugduni, i6i5, p. 4o5 et suiv.) 
est presque le seul, si je ne me trompe, qui mérite d'être 
cité; encore sa courte notice, comme presque toutes celles 
qui ont paru en Europe jusqu'au commencement du siècle 
actuel et souvent encore depuis, vîse-t-elle les Tsiganes en 
général et non ceux du pays en particulier, Côrdova croit 
leur langue slave; mais en parcourant sa notice, je remar- 
que qu^l avait pensé déjà' à rapprocher les Tsiganes des 
Sigynes d'Hérodote et de Strabon, rapprochement que je 
retrouverais du reste chez quelques autres auteurs euro- 
péens de son temps. 

Quant aux réquisitoires de Don Sancho de Moncada, 
professeur de la Sainte Écriture en l'université de Tolède', 

'Voir les chiffres éleviïs que donne Grellmann, 1787, p. 26-27. 
Borrow de son côté, The Zincali, 1841, t. 1, p. 274, évalue le nombre 
actuel des Gïtanos en Espace à 40.000 au plus, Jont le tiers environ 
dans l'Andalousie seule; mais il croit que leur nombre avait pu être 
plus élevé autrefois. 

• A la vérité il ne s'y arrête pas, maïs pour une raison géographi- 
que qui lui appartient, et qui est de nulle valeur. 

' Expulsion de tos Gilanos, discurso etc., factum d'une vingtaine de 
pages. J'en ai sous les yeux le texte réimprimé à Madrid, en 1789, dans 
Romances de Germania, et la traduction anglaise presque complète dans 
les Zincali de Borrow, où elle fonne, suivant les éditions, le ch. xi ou 
X de la I*" partie. Cependant, ni l'éditeur, ni le traducteur, ne donnent la 
date du morceau nillndication de l'endroit d'où ils l'ont tiré. Mais je le 
retrouve dans Resiauracion poUtica de Espana, en ocho discursos de San- 



V 



)inJ^B^_i 



oogle 



49^ 
et de Don Juan de Quinonez (dont j'ignore les qualités) * 
contre les pauvres Gitanes, dont ils demandaient l'expul- 
sion après celle des Maures, s'ils contiennent, le second sur- 
tout, quelques détails sur le genre de vie des Gitanos, ils 
ne peuvent certainement pas passer pour des études pro- 
prement dites, et encore moins pour des études impartiales. 

Ces auteurs des siècles derniers ne sont certainement 
pas les seuls en Espagne (ni sans doute en Portugal) qui aient 
consacré quelques pages aux Gitanos ou Ciganos; peut-être 
aurais-je dû nommer Martin del Rio (qui toutefois n'était 
pas natif de l'Espagne) et plusieurs autres dont j'ai rencontré 
les noms dans les quelques écrits que je viens de citer, mais 
il me semble que tout cela est vraiment trop secondaire. 

On me permettra de considérer comme secondaire aussi 
au point de vue où je me place, malgré le fondement his- 
torique qu'on lui attribue à tort ou à raison, le célèbre opus- 

cho de Moncada, Madrid, i7-)6, large in 8.° IX Expulsion de los Gitanos for- 
me la i"" partie du 7* discours); et j'y vois— parle Dîctdmen de El docior 
Thomas Tamayo de Vargas, çiaté de Tolède, 28 mai 1619, lequel se 
trouve parmi les pages préliminaires et non numérotées du recueil, et 
est apparemment reproduit de la précédente édition, que ce recueil a 
dû paraître, pour la 1*" fois, à Tolède, en 1619, et qu'ainsi ces huit dis- 
cours, adressés en 1746 «al Rey D. Fernando vi», ont dû l'être d'abord 
(comme l'indiquent d'ailleurs Borrow et l'éditeur des Romances de Ger- 
mania) à Philippe m, â l'esprit duquel Ils s'adaptaient beaucoup mieux, 
et qui paraît en avoir tenu plus de compte, car il rendit, â Bclem, près 
de Lisbonne, en 1619, un édit qui expulsait les Gitanos sous peine de 
mort (The Zincali, 1841, 1. 1, p. igô-igS).— Sancho de Moncada dît que 
• algunos ios tienen pordescendiemesdeChus, hijo de Cban., (iîoman- 
ces da Germania, p. 19.1). Je note en passant cette opinion, quoique la 
place me manque pour la justifier. 

' Discurso contra Ios Gitanos. Madrid, i63i, in 4." de 1 et î3 feuil- 
lets. Borrow en a donné quelques extraits dans The ZiTtcalif 1S41, L i, 
p, 55 et 16C.168. 



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493 

nie, la Gitanilla de Cervantes ', aussi 
ano qui se trouve dans le roman, in- 
teur Geronimo, natif de Ségovie, qui 
ent du xvii" siècle', 
mt aux publications contemporaines 
e dirai que je ne connai'*, et qu'on ne 
à l'étranger, que les petits dictionnaî- 
î de Enrique Trujillo (Madrid, 1844), 
:z (Sevilla, 1846 et i833), — et gitanos- 
puzano (Madrid, 1848)^ et de D. A. 

1). Un petit volume, intitulé avec plus 
inismo: historia, costumbresy diaîecto 
), Francisco de Sales Mayo; con un 
I gitaiia^ y un diccionario calôcastel- 
incisco Quindalé', novfssima edicion, 

série. 

lis, qu'en fait de nouvelle ^ttiina, je préfère 
, Carmen. 

iif 1S41, t. 1, p. 86-94) donne la traduction 
épisode, en en faisant un éloge qui me sem* 



wres om reçu un nouveau iiire, qui porte : 2.' 
s l'édition est la mÉme. Le titre exact du vol. 
ibres de los Jîiams^y Diccionario de su dta- 
ten effet précédé d'une notice de 17p.; mais 
précédés de quelques pages de notice; et je 
aire l'analyse comparative, 
pparenls n'en font qu'un, comme semblent 
lots de ia p. 48, et comme le prouve le vocab. 
la traduction littérale en dialecte gitano du 
ai). Je remarque que le mot Quindale flgure 
nenez avec le même sens, maïs que, d'après 
! A. de T., il signi^erait le mois dç mars (et 



.ïGex^^^K 



404 

Je n'ai pas comparé d'assez près ces cinq vocabula 
pour les juger sommairement *. Mais il est clair qu'ils se ; 
pris beaucoup les uns aux autres, et que le plus méritan 
tous ces auteurs est le premier, c'est-à dire Trujillo, s'il 
pas eu de prédécesseur espagnol ou portugais; j'ajoute < 
ne me paraît pas s'être servi de Borrow qui l'a précédé de i 
ans. En somme ce sont des petits livres utiles pour la i 
naissance du dialecte des Gitanos d'Espagne, et les qu; 
premiers sont des opuscules sans grande prétention. 

On n'en saurait dire autant du dernier, et c'est p 
quoi il est permis d'être plus sévère à son égard. Pour r 
tenir à la notice historique et ethnographique qui form 
première des trois parties du volume (p. 1-48), M. Fr 
Sales Mayo ne sait rien des importants travaux pul 
en Europe depuis quarante ans; et, ce qui est plus 
ve, c'est qu'il pille continuellement Borrow (le seul au; 
contemporain étranger qu'il paraisse connaître) sans en a 
tir le moins du monde le lecteur; je ne puis entrer ici d 
le détail de ces fréquents emprunts; je me contenterai de 1 
voyer à la comparaison de sa Gilana de Sevilla, en 1 
(pourquoi cette date précise?), p. 14-18, et du chapitre 
Borrow se représente et décrit la Gitana de Séville au tei 
de Ferdinand et d'Isabelle {The Zincali, éd. de 1841, 
p. i3o-i37). Et M. de Sales Mayo ose terminer sa ne 
(p. 48) par ce mot de Montaigne: Cest icy un livre de bc 
fqy, lecteur! — Je dois ajouter toutefois que sa petite Gr 
maire du dialecte gitano (p. 49-76) est, à ma connaïssa 
la, première qu'on ait publiée. 

Je ne puis clore cette courte liste sans mentionne! 

' Les comparaisons seraient plus faciles, s'ils étaient tous espagi 
gitanos ou gitanos-espagnols. 



1 



„Geiogle 



495 

pttit livre publié en i832, à Barcelone, sous ce titre; Ht'S' 
ioria de los GitOJios por J. M., (in 18° de 94 p.) et qui a 
toutes les apparences d'une œuvre originale'. C'est la tra- 
duction,un peu abrégée, mais généralement littérale, du tra- 
vail qu'un Français du Midi, M. Jaubert de Passa, corres- 
pondant de PAcadémie des sciences de Paris, a publié en 
1827 dans les Nouvelles Annales des Voyages, et dont il 
existe un tiré à part aujourd'hui très rare*. Le traducteur 
peu scrupuleux a même joint à sa brochure la reproduction 
de la lithographie qui accompagnait la publication française. 

En résumé, l'Espagne n'est pas riche en publications 
nationales surlesGitanos. Mais le Portugal l'est encore moins 
si je ne me trompe; car, pour mon compte, je ne connais 
n'en à porter ici à son actif. Je ne prétends pas que le Por- 
tugal n'ait rien produit sur ce sujet, et je serai heureux d'être 
renseigné sur les omissions dont je puis être coupable à son 
égard comme à l'égard de l'Espagne; mais je crains qu'el- 
les ne soient pas très graves. 

Les étrangers se sont plus occupés des Bohémiens de 
ta Péninsule que les indigènes, et si je voulais relever tou- 
tes les pages de quelque intérêt que peuvent fournir les voya- 
geurs, j'aurais à dresser une trop longue liste'. Je me con- 

■ Borrow s'y est tout naturellement laisse prendre, et il en a donné 
de longs extraitscommed'uneœuvreespagnole, dans 7%fiZi>tca/t, 1841 
t. I, p. 3o8-3i3. 

* Essai sur les Gitanos, p. 189-362, in 8", travail estimable et qu'il 
faut consulter, malgré la grosse erreur que commet l'auteur (voy. p. 
33o et suiv. et surtout p. 356), en faisant des Gitanos les descendants 
des Arabes et des Maures qui avaient conquis l'Espagne, et en se refu- 
sant i les identifier avec les Gipsies, Zigeuner, Zingari et Bohémiens. 

^Je signalerai pourtant la notice de 38 p. in 40 que Richard Bright 
a donné sous le dire State 0/ the Gipsies in Spain, à la suite de ses 
Travels . . . through Lower Hungary, Edinb. 1818, in 4*. Cette notice 

c R. 35 



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496 
tenterai de rappeler le livre de George Borrow, The Zin- 
cali or Gipsies of Spain, publié en 1841 en deux vol. in 8° 
et qui a eu, depuis, d'assez nombreuses éditions*. Ce tîvre 
a été écrit du point de vue pittoresque pour le grand pu- 
blic, auprès duquel il a eu beaucoup de succès; on n'y trouve 
ni l'esprit d'investigation ni la précision que réclame l'ethno- 
graphie, et il contient bien des inexactitudes. Mais l'auteur 
a vu de près les Gitanos, il parlait aisément leur langue, et 
finalement son ouvrage, qui contient d'ailleurs un vocabu- 
laire étendu (gitano-anglais) et que je crois parfaitement ori- 
ginal puisqu'il est antérieur à tous ceux que l'Espagne a pro- 

qui n'esl pas de Bright lui-même, mais d'un de ses amis, comme ill'ex- 
plique au commencement du vol. p. ix, se termine par une liste com- 
parée de mots de la langue des Tsigunes d'Angleterre, d'Espagne et de 
Hongrie, qui est bien fautive, mais qui contient, si je ne me trompe, ta 
première série de mots gitanos qu'on ait recueillie. — Sur les Bohémiens 
du midi de la France, qui ont tant d'affinités avec ceux d'Espagne, il 
faut mentionner aussi le ch. de Francisque Michel sur les Bohémiens 
du Bays basque, dans son livre intitulé Le Pays Basque. Paris, i857, in 
8.°; et la 1' partie du vol. de feu V. de Rochas, Les Parias de France 
et d'Espagne (Cagols et Bohémiens). Paris, 1876, in 8." 

' Je ne possède que la 1', indiquée plus haut, et ta 4* en i vol. 
Rr. in ]8" compact, LonJ. 1846, et ne puis parler des autres. Je cite 
habitudlement la 1% parce qu'eUe contient le vocabulaire et diverses 
pages qui ont été supprimés dons les éditions plus populaires, comme 
la4'. Pourtant, celle-ci même offre quelques pages nouvelles (j'aurai plus 
loin à la citer pour un passage que ne contient pas la 1°) et d'assez 
nombreuses variantes. Mais il y a une ou deux autres éditions en z vol. 
qui sont sans doute plus complètes. A cet ouvrage il convient d'ajouter 
The Bible in Spain, du même auteur (dont la i' édition en 2 ou 3 voL 
in 8.° est, je crois, de 1843: j'ai celle de 1S44, en \ vol. gr. in 18° com- 
pact) ; car les Gitanos y figurent en plusieurs endroits, à commencer par 
ceux de Badajoz. Précédemment Borrow avait publié l'Évangile de S. 
Luc en gitano : Embeâ e Majoré Lucas, (Badajoz) i837, in lô" de 177 
pages. 



,ï Google 



497 
duits à ma connaissance, demeure le plus important qui ait 
été écrit jusqu'à présent sur les Gilanos d'Espagne. 

Ma conclusion, c'est qu'il reste beaucoup à faire pour 
l'étude exacte des Tsiganes de la Péninsule ibérique, et qu'il 
est bien temps que ce sujet intéressant appelle sérieusement 
l'attention de quelques Espagnols et Portugais ; car sans doute 
dans ces contrées comme partout, les vieilles traditions s'ou- 
blient, les vieilles coutumes s'effacent, et la race des Gila- 
nos elle-même, maigre sa persistance, va perdant de géné- 
ration en génération quelques-uns des traits qui font son 
originalité. Ce qui importe sunout, c'est que les nouveaux 
investigateurs, tout en se mettant au courant des travaux 
publiés à l'étranger et des questions nouvelles qu'ils soulè- 
vent, ne se perdent pas dans les généralités, mais s'appli- 
quent surtout à l'étude topique des Tsiganes du pays. 



III 



Une question qui passe pour vidée, mais qui à mes yeux 
ne l'est pas, est celle des commaicements des Gitanos dans 
la Péninsule. On admet généralement que cette race est en- 
trée en Espagne par les Pyrénées vers le milieu du xv° siè- 
cle. Ceux qui voudront bien tenir quelque compte des idées 
que j'ai sommairement exposées plus haut, comprendront 
que la question est beaucoup plus complexe. 

D'abord, il est possible que la Péninsule ibérique ait 
connu, sous des noms quelconques, les Tsiganes dès l'anti- 
quité, dès les temps préhistoriques * ; et il est possible, à plus 

'Je me suis métnt demandé si les Sicanesâe Sicile, qu'on fait gé- 
néralement venir d'Ibérie, n'auraient pas été des Tsiganes. M. d'Arbois 
de Jubainville {Les premiers habitants de l'Europe^ liv. i, ch. m) les fait 

35* 



r 



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forte raison, que ce ; 
Tsiganes chaudronnic 
par les Pyrénées, soi 
la Méditerranée par 
faire connaître aiileu 
drc assez vraissemb 
Espagne au moyen-â 
suadé, les Tsiganes i 
septentrionale, il ser 
en Espagne à la sui 
première invasion re 

Mais, sans perd 
gration des Tsiganes 
être le premier obje 
y eût ou non des Tsij 
que, — Tsiganes dont 
assez différentes de ( 
identité ne fut nuller 
cle, — il est presque 
tanos actuels dérive 

Qu'il en soit aie 
bre par les Pyrénées 
même possible que 1 
cette voie; mais qua 

A l'appui de l'op 
sont pas sans connex 
Gitanos par les Pyrei 
recherches de M. M 

venir de Gaule, mais là 
serait de savoir si c'étaii 
appartenu plutôt à la rai 
Tsiganes font partie. 



,ï Google 



499 
tano des éléments grecs, slaves et roumains*; évidemment 
ces éléments avaient été importés par des Tsiganes établis 
de longue date dans te sud-est de l'Europe, et qui, fuyant 
rinvasion musulmane, n'ont pas dû prendre le chemin de 
l'Afrique pour gagner l'Espagne. Soit; mais, de ce que beau- 
coup de Tsiganes d'Espagne ont cette provenance et ont pris 
ce chemin, il ne s'en suit nullement que ceux que l'invasion 
musulmane mit d'abord en mouvement dans l'Asie Mineure 
et en Sjrie n'aient pas suivi les rives méridionales de la Mé- 
diterranée, entraînant peut-être avec eux des bandes tsiga- 
nes établies de longue date en Egypte et en Barbarie, pour 
aboutir à l'Espagne par Gibraltar. Les observations philo- 
logiques de M. Miklosich ne prouvent absolument rien con- 
tre cette éventualité, pas plus que contre la présence anté- 
rieure de Tsiganes sur le sol ibérique; car il suffit qu'une 
portion notable de cette population nomade ait apporté dans 
sa langue des éléments grecs, slaves et roumains, pour que 
CCS éléments se retrouvent aujourd'hui dans le dialecte gi- 

* Miklosich, Ueber die Mundarten etc. ni, Wien, 1873, in 4° p. 42-46. 
La même remarque s'applique au dialecte des Tsiganes du Pays bas- 
que, iiiii, p. 38-3g. — Sans être aussi scientifiquement établie, la présence 
importante de ces éléments étrangers dans les divers dialectes des Tsi- 
ganes d'Europe avait été déjà très bien remarquée par plusieurs auteurs, 
notamment parBorrow, The Zincali, 1841, t. n, p, 109-11 i.Borrow cite 
même, à cet endroit, un curieux passage d'un savant livre du xvi* siècle, 
El Estudioso Cortesano de Lorenzo Palmireno (Alcalà de Henares, iSS;, 
pet. in 8° de 8 feuillets prélim. et i5o f. chiffrés: Borrow croît que ce 
n'est pas la i' édition), duquel il résulterait qu'en l'année 1540 il y 
avait encore des Giianos d'Espagne qui comprenaient le grec moderne. 
Le fait est remarquable, mais non très surprenant, car on vit arriver en 
Occident dans le cours du xV siècle quelques Tsiganes qui se donnaient 
pour Grecs, et qui sans doute venaient de la Grèce ou des contrées voi- 
sines. 



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5oo 

tano, où ont dû se fondre dans tous les cas des dialectes 
tsiganes de diverses provenances. Je n^ai pas besoin de re- 
marquer ici que des observations savantes et délicates sur 
le dialecte gitano et les traces qui pourraient s'y trouver des 
dialectes tsiganes d'Egypte et de Syrie, jetteraient peut-être 
quelque jour sur la question. 

Il serait important dans tous les cas de recueillir tout 
ce qui peut rester de documents relatifs à l'apparition des 
Tsiganes en Espagne. Pour mon compte, je n'en connais 
qu'un, déjà cité par moi dans mon mémoire de 1844.* Il 
constate l'arrivée à Barcelone, le 11 juin 1447, d'une amul- 
titud de E^pcios», qui, de là, dit le chroniqueur, se répan- 
dirent en Espagne. Il est très probable qu'en cherchant 
bien, on en trouverait d'autres. Beaucoup de documents 
analogues ne prouveraient pas que des Tsiganes ne soient 
pas arrivés en Espagne aussi par Gibraltar, ni même qu'il 
n'en existât pas antérieurement dans les provinces méridio- 
nales de la Péninsule. Mais, outre leur grand intérêt intrin- 
sèque, ils fourniraient des éléments nouveaux à la discus- 
sion sur ce point important. 

Je ne quitterai pas ce sujet sans noter deux ou trois 
faits, qui me paraissent venir à l'appui de la conjecture que 
des Tsiganes ont dû arriver en Espagne de PÉgyple, en 
suivant naturellement le littoral africain. 

' Voy. De l'apparition et de la dispersion des Boliémietu en Europe; 
dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1844, p. Sïçj, ou tiré à part, p. 
49. Ce document esl extrait des Anales de Calaluna de Feliu de la Petla, 
Barcel. 1709, t. n, p. 483. — Un document presque identique, mais qui 
présente pourtant quelques variantes, est cité par M. Francisque Mi- 
chel, dans le Moyenrâge et la Renaissance de Paul Lacroix, in 4*, m, 
1848, f. IT de l'art. Bohémiens, comme tiré d'un manuscrit des arcluTes 
municipales de Barcelone. 



^, 



Soi 

irmi les Gitanos une coutume qui, autant 
woir, ne se retrouve point parmi les autres 
ïpe, parmi ceux, du moins, qui n'ont pas eu 
ifticulières avec leurs frères d'Espagne : Im- 
ant sa première nuit de noces, la jeune fille 
des matrones qui attestent sa virginité, etc. 
me d'ailleurs répandue chez les Musulmans, 
tourée chez les Gitanos de beaucoup de so- 
choir sanglant qui a servi à l'opération mys- 
■ntré à tous les gens de la noce et précieu- 
i dans la famille. Borrow, qui n'a guère pu 
utume, mais qui, écrivant pour le grand pu- 
videmment craint de blesser sa pudeur, ne 
ion obscure (p. 23g) à la défloration par les 
3prime conséquemment les marques de sang 
louchoir, qu'il mentionne pourtant en le dis- 
einture de chasteté (dont je parlerai tout à 
Borrow ne nous renseigne pas sur le point 
'ant une noce gitana à laquelle il avait as- 
Sme {p. 240) d'un mouchoir sans lâche «sans 
lit pas eu de noce», et qu'on avait arboré, 
ture de chasteté elle-même, comme drapeau 
[ui serait tout à fait de nature à induire en 
puis affirmer que la coutume que j'ai tout 
: est certaine: bien avant Borrow, un autre 
écrite* avec des détails accessoires qui ont 

û concerne le mariage et panicuIiÈrement les deux 
que je suis obligé ici de distinguer, et qui se mêlent 
;s noms de lâcha et de diclé, voir tout le ch. vu (p. 
rhe Zincali, dans la i" édition, 1841, qui est ici bien 
a 4'. 
anonyme que j'ai déjà recommandée, surles Gipsies 



,Cs 



502 

leur intérêt; et moi, j'ai rencontré bien des fois en France 
des Bohémiens plus ou moins affiliés à ceux d'Espagne, près 
desquels j'ai pu m'assurer de sa réalité; plusieurs me l'ont 
décrite en détail. J'ai appris ainsi que cette coutume, na- 
turellement pratiquée aussi par la plupart des Bohémiens 
du sud-est de la France qui se rattachent étroitement à 
ceux d'Espagne, avait en quelque façon pénétré chez les Bo- 
hémiens du Piémont et même de la Suisse, mais avec des 
modifications importantes et qui lui ôtent une partie de son 
cachet oriental '; et comme cette coutume ne se rencontre à 
ma connaissance, chez les Bohémiens d'aucune autre con- 
trée d'Europe', j'ai tout lieu de croire qu'elle est propre à 

m Spain, i la suite des Travels thraigh Lower Hutigary de Richard 
Bright, Edinb , i8i3, in 4°, p. lisii-lxxiii. L'auteur, qui donne en latin 
les détails les plas scabreux, ne désigne le mouchoir en question que 
par le mot de linteolum, que devient un paSiuelito dans le couplet 
espagnol chanté par les Gitanos. 

■ Je noterai seulement les principales difTérences, pour abréger. En 
Piémont et en Suisse, la coastatation matérielle et préalable serait 
remplacée par un serment solennel de la jeune fille. Puis, c'est la che- 
mise elle-même de la mariée, qui, après la nuit de noces, est montrée 
aux assistants. Cette chemise, tachée de sang, est hissée sur un arbre 
de joie. Tous forment une ronde à l'entour; puis, on tire des coups de 
fusil sur la chemise; et, comme ou a eu soin d'y mettre quelques piè- 
ces d'artifice, elle est bientôt consumée. — En Espagne, au contraire, 
d'après mes informations, le mouchoir sanglant est précieusement con- 
servé dans la famille.— Je n'ai guère besoin d'ajouter que les vieilles 
coutumes vont s'effaçant presque partout, même parmi les Tsiganes: 
peut-être celles dont je viens de m'occuper, et qui me reportent à des 
notes prises surtout en 1848, 1849, i85o, sont.elies beaucoup moins 
pratiquées aujourd'hui qu'il y a trente ans. 

* D'après quelques mots de Walter Simson (History o/lhe Gipsies, 
Lood. et Edinb.., 1 86i, p. s6i ) qui me tombent tardivement sous les yeux 
il faudrait pourtant faire une exception pour les Tsiganes d'Ecosse, 



,ï Google 



5o3 

ceux de la Péninsule ibérique, et que ce sont des Gitanos 
d'Espagne qui l'ont importée en Piémont et en Suisse, où 
elle n'est probablement pratiquée que par quelques-uns, et 
où elle s'est d'ailleurs modifiée, simplifiée. 

Mais ce qui paraît encore plus particulier aux Bohé- 
miens d'Espagne (et ici je me réfère entièrement à Borrow, 
n'ayant rencontré moi-même aucune information sur ce dé- 
tail spécial, auquel, à vrai dire, )e n'ai pas songé dans les 
occasions assez fréquentes que j'ai eues autrefois de m'en 
enquérir auprès des Bohémiens qui m'ont renseigné sur la 
coutume précédente), c'est une certaine ceinture de chas- 
teté que portent les jeunes Gitanasjique leur mère elle-même 
noue d'une façon particulière, qu'elle visite et surveille con- 
tinuellement jusqu'au jour du mariage*!. 

Or cette coutume, qui se lie si étroitement à la précé- 
dente, et qu'on chercherait vainement, je pense, parmi les 
autres Tsiganes d'Europe, se retrouve parmi les Tsiganes 
d'Egypte, et même, semble-t-il, dans toutes les subdivi- 
sions que cette race présente en Egypte : d'abord, dans 
la classe de ceux qu'on appelle les Helebis^, et dont les 
femmes sont connues sous le nom de Fehemi, (littéralement 

chez qui une coutume analogue, ce semble, s'ajouterait quelquefois à 
une autre cérémonie nuptiale encore plus déplaisante, et que j'ai, d'ail- 
leurs, lieu de croire fort peu usitée même chez les Gipstes des Iles Bri- 
tanniques en général et de l'Ecosse en particulier. Je n'ai pas à m'ar- 
réter sur celle-ci. Quant à la coutume qui nous intéresse en ce moment 
je crois que, si elle existe réellement chez ceux d'Ecosse, elle a dû y 
Stre importée par des Gitanos d'Espagne ou par quelque détachement 
tsigane venant directement d'Egypte ou des contrées voisines; mais le 
temps et la place me manquent pour rechercher les preuves ou les in ■ 
dices qui viendraient à l'appui de cette double explication. 

' Borrow, ouvr. cit. p. 333. 

*Newbold, The Gypsies of Egypt, etc. dans Journal of tbe R. 



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,,CjPoJ;l( 



5o4 

sages, non à cause de leur chasteté, maïs parce que ce 
sont elles qui disent la bonne aventure), — puis, chez les 
Ghagar, qui sont une autre branche de Tsiganes en Egyp- 
te', ayant pourtant des mœurs plus relâchées, — et proba- 
blement même jusque chez les Natver, troisième division 
des Tsiganes d'Egypte*. Elle se retrouve aussi parmi les 
Kurbat de Syrie, autre branche tsigane', qui, suivant la re-' 
marque de Newbold, par^'t avoir des affinités particulières 
avec les Helebis d'Egypte. 

Asialic Society of Great Brilain and Irelandy vol. ïvi, Part, s, Lon- 
don, i856, p. 389 et 193. 

' C'est ce qui résulte du passage déjà cité de Newbold, p. 29? (où 
la ceinture de chasteté est appelée hUg ou dilk), rapproché du voca- 
bulaire comparé des Helebis, des Gbagaret des Nawer, où l'on voit 
(p. 39S) que Mg est le nom helebl, et dilk le nom ghagar, de cette cein- 
ture spéciale. 

*En effet, en regard des deux noms cités dans ma note précédente 
je trouve chez Newbold (même p. agS), dans la colonne de la langue 
des Nawer, le mot /owi, qui parait bien indiquer que les Nawer eux- 
mêmes, ayant un mot spécial pour désigner la ceinture de chasteté, se 
servent conséquemment de cette ceinture. 

*Newbold, p. 3oa.— Newbold est malheureusement trop bref sur 
cette coutume; mais en rapprochant tous les passages que j'ai cités, on 
se convaincra de sa singulitee conformité avec celle décrite par Borrow. 
On remarquera aussi l'identité du nom de la ceinture en question chez 
les Ghagar, dilk, et chez Borrow, dielé : je note en passant que didâ ou 
diklô, qui signifie 'linge, mouchoir, fichu, serviette., chez tous les Tsi- 
ganes d'Europe, serait sans douce plus correct au nominatif singulier, 
même dans le sens spécial qu'il prend chez Borrow. Quant aux Bohé- 
miens avec qui je me suis entretenu de la coutume précédemment in- 
diquée, laquelle est comme le couronnement de l'autre, c'est le linge 
teint de sang qu'ils appellaient latchà diclôi—latcho ayant le sens bien 
connu de >bon> et pouvant peut-Ëlre aussi, par rapport au substantif 
ladj, latch (chez Borrow lâcha) que je retrouve dans les divers dialectes 
tsiganes d'Europe avec des acceptions un peu variées, signifier 'virgî* 



,ï Google 



Il me paraît assez présumable que, si nous étions mieux 
renseignés sur tout ce qui se rattache au mariage chez les 
Tsiganes d'Egypte et de Syrie, nous y retrouverions égale- 
ment la coutume qui a été indiquée auparavant, qui vient 
incontestablement d'Orient, et avec laquelle la fameuse cein- 
ture est évidemment en connexité plus ou moins étroite. 
Mais, pour nous en tenir à l'usage, bien constaté des deux 
parts, de la ceinture de chasteté, comment expliquer son 
existence en Espagne, autrement que par une immigration 
de Tsiganes d'Egypte dans ce pays ? et comment ne pas re- 
marquer que cette immigration a dû se faire directement 
par la Barbarie et Gibraltar, puisque la coutume en ques- 
tion n'existe pas, autant qu'on a pu le savoir jusqu'ici, parmi 
les Tsiganes du midi ou du centre européens, où il en se- 
rait au moins resté des traces, si les Tsiganes qui la prati- 
quaient avaient fait, comme beaucoup d'autres, un long cir- 
cuit par l'Europe *? 

Les Gitanos ont aussi, pour désigner les gens étran- 

nal> : le latchô diclà peut Être ainsi, ou le •bon mouchoir', le linge qui 
porte un bon témoignage, ou le •mouchoir de la lâcha», le linge de la 
vir^nité. 

< Quelques iaformations postérieures à la présentation de mon mé- 
moire au Congrès me donnent i penser que ta ceinture de chasteté 
n'existe pas parmi les Tsiganes du nord de l'Espagne; il faut dont que 
cette coutume appartienne à ceux de l'Espagne méridionale: circons* 
tance qui mériterait confirmation, car ce serait un indice de plus de 
la provenance égyptienne d'une partie des Tsiganes de la Péninsule 
ibérique. L'usage de la constatation matérielle de la ^rginité au mo- 
ment du mariage, qui doit avoir la même provenance, se serait répan- 
du parmi tous les Gitanos d'Espagne, et mgme un peu au delà, tandis 
que l'usage de la ceinture de chasteté — précaution plus délicate et plus 
incertaine — serait resté confiné dans la région de l'Espagne où durent 
r les Tsiganes venant d'Afrique. 



,ïGooa 



5o6 

gers à leur race, un mot qui ne se retrouve pas chez les 
autres Tsiganes d'Europe; c'est le mot Busnô^ dont Bor- 
row me paraît même abuser, car il s'en sert toujours, quoi- 
que un autre nom en usage aussi parmi les Gitanos, comme 
parmi les autres Tsiganes d'Europe, pour désigner les étran- 
gers, soit gadjo, pluriel gadjé fqu'il donne d'ailleurs dans 
son vocabulaire sous la forme gâché); ma.is il n'a certaine- 
ment pas inventé le mot busnô,, bustiiy auquel il a consacré 
une page d'explication '. Suivant lui, busnô est un mot hon- 
grois, en usage dans le bas peuple et parmi les gens grossiers, 
et qui aurait à peu près la signification du juron espagnol 
Carajo. Les Tsiganes de Hongrie auraient adopté ce mot 
busnô pour désigner les Hongrois, c'est-à-dire ceux qui ont 
constamment ce mot à la bouche; puis ce mot aurait été 
transporté par les Tsiganes de Hongrie en Espagne, où il 
aurait pris dans le dialecte gitano le sens général à^éiranger 
(non Gitano)-— Des informations que j'ai prises auprès d'un 
Hongrois, il résulte que les Hongrois ont effectivement un 
mot grossier qui par le son rappelle le précédent, c''est le 
verbe bas^m\ qui se prononce à peu près bosnt\ et qui a le 
même sens que notre mot français, très grossier aussi, mais 
très expressif^". .... ; celui-ci toutefois s'emploie à la fois 
comme verbe et comme juron exclamatif, tandis que le mot 
hongrois ne s'emploie, paraît-il, que comme verbe; mais, 
cette réserve faîte, les Hongrois, m'assure-t-on, se servent du 
mot baspii exactement de la même manière et non moins 
fréquemment. Il ne serait donc pas surprenant que les Tsi- 
ganes eussent fait de ce verbe un mot pour désigner les 

*Non dans la i* édition de The Zincali (1841), où le mot figure 
au vocabulaire avec une étymologie sanskrite (à laquelle il parait que 
l'auteur a ensuite renoncé), mais dans la 4% en un seul volume (qui ne 
it pas le vocabulaire), London, 1846, p. 256-i57. 



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_507 
Hongrois; des faits analogues sont fréquents chez tous les 
peuples et dans toutes les langues. Mais il ne suffît pas que 
la chose soit théoriquement possible, il faudrait la consta- 
ter. Or je n'ai vu nulle part que les Tsiganes de Hongrie 
aient un pareil mot pour désigner les Hongrois'. Il m'est 
donc permis d'écarter l'explication de Borrow, comme man- 
quant de base, au moins jusqu'à présenta 

< Ed fait de vocabulaires spéciaux du dialecte tsigane de Hongrie, 
la principale source actuelle est le vocabulaire v de Miklosich dans le 
fascicule ti de ses Mémoires in. 4.° Ueber die Mundarten und die Wan~ 
derungen der Ztgeuner Europa's. (ce voc a b. contient 1684 mots; il faut 
y ajouter les vocab. vi et vu, qui sont très courts). J'y vois (p. 44) que 
tes Tsiganes de Hongrie désignent ordinairement les Hongrois, comme 
les étrangers en général, par le mot gad\o. — Je trouve, toutefois, dans 
le vol. de 168 p. in. 8° (en allemand) que le comte Rudolf Wratislav- 
Mitrovic a fait imprimer à Prague en 1868, et qui concerne les Tsiga* 
nés particulièrement en Autriche (p. 161), un nom tsigane pour désigner 
les Hongrois, c'est Tchivalo; mais ce nom, qui du reste n'est pas aussi 
spécial qu'il semble (voyez Liebich, p. i65, et Paspati au mot Tchibalo) 
n'a aucun rapport avec busnà. 

' De son coté, H. Poti {Die Zigeuner, 1. 11, 1845, p. 34), sans s'ar- 
rêter à l'étymologie sanscrite donnée d'abord par Borrow dans son 
Vocab. de [841, a proposé avec doute une étymologie indienne du 
mot busno, qui me paraît improbable. Quant à M. Miklosich, /. c. fasc. 
VH, p. z6, il rattache le mot han6 des Gilanos signifiant étranger, au 
mot bujno, bu^ni, qui, dans les divers dialectes tsiganes d'Europe, signi- 
fie bouc, chèvre. Comme le bouc est un animal, non seulement assez sau- 
vage, mais puant et reprouvé, celte origine du busnà des Gitanos n'au- 
rait nen d'i m vraisemblable; et l'on pourrait même remarquer à ce su- 
jet que le mot bujno, avec la signification primitive de bouc, ne paraît 
plus exister dans le dialecte gitano, par exception à tous les autres dia- 
lectes tsiganes. —On pourrait encore rapprocheriiund de £fUno ou frttcAno 
qui signifie coq dans le dialecte gitano comme dans les autres dialectes 
tsiganes d'Europe.— Mais aucune de ces explications ne rendrait comp- 
te de l'existence exclusive des mots busnô et hiatto, signifiant l'un et 



,ï Google 



5o8 

Ce qui est certain, c'est que le mot busnô est employé 
sous la forme husno, avec le même sens d'étranger (non 
Tsigane} par les Helebïs, une des principales divisions des 
Tsiganes de l'Egypte '. Il paraît clair, d'après cela, qu'un 
certain nombre de Tsiganes d'^ypte l'ont importé en Es- 
pagne. 

Parlerai-je, maintenant, des noms des Tsiganes en Es- 
pagne et en Portugal? Celui de Gttanos, primitivement Eg^- 
pcianos, est le même que celui d'Ég^yptien, l'un des premiers 
qui eurent cours en France, et que celui de Gipstes qui 
est leur principal nom en Angleterre. Bien que ce nom, 
qui existe aussi en Hongrie et en Roumanie sous une autre 
forme [Pharaonttes ou peuple de Pharaon), paraisse avoir 
été appliqué en Grèce aux Tsiganes dès avant leur im- 
migration du XV* siècle dans l'Europe occidentale*, il est 
prouvé d'une manière générale que ce sont les Tsiganes de 
cette immigration que l'ont eux-mêmes accrédité chez nous'. 
Ce nom semble donc rattacher tout particulièrement les Gi- 
tanos à cette immigration. Si, pourtant, le nom à'Egypcia- 
nos fut appliqué en Espagne aux Arabes conquérants bien 
avant le xv* siècle et depuis, comme l'indique M. Jaubert 
de Passa *, la question se complique en Espagne. 11 y aurait 
là matière à une étude, où il s'agirait de bien préciser l'em- 
ploi et la valeur du mot Egypctanos dans les documents es- 
pagnols des époques en question, et de constater tous les 

l'autre étranger, dans le dialecte des GJtanos et dans celui des Helebis 
d'Egypte. 

< Voir le travail déjà cité de Newbold, p. 290, igS et 39S. 

* Voir Étal de la question, p. t6. 

■Voir mon 1" mémoire sut l'Apparition des BtAémiera 1844, p. 
îo, 3o-32, 34, 37, sunout 40 et encore p. 43. 

* Ouvr. cité plus haut, p. 33o et suiv. 



,ï Google 



5o9 

noms qui ont pu être donnés alors aux Tsiganes dans la Pé- 
ninsule*. Peut-être en même temps, arriverait-on à y trou- 
ver ceux-ci, non seulement avant 1447, mais même avant 
le xv" siècle. Je répète, que, si, comme j'en suis convaincu, 
et comme j'en ai déjà la preuve pour l'Egypte, les Tsiganes 
existaient dans l'Afrique septentrionale bien avant le xv' siè- 
cle, les invasions arabes et mauresques ont bien pu en ame- 
ner à leur suite ou leur frayer le chemin. 

Quant au nom de Ciganos, qui est resté le nom usité 
en Portugal, il serait particulièrement intéressant d'en cons- 
tater les premiers emplois dans les documeuts de ce pays' 
et d'en rechercher la provenance. En thèse générale, ce nom 
de Tsiganes (diversement moditîé) n'est répandu que dans 
l'Europe orientale (d'où il s'est propagé cependant jusqu'à 



< En France même les Tsiganes ont porté des noms divers, notam- 
ment celui de Sarrasins dans le midi : je les trouve déjà sous ce nom à 
Sisteron en 141g (v. mon mém, de 1844 p. 36). — D'un autre côté, j'ai 
montré ailleurs (Érii( Je /a ^«(ion... p. ï5-2g) que les Tsiganes étaient 
connus, dès iizi,en Autriche sous les noms de Kaltschmide (chaudron- 
niers) et d'Ismaélites; et j'appelle particuliêremend l'attention sur les 
• CaJdereros estrangeroS' qui figurent dansl'éditdeFerdinand et d'Isa- 
belle rendu à Médina del Campo, en 1499 {The ZincaU, t. i, p. igS-igô) 
et qu'on pourra retrouver dans des documents bien plus anciens. 

* Le premier document portugais que je connaisse conceriiant les 
Tsiganes est l'ordonnance donnée à Lisbonne, en i538, parDom Joâo 
m, pour leur expulsion et leur châtiment (voir l'article Bohémiens de 
Francisque Michel dans Le Moyen Age et la Renaissance publié par 
Paul Lacroix, in 4'', t. i, 1848, fol. vi, v.» de l'article). Ils y sont déjà dé- 
signés sousl'unique nom de Ci^'onos et seulement comme des vagabonds. 
—Cette ordonnance, dont l'observation, dit Fran. Michel, fut réclamée 
par les prélats du royaume dans les coriès de décembre 1 562, prêterait 
à quelques rçmarques^ dont je m'abstiens pour ne pas alloager cettQ 
note, 



,ïGoogl^^ 



5io 

l'Allemagne occidentale et dans toute l'Italie), et la limite de 
son usage correspond presque à la limite de cette grande 
zone orientale où je prétends que les Tsiganes étaient éta- 
blis depuis des temps plus ou moins anciens. Comment ce 
nom se retrouve-t it en Portugal, c'est-à-dire à une extrémité 
occidentale de l'Europe? L'histoire des rapports maritimes 
du Portugal avec l'Orient explique peut-être suffisamment 
celte anomalie; on peut se demander, pourtant, si ce nom 
n'aurait pas été apponé en Portugal par une immigration 
tsigane de l'Afrique, peut-être antérieure au xv* siècle? Je 
rappelle à ce propos, que le nom des Tsiganes en Algérie 
est Guesâni ou Gued^âni^ qui se prononce Gsâni, D^âni, 
Tsâni, et qui est une corruption presque certaine du nom 
Tsigam*. 

En fait de noms ethniques, je voudrais voir soumis aussi 
à une révision rigoureuse tous ceux que les Gitanos ou G- 
ganos se donnent eux-mêmes. Je ne suis pas certain, par 
exemple, que celui de Zin-calo que M. Borrow a adopté, et 
qu'il traduit par homme noir de titide, nom qu'on ne ren- 
contre pas hors de l'Espagne, soit d'une authenticité parfai- 
te. Le nom de Calo^ noir, est bien connu comme nom ethni- 
que employé par les Tsiganes; mais Zincalo, ou quelqu'au- 
tre qui s'en rapprocherait, ne serait-il pas tout simplement 
le nom de Cigano ou Tingano altéré ? C'est ce que Pott paraît 
présumer'. Le nom de Chai, donné par Borrow' comme nom 
ethnique, et qu'il rattache au nom par lequel les Gitanos de 
l'Estramadure désignent l'Egypte, me paraît aussi plus que 
suspect; ce n'est sans doute qu'une mauvaise entente des 

' Voy. mes Noies et questions sur les Bohémiens en Algérie, extrai- 
tes du Bull, de la Soc. d'Anthr. du 17 juillet 1873. 
* Die Zigeuner, t. 1, p. 35 er 44; 1. 11, p. aïg. 
^Ouvr. cit, 1. 1. p. 38. 



,ï Google 



5ii 

mots chavo ou tckavo, garçon, chat ou tcha't\ fille, que les Tsi- 
ganes employent quelquefois comme noms ethniques*. 

Mais je me suis laissé entraîner, et je crains d'avoir 
déjà dépassé la mesure convenable, surtout pour une com- 
munication qui sort un peu du cadre que s'est tracé le Con- 
grès. 

Je tiens à ajouter, cependant, qui si l'histoire des ori- 
gines particulières des Gitanos de ia Péninsule et l'étude de 
toutes les questions qui s'y rattachent, présente un grand 
intérêt, c'est l'ethnographie, topique aussi, de cette grande 
fraction de la race tsigane, qui appelle surtout les recher- 
ches, et qui promet d'être le plus féconde. Ici la matière est 
infinie; et j'aurais trop de questions à poser. Mais les per- 
sonnes que le sujet pourrait intéresser en trouveront un as- 
sez grand nombre disséminées dans les divers écrits que 
j'adresse au Congrès. Je me bornerai à remarquer que l'eth- 
nologie des Gitanos ou Ciganos en Espagne et en Portugal, 
comme en tout pays ou en toute province (car chacun peut 
restreindre son sujet, et les monographies les plus resser- 
rées ne sont pas toujours les moins intéressantes), comprend 
deux parties, qui se touchent et se pénètrent souvent, mais 
qui n'en sont pas moins différentes. 

La première pourrait s'appeler Statistique ethnographi- 
que, et comprendrait tous les détails extérieurs de la vie 
des Gitanos. J'appelle ici particulièrement l'attention sur 
leurs métiers divers, qui devraient être tous énumérés dans 
l'ordre de leur importance, et dont on décrirait minutieuse- 

' Alors ils y joignent ordinairement l'adjectif n)m(ino(tstgane). Ainsi 
les Tsiganes d'Alsace disent assez souvent romane tchavé (les gars tsi- 
ganes), au lieu de Roma tout court. Mais on comprend que l'adjectif puisse 
quelquefois disparaître, et que, dans un dialecte corrompu, les formes 
du substantif soient mal employées. 

CR. 36 



,ï Google 



5l2 

ment ceux qui le méritent, à commencer par les occupa- 
tions métallurgiques, sur Pintérêt particulier desquelles je 
n'ai pas à insister ici. Tout le monde sait, par exemple, qu'il 
y a beaucoup de forgerons parmi les Gitanes de Grenade 
ou plutôt du Sacro Monte, et qu'il y en a aussi parmi ceux 
du faubourg Triana à Sévillc; mais on manque de détails sur 
eux, sur l'origine du fer qu'ils emploient, sur leurs outils, 
sur leurs procédés de travail et sur leurs divers produits. 
On voudrait savoir aussi la proportion des forgerons parmi 
les Gitanos de l'Espagne en général et de l'Andalousie en 
particulier, connaître leurs habitudes nomades ou sédentai- 
res, etc., comme celles de tous les autres métiers. Et puis, 
l'industrie du forgeron n'est sans doute pas la seule industrie 
métallurgique des Gitanos et des Ciganos? Y a-t-il parmi 
eux en Espagne et en Portugal des chaudronniers, des fer- 
blantiers, des étameurs? Y a-t-il des fondeurs en bronze et 
en laiton, des orfèvres même et des bijoutiers? Enfin y a-t-il 
des orpailleurs?' 

Et des industries si intéressantes ne demandent pas 
seulement à être minutieusement décrites; il faudrait, d'une 
part, tacher de saisir au moins quelques indices de leur 
progrés ou de leur décadence, qui permettent de conjectu- 
rer ce qu'elles ont pu être dans un passé plus ou moins 
lointain*; et il faudrait, d'autre part, s'attacher à saisir les 

' Pour ce qui me regarde, ces questions sont les premières qui 
m'intéressent; et je serais fort reconnaissant ù quiconque voudrait bien 
m 'envoyer quelques informations ù cet égard. Je sais, d'ailleurs, qu'on 
doit trouver des chaudronniers, des orpailleurs et même des fabricants 
de certains objeets d'orftvrerie; mais ce sont les détails précis qui nie 
font défaut. 

* Dans le Voyage en Espagne de MM, Gustave Doré et Ch. Da- 
villier qu'a publié le Tour dit Monde, ei qui contient quelques détails 



^„,Co(J^lc 



5i3 

connexités qui peuvent exister entre ces industries primiti- 
ves et entre ceux qui les exercent, de manière à reconnaître 
et peut-être à recomposer certains groupes, certains corps de 
métiers, plus ou moins complexes. L'ethnographie comparée 
des Tsiganes pourrait fournir à cet égard des points de com- 
paraison utiles : par exemple, dans les régions du bas Danube, 
le métier des Aurari ou orpailleurs et celui des Lxngurari ou 
fabricants d'ustensiles de bois (deux industries bien différen- 
tes, mais toutes les deux très primitives) sont toujours réu- 
nis, et ceux qui les exercent forment une classe à part. Les 



intéressants sur les Gîtanos, je lis (n." 260, dëcemb, 1864, p. 408, 2' col.) 
■qu'il existait autrefois une loi qui défendait sévèrement aux Gitanes 
de travailler le fer*. Il s'agit, je suppose, de l'édit de Charles 11, du 12 
juin 169J, qui -leur interdisait les métiers de maquignon et At forge- 
ron, en un mot tout autre exercice et genre de tIc que celui de culti- 
vateur de la terre- (voir De Rochas, p. 287, qui date, par erreur sans 
doute, cette loi de 1693; et surtout Borrow, 1841, 1. 1, p. 202-204). Du 
reste, le plus ancien édit connu qui concerne ces étrangers en Espagne, 
celui de 1499 contre les Egipcianosy caliereros extrangeros, que j'ai 
déjà cité (en noie quelques p. plus haut) proscrit indirectement les mê- 
mes métiers, puisqu'il leur enjoint de se fixer dans les villes et les villa- 
ges et d 'y chercher des maîtres sous lesquels ils auront â servir pour leur 
subsistance, faute de quoi ils devront vider le royaume dans le délai de 
60 jours (Borrow, 1. 1, p. 195-196; De Rochas, p. 2i5 et 288). Ces éiîits et 
beaucoup d'autres du mÊme genre, qui interdisaient aux Gitanos les 
seuls métiers qui soient dans leurs aptitudes, durent avoir tout particu- 
lièrement pour effet de diminuer beaucoup parmi eux les forgerons et 
chaudronniers; car ce sont là des métiers qui exigent un petit matériel 
difficile à dissimuler, et surtout un apprentissage traditionnel, qui ne 
se retrouve pas aisément, une fois perdu. — On peut, ce semble, induire 
de ce qui précède, que les ouvriers en métaux furent autrefois beau- 
coup plus nombreux qu'aujourd'hui parmi les Bohémiens d'Espagne; 
mais l'étude des documents fournirait sans doute des données plus pré- 
cises sur ce point comme sur plusieurs autres. 

36* 



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5i4 
Caldarari (chaudronniers) et les Spoïtori, (étameurs) quoi- 
qu'ayant des occupations bien voisines, forment, au contraire, 
deux corps de métiers différents, deux classes distinctes. 
L'importance de ces classiBcations peut être inégale^ mais il 
faut commencer par bien constater celles qu'on peut aper- 
cevoir. 

La Statistique ethnographique pourra toucher ainsi à 
des points délicats, que VEthnologie intime de la race per- 
mettra quelquefois d'éclaircir. Sous ce dernier titre, je com- 
prends la connaissance de toute la vie intime des Gitanos, 
de leurs traditions, de leurs coutumes, de leurs superstitions, 
de leur caractère et de leurs mœurs. Cette seconde partie 
de la tâche n'est pas à la portée de tout le monde, et, à 
moins de relations très suivies avec des gens qu'il n'est pas 
toujours agréable de fréquenter, elle sera souvent ingrate et 
assez stérile. C'est pourquoi elle ne méritera pas toujours 
une place à part. Mais, dans tous les cas, les traits par- 
ticuliers qu'on pourra y recueillir gagneront souvent à être 
rattachés à tel groupe qu'on aura su distinguer préalablement 
de tel autre, car il se peut que tous les groupes n'aient pas 
des traditions et des coutumes identiques; et c'est pour- 
quoi il importera toujours d'éclairer d'abord sa route en 
commençant par recueillir les éléments de cette statistique 
ethnographique que j'ai placée en première ligne, qui con- 
tient déjà tant de données essentielles, et qui risque fort de 
rester la partie la mieux remplie du programme. 

Par bien des poin 
diqué, la vie extérieurt 
chent et se pénètrent, 
treinte, plus ou moins 
dans certains groupes i 
points mixtes qui ont tn 



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5i5 

cis. Tels chefs étaient autrefois reconnus par l'autorité espa- 
gnole ou portugaise et le sont peut-être encore aujourd'hui, 
comme répondant plus ou moins de leurs subordonnés: l'his- 
toire de cette institution singulière (qui se retrouve dans bien 
d'autres pays) ne serait pas à négliger; et il faudrait tâcher 
de démêler ici la part de raction extérieure et celle de la 
propre tendance des Gitanos à se donner des chefs. 

Les habitudes de pérégrination des Gitanos de tels ou 
tels groupes, leurs relations avec des Tsiganes étrangers, la 
question de savoir si des Tsiganes passent d'Espagne en 
Afrique, et d'Afrique en Espagne*, voilà encore autant de 
points mixtes, qui ont leur grand intérêt. 

Les émigrations et les transportations de Gitanos dans 
les colonies espagnoles ou portugaises, notamment au Bré- 
sil, formeraient un chapitre d'un autre genre. 

Je n'ai rien dit des études anthropométriques et pres- 
que rien des études philologiques. Je ne les oublie pas; mais 

< La GaïettedeMagdebourg{en allemand), n.° 16 de janvier 1846, 
donnait la nouvelle suivante (reproduite par M. Pot t dans la Zeilschrifi 
der Deuischen morgenlanJ. Geseilschaft, t. iir, 1849, p. SiS) ; iDepuJs quel- 
que temps, on remarque parmi les Bohémiens d'Espagne un mouve- 
ment et une agitation extraordinaires: beaucoup d'entre eus semblent 
se préparer à quitter le pays, et l'on assure qu'ils veulent tous émigrcr 
en Afrique, parti cul ièremem en Maroc ; le nom d'Abd-el-Kader est dans 
toutes les bouches.- li serait intéressant de savoir s'il y a eu quelque 
chose de vrai dans cette étrange nouvelle. — Pour ce qui regarde un 
passé plus lointain, ii est bien probable que, à la suite des édits de 
proscription, on a dû souvent transporter des Gitanos en Afrique. Le 
Portugal avait dans cette partie du monde des lieux de déportation, 
auxquels l'ordonnance de i538 (mentionnée en note dans une page 
précédente) destinait les nationaux vivant â la manière des Ciganos, 
mais qui ont bien pu, ainsi que les présides espagnols, s'ouvrir aux Bo- 
hémiens eux-mêmes. 



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5i6 

je les considère comme trop spéciales pour figurer dans ce 
petit programme. Les remarques qu'on pourrait faire sur 
certaines différences de type, et notamment les données qu'on 
pourrait recueillir sur des croisements de sang tsigane et de 
sang maure, ou arabe, ou kabylf, auraient d'ailleurs plus 
d'intérêt que des mensurations anthropologiques faites au 
hasard: l'anthropométrie n'interviendrait utilement que pour 
les contrôler. 

Quant au dialecte gitano, il est passablement connu, et 
ce n'est qu'une philologie savante et raffinée qui pourrait ti- 
rer de son lexique et de sa grammaire fort altérée des con- 
tributions nouvelles et importantes à la connaissance géné- 
rale de la langue tsigane. Ce qui importerait davantage, com- 
me je l'ai déjà indiqué, c'est l'étude des éléments étrangers 
qu'elle peut contenir et particulièrement des éléments que 
les dialectes tsiganes d'Afrique ou de l'Asie antérieure au- 
raient pu lui fournir; mais ceci encore n'est pas à ta portée 
de tout le monde. 

Ce qui est à la portée de tout chercheur attentif, c'est 
de recueillir exactement tous les noms ethniques que les Gi- 
tanos se donnent et de contrôler ceux qu'on leur a attribués, 
et de recueillir également tous les mots qui peuvent avoir 
un intérêt ethnologique ou archéologique, à commencer par 
les noms des métaux, des outils employés en métallurgie, 
des armes primitives, des ustensiles essentiels, et de tout 
ce qui se rapporte aux usages et aux coutumes de la race. 
Les acquisitions linguistiques ainsi considérées ne sont qu'un 
complément, maïs un complément très utile, de l'ethnolo- 
gie. On voudrait pouvoir y joindre, à l'occasion, des contes, 
des légendes, des chants; et je suppose que le chercheur en 
question, sans être tout à fait étranger à la langue gitam, 
n'est pas très familier avec elle. Mais les contes et les lé- 



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in 

les traditions, qui ont encore plus d'îtnpor- 
[ue autant d'intérêt en espagnol qu'en gita- 
Irait toujours les traduire: tout ce qui im- 
. soient fidèlement recueillis. Pour les chants, 
férent, mais il n'y en a guère qui aient un 
quant à ceux qui en auraient, on fera son 
e les approprier, dans la langue originale, 
;n entendu de se les faire traduire. 
de tout ce qui précède, j'appellerai l'atten- 
anes chaudronniers qui depuis une douzaine 
iennent de Hongrie ou des contrées voisi- 
"siganes conducteurs d'ours, venant la plu- 
■, qui se sont mis un peu plus tard ù faire 
;rinations européennes. Je sais que des ban- 
dronniers, après avoir passé par la France, 
t'en Espagne, jusqu'en Algérie. Je n'ai pas 
ximbien ils sont intéressants à étudier ; les 
et les itinéraires de ces caldaran, ainsi que 
, doivent être notés aussi exactement que 
rais reconnaissant aux personnes qui vou- 
fournir ces renseignements. 

s achever cette communication un peu anor- 
avouer, Messieurs, qu'en l'écrivant, j'ai été 
lié de m'arrêter, et que je ne vous l'envoie 
:nsion. Il me faut bien reconnaître, en effet, 
idirectement préhistorique, puisque je vous 
les Gitanos ou Ciganos actuels. N'est-il pas 
que le préhistorique a souvent des lien; 
choses modernes et actuelles? On a trouvi 
exemple, d'étudier les déformations tou 
le comme restes d'usages très anciens, e 



,ï Google 



5i8 

on étudie avec le même empressement les trépanations po- 
pulaires partout où l'on peut en trouver la trace actuelle. 
Si l'on venait vous dire aujourd'hui qu'on a découvert en 
Portugal une mine d'étain importante, ne courriez-vous pas 
l'étudier ? Je pourrais multiplier ces exemples. Hé bien, l'exis- 
tence actuelle, et au milieu de nous, d'une race qui, on peut 
l'affirmer, quelles qu'aient été ses destinées, est restée à 
peu prés identique à elle-mSme depuis plusieurs milliers d'an- 
nées, et qui a pu être le principal agent de la diffijsïon des 
métaux en Europe, n'est-ce pas là un fait bien plus curieux 
encore et bien plus digne de nos études? — Ce dernier point 
est loin d'être certain, me dira-t-on. — Je l'accorde; mais ne 
suffit-il pas qu'il soit possible pour mériter notre attention? 
Possible, il l'est certainement; personne aujourd'hui ne peut 
affirmer le contraire; et dès lors, cette race tsigane, qui, dans 
tous les cas, je le répète, est une race préhistorique mer- 
veilleusement conservée, doit être étudiée ici, non pas seu- 
lement dans un passé très lointain et bien difficile à ressai- 
sir, mais d'abord dans son présent, dans son état actuel. 

Voilà ce que je me suis dit, et j'ai poursuivi ma petite 
tâche. Tout mon regret est de ne l'avoir pas mieux rem- 
plie. Je ne vous ai guère apporté que des questions, et j'ai 
osé proposer un petit plan d'études, dans l'espoir d'éveiller, 
au midi des Pyrénées, les idées de quelque jeune chercheur, 
et dans la pensée que ma vieille expérience pourrah lui être 
de quelque utilité. 

Rien n'est si difficile que de faire un bon questionnaire, 
et il y aurait fallu beaucoup plus de place. Mais je sais que 
j'ai été déjà trop long et je m'arrête. 



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DE L'ORiaiNE PROBABLE DES TOUEHASES 



LEURS MIGRATIONS A TRAVERS L'ASIE 



M. G. DE Vasconcellos Abreu 



L — Le FroUAme 

Les considérations que je vais vous présenter ne sont pas 
de l'ordre de celles que l'auteur croit être l'apport d'un résul- 
tat définitif pour la science. Je me présente sachant d'avance 
que mes recherches ne méritent point l'honneur du nom de 
contributions. Je ne viens pas vous soumettre un travail, 
mais tout simplement des doutes. Mon but est d'appeler 
l'attention des ethnologistes, des géographes et des on 
talistes, sur un problème qui, je crois, est encore à rés< 
dre. 

Il a été le sujet de doctes recherches de la part 
quelques savants de premier rang, entre autres, den 
rement, de la part de M. le baron de Richthofen dans 
i" volume de son grand ouvrage sur la Chine. Aussi ce 
partie introductoire déjà publiée*, écrite avec autant de 
lent que de vraie science, fait désirer ardemment la cent 
sien de ce monument littéraire et scientifique. 

■ Le 1*" volume a paru dans le comnaencemeni de 1883. Il 
extraordinairement intéressant pour le géolc^e. 



T 



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520 

Dans une note, vraie dissertation qu'on lit p. 439-44[, 
le savant auteur dit: «La question relative aux Toukhâres, 
à leur patrie originaire, à leurs caractères ethnologiques, à 
leurs migrations, et aux pays qu'ils ont habités aux ditfërentes 
époques, est du plus grand intérêt. Des combinaisons mul- 
tiples ont donné naissance à une série singulière de syno- 
nymes qui a fait du nom de Toukhârt la désignation la plus 
usuelle de différents peuples voisins et à des époques diver- 
ses de l'antiquité. Nous en avons un témoignage important 
dans la savante investigation de M. Vivien de Saint-Martin, 
Mémoire sur les Huns blancs ou Ephthaîites des historiens 
byzantins. Études de géographie ancienne. Paris i85o p. 
233-351.. 

C'est précisément ce problème gros de résultats et rela- 
tif, je ne dis pas, et pour cause, à la patrie primitive, mais 
à la filiation ethnologique des Toukhâres, leurs migrations, 
leurs rapports historiques avec les peuples des anciens em- 
pires, et leur part dans les luttes des peuplades et tribus de 
la Grèce pré-hellène et de l'Asie-Mineure, dans les civilisa- 
tions et dans les relations commerciales avec les peuples de 
l'Orient, que je crois être encore sans résolution. 

M. de Richthofen n'a pas atteint le but qu'il s'était 
proposé en s'efforçant de démontrer que les désignations de 
Toukhâres et de Yuë-tchî appartiennent à un seul peuple, 
qui depuis son origine aurait habité les environs de Kho- 
tan, iAux ToukhâreSy dit le savant professeur de Bonn — 
correspondent les Yuë-tchî de la dynastie des Han, les Yeta 
de la dynastie des Wêi, les Haiathaîah ou Haithal des Per- 
ses, les 'EfBaXiTai et les Hum blancs des auteurs byzantins, 
les Thedal des Arméniens, les Kouchan de ceux-ci et des 
Arabes, les Djates actuels de l'Inde, selon M. de Saint-Martin 
et de plus les Indo-Scythes des auteurs grecs, selon d'autres 



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5a I 

résultats plus anciens. Tout récemment M. le colonel Yule 
(Notes on Hueti-TTtsang's accounl of ihe principaîities of 
Tokhdristdn, Jout-nal ofthe Royal Asiatic Society n. s. vi, 
1 873, p. 92-1 20), est venu confirmer par de pénétrantes inves- 
tigations, et mettre hors de doute, les conjectures élaborées 
depuis Rémusat par exemple àAns— Remarques sur l'exten- 
siondel'EmpireehinoisducôléderOcddent(penodedeT&ng)^ 
sur l'identité des To^apoi des Grecs, des Tou-ho-lo des Chi- 
nois, des Tokhares des Arabes (de ce nom on a formé To- 
kharistan) et très probablement des Toukhâras de la littéra- 
ture hindoue, avec les anciens Yuë-tchî.* 

Je ne puis pas accepter cette conclusion ; je crois tout 
au contraire pouvoir démontrer une différence, au point de 
vue ethnique, bien tranchée entre les Toukhâres et les Yuë- 
tchî. Qu'il me soit permis de dire que ce^-hors de doute est 
un peu hors de temps; car M. le colonel Yule liù-même ma- 
nifeste quelques doutes (p. 95 de l'ouvrage cité) à ce pro- 
pos. J'en parlerai au § iv. 

Dans ce mémoire je tâcherai de démontrer la fausseté 
de l'identité établie entre les Toukhâres, le peuple désigné 
par Strabon ' sous le nom de Toxapoi, les Tou-ho-lo et les Yu'é- 
tchi. Je ne me laisserai pas toutefois entraîner par le désir 
d^itudier les rapports ethnologiques existant entre les Toukhâ- 
res et les Djates du nord-ouest de l'Inde. Ceux qui désireront 
approfondir cette question, pourront consulter, outre l'ouvra- 
ge de M. de Saint-Martin (cité par M. de Richthofen), ceux 
de M. EUiot' et ropinion de M. le général Cunningham^. 

< L. XI, oap. VIII, 2; p, 438, L 33. Muller-Diibner. Didoi. 

* Memoirs on the History, Folklore and Distribution 0/ the Races 
0/ ihe North-western provinces of India. Elliot-Beames. London. 1869. 
vol. I, p. i3o-i37, Ç9-102. 

* Archœological Swvtty 0/ India, vol. 11 (Etknology), p. 43-81. 



,ï Google 



52Î 

Je ne conteste pas que les ToukhSres, Tukhâra des 
Hindous et Tôxixpoi de Strabon, ne soient un seul et même 
peuple — à. de difftrentes époques, cela va sans dire. Je ne 
conteste pas non plus que la dénomination de Yuë-tcht, au 
temps des Hans, n'ait pu comprendre avec les Yuë-tchî 
une ou plusieurs tribus des Toukhâres, surtout à partir de la 
seconde moitié de ta première période de cette dynastie (îoS 
av. J.-C— 58ap. J.-C.}. 

L'opinion que je combats est celle qui affirme quç les 
Yuë-tchî et les Toukhâres ont été un seul et même peuple, 
et ma conclusion sera que la dénomination de Toukhâres a 
fait disparaître en Occident, où elle était plus ancienne, la dé- 
nomination de Yue-tchî^ plus familière aux Chinois. 



n. — Les argnmenta d« M. de Rlobttiofen 

On sait aujourd'hui, et M. le baron de Richthofen l'ex- 
plique en détail ' que les Yuë-tchî, habitants de la partie 
orientale du bassin de Tarym, sont arrivés l'an laS avant 
J.-C. par des marches successives faites depuis !'an iSy, à 
travers la Tsoungarie, à la Transoxiane et à la Bactriane. 
Ils y ont anéanti le royaume grec de la Bactriane* et ^y 
sont établis d'une manière définitive. Strabon qui nous a 
laissé une relation importante de cet événement, rapporte 
le fait à ditférents peuples venus d'au-delà de l'iaxarte. Ces 
peuples sont les 'Avist xcci IIccaKcvst -xai Tô^^apot x;^! 2a;(ctp»uXoi. 

Ptolémée parle d'un grand peuple, habitant la Bactriane 

■ Comp. note 5, p. 43ç^44i avec p. 446 et suiv. 
* Spiegel, Eranische AUerthwnskunde, m vol. p. 64. Ràwlinson, The 
Sixtk Oriental Monarchy, p. i55 et suiv. M. de Richthofen, uf supra. 



et qu'il appelle les Tokhari\ aussi les Thagori, habitants 
d'une région que M. de Rtchthofen identifie (p. 440, 489) 
avec l'ancienne ville Tou-ho-îo dont parle le pèlerin chinois 
Hiouen-Thsang' au vu" siècle de notre ère. 

La différence de prononciation étant un fait purement 
local, est due à la séparation des différentes tribus; prolongée 
pendant plusieurs siècles, elle n'empêche pas M. de Richt- 
hofen d'identifier l'ancienne Tou-ho-lo avec la région des 
Thagori. J'accepte comme vraie l'identification des deux noms 
dans les ripes de tOxus et les versants septentrionaux du 
Kuen-hun. Le nom de Tou-holoen chinois est le correspon- 
dent phonologique dusanskritTukhâra. On voit donc que 
les Tokhari ou Tokharot de Strabon venus d'au-delà de 
l'Iaxarte sont identiques, au moins pour le nom, à ces Tou- 
khâres de la littérature hindoue. Mais pouvons-nous en con- 
clure avec M. de Richthofen que ce soient les mêmes peu- 
ples que les Yuë-tckV Je ne le crois pas. 

Un seul fait est incontestable : le nom de Yuë-tckî se 
rencontre à une certaine époque et sur le même lieu géo- 
graphique que celui d'un peuple désigné par Strabon par 
le nom grec Tokharot; quelques siècles plus tard, Hiouen- 
Thsajqg désigne ce peuple par le nome hinois de Tou-ho-lo, 
corresirandant phonologique du vocable sanskrit tukhâra, 
de même que celui-ci l'est encore du grec Tokharot (Comp. 
l'exposé du fait tel que je viens de l'énoncer avec l'exposé 
que M. de Richthofen nous donne p. 489 n, b.). 

A ce fait viennent s'en ajouter d'autres, qui à première 
vue semblent appuyer l'hypothèse de M. de Richthofen. 

Les voici: 

Le Tokhâristàn fut une des capitales du Bouddhisme 

' Stanislas Julien, Mém. sur les contrées occidentales^ 11 vol, p. 147. 



,ï Google 



524 

sur l^Oxus, et ses habitants y gardaient k côté de la religion 
nouvelle un grand nombre des usages propres aux habitants 
de Khoian; ce dont les Chinois se sont aperçus au vu" siècle 
de notre ère. Or la patrie originaire des Yue-tchî fut, d'après 
ce que présume M. de Richthofen, près de Khotan. Je revien- 
drai sur ce fait hypothétique {§ iv). 

M. de Richthofen admet encore une hypothèse que 
je ne crois pas suffisamment fondée: c'est que les Yue-tclû 
furent les premiers convertis au Bouddhisme. Celte hypo- 
thèse a pour base la tradition rapportée par De Guignes 
(Mémoires de l'Académie Royale des Inscr., vol. xl, 1780. 
p. 31 5). D'après cela il y aurait eu, déjà en l'année 288 av. 
J.-C, une pyramide ou pagode de Fo (Bouddha) chez les 
Petits YuS-tchî. Malheureusement nous ne connaissons rien 
de positif sur les Yue-tcht qu'à partir de l'an iSy av. J.-C.' 
et en outre De Guignes ne rire pas de la tradition qu'il 
rapporte la même conclusion que M. de Richthofen; bien 
au contraire — De Guignes dit: «De là nous devons conclure 
que dès lors la religion indienne, même avant le passage des 
Yuë-tchî, était établie dans cette partie (occupée par les Pe- 
tits Yiië-tchî) de la Tartarie.». 

La différence entre les deux noms chinois, YuS-tchî et 
7b«-Ao-/o, est certes assez grande pour qu'on accepte de pri- 
me-saut que l'un et l'autre désignent un seul peuple. M- de 
Richthofen cherche à expliquer cette différence : Sous la dy- 
nastie Han les Chinois donnaient des noms tirés de leur pro- 
pre langue aux différents peuples qu'ils voulaient citer; plus 
tard ils remplacèrent ces noms par d'autres qui n'étaient que 
les noms mêmes de ces peuples accommodés à la pronon- 

' Richthofen, Op. cit. 440. 

' Loc. cil. Comp. sur ce sujet $ m. 



lyGOOt 



525 

dation chinobe. Conséquemment, si l^identité des YuS-tchî 
er des Tou-ho-lo venait à être démontrée, (ce qui n'est point 
encore), la raison de la différence de ces noms serait suffi- 
samment connue. 

M. de Richthofen, s'appuyant sur certains renseigne- 
ments qu'il puise dans le travail de M. le colonel Yule, con- 
clut à une synonymie exacte des vocables Yu'é-tcht et Tou- 
ho-lo qui aurait été déjà connue des Chinois. Les empereurs 
Tang, dès l'année 660 se sont mis à introduire l'organisa- 
tion civile de leur empire dans le Touran, et ils ont chois' 
comme chef-lieu une ville que M. te colonel Yule identifie 
avec la moderne Koundouz, et qu'ils ont nommée Tuë-tcht-fu, 
quoiqu'en pays toukhâre. Le colonel Yule en avait conclu 
déjà avant M. le baron de Richthofen que les Chinois con- 
sidéraient les deux noms Yuë-tchî et Tou-ho-lo comme iden- 
tiques. 

La conclusion que je tire de ce fait est tout à fait diffé- 
rente: Les empereurs Tang ont donné le nom de YuS-tcht-fu 
à la capitale du pays toukhâre, par eux choisie, parce que 
cette dénomination de Yue-lchî, familière aux Chinois sous 
les Han, affirmait en quelque sort leur droit de conquête 
sur ces pays. 

Le mot Toukhâre (tukhâra, sk.) se trouve dans le Ma- 
hâbhârata. Lassen le premier signale le passage qui le con- 
tient. M. de Richthofen y trouve tous les éléments à l'appui 
de son hypothèse sur l'identité des Yu'é-tchî et des Toukhâ- 
res. D'après le passage de l'épopée hindoue, les Toukhâres 
apportèrent «des peaux, du fer et de la soie» au roi Panda- 
va*. Ces produits étant caractéristiques des Sères, il faut 
que les Toukhâres qui vinrent les offrir au roi hindou, di- 

' Lassen, Indische Alterihumskunde P, 661. 



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sent MM. Yul 
de Khotan. — i 
continue le sa^ 
présentèrent d 
avec assez de 
maîtres de la i 
Ladâk. Ils ont 
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qui du temps d 
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Ces donni 
Yue-îcht, avec 
khâresy notre ; 
ces derniers d( 

Pour état 
nous le répète 
trois ordres di 
géographique, 

Je suivrai 



En deçà c 
Bouddhisme se 
peuples de ces 

< Noies on H 

' China, i, n< 

^ Al-Biruni. 1 

rians. EIliot-Dow: 



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5^7 
longtemps. De l'autre côté du Pamir et au nord de Plaxar- 
te, le Bouddhisme pouvait se développer avec une certaine 
facilité. Mais, quand même les prédicateurs bouddhistes 
eussent propagé leur religion à l'occident du Pamir, ce se- 
rait en vain que l'on espérerait trouver quelque notice bien 
précise de leur conversion partielle. Il n'en est pas de même 
de l'orient. 

Le peuple mongolique, vu son caractère, s'accommode 
facilement de la religion bouddhique. La religion de l'ancien 
empire chinois s'était formée avant qu'une mythologie régu- 
lière eût pu en sortir, et bien que le culte fût réglé jusque 
dans ces moindres détails*, il n'y avait point une caste sa- 
cerdotale. Gonfucius, le réformateur de cette religion au vi* 
siècle avant notre ère, ne s'occupa que des doctrines mora- 
les* et enseigna un naturalisme éthique fondé sur la religion 
politique des Tchâou (établie depuis le xii' siècle av. J-C.) 
Le Confucianisme ne pouvait convenir qu'à une certaine 
classe, à la majorité des Chinois lettrés, ou du moins à la 
majorité des esprits cultivés. Le Bouddhisme trouva donc 
un accè.s facile et beaucoup de prise parmi les Mongols et 
même en Chine, où d'un autre côté il ne trouva que le Tao- 
ïsme, doctrine qui avait de grands rapports avec le Boud- 
dhisme. 

D'après le Ma-touan-Iiti, nous dit De Guignes déjà cité 
(Mém. de l'Acad. R. des Inscr.y vol. xl, 1780, p. iib). «les 
Chinois rapportent que, dans le pays occupé par les petits 
YuMchî on suivait la religion de Fo (Bouddha) et qu'il y 
avait une pyramide ou pagode de Fo qui avait 35o pas 



' Consulter J. Legge, The She King, London. 1876. p. 49 et suivan- 
tes: édit. min. Comp. p. 253, lign. :;2-i4. 

' J. Lcgge, The Life and Teachingso/Con/ucius, London. 1875. p. 99. 
CR. 37 



,ï Google 



528 

de circonférence et 80 tchang de hauteur. On comptait, de- 
pms que cette pagode avait été bâtie jusqu'à l'an bbo de 
l'ère chrétienne, 842 ans; ainsi l'époque de la construction 
doit remonter vers l'an 288 av. J.-C». «De là — continue 
De Guignes — nous devons conduis <\\i^ dès lors la religion 
indienne^ même avant le passage des Yuë'tchi, était établie 
dans cette partie de la Tartarie.* 

L'hypothèse de M. de Richthofen appuyée sur cette 
tradition est donc erronée, car ce ne seraient pas les YuH- 
tclîî les premiers convertis au Bouddhisme, mais au con- 
traire ils auraient connu la religion du Bouddha par d^au- 
tres peuples déjà bouddhistes au temps du passage des Yuc- 
tchî. 

Nous avons notice d'une première tentative d'aposto- 
lat bouddhique dans la Chine, l'année 2 1 7 avant l'ère chré- 
tienne'. Dans la Tartarie le Bouddhisme fut établi avant le 
passage des YiiMchî. Cependant 11 n'entra point définitive- 
ment dans la Chine proprement dite que l'an 64 après J.-C.^ 

A l'ouest de l'Yarkand le général chinois Hioukkiou- 
ping^ trouva l'an 122 une statue du Bouddha. A l'occident 
de rindus la marche du Bouddhisme est retardée. Néanmoins, 
si on ne le trouve bien établi sur la région du Caboul que 
5o ans environ avant notre ère, on le trouve introduit dans 
le Jiord de la Perse avant le deuxième siècle av. J.-C. Haug* 
croit, d'après un passage de l'Avesta, où il lut le nom "de 
GSutama (G a o t e m a), que la doctrine du Bouddha était déjà 

• Rémusac, Fo'é-Koue-Ki, p. 44. V. Richthofi;n, China 1, p. Sot. 
Edkins, Cftirtese Buddhism, p. 88. 

' Richthofen, China 1, p. Soi. Edkins, Chinese Buddhism, p. i5. 
' Lassen, Ind. Allerth. 11, 1052. Comp, Richthofen, op. cit. p. 5oi. 

* Essays on the Sacred Language, Writings and Religion o/the 
Parsis. ï"" édit., p. 208, i63. 



,.gi^;. 



529 

connue en Bactriane depuis le quatrième siècle'. Cest peut- 
être trop tôt. 

La tradition conservée soigneusement par les Bouddhis- 
tes prouve l'existence et de leurs prédications lointaines ci 
des relations que les peuples de l'Inde entretenaient avec 
ceux d'au delà de i'Iaxarte, auxquels les premiers appor- 
taient les enseignements de la doctrine bouddhique. 

Le Djâtaka xxi, i, 4, (17, 18), d'après MinayeP, fait 
mention de dix mille prêtres qui dans l'antiquité vivaient sur 
les montagnes du nord où coule la rivière Sîdâ. 

Cette rivière quîserait le Tjrf-m-jÇ-ow/ d'après Klaproth, 
et le Sihoun d'après Bumouf, peut être encore d'après M. 
le colonel Yule' le Sirikol l'un des affluents de la rivière 
de l'Yarkand ou cette rivière elle-même. Le Sihoun des 
Arabes est le fleuve connu aujourd'hui dans l'Asie centrale 

■ Comp. cequ'endiiMgr. deHt]rIe2,^v»(aiir,pag. 18. Je possède au- 
jourd'hui la i*~ édition du beau travail du savant professeur de Lou- 
vain. Il écrit, pag ÔSç: «Quoique l'on puisse dire, l'explication la plus 
naturelle de ce mot (gaotetna) et la plus satisfaisante est celle qui y 
voit le nom du gSutama bouddha et une allusion à la lutte soutenue par 
les mazdéens contre les bouddhistes; que la forme gaotetna ne corres- 
ponde pas phonéiiquemeni d'une manière exacte au mot indien cela 
ne fait rien à l'atTaire. Il ne s'agit pas ici d'un mot dérivé par voie na- 
turelle, mais d'un terme emprunté ei transféré avant même d'avoir été 
écrit. Les Ëranicns ont dit gaotetna, comme ils le prononçaient, et 
c'était tris naturel chex eux vu qu'ils n'avaient pas de diphthongue 
médiale au ou n'en usaient que rarement. Il s'agit donc ici des luttes, 
des controverses contre les bouddhistes répandus à l'est de l'tran.' 

Les abstinences contre lesquelles s'élève avec force l'auteur du Fnr- 
gard IV sont des pratiques bouddhiques. Comp. de Haûez^Avesta, i*" édi- 
tion, p. 48. J. Darmesteiter, The Zend-Avcsta, in The S. B, 0/ the Easi, 
vol. IV, p. 46. 

* Grammaire pâlie, tr. de Sianislas-Guyard. 1S74, i\. 

' Journal of the Royal Asialic Society, n. s. vi, p. 116, 119, iîo. 



„Google 



53o 

par le nom de Syr-darya^ l'Iaxarte de l'histoire, lequel était 
appelé suis par les Scythes, d'après Pline *. 

Le Tarym-goul, ou fleuve Tarym, résulte de la réunion 
de toutes les rivières qui descendent de ce merveilleux nœud 
de montagnes formé par l'entrecroisement des systèmes 
du Kuen-loun, de PHimàtaya et du Tian-chan. La rivière 
de Yarkand, celle de Khotan et celle de Kachgar en sont 
les plus remarquables. Le Tarym coule dans la direction de 
l'orient, traversant le désert de Gobi, et entre, après un 
détour vers le sud, dans le lac Kara-bouran qu'il forme 
avec le Tchertchan-darya qui y descend du sud-ouest. De 
là le Tarym se prolonge jusqu'au lac Lob, d'où il sort pour 
se perdre dans les jungles ou roseaux épais qui couvrent 
les plaines du côté de l'esté 

Minayef voit dans cette tradition un souvenir confus 
d'une origine extra-indienne*. Le fait est que cette rivière 
Silâ, Sidâ, Ckîdâ ou Silis était connue dans l'Inde bouddhi- 
que. C'était une rivière ou un fleuve de la région entre l'Oxus 
et l'Iaxarte, de l'extrême nord et cette région était pour le 
Djâlaka une contrée sacrée. 

Cela suffît pour que je pose le fait des relations entre 
la patrie du Bouddhisme et la région de l'Oxus et de l'Ia- 
xarte. Nous n'avons pas besoin, par conséquent, d'attribuer 
le Bouddhisme du Tokhâristàn aux YuU-tchi, arrivés seule- 
ment là à une date bien postérieure à celle donnée par ta 
tradition et les textes avestiques, et par la tradition et les 
textes bouddhiques. 



' VI, i8. édit. Littré. 

*PrejevaIsky,(trad. Delmar Morgan), f>-omAu//a across ihe Tia» 
Shart to Lob-itor, p. 55 et suiv. 98, loi, passim. Loiulon. 1879. 
* Op. cit., viu. 



byCoo'^le 



y 



> 



53 1 

Je n'oublie pas que dans les anciens monuments litté- 
raires hindous on compte les années par hivers. Le souvenir 
de fémigration des Aryas descendant du nord vers le Pan- 
djab s'est perpétué, dans une certaine mesure, dans les hym- 
nes védiques. 

Mais le nom du fleuve qu'on y trouve est la RasS^ 
Pavestique Raha. Spîcgel * identifie la Rasa, c'est-à-dire le 
fleuve Râha, à l'Iaxartc. De Harlez' croit que le fleuve 
Râha est l'Oxus; Zimmer' accepte néanmoins que le fleuve 
Rasa correspond à l'Iaxarte. Haug* a montré que dans un 
certain nombre de passages avestiques ce nom Raba con- 
serve sa signification primitive de mei', et que dans le Ven- 
dîdâd il désigne ta Caspienne. 

La conclusion à laquelle nous nous arrêtons est: Que 
ce nom Râsa=Râkatat donné par les émigrants aryens à un 
fleuve depuis le littoral du Tabaristân jusqu'au Pamir. Il 
s'agit donc précisément des régions de ce n<£ud gigantesque 
auquel les géographes ont donné par méprise le nom de 
Belourtagh ou Bolor, et d'où Lassen" a fait descendre les 
Toukhâres^ tukhâra de la littérature hindoue. 

M. le colonel Yule* et M. le baron de Richthofen' 
n'opposent â cette idée du grand orientaliste qu'un seul ar- 
gument: c'est que les Toukhâres ont dû habiter tout au moins 
à proximité du Khotan. 

Je ne contesterai pas le bien-fondé de cette objection. 

* Avesta, m. p. 96, n. 

* Avesta, i*" édit. 1, p. 87, n. 7, 

* AUindisches Leben, p. 16, 

* In&v.xasn Aegyptens Stelle ind. \VeltgeschichtetV,'p. i36 et suiv 

* Op. cil.,'i, p. 1023. 
" Op. cit., p. gS. 

' Op. cit., p. 440, n. 



.,Cc 



r 



532 

Malgré cela, si je parviens à démontrer l'existence d'un 
peuple nomade, réunissant tes conditions et les caractères 
assignés aux Toukhâres de Lassen, ayant la possibilité de 
descendre jusqu'à Khotan, la solution à laquelle Lassen est 
arrivé, acquerra une valeur scientifique incontestable. 

Toutefois, cela ne serait point nécessaire à ma thèse, 
si l'existence d'une ancienne ville du nom de Tou-hO'lo ou 
Tonkhâra, près Khotan, pouvait être positivement reconnue. 
Mais je remets ce sujet à une autre paragraphe, préférant 
démontrer d'abord que la race des Toukhâres fut différente 
de celle des YuS-tcht. 



IV. Renoontre des Ynë-tohi et des Tonkb&res 

Nous ne connaissons absolument rien des Yu'é-tchî en 
Occident avant leur invasion du Fei^hâna, 143 ou 128 ans 
avant l'ère chrétienne. En Orient même, on ne connaît d'une 
manière sûre que leur arrivée au delà du Lob-nor, au pays 
des Usiins, l'année iSy avant J.-C. ' Là, ils rencontrèrent 
la race blonde aux yeux bleus des Usuns, et alors YuS-tcht 
et Usuns traversèrent le Tian-chan du c&té de Tourfan, en 
passant par la Tsoungarie jusqu'à Balkh. 

Ici se pose une question. D'où venaient les YuS-tchî? 
Etait-ce du côté de Khotan, à l'orient? 

M. de Richthofen est loin de l'avoir démontré; il le 
suppose*. L'unique base sur laquelle il asseoit son hypo- 
thèse c'est la mention, que l'on trouve dans l'ouvrage de 
Hiouen-Thsang, d'une ancienne villenommée Tou-ho-lo, nom 



' Richthofen, Op. cil., p. 440 note, p. 447. 
* Op. cit., p. 447. Comp. p. 440, n. 



,ï Google 



533 

que M. de Richthofen croit être celui d'un peuple identi- 
que au peuple Yu'é-îchî. Cette base n'est rien moins que 
scientifique, puisque M, le baron de Richthofen donne pour 
preuve la supposition même d'où il est parti. 

Le nom tukhâra en sanskrit se trouve dans le Mahâ- 
bhSrata et dans le Ràmâyana. Ce nom désigne les peuples 
qui portèrent «des peaux, du fer et de la soiei au roi Pân- 
dava. Plus à l'occident et au nord, en Asie, 700 ans avant 
J-C, on trouve le nom d'un peuple qu'on peut identifier, 
comme celui de tukhâra (du moins phonologiquement},aux 
Toukhâres. Cela vient confirmer la tradition relative au roi 
Pùndava. 

Dans les annales de Sennakhérib ', ce roi fait mention 
des Tokharri des E:(ames et des Kipsous, peuples qu'il mit 
en déroute pendant sa 5^* campagne. Ils avaient bâti leurs 
habitations comme des nids d'aigles sur les plus hauts som- 
mets des montagnes et pics incultes des rochers de NipourK 

Sennakhérib avança et mit encore en déroute d'autres 
peuples, les Dahae^. A la fin de cette 5*°' campagne le roi as- 
syrien campa aux portes d''Anara^. 

Les Toukhâres s'étendirent encore à l'occident et exer- 
cèrent leur action en dehors de l'Asie. On les trouve repré- 
sentés dans les peintures murales égyptiennes. Ils furent 
tantôt les ennemis, tantôt les alliés de Ramsés ni, au xiii^ 
siècle avant J.-C 

' Taylor, Cylinder of Sennachertb in Records 0/ tke Past. vol. 1, 
p. 35-43, trad. de Fols Talbot. 

* Inscription, col. m, I. 6&-70. Comp. Maspero, Histoire ancienne 
despeuples de l'Orient, 3' ëdît., p.4i3. 

^ Inscription, col iv, I. 3. Comp. Maspero, op. cit., p. 414. 

• Inscription, col- iv, 1. 7-8, 

^ Chabas, Birch, etc. La copie que nous reproduisons ici d'une de 



,ï Google 



534 
La lecture de Tinscription assyrienne de Sennakhérib 
nous révèle quelques noms géographiques entièrement incon- 
nus jusqu'alors. Celui de Dahae était déjà répandu. On Pavait 
déjà identifié avec celui de Daotàts Grecs, de ces mêmes Daiit 
qui cinq siècles plus tard furent poussés par les Yuë-tch! 
contre la mer Caspienne'. Il reste, cependant, à déterminer 
Tendroit de la capitale des Dahae nommée Oukkou dans Tins- 
cription. Nipotir, pays montagneux, n''est pas non plus bien 
déterminé; on peut néanmoins l'identifier avec les monts Aï- 
baros dont parle Strabon*. Ils se prolongeaient dès le lac 
Thospîtes jusques dans la Médte. Au temps de l'empire as- 
syrien toute la chaîne de montagnes comprise entre le Tau- 
ros et le Zagros était désignée sous le nom de Nipoiir'. Du 
reste, les assyriologues sont d'accord à reconnaître que les 
luttes que Sennakhérib soutint si glorieusement et qui se 
terminèrent pas la déroute des Tokharn\ des Etantes etc. 
eurent lieu à l'orient sur les montagnes, qui forment la fron- 
tière de la Médie et de la Suzïane*. Après avoir châtié la 
Suziane, Sennakhérib rebroussant chemin, se porta contre 
Maniah ^, roi de Oukkou et chef des rebelles Dahae. Ces 
peuples occupaient tout le territoire à partir du Caucase 
jusqu'aux bords du Golphe Persique'. La ville de Oukkou 

ces peintures murales (PI. i),est empruntée à l'ouvrage de Wilkinson, 
A popular account o/Ancienl Egyptians^ vol, i, p. 391, On la voit aussi 
in Bawlinson's Herodolus, vol. iv, p. 56. 

' Richthofen, China. 1, p. 4^2 o. 

' L. M, c. 14. edii. Mîiller-Didot, p, ^Si, 33 

" George Smith, Assyria, p. 118. 

* Comp. Finzi, Ricerche per h studio dell'Anlichilà Assira, p. So, 
. avec Rawlinson, 77ie five great Monarchies, of ihe Easteni World, iii, 
p. 170. 

^ Inscription, col. iv, 1. 3. 

" RawUnson's Herodolus. t. Essay iv, 4. 



,ï Google 



535 

était donc la capitale d'un pays plus au nord et à l'est que 
la région montagneuse du Nipour, comprise entre la Su- 
ziàne et la Médie. Maniah, renfermé dans Oukkou, ne put 
pas soutenir le siège; il s'enfuit vers les régions lointaines. 
La ville de sa royauté fut prise par les Assyriens*. Alors 
Sennakhérib établit son camp en face d!'Anara. 

Talbot identifie Anara avec VAornQS des Grecs. Je ne 
puis souscrire à cette opinion, et même en l'acceptant, le pro- 
blème n'en resterait pas moins tout entier, puisqu^on pour- 
rait lui donner encore plusieurs solutions. La question de la 
position d'Aornos est elle même une much vexed question^ 
comme l'a dit le général Cunningham^ 

Dans l'impossibilité de détei-miner le lieu où se trou- 
vait Anara, je me contente d'en désigner la dtrecliott. 

Le roi des Dahae s'enfuit naturellement par le chemin 
qui était ouvert devant lui. Ce chemin n'était pas, certes, 
du côté de l'ouest, puisque Sennakhérib lui même nous dit 
qu'il pénétra dans ces régions plus avant qu'aucun autre roi 
ne l'avait fait avant lui^. La nouveauté des noms géogra- 
phiques confirme son dire ; en outre les batailles que Sen- 
nakhérib venait de terminer pour établir la paix en Chaldée 
et toutes les expéditions faites dans l'extrême occident de 
l'Asie, en Phénicie, en Palestine, sont des faits qui nous di- 
sent assez qu'il ne s'agit pas ici de ces régions bien con- 
nues, mais d'autres qui étaient encore ignorées des ancêtres 
de Sennakhérib et de ce prince lui-même. Je conclus en con- 
séquence que la marche de Sennakhérib fut dirigée vers le 
nord-est pendant qu'il poursuivait Maniah, et que c'est de là 



' Inscription, co!. iv, 1. i3, 14. 

* The Ancieni Geography o/India, 1 

' Inscription, col. iv, 1. 4-6. 



,ï Google 



536 

en revenant vers le sud, que le roi assyrien aura traversé 
l'ancienne Bactriane. 

Les Tokharri et les Dakae n'avaient d'autre retraite 
qu'aux montagnes à l'orient de la mer Caspienne. Les Dakae 
devraient naturellement avancer plus au nord que les To- 
kharri. Les faits postérieurs viennent confirmer cette con- 
clusion: cinq cents ans plus tard les Yue-tchî rechassent les 
Dahae contre la mer Caspienne. Ce fait prouve encore que 
les Tokharri se trouvaient à l'abri de cette invasion venue 
à travers la région des sept rivières et suivant le nordnauest 
des montagnes qui descendent jusqu'à Khotan. Ils habitaient, 
par conséquent, aux temps de l'invasion des Yiië-tclii^ les 
montagnes de Ferghâna par où s'ouvrait la voie commerciale 
avec la Serica. 

Ce fut après que les Yuë-icht arrivèrent au Tokhâiis- 
tân qu'une partie des YuS-lchî pénétrèrent dans l'Inde. Des 
lors Yuë-tckt et Tokharri se confondent. 

Richthofen n'ignorait pas l'existence de l'inscription de 
de Sennakhérib. Il termine la note, objet de ces considéra- 
tions par ces mots: «Nous ne pouvons pas finir ces remar- 
ques sur le siège probable et les migrations des Tokhan'i, 
sans rappeler ce fait mis en relief par le colonel Yule quoi- 
qu'il fût opposé a sont point de vue — que 700 ans avant 
l'ère chrétienne il est fait mention dans les annales cunéi- 
formes de Sennakhérib, d'un peuple montagnard vaincu par 
lui et dont le nom était Tokharri (H. F. Talboi, Assy-rian 
Texts îranslated., in Journal ofthe Roj-al Asiatic Sociely, vol. 
XIX, 1862, p. i5i). Ce peuple avait ses demeures, comme 
les oiseaux leurs nids, sur les plus hauts sommets et les ro- 
ches les plus escarpées des montagnes du Nipour. Le roi 
les battit, et se portant contre les Dahae qui habitaient des 



,ï Google 



ssibles, il détruisit trente trois de leurs 
de la traduction de Talbot m'a été con- 
professeur Schrader>. 
notre auteur méprise complètement ces 
tes. Le nom des Dahae, bien qu'il fût ce- 
oisin des Tokharri^ n'attire point son at- 

nel Yule* embarrassé par ces circonstan- 
s «Si la lecture de rinscription est exacte, 
roire que les vrais Tokharri occupaient, 
vant le royaume grec de la Bactriane, les 
>ccident de l'Imatis; mais alors il n^est pas 
que te nom de Tokharri ait pu être donné 

rien d'embarrassant. L'histoire offre plus 
:es faits. Plus d'une fois le nom d'un peu- 
i à un autre peuple ; plus d'un peuple est 
n qui lui ont Imposé ses voisins bien qu'il 
on propre'. 

ination de Toukhâres s'étendit sur toute 
: pénétra dans l'Inde; mais avant cela et 
u passage du peuple qui l'a portée traçant 
trouvons ce nom en Asie-Mineure et en 
lom d'un peuple essentiellement errant et 
Tips des dernières immigrations aryennes 
orientales méditerranéennes, il occupe déjà 
tes commerciales, et prend part aux luttes. 

Royal Asiatic Society, a. s. vi, p. gS, 96. 

il d'après Yulc et d'autres orientalistes. Cependant 

s l'identification. 

lu'un seul exemple: les Chamavi, les Sigambesi, 

it réunis sous le nom de Francs. 



:,clgie 



538 

aux incursions, aux batailles, et s^allie avec d^utres peuples 
de la Méditerranée dans des guerres d'invasion et des atta- 
ques par mer. 

Les Toukkares ne sont pas des peuples du Tibet, com- 
me les YiiU-tcht. Ils proviennent plutôt des îles de la Médi- 
terranée, de l'Europe orientale, des côtes de la mer Noire, 
des environs du Caucase, et aussi de l'Asie-Mineure où 
ils se trouvaient déjà à la fin des temps préhistoriques de la 
Grèce (V. § v). 

M. Yule raisonne de la sorte «st la lecture de l'inscription 
de Sennakhérib est exacte. . . » Elle est exacte; on ne peut 
plus en douter. Schrader l'a confirmée à Richthofen. Talbot 
l'a reproduite encore à une autre occasion, comme on peut 
voir dans Records oftkePast (ut rétro). D'autres assyrio- 
logues l'ont travaillée, revue et contrôlée. Les doutes du 
colonel Yule n'ont donc plus de raison d'être. 



V.— Iiea Toakbftres ne sont point des TlDétalns 

Comparons maintenant les figures de p. 286, 3io, 3i2, 
3i3 du livre de M. Chabas, Études sur tantiquitê historique 
d après las sources égyptiennes, &. (2*"' édition), avec les fi- 
gures citées de l'ouvrage de Rawlinson et de celui de Wil- 
kinson (Voir la pi.). Nous y voyons que Içs peintures murales 
égyptiennes représentent les ToukHâres avec des traits d'une 
race qui aurait peut-être les yeux bleus, comme les Sères 
dont parle Rachias. Ils y sont représentés tout au moins avec 
les traits de la race aryenne. 

Les faits concourent donc à l'appui de mon hypothèse : 
les Toukhâres ou quelques tribus Toukhàres dominaient la 
route commerciale du côté de l'occident au Khotan et au 



^V^ 




539 
Pandjab, ce qui explique et l'existence d'une vilie Toukhâra 
près de Khotan et au point de vue géographique les re- 
lations des Tûukhâres ou, comme on l'écrit généralement 
en français, des Tochâres^ des Dardes et des Seres entre 
eux. 

Voici la manière dont Wilkinson nous décrit les 7b- 
kkârt\ les Toukhâres ou Tochâres •. «Les Tokkârt portaient 
un casque très semblable pour la forme et l'aspect aux cas- 
ques qu'on voit représentés sur les sculptures de Persépo- 
poUs. Ces casques, à ce qu'il paraît, étaient faits d'une étoffe 
aux raies de couleur; ils avaient les bords ornés de dessins 
ou d^une rangée de grains assez gros, et étaient assurés sous 
le menton par une courroie ou un ruban. Les Tokhâri por- 
taient un bouclier rond et un vêtement court ordinairement 
recouvert d'une cotte d'armes semblable à celle des ScHaï- 
retanes. Leurs armes offensives étalent principalement une 
lance et un poignard large et pointu ou épée droite. Ils ne 
laissaient pas pousser leur barbe, du moins ce n'était pas 
l'usage général, surtout pour les chefs. Les traits de leur vi- 
sage étaient réguliers, le nez légèrement aquîlin; et chaque 
fois que les artistes égyptiens les ont représentés sur une 
lai^e échelle, leur profil est plus beau que celui des Asiati- 
ques en général. Ils entraient en combat montés sur des 
chariots comme les Égyptiens, et avaient des charrettes à 
deux roues solides, tirées par deux pairs de bœufs. Il semble 
que ces chars étaient placés en arrière de l'armée, comme 
il était d'usage chez les Scythes et les Tartares, et qu'on 
les employaient pour le transport des femmes, des vieillards 
et des enfants en cas de défaite, i 



' A popular Account of Andenl Egyptians, London. 1871, vol. i, 

391, 393. 



,ï G 00 t^ltf 



540 

L'étroite relation entre les Tokhârt et les Scharéttaïut 
ou Schàïrotanes, les Scharutiniens de Layard ', ou Schcr- 
daiias*, les Sardim'etts et les Pouloucktas ou Pélatat, les 
Pélasges\ est vraiment remarquable. 

Au temps de Ramsès m les Tsekkartou (TochSres, 7on- 
khâres &. V. plus loin), comme les PéUstas arrivaient du 
Nord *. Les deux peuples alliés prenaient l'initiative de la 
guerre contre l'Egypte* tL'artiste égyptien — nous ditCha- 
bas — les a figurés avec plus de soin parmi les prisonniers 
conduits au temple d'Ammon par le pharaon vainqueur.» 
«On voit qu'ils portent la coiffure caractéristique des an- 
ciennes nations helléniques ainsi que la courte tunique à 
quadrilles» (à rayures et à franges des peuples de la Gr&e 
et des Des). iPresque tous sont imberbes; un seul porte un 
peu de barbe à l'extrémité du menton» «Les Tsekkartou 
étaient de race européenne comme les Pélestas*» «Sous 
Ramsès m les Péiestas et les Tsekkartou sont seuls nom- 
més comme ayant excité les nations du Nord'» «Frémis- 
santes d'enthousiasme, CCS nations qui venaient de leurs iles, 
attaquèrent et dispersèrent les populations syriennes, alors 
tributaires ou alliées des Égyptiens, puis elles vinrent cam- 
per au sud de la Palestine, dans le pays d'Amaor*.» 

«Le cadre des événements étant ainsi tracé —continue 



' Discoveries in tke ruins of Nineveh and Babylon, LondoD- 1853, 
p. 355. 

* Chabas, Ant. hist., p. 198. 

= Ibid-, p. Ï84. 

' Ibid. p. 285. 

^ Ibid., p. 284. 

"ibid., p. 285-287. 

' p. Ibid. 287 aifinem. 

Mbid.,p.a88. 



,ï Google 



54' 
M. Chabas — nous sommes naturellement amenés a rccon- 



La transcription du mot est irréprochable. . . De 7>k- 
kroi les Égyptiens ont fait Tekkri (la finale ou est le pluriel 
égyptien.— Nous pouvons lire Takkerri, M. Chabas a lu 
encore Tsekkart'-ou). La ressemblance ne peut guère être 
plus exacte. Hérodote donne au pays troyen le nom de 
Teucrie. D'après le même auteur', c'était la dénomination dont 
se servaient les Égyptiens de l'époque de la guerre de Troie, 
car le gouverneur égyptien de la bouche canopique du Nil, 
Thônis, appelle Pârîs^ un Teucrien dans le rapport par le- 
quel il informe de roi de l'arrivée du prince troyen après le 
rapt d'Hélène.» 

«Quant aux Pélestas, ce sont les Pélasges, ces peuples 
qui nous ont laissé tant de souvenirs et si peu d'histoire, et 
qui ont précédé les Hellènes dans presque tous leurs établis- 
sements» «Sortis de la Samothrace, les Pélasges s'éta- 
blirent fortement sur les côtes asiatiques de PHellespont 
ainsi que dans les îles de Scyros, d'Imbros, de Lemnos, de 
Lesbos, de Chlo, de Samos et des Cyclades, ils occupèrent 
aussi la Crète, les rivages de l'Asie-Mineure jusqu'en Carie. 
Les Teucriens étaient ainsi enclavés entre les Pélasges de l'Io- 
nie et ceux de l'Hellespont. L'histoire ne nous montre pas dis- 
tinctement les Pélasges réunis en corps de nation, cepen- 
dant nie de Lesbos avait reçu d'eux le nom de Pelasgia. En- 
viron deux siècles après Ramsès ni, diverses populations 
pélasgiques accoururent à l'appel de Priam: c'étaient les 
Paeones de l'Axius, les Pélasges de l'Hellespont et ceux de 

' Hérodote, ii, 114, ii5. 

* V. l'étymologie de Paris au S vu. 



,ï Google 



54» 
la Méonie, armés de l'antique javelot.» «Nous rencontrons 
donc des indices bien suffisants de la puissance des Pelas- 
ges et de leur connexion avec les Teucriens pour nous ex- 
pliquer le rôle actif que ces deux nations (je préférerais dire 
peuples) avaient pris de concert dans la guerre des peuples 
du nord contre PÉgypte. Les Teucriem durent avoir la pré- 
pondérance dans l'expédition par terre {je souligne car le 
fait est d'une grande importance), tandis que la direction 
de la campagne maritime appartint naturellement aux Pé- 
lasges, qui étaient en relations intimes avec toutes les popu- 
lations des rivages et des îles de la Méditerranée*.» 

Comme je l'ai dît, pourtant, les Takkerri ou Tekkri, 
les Tochâres^ les Teucriens figuraient aussi dans la cohorte 
des alliés des Égyptiens. Champotlion' cite les Teucriens 
comme des alliés des Egyptiens contre les Libyens. 

Les Tochâres ou Toitkkâres furent donc un peuple er- 
rant qui ne constitua jamais de nation et dont le mouve- 
ment sinueux si fit de l'occident en orient jusqu'au a* siècle 
avant l'ère chrétienne. 



VI.— Le moarement fltimiqafl & travers le bassin da Tarym 

Après avoir déterminé le type des Toukhâres ou 
Tochâres comme je viens de le faire, je dois maintenant 
chercher à éclaircir au moyen des données fournies par M. 
de Richthofen, un point que j'ai laissé de côté ù dessein. Je 
veux parler de l'existence d'un peuple, dont les caractères 
ethnologiques, dans leur ensemble, s'accordent avec ceux 

• Chabas, Op. cit., p. ï88, 189 

' Lettres, p. i63. V. Chabas^ op. cit., p. 3o8. 



^^ Di 



,.,c„t,^ 



543 
;s inscriptions assyriennes, Takerri, Tokhâri 
iscriptions égyptiennes, qui a également mené 
à travers l'Asie centrale, et parcouru, selon 
quîse, le Ferghâna et le bassin du Tarym 
enfin jusqu'à Khotan. 

le Richlhofen dans la région située à l'occi- 
u Tarym et s'étendant jusqu'au nord-est près 
bitait, au deuxième siècle avant J.-C-, une 
inois désignaient par mépris sous le nom de 
; de cheval — die Stamme mit den langen 
t (i. 48-49). La physionomie de ces hom- 
te de la physionomie des Chinois. Us avaient 
les yeux enfoncés et le nez saillant, tandis 
là, les habitants de Khotan étaient consi- 
inois comme appartenant à leur race. Peut- 
Richlhofen — doit-on les rattacher à ces peu- 
nne dont les restes, encore aujourd'hui épars, 
nité occidentale de l'Yarkand et du Pamir, 
ir exemple (comme M. de Richthofen le 
irès Spiegel, Eranîsche Art. 1, 33g) parcou- 
nsion depuis le Pamir jusqu'à Uschi, Aksu, 
mi. Us descendent aussi jusqu'à Khotan, 
trcourent, à l'occident et au nord du bassin 
les contrées que parcouraient jadis les — 
cheval. 

vie errante à travers toute cette extension 
rym, depuis l'occident jusqu'à Tourfan, les 
ie cheval avaient soin d'occuper partout Ics- 
i pourrait le plus facilement traverser le 
ivant les chemins naturels qui conduisent 
'au pays des sept rivières près de la mer 
: de Balkach, et jusqu'au lac Issy-kol, et 



..Gocfiic 



544 
d'un autre côté jusqu'au Ferghâna; ils se réservaient ainsi 
la faculté de descendre comnje les Tidjiks jusqu'à Khotan. 

J'ai fait voir, au § iv que selon toute probabilité les 
Toukkâres,, les Tokharri des inscriptions cunéiformes, habi- 
taient au ii'siècle av. J.-C. les montagnes du Ferghâna. Je 
puis maintenant rapprocher cette conclusion du fait que 
nous venons de constnier; la présence des — longues têtes de 
cheval, aa deuxième siècle avant J.-C. aux abords de cette 
contrée sur les montagnes qui y aboutissent. 

Je ne veux pas encore affirmer que les — longues têtes 
de cheval formaient une ou plusieurs des tribus des To- 
kharri. Mais ce que l'on peut soutenir sans hésitation, c'est 
que leur caractères ethniques s'accordent avec ceux des To- 
kharri. Ainsi sans contredire en rien la loi de migration des 
peuples • on peut admettre que les Toukkâres sont venus 
des régions de l'Iaxarte jusqu'à Khotan 



TII,~-Ëranieiia et Tookli&res.— Gonolnsion 

Le nom de Tou-ho-lOy eût-il même été connu en Orient 
au delà de Khotan, cela ne diminuerait en rien la valeur 
des arguments que je viens d'exposer et de développer. 
L'existence de cette ville, pourtant, est problématique. 
Hiouen-Thsang n'en parle que par tradition. C'est à Kho- 
tan que se termine le voyage du pèlerin bouddhiste. La ville 
de Tou-ho-lo sur le versant septentrional du Kuen-loun, si ja- 

' M. de Etichthofena dit coiitre l'hypothèse de Lassen: «wurde 
es den Gesetzen der Wiilkerbewegung gani widersprechen, wenn das- 
selbe Volk von don (Belur-tagh) nach der Gegend des Lop-Secs ge- 
zogen, und dann um den Tien.Shan herum nach dem Yaxaries und 
Oïus zuriJckgekehrt ware.» 



.,n,tî?SSTrGoOQ]c 



mais elle exista, avait disparu depuis longtemps*. Ce qu'on 
lit des Thagori dans Ptolémée ne servirait guère non plus 
à éclaicir la question. 

Admettons cependant que cette ville eut une existence 
réelle. Elle devait être alors à une petite distance de Kho- 
tan, à 400 li seulement ou 4 jours de voyage, si l'on s'en 
rapporte au calcul fait par Yule'. L» civilisation avait pris 
un assez grand développement sur tout le versant septen- 
trional du Kuen-loun. Cette contrée vit s'élever des villes 
très populeuses qui disparurent* ensevelies dans les mers de 
sable ''qui s'étendirent depuis le Kara-bouran jusqu'à Kina. 
Le peuple qui les habitait était probablement, pour la 
plupart, de race tibétaine, mais la civilisation était crânienne 
comme tout nous porte à le conjecturer. 

On trouve encore aujourd'hui au Tibet les usages bi- 
zarres relatifs à l'exposition des cadavres', et la grande vé- 
nération pour le chien, cet ensevelisseur ou fossoyeur des 
Bactriens comme disait Strabon*. Ces usages distinguent 



' Mém. sur les contrées occidentales par Hiouen-Thsang, irad. par 
Stan. Julien, i[, p. 247. — Comp. Vivien de Saint-Manin,Mem. dna/fd'jue 
sur la carte de l'Asie Centrale et de l'Inde, les dernières lignes. 

''Hiouen-Thsang, édit. Slan.- Julien, 11, 247. Yule, in /ounw/ o/"//nf 
Royal Asiatic Society, n. s. vi, p. 93. 

■' Richthofen, Remarks, in Prejevalsky (irad, Delmar Morgan), Fram 
Kulja across the Tian Shan to Lob-nor, p. 1 56. Yule, in Marco Polo, i, p. 
198, i9fi. 

* Ch. Home, On thc Meihods of Disposing 0/ the Dead at Lhassa, 
Thibet etc., in Journal of the Royal Asiatic Society, n. s., vi, p. ï8-3i' 
Comp. Markham, Narratives of the Mission of George Boyle to Tibet 
and ofthe Journey of Thomas Manning to Lhassa. London, 1876, p* 
68, 111, 338-340. V. la note suivante. 

' Comp. Horace délia Penna, in Markham, op. cit., p. 339 avec 
Strabott, L. xi, c. xi, 3. Miiller-Didot, p. 443, 29. On peut voir sur ce su- 



.ïGex^tp^^ 



546 

une partie des Éraniens de toute la race aryenne et en gé- 
néral de leurs voisins occidentaux. 

Tiele en a conclu que les Tibétains avaient emprunté 
ces pratiques aux habitants primitifs de l'Éran méridio- 
nal*. Mais il ne faut pas oublier que ces pratiques n'étaient 
pas celles de tout l'Éran; elles étaient vraiment avestiques 
et pas éraniennes de scfti origine, c'est à dire qu'elles n'étaient 
pas aryennes, ou des Aryas de l'Éran, elles ne l'étaient que 
d'une partie des peuples de l'Éran, de ceux qui suivaient 
les prescriptions et acceptaient la doctrine de l'Avesta. C'est 
plutôt aux Éraniens septentrionaux et à ceux de la tribu de 
Bactriane qu'on doit' rattacher les pratiques si singulière- 
ment avestiques des Tibétains. Le mode de traitement du 
cadavre adopté au Tibet doit être comparé non pas aux 
pratiques d'ensevelissement des Éraniens méridionaux, maïs 
aux pratiques exécutées dans les dakhmas, ou cimetières 
mazdéens qu'on ne rencontrait pas en Perse, et aux prati- 
ques semblables des peuples de l'Hyrcanie et des rives de 
la mer Caspienne, au dire de Strabon, de Cicéron et de 
Justin*. A l'est de la Bactriane se trouvaient les Tokharri. 
Et si l'on suit le cours de l'influence éranienne hors du 
centre principal de la race éranienne, on trouvera partout 
les Toukhâres. 

La brillante culture qui précéda la civilisation grecque 
proprement dite et s'étendit sur toute la côte occidentale 
de l'Asie-Mineure et de la Crète, fut le résultat du mélange 

jet De Harlez, Avesta^ l' passim. De Harlez en a donné une i*~ éd. en- 
richie d'une magnifique introduction. Consulter. 

' Geschiedenis van den Godsdienst etc., Amsterdam, 1S76, p. 190. 

* Comp. le Travail âté de Ch. Home in Journal 0/ the R. Asiatic So- 
cieiy.îe peux aujourd'hui citer à l'appui de mes idées l'opinion de l'êra- 
niste be^c Mgr. de Harlez in Avesta, 2° éd. intr. xvi, xvu, clxxu, ccuu- 



W' Wi 



d'éléments phéniciens, phrygiens, et helléniques, encore très 
visibles dans la légende troyenne. Paris, Dareios sont des 
noms probablement phrygiens (/ar^combatre) avec des for- 
mes éraniennes '. Le nom À^Assaracos a été retrouvé sur 
les monuments de Ninive'. Celui de son fils Capys^ est un 
nom phrygien, aussi bien que les noms de Dpnas^ gendre 
de Priam, et les noms dMicun/oî, de Cassandra^. . . &. Hé- 
rodote, nous l'avons dit, donne au pays troyen le nom de 7e«- 
crie et Pân'S'Alexandre était un Teucrien. Tpota signifie peut- 
être même «terre de la traversêe^i. 

D'après quelques auteurs, aux Toukhâres correspon- 
dent les Indo-S<ythes. C'est un fait acquis pour la science 
que les Scythes du Pont-Euxin étaient de race aryenne, et 
probablement de la branche éranîenne'. 

Je dois faire remarquer une coïncidence bien significa- 
tive: les assyriologues ne trouvent aucun élément ethnique 
aryen en Arménie, antérieur au viu* siècle avant J.-C. * Cet 
élément ethnique était éranien et, à ce qu'il paraît, un résul- 
tat du mouvement qui fit venir les AryaS'Alèdes dans la Mé- 
die et les Aryas-Peises dans la Suziane'. Ce fut après cet 
événement que les Tokharri, vivant comme des aigles sur 
les hauts sommets des montagnes de Nipour, émigrèrcnt vers 
le nord, battus pas Sennakhérib. Notons encore que i'armé- 



' Tiele, Op. cit., p. ii5, n.» iz5. 

*-*^Em.Curtius (Boucha Lcc le rcq ), //wWiVe Greejue, 1. 1, p.89. 

* Comp. l'étude de Sir H. RawUnson in vol. m', p. 187 et suiv. de 
Rawlinson's Herodolus. — Kiepert, Lehrbuck d. Allen Géographie, n° 3o5. 
— D'ktbm&ic ia\i»\av\\\e. Les premiers habitants de l'Europe, p. i37et 
i\ûv.—Rtvue Critique, 14 décembre 1878, p. 375. 

* A. H. Sayce, Assyrian Lectures, p. 44. — liis Herodotus,i^, 677. 
' Sayce, ioc. cit. 



,ï Google 



548 

nicn wagr itigre* n'a de correspondant nulle part ailleurs 
que dans le sanskrit vjâghra itigre royal»'. 

Lassen^ croyait que le vocable xamixifcç en sanskrit 
kastira, fétain», fut introduit en Grèce, avant Homëref 
par l'intermédiaire des Phéniciens. Ce mot a été retrouvé de- 
puis dans les inscriptions assyriennes. Il n'est ni aryen ni 
sémitique. L'opinion de Lassen doit être modifiée. Le fait 
est, néanmoins, une preuve des relations entre l'Inde au sud- 
est, l'Assyrie au centre et la Grèce au nord-ouest. 

Il y a des peuples qui sont, comme le plasme charriant 
les globules sanguins, et les rhéophores portant k courant 
électrique, les porteurs de civilisations qui sans cela reste, 
raient isolées et condensées en un point sans influence utile 
sur le dehors. 

A ce titre et comme tels on peut certainement citer les 
Tottkhâres qui, semblables aux électrodes, transmirent en 
différents sens et à de différents peuples la civilisation con- 
densée dans les grands centres de l'Egypte, de PAsie-Mi- 
neure, de la Syrie et de l'Inde. 

' Fick, Vergi. Wtb. der Indo-germanischen Sprachcn, i', 43i. 
* Indische Alierifmmskunde, n*, 63». 



EXPLICATION DE LA PLANCHE 

Fig. I. Les Tokkari, d'après une peinture murale à Thèbes {apud Wil- 
kinson). 
3. Les charriots des Tokkâri, d'aprùs une peinture murale à Thè- 
bes (apud Wilkinson). 



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Vasconxei.los Abreu 



Lilb. de J Leipold Listioonï 



DigitizsdbyGOOgle 



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ESSAI STJK LES UUTILATIONS ETHNIQUES 



M. LE DR. E. MACrTOT 



•Tout est bien au sonir des muns 
• de l'auteur des choses, tout dégé- 
'nère encre les mains de l'homme; 
■ il aime les difformités, les mons- 
•ires; il ne veut rien tel que l'a fait 
•la nature, pas même l'homme.* 
J. J. Rousseau. 



Considérées d'une manière générale, les mutilations eth- 
niques devraient comprendre toutes les modifications ou al- 
térations que l'homme se fait subir à lui-même, sous l'in- 
fluence de la mode, des habitudes, des idées mystiques ou 
religieuses, des sentiments de vanité ou d'orgueil, des aber- 
rations des sens, etc. 

Un tel sujet est inépuisable car ses limites sont indé- 
finies. Pour envisager dans son ensemble et dans ses dé- 
tails un aussi vaste problème il faudrait commencer par les 



,ï Google 



550 

plus simples et les plus innocentes pratiques, comme rem- 
ploi des fards et des cosmétiques; ensuite étudier les mo- 
difications que les vêtements font éprouver à la forme gé- 
nérale du corps et arriver enfin aux véritables mutilations 
qui laissent après elles une trace indélébile. 

Ce serait une tache au-dessus de nos forces et en tous 
cas hors de proportion avec les travaux ordinaires d'un 
congrès. Nous avons cependant depuis un certain temps 
entrepris de rechercher et de rassembler les documents épars 
sur cette intéressante question et nous les réunirons sans 
doute ultérieurement dans une étude d'ensemble. 

Notre but aujourd'hui est beaucoup plus modeste, et 
nous demandons simplement au Congrès la permission de 
lui exposer très brièvement: i" Quels sont les caractères es- 
sentiels des diverses mutilations ethniques: 2" Les différents 
points de leur répartition géographique dans l'état actuel de 
nos connaissances en ethnographie générale. 

Or, la pratique des mutilations ethniques paraît sou- 
mise dans la série des temps et sur les parties diverses du 
globe, à certaines lois générales. 

Ainsi, le plus grand nombre d'entre elles après être nées 
de l'initiative d'un peuple ou d'une tribu, se sont ultérieu- 
rement propagées par voie de migration ou de conquête, 
soit que le peuple lui-même se substituant à un autre ait 
gardé ses pratiques particulières, soit qu'il les ait imposées 
aux vaincus. Telle est en particulier l'habitude de déformer 
le crâne qui parait s'être répandue en Europe, et en France 
par l'envahissement d'un peuple particulier, les Cimmériens 
macr acéphales. 

D'autre part, on observe que certains groupes de po- 
pulations séparés par de grands espaces marins ou terres- 
tres et qui n'ont eu à aucune période de l'histoire de rela- 



,ï Google 



tions entre elles, s'infligent la même mutilation. Telle est par 
exemple, cette pratique de l'amputation d'une phalange qui 
s'observe à la fois sur la côte occidentale de l'Afrique et 
au Paraguay. Tel est encore un certain mode de déforma- 
tion céphalique qui se retrouve à la fois en Europe et chez 
les Patagons. 

Deux explications se présentent: d'une part, la théorie 
de la similitude des instincts humains, d'autre part l'hypo- 
thèse de la jonction aux premiers temps quaternaires ou 
tertiaires de continents aujourd'hui séparés. 

Certains observateurs parmi lesquels il faut citer Bro- 
ca, se sont, comme on sait, prononcés formellement pour 
cette dernière supposition. 

Une autre loi tend à établir que la pratique des mu- 
tilations est en raison inverse de l'état de civilisation. En 
Europe par exemple, elles sont presque entièrement aban- 
données et celles que nous mentionnerons, appartiennent 
aux premiers temps de notre histoire ou aux âges préhisto- 
riques. Au contraire, les peuplades sauvages et primitives 
des continents africains, de l'Amérique et de la Polynésie 
constituent les centres actuels de la plupart des mutilations. 

Enfin, il est une dernière loi générale fort importante à 
préciser dans la question qui nous occupe, c'est là non hé- 
rédité des mutilations volontaires. Nous ne discuterons pas 
ce point qui nous semble jugé définitivement aujourd'hui: 
Toute disposition physique acquise accidentellement pen- 
dant la vie, n'est pas transmissible héréditairement. Nous 
pourrions en citer maintes preuves; ainsi par exemple: tes 
Aymaras, les Chinooks modernes ne présentent plus la dé- 
formation crânienne si spéciale de leurs ancêtres, telle qu'elle 
se retrouve dans les anciennes sépultures, et la circoncision, 
la plus ancienne peut-être et la plus répandue des mutila- 



i^ 



ib.GPogk 



552 

lions volontaires, n'a point empêché la disposition anato- 
mique qu'elle corrige de se perpétuer indéfiniment. 

Quoi'qu'il en soit, de ces courtes considérations géné- 
rales, nous allons aborder notre étude dans les divisions 
suivantes : 

I. Les mutilations de la peau. 

II. Les mutilations de la face. 

III. Les mutilations de la tête. 

IV. Les mutilations des membres et du tronc. 
V. Les mutilations des dents. 

VI. Les mutilations des organes génitaux. 



KntllationB oatanéfiS 

Les mutilations qui se pratiquent sur la peau sont in- 
nombrables et leur histoire, pour être complète, justifierait 
à elle seule un long et volumineux travail. 

Nous devrons donc nous borner pour elles ainsi que 
pour les autres parties de ces études, à un aperçu rapide. 

Les mutilations cutanées peuvent en effet se diviser en 
trois groupes; 

i" Les fards et peintures. 

2" L'épilation. 

3" Le tatouage. 

L'idée de se couvrir la peau soit d'un enduit de cou- 
leur uniforme, 5oit de dessins ou ornements divers, remonte 
a la plus haute aîîtiquité et s'est du reste conservée jusqu'à 
nos jours où elle reiçte très en faveur chez certains peuples 
de l'Afrique et de l'OJcéanie. Dans l'ancien continent. l'usage 



lyGoogle 



553 

des fards était également fort répandu. Il a certainement 
précédé le tatouage proprement dit, lequel est devenu le 
moyen de rendre définitifs et indélébiles les dessins effectués 
à l'aide de la peinture. 

L'épilation était un complément de la coutume précé- 
dente ; elle se pratiquait d'une part par l'arrachement des 
poils sur le cuir chevelu, sur les sourcils, le mont de Vénus 
ou d'autres régions, soit au moyen du rasoir. L'usage de ce 
dernier instrument appartient à tous tes âges de l'humanité 
et à tous les peuples. Aux temps de la pierre taillée, on fa- 
briquait déjà de minces couteaux de silex ou d'obsidienne 
très aiguisés et qui n'étaient autres que des rasoirs. Quel- 
ques peuples sauvages, comme les Botocudos utilisent même 
pour se raser des éclats de roseaux à bords très tranchants. 
Enfin, de nos jours l'emploi du rasoir métallique n'a pas be- 
soin d'être décrit. 

Quoi qu'il en soit, nous ne pensons pas qu'on doive 
rigoureusement accepter comme mutilations aussi bien l'ap- 
plication sur la peau des fards ou peintures que l'épilation 
elle-même, ces deux pratiques ne produisant en somme au- 
cune lésion cutanée définitive. 

Les véritables mutilations de la peau nous semblent 
commencer avec le tatouage. C'est donc de cène question 
que nous devons nous occuper en nous bornant toutefois a 
indiquer les difiérents caractères du tatouage ethnique et à 
tenter d'en tracer la répartition géographique d'après les va- 
riétés qu'il présente. 

Le tatouage se divise ainsi en cinq catégories qui sont: 

1° Le tatouage par piqûre. 

2" Le tatouage par incisions simples. 

3" Le tatouage par ulcération ou brûlures. 

4" Le tatouage sous-épidermîque. 



„C.oogle 



554 
5' Le tatouage mixte dans lequel il y a mélange de plu- 
sieurs des procédés précédents. 



1° TATOUAGE PAB PIQURES 

C'est le plus répandu de tous. On le retrouve dans 
toutes les parties du monde et particulièrement en Europe 
où il s'est perpétué depuis les temps protohistoriques jusqu'à 
nos jours. Autrefois il était le privilège de certains groupes 
ethniques, tandis qu'aujourd'hui il ne se montre que sous 
forme errative et à titre de souvenir d'une tradition ancien- 
ne. C'est avec ce caractère qu'il persiste chez quelques peu- 
ples de l'Italie et dans diverses classes inférieures de nos 
sociétés, certains corps de métiers, etc. 

En dehors de l'Europe, le tatouage par piqûres se re- 
trouve d'abord chez les Arabes, les Kabyles où les femmes 
reproduisent de la sorte sur le visage des enfants les des- 
sins qu'elles tracent dans ces broderies bien connues de 
laine ou de soie '. 

Aux îles Marquises le même procédé s'emploie pour 
caractériser non seulement certaines tribus, mais encore les 
castes et les divisions sociales. C'est ainsi qu'il y a un ta- 
touage particulier pour les esclaves et les domestiques; un 
autre pour les veuves; un autre pour les guerriers. Ce der- 
nier pratiqué après un combat ou une conquête devient si- 
gne de noblesse*, et la forme ou les dessins adoptés se 



' Gillebcrt d'Hercourt, Anthropologie de F Algérie, in Mémoires de 
la Société d'Anthropologie de Paris, t. m p. 17. 

* Foley, Quatre années en Océanie, Paris 1875. ' 



,ï Google 



555 

transmettent aux descendants qui se font gloire de porter 
ainsi sur la peau le blason de leur aïeux. 

En Chine, à l^le de Haïnan, les 5eng-Ii se tatouent le 
visage par la même méthode* et au Japon les plongeurs se 
couvrent tout le corps d'un tatouage très serré destiné à ef- 
frayer les poissons carnassiers qui s*atlaquent à Phomme '. 
On peut ajouter que chez certaines peuplades, le tatouage 
ne reste pas exclusif à la peau, car les femmes de Sénégam- 
bie se dessinent aussi sur les lèvres et les gencives des des- 
sins colorés par Pindigo. 

D'autres applications du tatouage ont été signalées par 
les auteurs: ainsi d'après M. Miklucho-Maèlay, les femmes 
de l'archipel Peiew se font tatouer le mont de Vénus et dans 
les peuplades de l'Arizona, de l'Amérique du Sud, le tatouage 
est appliqué à titre de châtiment pour marquer un coupa- 
ble'. 

Le mode opératoire, très bien étudié par le docteur 
Berchon *, consiste tantôt dans l'emploi d'aiguilles, et c'est le 
procédé usité en Europe; tantôt au moyen d'arêtes de pois- 
sons, de parcelles d'os, de dents de requins, d'épines végé- 
tales, ainsi que cela se pratique en Afrique et dans le Nou- 
veau Monde. 

Les substances colorantes sont très nombreuses: !e 
charbon pulvérisé et mélangé à des matières grasses, les 
sucs rouges de certaines plantes et, dans les temps plus ré- 
cents, l'encre de Chine, l'indigo et les diverses couleurs du 
commerce. 

< D'Hervey de Saint-Denys. Extrait de V Ethnographie des peuples 
étrangers, de l'écrivain chinois Ma-Touan-lin, i. ii, p. 4or. 

* Dr. E. Martin, Histoire des Monstres, Paris 1879, p. 1 ti. 
^Zeilschriftjîir Ethnologie, 1879, p. 334. 

* Histoire médicale du tatouage^ Paris 1S69, 



,ï Google 



556 

Quant aux dessins et ornements fixés ainsi sur la peau, 
ils représentent tout ce que la fantaisie hamaine peut ima- 
giner: lignes parallèles, arabesques, vermiculations, croix, 
ondulations diverses, portraits grossiers d'animaux, de plan- 
tes, dessins erotiques, etc. 

2° TATOUAGE PAR INQSrOSS 

Ce mode de tatouage se présente sous deux variétés: 
l'une consistant dans de simples scarifications assez analo- 
gues à celles qui résultent de l'application de nos ventouses 
(tatouage par mouchetures) ;Pautre comprend une série d'in- 
cisions plus étendues dont on éloigne soigneusement les bords, 
de façon que la cicatrisation laisse sur les téguments des 
plaques blanches et décolorées comme le sont les entailles 
sur un jeune arbre. C'est un tatouage par cicatrice. 

Le procédé par mouchetures est très répandu chez les 
Nègres qui s'en couvrent le visage et parfois toute la surface 
du corps. Il sert chez eux à différencier les tribus, et comme 
il arrive parfois qu'un nègre émigré d'une tribu dans une 
autre, on peut observer sur son visage deux systèmes de 
mouchetures superposées. 11 est également en usage sur cer- 
tains points du continent asiatique (Laos) et dans la Matai- 
sie (Mlndanao). 

Le procédé par larges incisions est particulier à la Mé- 
lanésie. Quelques historiens rapportent aussi qu'il était en 
usage chez certains peuples qui envahirent l'Europe. C'est 
ainsi que, d'après Ammien Marceliln ', les cavaliers d'Attila 
avaient le visage couvert de cicatrices. 

' Ciié par Lagneau, Anthropologie de la France, Dictionnaire En- 
(prclopédi^, article France. 



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EL 

3" TATOUAGE PAR ULCÉRATION OU BRULURE 

Ce procédé, qui est le plus barbare et le plus doulou- 
reux de tous, consiste tantôt à irriter, à ulcérer une incision 
préalable en appliquant à sa surface des sucs caustiques de 
certaines plantes, tantôt à pratiquer de véritables brûlures 
à la manière de nos anciens moxas. 

Le but est dans ce dernier mode, d'obtenir une végé- 
tation de la peau, une sorte de bourgeon ou de champi- 
gnon, et le grand art consiste à les disposer en une série 
tantôt graduée, tantôt de volume égal dans une certaine ré- 
gion du corps; le plus souvent la face. 

Parfois encore ce résultat est obtenu par un mécanisme 
de torsion de la peau au moyen d'une aiguille, ainsi que le 
docteur Tavano l'a rencontré chez quelques peuplades des 
côtés d'Afrique*. 

Les brûlures s'obtiennent par l'application sur la peau 
de morceaux de charbon inflammés, ou, comme en Nouvelle- 
Calédonie, de nervures des feuilles du cocotier qu'on appli- 
que suivant certains dessins, qu'on allume sur place et dont 
on active la combustion en soufflant avec la bouche. Dès 
que la tendance à la cicatrisation se manifeste, on arrache 
les croûtes qui se forment sur la plaie, on en irrite la sur- 
face et il se produit bientôt des boui^eonnements dont on 
favorise le développement par les mêmes moyens. Ces bour- 
geons sont disposés soit en groupe soit en ligne continue. 
Aussitôt formés au gré de l'opérateur, on lave à l'eau froide, 
et ces étranges ornements conservent indéfiniment leur forme 
ainsi que la couleur blanchâtre ordinaire des cicatrices. 

' Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1877, p. 333. 



,ï Google 



558 

Ce sont ces bizarres productions qui ornent le front des 
Tasmaniens, les épaules des Australiens et qui s'observent 
chez les Papous, les Néo-Guinéens. En Afrique elles se trou- 
vent au Soudan d'après Castelnau, en Mozambique où el- 
les affectent la forme d'étoiles et chez les Zoulous qui se 
décorent de cette manière les reins, le dos et les cuisses. 



4" TATOUAGE-SOUS-ÉPIDERMIQUE 

Il consiste à passer entre l'épiderme et le derme des 
aiguilles armées d'un fil lequel est enduit de graisse mélan- 
gée avec de la suie de lampe '. 

Ce tatouage est plus employé chez les femmes que chez 
les hommes et il ne s'applique qu'au visage, aux mains et 
aux pieds, c'est-à-dire aux parties découvertes. Il a été re- 
trouvé dernièrement chez les Tchouktchis, lors de l'expédi- 
tion du professeur Nordenskjôld. Il paraît donc spécial et 
exclusif aux peuplades qui habitent le voisinage des régions 
polaires. 

5" TATOUAGE MIXTE 

Enfin sous le nom de tatouages mixtes, nous compre- 
nons les mélanges sur un même groupe ethnique de plusieurs 
des tatouages précédents. Ainsi en Nouvelle-Zélande et chez 
beaucoup de tribus nègres, on rencontre à la fols la prati- 
que par incisions qui donne les cicatrices blanchâtres et celle 
des piqûres qui viennent compléter autour des points înci- 

' Paw, Recherches sur les Américains, 1. 1, p. 263. 



,ï Google 



659^ 

ses un système complexe d'ornementation. On observe aussi 
sur divers points de l'Europe un autre mélange du tatouage 
par simple piqûre avec le procédé sous éptdermique. C'est le 
cas, en particulier, pour l'Italie. 

Si maintenant nous tentons de résumer, au point de 
vue de la répartition géographique, ces notions générales sur 
le tatouage, nous arrivons aux résultats suivants: 

1° Tatouage par piqîàres: LaPoIynéste,c'est-à-dire 
tous les archipels à l'exception de la Nouvelle-Zélande. Les 
îles Marquises, excepté les îles de Râpa et quelques au- 
tres du groupe Pomotou; l'île de Pâques, la Micronésie. La 
Nouvelle-Guinée; le groupe Papou. A Bornéo le groupe des 
Dayaks. 

En Amérique méridionale: les Charmas, les tribus du 
Grand Chaco; au Brésil les Guaranis; les Pampéens et les 
Patagons. 

En Amérique du Nord: les Peaux-Rouges. 

En Afrique: les Kabyles, les Arabes, les Egyptiens; les 
Niam-Niam, les Sénégambiens et les peuplades des rives du 
Sénégal. 

EnAsie:lesSeng-li de l'île de Haï-nam; lesChin-Ham, 
anciens peuples de la Corée; les Baitos et les Ouen<hin du 
Japon, des îles Kouriles et Aléoutiennes; les habitants de 
Formose; les anciens Annamites; les Ouen-mien-po, peuple 
barbare du sud-ouest de l'Empire chinois. 

ir incision simple: Mélanésie-Tri- 
Loango, Makondé, Mangandja, Ma- 
ann);les rives orientale et méridionale 
'après Cameron); la Guinée; la Nou- 

.rulcérationou brûlure: Tribus 
smanie et Australie; Guyane; les Pa- 



i,moog\c 



56o 

pous, Néo-Guinéens, Mincopies et Negritos; les Alfourous; 
la Nouvelle-Calédonie; le Soudan, Mozambique et les Zou- 
lous. 

4" Tatouage sous épidermique: Esquimaux, 
Tchouktchis, Groënlandais; une partie de l'Europe (Italie). 

5" Tatouages mistes: a mélange des procédés par 
piqûres et sous épidermiques; Europe. 

b Mélange d'incisions et piqûres combinées: Nouvelle- 
Zéiaude; beaucoup de tribus nègres d'Afrique. 

c Mélange du tatouage par bourgeonnement et par pi- 
qûre. Ce dernier système se surajoutant d'ailleurs au pre- 
mier et variant de dessin suivant les incidents principaux 
de ta vie: Iles Marquises. 

II 

HntUatlons fodnleB 

Les mutilations ethniques qui se pratiquent sur la face 
sont très diverses et portent tantôt sur les lèvres, sur le nez 
sur les paupières et enfin sur l'oreille. Nous éliminons tou- 
tefois de cette catégorie, deux classes de lésions volontaires: 
les tatouages de la face qui appartiennent à la catégorie des 
mutilations du tégument et les lésions des dents qui seront 
étudiées dans un paragraphe spécial. 



1° MUTILATIONS DES LÈVRES 

Elles consistent dans des perforations simples ou mul- 
tiples qui traversent de part en part, dans le sens vertical, 
la lèvre inférieure ou la supérieure. 



,ï Google 



56i 

La plaie est destinée à loger après sa cicatrisation un 
corps étranger, un ornement fait de matières variées : tantôt 
c'est une sorte de clou en os ou en métal destiné à élar- 
gir progressivement la perforation jusqu'à ce qu'elle puisse 
contenir l'objet qu'on veut y installer définitivement: les 
Kolochs, voisins de la Colombie, etc. Certaines peuplades 
d'Esquimaux du Port-CIarence où les a rencontrés le profes- 
seur Nordenskjôld, ont l'habitude de loger dans cette ou- 
verture une grosse perle de verre bleu. Ce sont encore les 
Esquimaux qui se perforent les Joues pouryinstaller un bou- 
ton analogue à celui de nos manchettes, de sorte qu'au mo- 
ment des repas une partie des matières et des liquides s'écoule 
par ces ouvertures et tombent sur le cou*. 

D'autres fois l'objet enchâssé dans la lèvre a la forme 
d'un disque en bois ou en os et est placé suivant son grand 
diamètte dans la fente labiale. Les Botocudos du Brésil doi- 
vent leur nom au Botoque, rondelle de bois aplatie assez sem - 
blable à une grosse pièce de nos jeux de tric-trac, ou à une 
bonde de tonneau; son diamètre a parfois jusqu'à 6 centi- 
mètres'. 

Une pratique semblable a été observée par Livingstonc 
chez certaines peuplades nègres d'Afrique, les Bongos et les 
Mangandjas, seulement la mutilation porte sur la lèvre supé- 
rieure, qui après avoir été perforée verticalement de haut en 
bas, est garnie d'un clou d'abord assez fin puis remplacé par 
une série de grosseurs variées, jusqu'à ce que la perforation 
puisse loger un volumineux disque de bambou, d'ivoire ou 
de métal, le pelélé. Les Mangandjas sont d'ailleurs cxtrcme- 

* Sur les Esquimaux d'Asie m Bulletin de la Société d'Anthropnlopie, 
1877, p. 598. 
*Voir Rey et Hamy, Bulletin de la Société d'Anthrapolo/^îe, ifijn, f>. 

39Î. 

39. 



„Google 



56a 

ment coquets et ils couvrent en outre leurs bras et leurs 
jambes de bracelets et d'anneaux de toute espèce dont l'en- 
semble acquiert un poids considérable. 

Parfois, la perforation de la lèvre au lieu d'occuper le 
centre se pratique sous forme de petits trous siégeant sur 
les cotés au voisinage des commissures. Par ces trous, les 
nègres d'Afrique s'introduisent des chaînettes auxquelles 
pendent des breloques en nombre indéfini, en ivoire, en 
verre ou en métal. On en voit de curieux exemples dans 
la collection de Mr. Pinarl. 

Enfin, il existe une autre mutilation de la lèvre qui con- 
siste à obtenir au moyen de piqûres répétées avec l'épine 
du gommier un tel gonflement qu'elle prend lourdement de- 
vant la face. Cette praitique est commune aux femmes du 



Des mutilations des lèvres, nous pouvons rapprocher 
celles que les faquirs a'inâigent en se perforant la langue ou 
en se coupant les paupières en manière de mortification. 



a" MUTILATION DU NEZ 

Les peuples qui se perforaient les lèvres, devaient avoir 
l'idée de se mutiler le nez, soit la cloison, soit les ailes dont 
la forme invitait sans doute à des perforations nouvelles. 
C'est ainsi que les indigènes de la Nouvelle-Zélande, de la 
Nouvelle-Guinée, de l'Australie, de l'Ile Saint-Michel au dé- 
troit de Behring, s'introduisent au travers du visage, dans 
la cloison du nez, une barre de bois ou d'os, que nos ma- 
telots appelaient plaisamment la vergue de beaupré. 

C'est par cette même ouverture que d'autres peupla- 
des s'introduisent des anneaux que portent particuEèrement 



,ï Google 



563 

les femmes. Les Péruviennes s'ornaient ainsi de cercles de 
volume et de valeur proportionnels à la fortune de leurs 
maris. De même les Hindous et les Arabes. Les Caraites 
et les Mexicains substituaient à Panneau des perles de verre 
ou de métal. Enfin quelques tribus de la Nouvelle-Zélande 
pratiquent la perforation du nez pour y introduire une plu- 
me qui s'étend de chaque côté sur les joues. 



3° MUTILATION DES OREILLES 

L'oreille est peut-être la partie du visage qui se prête 
le mieux aux mutilations. Car des peuples les plus civilisés 
aux plus sauvages la perforation du lobule chez l'homme 
mais surtout chez la femme est en usage de temps immé- 
morial. Toutefois cette perforation, qui chez nous se borne 
à recevoir un anneau fin et léger, prend chez certaines peu- 
plades des proportions inouies; ainsi: les anciens Péruviens 
obtenaient peu à peu par des poids de plus en plus lourds 
un allongement tel du lobule que celui-ci tombait littérale- 
ment sur les épaules. Dans ces trous on introduisait ensuite 
les ornements les plus divers: barres de bois ou d'écaillés 
de tortue, rouleaux de feuilles ou d'étoffes, clous, cordons 
auxquels on attachait des chapelets de dents d'animaux et 
jusqu'à des objets de voyage. Certaines négresses d'Afrique, 
les femmes mongoles, les Dayaks de Bornéo, les peuplades 
barbares du Yun-nam y introduisaient des anneaux de mé- 
tal dont le poids atteignait parfois i3o grammes. 

Sous l'influence de ces diverses manœuvres le lobule de 
l'oreille, outre qu'il s'allonge démesurément, parvient à pré- 
senter une ouverture dans laquelle on pourrait passer le 
poing fermé. C'est surtout au Zambèse que Livingstone 



V 



„Googl' 



f 



564 

mentionne cette mutilation portée à son plus grand excès 
et a laquelle s'ajoute une accumulation de bracelets et d'an- 
neaux telle aux bras et aux jambes que la marche devient 
très difficile. 

Nous devous dire toutefois que ces diverses mutilations 
faciales ne nous ont pas semblé assez nettement définies et 
groupées assez régulièrement par race pour se prêter à une 
représentation par cartes de répartition. Il n'en est pas de 
môme de la variété qui suit. 



m 

Uat;lIatloii8 oéphalIçiTies 

Les mutilations volontaires qui se pratiquent sur la tête 
comprennent deux divisions fondamentales: les mutilations 
par déformation^ les mutilations par trépanation. 



l" MtrrlLATION PAR DÉFORMATION 

Les déformations ethniques du crâne dont il est ques- 
tion ici sont exclusivement celles pratiquées sur l'homme soit 
volontairement soit à son insu. 

Elles diffèrent essentiellement des déformations posthu- 
mes et pathologiques qui ne rentrent pas dans le sujet actuel. 

La déformation volontaire est une mutilation qui s'ob- 
serve à peu près sur tous les points du globe. Elle s'effectue 
exclusivement sur les enfants depuis l'âge de six mois à peu 
près, jusqu'à l'âge de trois, quatre et six ans. Elle est due, 



ly Google 



565 

soit à l'emploi d^appareils spéciaux fixés sur certains points 
du crâne, soit à l'usage de pressions directes intentionnelle- 
ment dirigées dans ce but, soit enfin à des liens ou des mo- 
des de coiffures particulières. 

Les variétés de déformation ont été diversement clas- 
sées par les auteurs : on sait que Gosse, dans .un travail resté 
célèbre *, en a décrit seize formes principales, division que 
Mr. Dalty a conservée*. D'autre part, Mr. Topinard^ les 
réduit à quatre types dans lesquels rentreraient en outre 
les variétés décrites par Morton, Foville, etc. 

Voici cette classification: 

i" Déformation occipitale simple: Turcs, Maronites, 
Vancouver. 

2" Déformation frontale simple qui se subdivise en: 

Frontale simple proprement dite: (Haute- Garonne), en 
bregmatique ou annulaire (Haute-Garonne, Deux-Sèvres). 

Bilohée: (Seine- Inférieure, Deux-Sèvres, Nouvelles-Hé- 
brides). 

3° Déformation fronto-occipîtale et variétés, saillie des 
côtés et asymétrie: (Chinooks, Cara'iTjes, Ancon, Sacrificios, 
Nahuas, Natchez). 

4° Déformation /ro«/o-5;'ttcyîjïo-occi/'iïc' latérale. Com- 
pression sur les côtés et symétrique: (Aymaras et Macrocé- 
phales). 

Entre ces classifications, celle de Gosse peut être un 
peu diffuse et celle de Topinard un peu trop réduite, se pla- 
cent diverses tentatives du même genre que nous devons 
mentioner; ce sont: 



y 



' Essai sur les déformations artificielles du crâne. Paris, i855. 

* Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales^ article crine. 

'Revue d'Anthropologie, 1879, p. Soi. 



r 



566 

Le travail de Lagneau*, remarquable par sa grande 
érudition et celui de M. de Lenhossék de Budapesth*. En- 
fin celui de M, Lunïer*. C'est cette dernière classification 
que nous avons cru devoir adopter ici en raison de la pré- 
cision des déterminations et de la métliode rigoureuse qui 
la caractérisent. 



' Des déformations cépkaliques en France in Ga^. hebi. de Médec. 
et de Chir., 1879. n* 5 et 6. 

' Des di/ormaiions artificielles du crâne en gênerai etc., ïn 4*. Bu- 
dapest, 1878. 

' Dictionnaire de Médecine et de Chir. pratiq., Baîlliëre, article 
crâne (défonnalion du). 1879. 



,ï Google 



567 









LIEUX 


TYPIS 


CAMCTÈRIS 


MOYENS EMPLOYÉS 


d'observa- 


1" 


Front aplati de haut 


Compresses, ban- 


Ancîen con- 


Défor- 


en bas et d'avant en 


deaux ou serre-têtes 


tinent. Deux- 


mation 


arrière; tantôt os fron- 


appliqués sur le front 


Sèvres, Car- 


frontale 


tal seul déprimé dans 


et maintenus par des 


cassone.Nar- 




sa totalité, comme je 


lacs qui passent sur 


bonne, Cas- 




l'ai observé dans les 


ou derrière le pavil- 


tres et envi- 




Deux-Sèvres, et se 


lon de l'oreille et sous 


rons de la 




tenninant en haut et 


ta nuque. 


Montagne 




en arrière par un 




Notre; Haute 




bourrelet transversal; 




Garonne. 




tantôt la dépression 








s'étend aux angles an- 








térieurs et supérieurs 








des pariétaux; elle 








est pratiquée sur les 








deux sexes. 






2» 


Aplatissementdela 


Tantôt pression 


Allemagne 


Défor- 


partie inférieure ou 


non calculée de la 


centrale; Taï- 


mation 


supérieure de l'occi- 


planchette qui forme 


ti (les hom- 


occipi- 


pital, soit des deux 


le fond du berceau; 


mes seule- 


tale 


Côtés à la fois, soit 


tantôt application 


ment); îles de 




d'un seul c6té;refou- 


systématique d'une 


Nicobar, de 




ement de l'encéphale 


compresse sur le der- 


Sumatra et 




en avant; front rele- 


rière de la tête. 


de Java; Yg- 




vé, occiput se rappro- 




neris d'Haïti; 




chant plus ou moins 




caste des In- 




de la verticale; de là 




cas, côtes du 




deux variétés obser- 




Pérou. 




vées généralement 






chez les individus des 






deux sexes. 







„Google 



TYPBS 


CARACTÈRIS 


MOYBNs oinjovis 


d'observa- 

TIOH 


5- 


Aplatissement si- 


Planchettes, terre 


Tribus des 


Défor- 


multané du front et 


glaise, sacs de sable 


Natchez et 


mation 


de l'occiput, tantôt 


OU fortes compresses 


des Chactaws 


fronto- 


également tantôt iné- 


maintenues solide- 


dans l'Améri- 


occipi- 


galement: dans ce 


ment et avec une éga- 


que duNOTd; 


tale 


dernier cas, la pres- 


le force sur le front 


des Caraguas 




sion porte surtout sur 


et l'occiput; quel- 


et des Conni- 




le frontal qui se trou- 


quefois simple pres- 


vos au Pé- 




ve alors fortement re- 


sion des mains (tête 


rou; des Ocna- 




jeté enarrière et for- 


cunéiforme relevée). 


guas, au Bré- 




me même parfois un 


L'enfant étant cou- 


sU; les Tai- 




bourrelet transversal 


ché sur la planchene 


tiens. 




en avant de ta suture 


qui forme le berceau, 


CÔle N.-0. 




coronale: cette dé- 


on lui en applique sur 


de l'Améri- 




formation n'était guè- 


le front une seconde 


que du Nord, 




re pratiquée que sur 


phis petite que l'on 


les Covalilsk, 




les enfants mâles. 


fixe sur la première 


les Wagsaws, 






avec des lacs, et cela 


les Kataubas, 






généralement jusqu'à 


les Attacapas; 






l'âge de trois ans; ou 


les Cara'ibe» 






bien encore (Antilles) 


des Antilles. 






l'enfant étant couché 








en travers sur les ge- 








nouxdelamère.cellc- 








ci pose sa main droite 








sur la tête de l'enfant, 








son coude gauche 








sur sa main, appuie 








sa tête sur la main 








droite et dort dans 








cette position (tête 








cunéiforme couchée). 





„Google 



1569 



naso- 

pari éta- 
le ou 

mongo* 
loïde 



Aplatissement des 
os du nez et dépres- 
sion oblique de haut 
en bas et de dedans 
en dehors des parié- 
taux et de la partie 
supérieure du frontal; 
résultent l'écar- 

mt et l 'obliquité 
des orbites, l'élargis- 

:nt de l'arcade 
zygomalique, ta dé- 
viation en avant 
maxillaire supérii 
et enfin le développe- 

t exagéré de la 
partie inférieure 
postérieure du crâne 

i retrécissemeni 
de la partie supérieure 
et antérieure. Cette 
déformation n'étût 
pratiquée que sur les 
enfants mâles. 



UOVENS EMPLOYÉS 



Pétrissage prolon- 
gé et application de 
bandes de linge for- 
tement serrées sur le 
nez et les parties an- 
téro-latérales et supé- 
rieures du criine. 



Les anci. 
Huns, des 
virons 
Caucase; 
Kirghis 
Turkestan; 
les Caraïbes 
de l'Oréno- 



,ï Google 



570 









LICUI 


TYPM 


CARACTÈRES 


MOYENS XHPLOTK 


D 'observa • 


;• 


Aplatissement laté- 


Pétrissage avec les 


Macrocé- 


Défor- 


ral du crâne, soit en 


mains ei application 


phales décrits 


maiion 


avant soit en arrière, 


de bandages et d'ap- 


par Hippo- 


latérale 


soii même sur toute 


pareils appropriés. 


crate;Abases 


ou lem- 


la longueur du crâne 




du N.-O. du 


poro- 


et cela obliquement 




Caucase; 


pariétale 


de bas en haut et de 




quelques tri- 




haut en bas; ce qui 




bus arabes du 




produit la saillie tan- 




nord de l'Afri- 




tôt du front et de l'oc- 




que et de la 




ciput (macrocéphales 




Mauritanie; 




d-Hippocrate) tantôt 




les anciens 




de l'un ou de l'autre 




Belges, Fla- 




seulement, tantôt en- 




mands, Pari- 




fin le rétrécissement 




uensetHam- 




en arête de la partie 




bourgeois. 




supérieure du crâne 








et l'élargissement de 








la base. Cette défor- 








mation n'était guère 








pratiquée que sur les 








enfants mâles. 







„Google 



571 



TïPK 


CARACTÈRES 


UOYZHS EHFLOVéS 


UKUX 

d'obsbrva- 

TION 


6- 


Aplatissement du 


Compression du 


Les anciens 


Défor- 




front du haut en bas 


Aymaras du 


maiion 


rétrécissement du 


et d'avant en arrière. 


plateau des 


fronto- 


crâne dans son em- 


à l'aide d'une com- 


Andes, en Bo- 


sinci- 


sembie; bourrelet 


presse médiane et de 


lirie. 


pito- pa- 


transversal formé par 


deux compresses la- 




riétale 


le rebord postérieur 


térales maintenues 




ou têie 


du frontal dont la sur- 


par une large bande 




symé- 


fece est plane et mê- 


faisant plusieurs fois 




trique 


me légèrement con- 


le tour de la tête (tite 




allon- 


cave BU centre ou il 


allongée en cylindre). 




gée. 


prése nte deux dépres- 


Même procédé dif- 


Religieux 




aons latérales super- 




mendiants en 




ficielles, avec des or- 


le mode d'application 


Chine. 




bites dirigés obUque- 


de la bande à la par- 






ment en haut; aug- 


tie postérieure de la 






mentation considéra- 


tête (allongée en cô- 






ble du diamètre anié- 


ne). 






ro-postérieur et dimi- 








nution du diamètre in- 








terpariéial, quelque- 








fois au lieu de la forme 
















longée en cylindre) la 








tête affecte celle d'un 








cône (tête allongée en 








cône) cene déforma- 








tion était sunout, si- 








non uniquement, pra- 








tiquée sur les enfants 








mâles. 







„Google 



572 









LIEUX 


TYPES 


CARACTÈRES 


MOYENS XUPLOVéS 


D 'observa- 
tion 


T 


Front peu étendu, 


Procédés inconnus 


Les Totona- 


Défor- 


mais relevé, se termi- 


mais faciles à conce- 


ques de nie 


mation 


nant en haut par une 


voir. 


de LosSacri- 


fronto- 


saillie transversale 




ficios dans le 


sinci- 


obtuse. En arrière.sur 




golfe du Me- 


piio-oc- 


la ligne médiane, lar- 




xique. 


cipitale 


ge gouttière qui 






ou têie 


s'étend du trou occi- 






trilobée 


pital au bourrelet for- 
mé par le coronal, se 

bifurque et descend 

que côté jusqu'aux 
fosses temporales, où 
eUe se perd. SaiUie 
considérable des bos- 
ses pariétales. Cette 
déformation n'a été 
observée que chez les 
hommes. 






%' 


Aplatissement si- 


Procédés inconnus. 


Indiens 


Défor- 


multané du front, du 




des rives du 


mation 


sinciput, de l'occiput 




Maragnon 


qua- 


ei des parties latéra- 




(Equateur). 


drangu- 


les de la tête. 




Quelques tri- 


laire 






bus des an- 
ciens Ger- 
mains et des 

Kalmoucks. 







573 



Uie presque glo- 
x; aucune saillie 



li de 



locciput 

otubéranc 
re; front large, 
fUs occipitaux 
Is et arqués, troi: 
ital placé tout' 

malion était suT' 
pratiquée sur le: 



Forte compression 
du crâne par une ban- 
de faisant le tour de 
la tête, du front à 
l'occiput. 



MOYENS EMPLOYÉS 



Les Turcs 
osmanlis; les 
Arabes an- 
ciens; les In- 
diens, tête de 
boule à l'ouest 
de la baie de 
Hudson, au 
Canada. 



ObSEKVA- 
TION 



,ï Google 



574 









LIEUX 


TYPES 


CARACTÈRES 


MOYENS EUrLOYÉS 


D 'observa- 
non 


10' 


Dépresjion circu- 


Application sur la 


La Seine-In- 


Défor- 


laire qui de la partie 


tête de l'enfant nou- 


férieure, et la 


mation 


supérieure du front, 


veau-né d'un serre- 


partie méri- 


aonu- 


où elle offre sa plus 


tête ou bandeau qui, 


dionale des 


laire 


grande largeur, se di- 


panant de la fonta- 


Deux -Sèvres; 




rige obliquement en 


nelle antérieure, va 


la Paitgonie- 




bas et en arrière, pas- 








se au-dessus de la 


l'occiput et revient 






conque de l'oreille et 


s'attacher sur le de- 






va gagner la nuque. 


vant de la tête. Ce 






Augmenution de 


bandeau qui est porté 






la courbure antéro- 


beaucoup plus long- 






poitérieure du fron- 


temps par les Biles 






tal et de l'occipital et 


que par les garçons, 








est souvent remplacé, 








vers le troisième ou 






du crâne en arrière. 


quatrième mois, par 






Cette déformation est 


une espèce de calotte 






généralement plus 


en carton. 






marquée chez les 








femmes, quand la dé- 








formation est très 








prononcée, la tête est 








pour ainw dire bilo- 








bée. 







„Google 



Quoiqu'il en soit de ces diverses classifications dans le 
détail et là discussion desquelles nous ne saurions entrer, 
notre intention actuelle doit se borner à donner d'une façon 
g<inérale les points de répartition géographique. 

En les localisant ainsi sur une carte, on constate d'abord 
deux faits: le premier, c'est que la différence des races n'im- 
plique par nécessairement une différence correspondante 
dans les modes de déformations employés, et le second c'est 
qu'à des groupes ethniques similaires peuvent appartenir des 
pratiques dissemblables. 

Envisageons d'abord l'Amérique. Pour l'Amérique du 
Nord, c'est presque exclusivement la côte occidentale qui 
fournit les exemples de déformation céphalique, et le pro- 
cédé employé consiste dans des machines spéciales compo- 
sées de planches articulées entre lesquelles la tête de l'en- 
fant subit une pression continue. L'appareil a été décrit par 
Gosse *. 

En suivant cette côte, du nord au sud, on trouve d'abord 
l'archipel des Aléoutes, dans lesquelles la déformation cou- 
chée est du même type que celle des Aymaras. Plus bas, 
l'archipel Kodiak est un centre de déformation par aplatis- 
sement ^nnV/o-occ/^iWi à Barkiay Sound, c'est la déforma- 
tion couchée allongée et pointue chez les Shimmesyans, 
couchée simple chez les Kos-Kïemos. Le muséum d'histoire 
naturelle de Paris en possède deux exemples caractéristi- 
ques. 

A Vancouver, d'après Morton', on observe à la fois 
trois types ethniques, trois groupes de langues et trois for- 
mes de mutilations céphaliqucs: 

' Loc. cil. PI. S, lig. 7 et 8. 

* Crania americana. Philaiielphii;, iS2<i. 



,ï Google 



M 

Au nord, celle des Kos-Ksemos; à Pouest, la déforma- 
lion couchée et étalée; au sud celle de Koowitch. 

Au cap Flattery c^est la forme aplatie ainsi que le Mu- 
séum en possède plusieurs types. 

Dans la Californie du Sud, on nV signalé aucune dé- 
formation. 

Dans la Sonora, on trouve la déformation verticale des 
Natchez '. 

Au Mexique, sur les points anciennement habités, la f<H'- 
me observée est le type couché et étalé dont on a reconnu 
à Durango des milliers d'exemplaires. Toutefois, on n'a si- 
gnalé aucune déformation chez les Peaux-rouges de la Prai- 
rie. 

Chez les Natchez la déformation est verticale. 

A Sacrjficios nous rencontrons dans les abondants ^se- 
ments de cène île, qui n'était qu'un lieu de sépulture, une 
déformation tout à fait typique; c'est le crâne trilobé: apla- 
tissement postérieur sur un plan ri^de et saillies latérales 
doubles. Elle se retrouve sans doute avec une origine corn- 
mune, malgré certaines nuances, aux Carailies, à Cuba, 
Puerto-Rico, Saint-Vincent et Haïti. 

Aux Toltèques font suite les Nahuas du IVlexique et 
les Lacandons du Yucatan. Deux crânes d'enfants chinooks 
de la collection du Muséum portent cette déformation très 
évidente. 

Pour l'Amérique du Sud, nous signalerons d'abord Bo- 
gota où s'observe la déformation toltèque, puis le Pérou, 
où la déformation dite péruvienne fronto-occtpi'tale s'observe 
de Guayaquil à Rica, avec le crâne bien connu d'Ancon com- 
me type, 

' Monon, History o/the North American Indians. Londres, 1775, 



,ï Google 



^77 

Le groupe des Aymaras, déformation par compression 
latérale et symétrique, termine sur la côte occidentale cette 
série de déformations, car au-dessous d'eux, on n'en ob- 
serve plus d'exemple '. 

Enfin, en Patagonie Retzius* et Moreno* ont signalé 
les pratiques de déformation crânienne jusqu'au détroit de 
Magellan et elle a pour caractère, dans cette région, la dé- 
pression pariéto-occipitale. 

En Afrique, elle n^a été rencontrée sur aucune des par- 
ties de la côte occidentale ou dans les régions explorées du 
centre qui sont si riches en mutilations ethniques de divers 
genres, mais elle s'observe au nord chez certaines popula- 
tions musulmanes. C'est le type turc déjà signalé par Ve- 
sale: déformation latérale ou temporo-pariétale. Elle s'étend 
de Suez vers le nord et se propage en Algérie, où elle est 
d'ailleurs d'importation turque chez les mendiants religieux 
et les tribus arabes en contact avec les Berbères. Gosse 
l'a également signalé chez les Kabyles où elle s'effectue par 
des manœuvres directes et manuelles; on la retrouve en 
Egypte, en Syrie chez les Maronites et les Druses; son ma- 
ximum d'intensité est dans le Louristan, le Daghestan, le 
Turkestan indépendant au sud de la Caspienne. On l'observe 
encore chez les Nogaïs de Constantinople ainsi que l'atteste 
le crâne retrouvé dans un cimetière de Scutari, par M. 
Wiesbach. 

Ce même type turc se prolonge encore sur certains peu- 
ples de la Russie, d'où le docteur Pokrowski en avait ras- 



' Voir A. d'Orbigny. Voyage dans l'Amérique méridionale. L'kom- 
e américain. Paris, iSBç, in. 4° 

* Arch. fur Anat. und Physiot. de J. Millier. 1848-49. 

' Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1880. Séance du 6 mai. 



,ïGeX)' 



r 



M 

semblé de nombreux échantillons à l'exposition anihropolo 
gîque de Moscou, que nous visitâmes en 1879. 

Eji Asie elle s'observe chez les Annamites où, d'après 
MoudiÈres ', elle aurait pour caractère la déformation trans- 
versale; en Birmanie, où elle affecte la forme occipitale sim- 
ple. La déformation frontale se serait retrouvée chez les an- 
ciens peuples de la Corée, les Chin-ham', 

En Mélanésie, sur les côtes de Bornéo, à Java, à Su- 
matra, où les auteurs des Cranta Ethnica la considèrent 
comme une habitude familière aux Négrito- Papous. A ces 
divisions se rattachent quelques populations groupées sui- 
vant une ligne ondulée qui partirait des Nouvelles-Hébri- 
des, remonterait par le détroit de Torres et l'île de Tourde 
(buste de la Société d'Anthropologie), et çà et là quelques 
points de la Nouvelle-Guinée, Papous, Néo-Guinéens d'après 
MM. Virchow et Meyer de Dresde' et de l'archipel des 
Philippines. 

Au\ Nouvelles-Hébrides, la déformation est couchée 
simple et elle serait, d'après Forster, produite par un lien, 
mais il existe au musée de la Société d'Anihropolo^e et au 
Htmteriau Muséum, h Londres, plusieurs crânes ofiraot la 
déformation occipitale simple. 

Au centre du continent asiatique, elle n'aurait été si- 
gnalée, îi notre connaissance, qu'en Chine où elle serait une 
habitude constante chez les religieux mendiants. Elle aurait 
la forme allongée et symétrique. (Lunîer), 

En Polynésie, son aire géographique est très variée: 

' Butletin de la Société d'Anthropologie, 1874, p. 1 18. 

' Ma-touan-Iin, Ethnographie des peuples étrangers de la Ot'it, 
{xuf siècle). Traduction communiquée par le marquis dHerïey àt 
Saint-Denys. 

» Mitthiel des Kgl. Zoo/. Afusaum jt/ Dresden, 1R75-7S.. 



,ï Google 



2w 

on n^en a signalé aucun exemple à la Nouvelk-Zclande nî 
en Australie, mais aux îles Mariannes et Sandwich elle est 
manifeste. A Taïti elle est double, tantôt fronlaie, tantôt 
occipitale, suivant quVn voulait obtenir une exagération 
ou un affaiblissement des facultés intellectuelles ; la première 
étant la déformation du courage, la seconde la dcfomulion 
de la prudence. 

Enfin, c'est en Europe où elle présente peut-être le plus 
de variétés et où du moins elle a été le mieux étudiée. 

Au Caucase et en Crimée, c'est par centaines que les 
crânes déformés du type macrocéphale d'Hippocrate, de Xc- 
nophon et de Strabon ont été rencontrés dans les patientes 
recherches de MM. Sodiitz, Scepura, Bayertz et Smirnow- 

De là, la trace de déformation caucasîque se propage 
sur le Bas-Danube et sur la Tisza où M. de Lenhossék en 
■a recueilli divers exemples. 

Au delà de ce point et en remontant vers le nord de 
l'Europe, la série des déformations crâniennes reste inter- 
rompue; jusqu'à présent on ne les a pas rencontrées dans 
le Jutland, cette Chersonèse cimbrique où les Cimmériens 
macrocéphales ont fait cependant, suivant Worsaae, une si 
longue station. Mais sur le Rhin, un crâne déformé a été 
trouvé auprès de Mayence par M. Ecker; un autre à Co- 
logne par M. Schaaffhausen. Trois crânes déformés auraient 
aussi été trouvés, d'après M. Topinard, en Autriche, sur un 
point cependant indéterminé. En Angleterre, Barnard Davis 
en décrit un spécimen trouvé près de Salisbury. 

Un crâne trouvé à Padoue par M. le professeur Andréa 
Gloria' a présenté une déformation à la fois relevée et an- 



■ Sopra un cranio iejormato scavalo in piajja capitaneato a Pa- 
Jova. 1880. 



,ï Google 



58o 

Ruiaire du type macroctiphale, ce qui tend à établir que les 
Cimmériens dans leur marche envahissante vers l'Est, sont 
parvenus jusqu'en Italie septentrionale. Ils auraient aussi 
pénétré en Savoie, ainsi que Taneste le crâne trouvé par 
Gosse fits, et au delà du lac de Genève. (Crâne de Voiteur 
près de Lausanne). 

Nous arrivon» maintenant à la France où les pomts 
d'observation de déformation céphalique affectent une di- 
rection assez nettement déterminée. 

De la Belgique cette mutilation passe par la Seine-In- 
férieui-e, FTle-de-France, non loin de la Champagne^ pour 
se diriger vers le sud en coupant la Loire pour descendre 
vers la Garonne jusqu'au Limousin. 

Or cette direction générale est précisément celle qui 
correspond ft la marche des invasions cîmmériennes parties 
du Pont-Euxin et si bien étudîcc par Amédée Thierrj', Henri 
Martin, Lagneau, etc. 

Dans cette énumération de points où ont été recueillis 
des crânes déformés, il faut mentionner les Parisiens qui 
présentent à eux seuls la plus grande variété de déforma- 
tion, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la collection du 
musée de la Société d'Anthropologie de Paris. Mais si nous 
groupons les différents ^sements observés en France, nous 
trouvons que les formes peuvent se résumer en quatre ty'pes- 

i" Déformation frontale simple. Deux-Sèpres, 
Toulouse. 

2° Frontale et relevée par derrière. C'est la 
déformation toulousaine par excellence. 

3" Annulaire simple. Très répandue sur les points 
observés et en particulier la Seine-Inférieure. 

4" Enfin l'annulaire bilobée. Scine-Tnférieure el 
DciiX'Scvrcs. 



,ï Google 



58i 

Dans le Midi, la déformation s^étend jusqu^à Cartha- 
gène et aux Baléares, 

Dans l'Est, il faut ajouter les crânes trouvés dans le 
Jura, un aux environs de Lons-Ie-Saulnier, Jeux à Corveis- 
siat. 

Enfin, on retrouve la déformation crânienne à Saint- 
Gaudens, et à Lozerres (Seine-et-Oise). Un crâne de cette 
provenance, donné par Barnard Davîs au Muséum, présente 
cette mutilation. 

Tel est l'état actuel de la question des déformations 
crâniennes en France où elle a été si puissamment éclairée 
par tes travaux de Lunier, Foville, Broca, etc. 



2" MUTILATION PAR TBEPANATION 

La trépanation du crâne consiste à pratiquer à ta boîte 
crânienne et sur un point variable de sa surface, une ou- 
verture ordinairement ronde ou elliptique. 

Le but de cette opération ne présente aucune analogie 
avec celui que poursuivent nos chirurgiens actuels. Elle 
semble avoir pour objet, suivant une idée superstitieuse et 
mystique, de guérir certaines maladies convulsives, l'épUepsie 
ou ï'éclampsie. C'est surtout chez les enfants qu'elle était 
effectuée et l'état cicatrisé des ouvertures prouve que le plus 
grand nombre des sujets survivaient à cette mutilation. 

Elle comprend dans le temps, deux époques, l'une j7r^- 
historique à peu prés bornée, d'après les documents recueil- 
lis, à notre continent; l'autre actuelle car cette pratique 
s'est perpétuée de nos jours dans certaines régions du globe. 

Pour le groupe préhistorique, la découverte de cette 
mutilation est due à un médecin de !a Lozère, le docteur 



.yCeX^t^lii 



Prunicres (de Marvcjols) qui dès 1873, en a recudlii à lui 
seul une vingtaine d'échantillons dans les cavernes de ce 
département'. 

Depuis lors, elle a été magistralement étudiée et décrite 
par Broca* qui n'a laissé subsister aucun doute sur les ca- 
ractères de cette mutilation, sur son mode opératoire et sur 
son but probable. 

Aujourd'hui le nombre des crânes trépanés appartenant 
à l'époque néolithique s'élève à 40 ou 60 pièces environ, 
rassemblées par divers obser\'ateurs qui, à rexen:^le de M. 
Prunières, ont heureusement exploré les cavernes et les dol- 
mens de la France et des pays voisins. 

Citons par exemple le crâne trouvé dans un dolmen de 
Bougon (Deux-Sèvres) par M M. Babert de Juillé et Sauzé*, 
celui d'Enteroche près Angouléme, (Charente) par MM. 
Chauvet et Gassies', un autre dans le même département 
près Bouillac par M. le docteur Lecler; d'autres découver- 
tes ont été faites par M M. Chaptain et Lartet dans la grotte 
de Sordes, (Basses-Pyrénées^), par M. Chouquet à Moret, 
(Seine-et-Marne^), dans la Marne, où M. Joseph de Baye 
en a rassemblé cinq exemples des plus remarquables'. 

A ces pièces il faut encore ajouter un crâne trouvé dans 

' Association française pour l'avancement des sciences- Lyon, 187Î, 
p. 704. 

» Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, 1874 ei 1876.— 
Revue d' Anthropologie, 1877. 

' Rapport de la Commission des lumulus de Boujois,in8*,fiion, iS-jb. 

* Association française pour l'avancement des sciences. Nantes, 1875 
p. 854 «t 888. 

* Revtie d'Anthropologie, 1877, P' *'9' 

' Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1876, p. 276. 
' La Trépanation préhistorique. Paris 1876, gr. /nS"— GroM« elsi- 
pultures de la vallée du Petit-Morin. Tours, iSjS. 



,ï Google 



583 

Pyrénées par M. Cazalis de Fondouce, un autre 
Seine, un autre au Puy-de-Dôme et étudié par 
d : un autre encore dans ta caverne de Maurennes. 
les-uns de ces crânes ne présentent pas une ou- 
iplète, inais seulement un simple grattage corn- 
ie restée inachevée; telle est la pièce de M. Ca- 
ndouce. 

lors de la France, les exemples recueillis de tré- 
éhistorique, appartiennent à divers observateurs: 
Gardner en signale plusieurs faits dans une ca- 
vallée de la Saale, aux environs de Halle*. Ces 
té étudiés par M. Virchow; deux autres ont été 
i Prague par M. Ingoald Cludset*. 
es temps actuels cette pratique s'est perpétuée 
: encore de nos jours. C'est contre les attaques 
qu'elle paraît exclusivement dirigée, circonstance 
ine grande valeur à l'hypothèse de Broca sur le 
ration préhistorique'. 

:n Kabylie, elle a été observée par M. H. Lar- 
décrit le procédé et il est manifeste que chez les 
bères, elle s'effectuait de la même manière. Le 
. Société d'Anthropologie de Paris possède une 
aquelle une trépanation incomplète par grattage 
ces évidentes de cicatrisation. C'est sans doute 
erbère qu'il convient de rattacher une pièce trou- 
is (Grande Canarie) par le docteur Chil. 

GeseUschafi fur Anthropologie^ 18 janvier 1879. 
de la Société d'Anthropologie, 1877, p. 10, 
Anthropologie, 1877, et Bulletin de la Société d'Anthropo- 
i5. 

ir la trépanation chej les Arabes in Bulletin de l'Acad. 
866-67 I- ""'"' p. 87- 



DigitizsdbyGe^OL^fc 



r 



584 
D'autre part MM. Feuvrier et Boulongne ont retrouvé 
la même pratique au Monténégro'. 

Si nous passons au Nouveau Monde, il nous faut signa- 
ler la trépanation chez les Incas où l'ouverture pratiquée 
au crâne était quadrangulaire et non circulaire comme en 
France'. 

En Polynésie orientale, aux îles Pomotou, elle s'effectue 
: comme traitement ordinaire de l'épilepsie, nouvelle 
nation du but invariable de cette opération que con- 
: d'ailleurs dès le commencement du xvii* siècle' Jehan 
pour faire sortir du crâne le malin esprit et les dé- 

jifin à Taïti, si l'on s'en rapporte à Lesson * la iré- 

on du crâne est une pratique qui est à la fois préhis- 

e et actuelle et est appliquée à la même idée théra- 

ue. 

n Asie, aucune recherche n'est venue jusqu'à présent 

éler l'existence. 



IV 

Untilation du trono et des membres 

n dehors des tatouages qui se rencontrent fréquem- 
>ur la poitrine, les seins et tes épaules, les mutilations 
me sont assez rares chez tes peuples sauvages par 

e Monténégro et ses habitants, Paris 1844, p. 44. 
oir Sqaier, Journal ofthe Antkropological Instilute 0/ New Yorh, 
7i- 

railéete l'Épilepsie, i6o3. Paris, liv. 1, S vu. 
iilletin de la Société ttAnlhn^ogU, iS-jS, p- 6iq. 



^^-^^K„„z.db, Google 



585 

e raison que, ne portant que peu ou pas de 
nVnt pas Pocca.sion de déformer la taille ainsi 
iratique universellement dans les nations les 

et chez les dernières, on constate l'abandon 
let de toutes ces mutilations barbares et dou- 
s'infligent les peuples primitifs, on est forcé 
; que par une étrange compensation les mu- 
taille se sont indéfiniment perpétuées, 
es caprices de la mode, nos femmes s'impo- 
mations les plus variées, les plus extrêmes et 
mbiables entre elles. Tantôt le vêtement fait 
taille au-dessous des ses bornes naturelles 
; dans cette direction qu'à la limite încom- 
aassin; tantôt elle remonte par un lien circu- 
isse supérieurement les seins jusqu'au niveau 
et des épaules. Parfois même les femmes ont 
: prétention d'établir la taille au-dessus même 
niveau des aisselles, ainsi que cela s'observe 
peuples du nord de l'Europe. 
Tendra toutefois que nous ne puissions nous 
r ces variétés de déformations, ce qui nous 
tracer l'histoire ethnographique du corset chez 
i mutilations ont été du reste longuement étu- 
s points de vue des complications et des dé- 
santé qu'elles occasionnent. C'est là leur as- 
intéressant et elles doivent être conséquem- 
es bien plus sous le rapport de l'hygiène qu'au 
;thnique. 

mutilations plus sérieuses se rencontrent d'aïl- 
nc: on connaît déjà la légende des Amazones 
;nt le sein droit afin de tirer plus aisément 



,ï Google 



386 

de l'arc. Nous retrouverons cette mutilation sous le ca- 
ractère religieux chez les femmes Skoptsy, de Russie, qui 
s'amputent les deux seins, réalisant ainsi avec une autre mu- 
tilation non moins barbare une sorte de suicide de la ma- 
ternité. 

Telles sont du reste les seules mutilations spéciales sur 
te tronc, 

Celles des membres sont plus répandues: 

Pour les membres supérieurs, on a depuis fort long- 
temps signalé chez beaucoup de peuples une pratique qui 
consiste à s'amputer une phalange à la mort d'un parent et 
ici se rencontre précisément cette particularité curieuse que 
le même mode de mutilation se retrouve chez les peuples les 
plus distants l'un de l'autre, et les mieux séparés géographi- 
quement. Ainsi les anciennes populations du Darien * s'infli- 
geaient constamment cette mutilation que se retrouve iden- 
tique chez les Indiens de l'île d'Amsterdam d'après Cook, 
Chez les Cafres et les Hottentots suivant La Loubère*, dans 
les îles Wallis de l'archipel des Amis d'après Bataillon* et 
chez les Néo -Calédoniens ou Penard l'a rencontrée*. 

Cette mutUation consiste d'ailleurs dans une simple 
amputation de la phalange en signe de deuil et qui se con- 
tinue sur les autres phalanges à la mort de chaque parent : 
de telle sorte que chez certains individus qui ont perdu toute 
leur famille il ne reste guère que deux ou trois doigts à 
chaque main. 

' Paw, Recherches philosophiques sur les Américains. Berlin, 1870, 

t. II, p. 225. 

' Voyage de Siam, 1690, 1. 11, p. 1C7. 

^ 'Tifvue d'Orient, 1844, t. m, p. 1. 

• Gabelle Médicale de Paris, i856, p. 171. 



— uimtizpribïv-ioogle 



587 
les mutilations de la main, il faut parler de celles 

égard, nous rappellerons d'abord cette pratique 
es Panhout-t-choux, indigènes de la partie aus- 
mpire chinois, qui brûlent avec un fer rouge la 
pieds des jeunes garçons, afin de les habituer à 
r les épines et les cailloux*. 
il nous reste à mentionner la mutilation spéciale 
les femmes chinoises. 

i été dit sur la mutilation des pieds de la femme 
nous ne saurions rien ajouter aux renseignements 
jumis par Morache', Fuzier', E. Manin*. Le 
iployé, les désordres et complications qui en ré- 
été soigneusement décrits. Quant à l'origine de 
me elle a été diversement interprétée; mais voici 
mseignement historique emprunté à une source 
.ée (Annales de l'Empire Chinois''.} 
lit, qu'en l'année 583 de notre ère, le dernier 
le la dynastie des Tchin fit rechercher pour son 
eunes filles ayant les plus petits pieds; à panir 
oque la petitesse des pieds fut considérée c 
le de grande beauté, et sur tous les point 

in-lin, Ethnographie des peuples étrangers de la C 
iduction communiquée par le marquis d'Hervey de S 

tgede la déformation des pieds chej les femmes chim 
iém. de médecine militaire, 3* série, i, xii, 1844. Voir 
yp. des scien. méd., i." série, t. xvi, article Chine, p. i: 
de la Société d'Anthropologie, 1861, p. 5oS. 

de la Société de Géographie, janvier 1873, et Buliet 
nihropologie, 1871, p. 201. 

4o5. Communiqué par le marquis d'Hervey de S 



ly Google 



588 

l'empire, on s'cfiorca, par des moyens de compression de 
réaliser ce caractère. Les petits pieds furent chantés par 
les poètes et cette mutilation s'est ainsi propagée et peqsé- 
tuée. Gène coutume est donc relativement récente, aussi ne 
la trouve-t-on mentionnée dans aucun rituel ancien. Elle 
appartient d'ailleurs exclusivement à la race chinoise et les 
ïartares mantchoux qui régnent sur la Chine depuis le com- 
mencement du xvii" siècle, ne l'ont jamais adoptée. Les prin- 
cesses régnantes ont donc toutes les pieds naturels. 



.MUTILATIONS DENTAIRES 

Nous diviserons les mutilations dentaires, suivant leur 
e et le mode opératoire employé en un certain nombre 
ariétés qui sont d'après les documents actuels au nom- 
ie sept. Ce sont: 

i" Les mutilations par fracture, dans lesquelles 
rateur armé d'une sorte de ciseau et d'un marteau, 
: par un coup violent les angles des incisives. 
2* Les mutilations par arrachement, c'est-à-dire 
nple avulsion de certaines dents, les incisives par exem- 
;t plus fréquemment les centrales supérieures, 
3° Les mutilations par limage. Celles-ct présentent 
r tour des variétés de forme assez nombreuses. Elles se 
quent soit au moyen d'instruments en pierre ou en 
I qui agissent par frottement, soit au moyen de limes 
ïbles. Elles se subdivisent en: limage transversal des 
ves et des canines ayant pour effet d'amincir le bord 



/^.. 



.„./iax-.gie jà 



589 

tranchant de cclies-ci; limage vertical des mêmes dents 
et produisant soit au centre un angle formant un V ren- 
versé, soit deux encoches triangulaires séparées par trois 
pointes aiguës, soit encore i'ablation des deux angles de 
manière à produire un angie central. 

C'est dans cette subdivision que se trouvent les formes 
les plus compliquées, celles qui dénotent une grande per- 
fection opératoire et une certaine recherche de dessin. 

4" Les mutilations par inscrustation. Elles con- 
sistent dans l'introduction après limage d'un petit cylindre 
de métal ou d'une pierre précieuse dans une cavité creusée 
à la face antérieure des incisives et des canines supérieures 
et inférieures. 

5" Les mutilations par abrasion. C'est une des 
opérations les plus simples, car elle consiste à fracturer la 
couronne des incisives. Le résultat est analogue à celui de 
l'arrachement. 

6" Mutilations par prognathisme artificiel. Elles 
résultent de manœuvres longues et patientes qui par des trac- 
tions sur les deux mâchoires produisent leur projection en 
avant. 

Suivant cette division, nous allons essayer de déterminer 
la répartition géographique de chacune de ces mutilations 
dentaires. 



I" MUTILATIONS PAR FRACTURE 

La mutilation par fracture a son centre géographique prin- 
cipal sur les côtes occidentales d'Afrique. On la retrouve 
aussi sur les rives du Haut-Nil et sur la côte de Mozambi- 
que, et au-dessus chez les Unya-Muesi. 



r 



"f* 



5yo 

En dehors de l'Afrique, on ne l'observe que sur la côte 
occidentale de ia Nouvelle-Guinée'. 

Sur la côte ouest de l'Afrique, on la rencontre d'abord 
chez quelques peuplades de la côte de Sénégambie et dans 
toute l'étendue du golfe de Guinée jusqu'au Congo, où la 
mutilation par arrachement fait place à celle-ci. 

Dans le golfe de Guinée, il faudrait citer le plus grand 
nombre des tribus qui peuplent la côte des Esclaves, le delta 
du Niger, le Gabon et le Loango, Au Gabon, où cette prali- , 
que a été surtout étudiée et décrite, elle s'étend depuis les 
tribus de la côte comme les Batanga, les Benga, les Pon- 
gwé jusqu'aux Bakalis, atix Fans et aux Osyebas'. C'est 
dans ces dernières tribus que Marche a assisté à l'opéra- 
tion de la taille des dents*. 

La même opération s'effectue sur quelques populations de* 
Haut-Nil, les Niam-niam par exemple, d'après les documents 
de l'expédition Peney et chez d'autres tribus des rives du 
Nil Bleu suivant Schweinfunh'. 

Sur la côte orientale de l'Afrique on la retrouve encore 
chez les Macuas des montagnes de Mozambique. 



' Cependant un texte de l'ancien historien chinois Ma-touan-lin 
(ïiii* siècle), traduit par le marquis d'Hervey de Saint-Denys, parle d'un 
peuple du sud-ouest de l'empire chinois, les Ouen-mien-po qui avait la 
coutume de se briser les dents. 

^ Voir Barnard Davis, TTiesaurus cranionmt. Londres, 1867. 

*A. Marche, Voyage au Gabon et sur le fleuve Ogouéin Tour du 
Monde, 1877. 

^Proceedings of ihe Royal Physical Society 0/ Edimburg. 1864, 



,ï Google 



69. 



î' MUTILATION PAR ARRACHEMENT 

Cette pratique qui consiste à enlever les deux incisives 
centrales, soit les supérieures, soit les inférieures, est répar- 
tie sur les points les plus distants des deux hémisphères. 
Suivant ■ Zarate, Garcilaso et Paw, elle serait en usage 
de temps immémorial au Pérou où elle aurait été appliquée 
comme marque d'infamie aux tribus rebelles et vaincues. 

En Afrique elle s'observe au Congo, chez les Hottentots, 
chez certaines peuplades de l'intérieur, les Batoka, sur les 
côtes de Mozambique et chez les Unya-Muesi où elle coïn- 
cide avec la pratique de la fracture. Plus haut, on l'observe 
dans les mêmes conditions chez les peuplades du Haut-Nil. 
Une autre tribu nègre située au nord-est de l'Albert-Nyanza, 
les Ungoro, enlève aux enfants des deux sexes tes quatre 
incisives inférieures. L'opération se fait avec un fer plat 
manœuvré en forme de levier'. 

En Australie, elle occupe au nord ta côte de Tasman et 
de la Terre d'Arnhem jusqu'à la côte occidentale du golfe 
de Carpentarie. Au sud elle comprend une vaste région qui 
répond à la Nouvelle-Galles et une partie de l'Australie mé- 
ridionale. On ne l'a observée ni au cap York ni sur aucun 
autre point exploré des côtes. 



I Eni\ Bey, Viya-^e de .WRuli à la capitale de VUngoro in BuUe- 
dc la Société normande de Géographie, mai-juin i88o, p. i65. 

C. Et. 41 



,ï Google 



592 



3' MUTILATION PAR UMAGE 

La mutilation par limage a pour centre exclusif l'ar- 
chipei Malais. Pratiquée d'abord dans la race malaise, elle 
s'est répandue aux autres groupes ethniques désignés dans 
leur ensemble par M. Hamy, sous le nom de race Indo- 
nésienne et jusqu'aux Papous, à l'est de l'archipel. On l'ob- 
serve â l'état constant à Java, plus rare à Sumatra et sur 
un grand nombre de points de Bornéo, des Célèbes, des 
Moluques, de Solo, de Macassar, à Mindanao d'après Mon- 
tano, etc. Elle existe aussi à la pointe de la presqu'île de 
Malacca. 

A Bornéo toutefois, elle ne s'observe pas au centre de 
l'île avec les mêmes caractères que sur les côtes, et en ou- 
tre le limage se complique de la pratique de l'incrusta- 
tion. 

Le limage des dents en Malaisie est un acte religieux 
qui s'accomplit avec solemnité à l'âge de la puberté. Les 
Mahométans le pratiquent seuls; mais la première initiation 
consiste en un léger raccourcissement du bord libre des in- 
cisives. Plus tard, l'individu ainsi initié ajoute à cette pre- 
mière mutilation certaine opération plus compliquée et va- 
riée d'après les habitudes de sa famille, de sa tribu ou sui- 
vant son goût individuel. C'est ainsi que sur aucun point 
de la Malaisie on n'observe un mode unique de limage : on 
peut cependant localiser un certain nombre de variétés. 

A Java, le limage se pratique horizontalement, c'est-à- 
dire en amincissant le bord libre et en le raccourcissant en 
même temps. L'instrument qui sert à cette opération, est 
tantôt une lime, tantôt une pierre employée aussi à Tépreu- 



;,cooa)t 



593 
icore un simple bambou manoeuvrant 

vertical se retrouve à Sumatra, à Bor- 

il en pointes .variées ainsi que nous 
iquerait pas chez les peuplades maho- 

Si l'on s'en rapporte à Meyer * il ne 
s les tribus plus sauvages et qui veu- 

un air terrible ou une ressemblance 

Nias que cette pratique est courante, 
les crânes de nos musées d'Europe 
tilation en pointe sont exclusivement 

nte appaniendrait donc à une région 
ndrait ni aux autres îles de l'archipel, 
hilippines, ni aux Papous de la Nou- 



UTION PAR INCRUSTATION 

incrustation ne s'est rencontrée que 
éo, Sumatra et le Mexique, 
ît sur deux crânes dayaks de la col- 
i Paris que nous avons pu l'étudier. 
;nalée déjà par Bamard Davis et plus 
jntano*. 

tété d'Anthropologie de Vienne, t. ui, p. 114, 
w iiber den Werth in Mitiheilungen, l. iv. Voir 
me philosophique, mars, 1878. 
ayaks du muséum d'histoire naturelle de Pa- 



lyGe^^^ 



594 

L'opération consiste d'abord dans le limage transver- 
sal de la face antérieure des incisives et des canines supé- 
rieures seules, de manière à enlever la couche d'émail; puis 
on pratique dans l'ivoire une petite perforation qui pénètre 
assez profondément sans atteindre cependant la cavité cen- 
trale. Dans cette perforation qui a une forme cylindrique, 
on introduit une petite cheville de laiton faite d'un fil ordi- 
naire du diamètre de un à deux millimètres environ. La pe- 
tite cheville est alors coupée au ras de la dent puis mar- 
telée en façon de tête de clou. 

Des preuves incontestables établissent que cette cou- 
tume s'effectue chez les Dayaks sur le vivant et non, com- 
me on pouiTait le supposer, après la mort. L'une des mâ- 
choires de Dayak du Muséum porte en effet ta trace de 
phénomènes morbides sérieux qui se sont développés dans 
les mâchoires consécutivement & cette mutilation '. 

Au Mexique, au contraire, on ne saurait affirmer que la 
pratique de l'incrustation des dents ne rentre pas dans la 
classe des pratiques funéraires si connues des musées ethno- 
graphiques. La matière incrustée, en effet, n'est pas du mé- 
tal, mais une pierre précieuse, et dans une pièce remarqua- 
ble rapportée par le docteur Fuzier, où l'on avait enchâssé 
des turquoises, aucune réaction inflammatoire ne s'obseirait. 

N«us pensons en conséquence que la dite mutilation 
par incrustation, n'a, d'après nos connaissances actuelles, 
de caractère ethnique que chez les Dayaks de Bornéo et les 
Battaks de Sumatra. 

' A Sumatra, M. Brau de Saint-Pol Lias a observé un mode spé- 
cial d'incrustation: Un fil de laiton était fine transversalement d'une 
canine a l'autre et passait dans une série de gouttières creusées sous 
les incisives préalablement abrasées presqu'au niveau des gencives. Coin 
isdeM.Hamy.V. Bull.de la SoccPAnthrop., 17 février 1881. 



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595 



b" MUTILATION PAR ABRASION 

Cette mutilation qui consiste dans la fracture transver- 
sale complète de la couronne des incisives supérieures, s^est 
rencontrée chez les Esquimaux où elle a été signalée par 
l'abbé Petitot, sur les bords du Mackenzie '. Son but, d'après 
la légende locale, serait d'éviter que la mâchoire des hom- 
mes puisse ressembler à celle des chiens. 



Ô* MUTILATION PAR PROGNATHISMB ARTIFICIEL 

Cette variété de mutilation dentaire est localisée aux 
peuplades qui occupent la rive droite du Sénégal. Elle a été 
signalée pour la première fois par le général Faidherbe ' et 
étudiée ensuite par le docteur Bancal et M. Hamy', 

Elle se pratique à titre de mode chez les femmes mau- 
resques. Pendant l'enfance on enlève aux petites filles les 
incisives supérieures temporaires et aussitôt que les autres 
sortent, ou exerce sur elles des tractions qui avancent en 
même temps la mâchoire et produisent ainsi une projection 
des dents supérieures qui viennent tomber sur la lèvre hors 
de la bouche. 

On n'a pas observé ce mode de mutilation sur aucun 
autre point du littoral africain et le faible degré de progna- 
thisme ethnique que présentent les populations du Sénégal 



* Bulletin dt la Société d'Anthropologie, 1880. 
^Bulletin de la Société d^ Anthropologie. 1871, p. 766. 
^ Revue d'Anthropologie, 1879, p. 11. 



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3Qi* 



596 

prouve, en dehors des renseignements précis qui ont été 
recueillis, que ce prognathisme est évidemment artificiel. 

Pour terminer l'histoire très succinte des mutilations 
ethniques qm se pratiquent sur les dents, nous dirons qu'en 
dehors des points géographiques signalés elles n'ont été ob- 
servées nulle part. Elles n'existent ni en Europe aux temps 
préhistoriques, ni sur le continent asiatique à aucune épo- 
que. En outre, beaucoup de peuples d'Afrique ne se mutilent 
pas; ainsi, les Cafres, les Boschimans, les Maures du Séné- 
gal, les peuples de Madagascar, etc. 

En Océanie, on ne les observe ni dans la plus grande 
partie de l'Australie, ni en Tasmanie, ni en Nouvelle-Ca- 
lédonie, ni aux Philippines ni en Polynésie. 

Quant aux conséquences de ces mutilations, elles nous 
ont été révélées par les lésions retrouvées sur plusieurs piè- 
ces de nos musées. Parmi ces pièces, la plus remarquable 
peut-être est ce crâne de femme Papel (Sénégambie portu- 
gaise) qui nous a été obligeamment communiqué par M. 
Hamy et qui présente à la suite d'un limage en pointes ai- 
guës, des désordres graves dans le.s mâchoires, abcès, né- 
crose, et autres lésions consécutives. Cette curieuse pièce 
porte dans les galeries du Muséum le n." 4972 de la collec- 
tion Schoelcher. 



VI 

Uotllatlon dea organea génltanz 

La série des mutilations ethniques qui portent sur les 
organes génitaux de l'homme et de la femme est en quel- 
que sorte indéfinie. Il n'est pas de pratiques grotesques ou 



,ï Google 



597 

barbares qui n'aient été imaginées à toutes les époques de 
rhistoire de l'homme et jusqu'à nos jours. 

Parmi ces pratiques, it en est qui sont restées des ri- 
tes religieux, telle est la circoncision, telle est aussi la cas- 
tration chez certains peuples. D'autres sont instituées pour 
satisfaire à des préoccupations de jalousie, l'infibulation des 
femmes par exemple et l'industrie des eunuques dans les 
pays orientaux. D'autres ont pour conséquence la suppres- 
sion volontaire des fonct